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Continuité d’une fonction — Cours en autonomie

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Continuité d’une fonction

Terminale spécialité mathématiques — Cours en autonomie

FAIRE LES 2kπ

d’une fonction

Terminale spécialité mathématiques

Cours en autonomie

Relier les limites aux valeurs.

Prouver une existence, distinguer l’unicité,

maîtriser les passages à la limite.

Des rappels pour repartir, des démonstrations pour comprendre,

des essais et des corrections pour apprendre à travailler seul.

faireles2kpi.frAnnée scolaire 2026–2027

1. Commencer, se repérer et choisir une reprise

Ce cours apprend à relier une limite à une valeur, à justifier un passage à la limite et à prouver qu’une équation possède une solution. Son fil conducteur est la continuité. Les limites, les suites, les fonctions trigonométriques et les règles de dérivation déjà étudiées servent d’outils, avec les rappels utiles au moment de les employer.

Mode d'emploi — Quatre axes pour construire le chapitre (1.1)

A. Définition et propriétés : comprendre valeur, limite et domaine ; justifier la continuité ; raccorder et prolonger. Voir les unités 2 à 5.

B. Continuité et dérivabilité : prouver le lien, en connaître le sens et les contre-exemples ; utiliser les dérivées pour une variation utile. Voir l’unité 6.

C. Continuité et suites : images de suites convergentes, intervalles stables, preuve de convergence et équation de la limite. Voir les unités 7 et 8.

D. Continuité et équations : TVI, existence, unicité, images d’intervalles, nombre de solutions et approximation. Voir les unités 9 à 15.

Trois façons de travailler avec le même cours

Pour apprendre la première fois, lire un exemple expliqué, cacher sa correction, puis produire l’essai proposé sur papier. N’ouvrir un indice qu’après une vraie tentative. Les corrections montrent les étapes, pas seulement la réponse finale.

Pour réparer une difficulté, repartir de la rubrique « Réparer » : elle nomme une première erreur, rappelle l’idée utile, traite un cas plus simple et propose un nouvel essai corrigé. Revenir ensuite à l’exemple qui posait problème. La reprise ne consiste pas à recopier une correction entière sans identifier le geste manquant.

Pour réviser, utiliser la synthèse finale (unité 18) et les énoncés numérotés. Les tâches « À reprendre plus tard » se font avant de relire leur correction. Le dossier de problèmes (unité 17) sépare les énoncés, les indices et les corrections : il permet de vérifier si l’on sait choisir une méthode dans une situation nouvelle.

Les passages « Pour approfondir » fournissent des preuves ou des variantes supplémentaires. La preuve du TVI par dichotomie (unité 10), les fonctions additives et les compléments de l’unité 16 peuvent être abordés après le parcours principal. Le chapitre fonctionne sans logarithme, dérivée seconde ni convexité.

Lire le statut d'un énoncé

Mot utilisé Ce qu’il annonce
Définition Le sens précis donné à un objet ou à une notion. Elle fixe un vocabulaire ; elle ne se démontre pas.
Propriété, proposition, théorème Un résultat mathématique. Ces noms ne désignent pas différents degrés de certitude. Ses hypothèses et sa conclusion doivent être distinguées.
Lemme Un résultat préparatoire utilisé dans une démonstration ou une construction.
Corollaire Une conséquence d’un résultat déjà établi, dont le lien est expliqué.
Critère Une condition qui permet de reconnaître une situation. Lire si la condition est suffisante ou si une équivalence est énoncée.
Démonstration Le raisonnement qui établit le résultat dans les conditions annoncées.
Exemple, contre-exemple Une application qui montre comment faire, ou une situation qui réfute une affirmation trop générale.
Méthode, algorithme Une organisation du travail, avec ses conditions d’emploi et ses contrôles.

Un résultat antérieur est identifié comme tel ; un résultat admis est annoncé. Une intuition ou un dessin aide à comprendre, mais n’est pas présenté comme une preuve. Une conjecture tirée des premiers termes d’une suite reste à démontrer.

Diagnostic d'entrée — Essayer avant de lire les réponses

  1. Que signifie \(f(2)=5\) ? Où placer le point de la courbe correspondant ?

  2. Simplifier \((x^2-1)/(x-1)\). Pour quelles valeurs l’égalité obtenue est-elle valable ?

  3. Résoudre \(x^2-4\ge0\). Les nombres \(\pm2\) sont-ils autorisés dans \(1/\sqrt{x^2-4}\) ?

  4. Une suite croissante et majorée par \(2\) converge-t-elle ? Sa limite vaut-elle forcément \(2\) ?

  5. Dériver \(x^3+x-1\). Que permet de dire le signe de cette dérivée ?

  6. Résoudre \(\ell=\sqrt{2+\ell}\). Pourquoi une mise au carré peut-elle produire un candidat à rejeter ?

  7. Si \(a\le\alpha\le b\), quelle borne donne-t-on pour l’erreur du milieu \((a+b)/2\) ?

Correction du diagnostic et point de reprise

1. L’entrée est \(2\), l’image \(5\) ; le point est \((2;5)\). Si les coordonnées ont été échangées, reprendre les premières lectures de l’unité 2.

2. \(x^2-1=(x-1)(x+1)\). Pour \(x\ne1\), le facteur \(x-1\) est non nul et la fraction vaut \(x+1\). La fonction initiale reste non définie en \(1\). Voir les domaines dans l’unité 3 et le prolongement dans l’unité 5.

3. \((x-2)(x+2)\) est positif ou nul pour \(x\le-2\) ou \(x\ge2\). Mais une racine au dénominateur doit être strictement positive : \(1/\sqrt{x^2-4}\) est défini seulement pour \(x<-2\) ou \(x>2\). Reprendre la distinction racine/inverse de racine dans l’unité 3.

4. Le théorème des suites monotones assure une limite réelle \(\ell\le2\). Elle peut être \(1\) : \(u_n=1-1/(n+1)\) en est un exemple. Les bornes ne nomment pas automatiquement la limite ; l’unité 8 sépare ces étapes.

5. La dérivée est \(3x^2+1>0\), donc la fonction est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\). Cela donnera au plus une solution d’un niveau ; une existence demande un autre argument. Voir les unités 6 et 11.

6. Une solution doit être positive ou nulle. Le carré donne \(\ell^2=2+\ell\), donc \((\ell-2)(\ell+1)=0\). Les candidats sont \(2\) et \(-1\), mais \(-1\ne\sqrt1\) ; seule la valeur \(2\) convient. Les conditions de l’équation initiale se conservent après les transformations ; voir l’unité 8.

7. L’erreur est au plus \((b-a)/2\), pas nécessairement égale à ce nombre. Le milieu est à cette distance de chaque borne ; tout point du segment est au plus aussi éloigné. Voir l’unité 14 pour distinguer largeur, erreur et arrondi.

Comment savoir si une correction a vraiment servi ?

Fermer le texte et refaire le premier geste avec des données nouvelles. Pouvoir justifier une condition oubliée vaut davantage que reconnaître une formule déjà vue. Pour une réponse de continuité, le domaine et le point doivent être clairs. Pour une équation, distinguer « existe » et « est unique ». Pour une suite, repérer l’argument qui prouve la convergence avant d’annoncer une limite. Pour une approximation, préciser ce qui est effectivement garanti.

2. A — Comprendre la continuité : limite, valeur et domaine

Avant de poursuivre. Une fonction associe une image \(f(x)\) à chaque réel \(x\) de son domaine \(D_f\). Dans le point \((x;f(x))\), l’entrée est l’abscisse, la sortie est l’ordonnée. Pour \(f(x)=2x+1\), \(f(3)=7\) signifie que \((3;7)\) appartient à sa courbe. Ce n’est pas le point \((7;3)\). Si cette lecture hésite, calcule \(f(0)=1\) et place d’abord \((0;1)\).

1. La question nouvelle : les voisins annoncent-ils la bonne valeur ?

Pour \(x\) proche de \(2\), le nombre \(x^2\) est proche de \(4\). Par exemple \(1{,}9^2=3{,}61\) et \(2{,}1^2=4{,}41\). En resserrant davantage les entrées autour de \(2\), les images se resserrent autour de \(4\). Or la valeur de la fonction au point est elle aussi \(2^2=4\) : le comportement des voisins rejoint la valeur effectivement définie.

Il faut distinguer trois questions. La fonction est-elle définie au point ? Cela concerne son domaine. Vers quoi tendent les images voisines ? C’est une question de limite. Cette limite coïncide-t-elle avec la valeur au point ? C’est la continuité. Un calcul de valeur ne répond pas automatiquement aux deux autres questions.

Définition — Continuité en un point (2.1)

Soit \(f\) définie sur un intervalle \(I\) et soit \(a\in I\). La fonction \(f\) est continue en \(a\) lorsque \[\lim_{\substack{x\to a\\x\in I}}f(x)=f(a).\] L’approche se fait parmi les points du domaine. Au voisinage d’un point intérieur, les deux côtés comptent. À une extrémité incluse, seul le côté appartenant à l’intervalle est accessible.

En mots : on peut rendre les images \(f(x)\) aussi proches que l’on veut de \(f(a)\) en prenant les entrées \(x\) suffisamment proches de \(a\) dans le domaine.

Dans la limite ponctuée usuelle, les voisins \(x\ne a\) déterminent la limite. Dans la continuité, le cas \(x=a\) ne gêne jamais : alors \(f(x)-f(a)=0\). Une définition doit fixer un sens ; elle n’a pas à être démontrée. Les propriétés qui en découlent, elles, demandent une justification.

Définition — Continuité sur un intervalle ou sur un domaine (2.2)

\(f\) est continue sur un intervalle \(I\) si elle est continue en chaque point de \(I\), relativement à cet intervalle. « Chaque » interdit de vérifier un seul point ou quelques valeurs numériques.

Pour un domaine composé de plusieurs intervalles, la continuité se vérifie sur chacune de ses composantes, avec les approches autorisées par ce domaine. Dans ce cours, nous travaillons avec ces domaines usuels ; aucune théorie des points isolés n’est nécessaire.

Exemple 2.1 — Trois fonctions voisines, trois situations différentes

Considérons les fonctions suivantes : \[f(x)=x+1\quad(x\in\mathbb{R}),\qquad g(x)=\begin{cases}x+1&x\ne1,\\5&x=1,\end{cases}\qquad h(x)=x+1\quad(x\in\mathbb{R}\setminus\{1\}).\] Pour \(f\). La limite quand \(x\to1\) est \(2\) et \(f(1)=2\). La fonction est continue en \(1\).

Pour \(g\). Pour toutes les entrées voisines différentes de \(1\), on calcule encore \(x+1\). La limite vaut donc \(2\), tandis que \(g(1)=5\). Comme \(2\ne5\), \(g\) est discontinue en \(1\). L’existence d’une limite ne suffit pas.

Pour \(h\). La limite vaut \(2\), mais \(1\) n’appartient pas au domaine et \(h(1)\) n’existe pas. On ne peut pas tester l’égalité \(\lim h(x)=h(1)\). On dira que \(h\) est continue sur son domaine et qu’on peut envisager un prolongement en \(1\) : ajouter une valeur à une nouvelle fonction. Pour \(g\), au contraire, il faudrait modifier une valeur déjà définie.

Contrôle. La même limite \(2\) apparaît dans les trois situations. C’est le domaine et la valeur au point qui changent le diagnostic.

Lecture de la figure. Le cercle vide \((1;2)\) représente un point absent du graphe de \(g\), alors que le point plein \((1;5)\) donne sa vraie valeur en \(1\). Dans le second dessin, les branches ont des limites différentes : \(-1\) à gauche de \(0\), \(1\) à droite. Une nouvelle valeur au seul point \(0\) ne rapprocherait pas ces deux branches.

Critère — Les limites latérales à un point intérieur (2.3)

Si \(f\) est définie sur un intervalle contenant \(a\) dans son intérieur, alors \[f\text{ continue en }a\quad\Longleftrightarrow\quad \lim_{x\to a^-}f(x)=\lim_{x\to a^+}f(x)=f(a).\] Les deux limites doivent être des réels et égales à la valeur. Deux limites latérales égales ne suffisent pas si cette valeur est différente.

Démonstration 2.1.

Si \(f\) est continue en \(a\), son comportement quand \(x\to a\) impose la même limite pour les approches par la gauche et par la droite. Réciproquement, si les deux côtés approchent \(f(a)\), on se fixe une précision sur les images. Le côté gauche fournit une proximité suffisante des entrées ; le côté droit en fournit une autre. Choisir la plus petite des deux garantit la précision quel que soit le côté. La limite bilatérale est donc \(f(a)\).

□

Exemple 2.2 — Un saut que l'on ne peut pas réparer par une seule valeur

Soit \(s(x)=-1\) pour \(x<0\) et \(s(x)=1\) pour \(x\ge0\). La valeur \(s(0)\) se lit dans la seconde formule : \(s(0)=1\). On a \[\lim_{x\to0^-}s(x)=-1,\qquad \lim_{x\to0^+}s(x)=1.\] Ces limites sont différentes, donc il n’existe pas de limite bilatérale et la continuité échoue. Choisir \(s(0)=0\), \(-1\) ou n’importe quel autre réel ne change aucune des deux limites latérales. Le problème concerne tous les voisins d’un côté, pas seulement le point de raccord.

Exemple 2.3 — Une extrémité incluse : la racine carrée

La fonction \(r(x)=\sqrt{x}\) est définie sur \([0;+\infty[\). Au point \(0\), la continuité demande seulement \[\lim_{x\to0^+}\sqrt{x}=0=\sqrt0.\] Pour expliquer ce fait, fixons une précision positive \(\varepsilon\) sur la racine. Si \(0\le x<\varepsilon^2\), la croissance de la racine donne \(0\le\sqrt x<\varepsilon\). Les images sont aussi proches de \(0\) que demandé. Exiger une valeur ou une limite réelle à gauche de \(0\) ajouterait des entrées qui ne sont pas dans le domaine.

Exemple 2.4 — Continue sur son domaine ne signifie pas définie partout

Pour \(q(x)=1/x\), le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\). À chaque point \(a\ne0\), le quotient tend vers \(1/a=q(a)\) ; la fonction est continue sur chacun des deux intervalles \(]-\infty;0[\) et \(]0;+\infty[\). Le nombre \(0\) n’est pas une valeur de l’entrée autorisée.

Il n’y a pas contradiction entre « \(q\) est continue sur son domaine » et « sa courbe possède deux branches ». En revanche, on ne peut pas affirmer que \(q\) est continue sur \([-1;1]\), car elle n’est pas définie en tout point de cet intervalle. Cette précision sera essentielle pour le théorème des valeurs intermédiaires.

2. L'image du crayon : utile pour comprendre, insuffisante pour prouver

Sur un intervalle, la continuité évoque une courbe que l’on peut suivre sans saut. Le déplacement horizontal représente l’entrée ; la hauteur représente l’image. Un saut impose un changement soudain de hauteur. Cette image aide à distinguer raccord et rupture.

Mais un tracé numérique ne visite qu’un nombre fini de points. Il peut ignorer le point exceptionnel de \(g\), relier artificiellement les branches d’une fonction discontinue, ou masquer des oscillations. On utilise la figure pour conjecturer, puis l’expression, le domaine et les limites pour démontrer. « Je peux dessiner d’un trait » n’est pas une définition générale utilisable comme preuve.

3. Pour approfondir — Mettre des distances sur la définition

La notation suivante n’est pas une rédaction à réciter systématiquement dans les exercices. Elle précise le sens de « aussi proche que l’on veut » et éclaire certaines démonstrations du cours.

Formulation de la définition — Précision et proximité (2.4)

La continuité de \(f\) en \(a\in D_f\) se formule ainsi : \[\text{pour tout }\varepsilon>0,\quad\text{il existe }\delta>0\quad\text{tel que} \quad x\in D_f,\ |x-a|<\delta\ \Longrightarrow\ |f(x)-f(a)|<\varepsilon.\] \(\varepsilon\) est la précision demandée sur les images. \(\delta\) est une proximité choisie pour les entrées ; elle peut dépendre de \(\varepsilon\) et du point \(a\). L’ordre est important : on répond à toute précision demandée, même très petite.

Lecture de la figure. Pour \(f(x)=2x+1\) en \(a=1\), la bande horizontale autour de \(f(1)=3\) exprime l’erreur autorisée sur les images. Une bande verticale deux fois plus étroite autour de \(1\) assure que la courbe reste dans cette bande horizontale. Le dessin correspond à un choix de précision ; le calcul suivant vaut pour toute précision positive.

Exemple 2.5 — Une preuve complète avec une fonction affine

Pour \(f(x)=2x+1\) et un réel \(a\), on calcule la différence : \[|f(x)-f(a)|=|2x+1-(2a+1)|=|2(x-a)|=2|x-a|.\] Une précision \(\varepsilon>0\) étant demandée, choisir \(\delta=\varepsilon/2\) convient : si \(|x-a|<\delta\), alors \(|f(x)-f(a)|<2\delta=\varepsilon\). Cela établit la continuité en tout point \(a\). Pour une tolérance d’image \(0{,}01\), prendre \(|x-a|<0{,}005\) suffit ; pour \(0{,}0001\), prendre \(|x-a|<0{,}00005\) suffit. Un unique essai numérique n’aurait pas traité toutes les précisions.

À toi 2.1 — Essai guidé, puis tentative sans le dessin

1. \(u(x)=x^2\) pour \(x<2\), \(u(2)=7\) et \(u(x)=x+2\) pour \(x>2\). Écris séparément les deux limites latérales et la valeur. Peut-on rendre la fonction continue en modifiant une seule valeur ?

2. \(v(x)=2x+1\) pour \(x<1\), \(v(1)=3\) et \(v(x)=x+3\) pour \(x>1\). Même question. Pourquoi le point plein ne suffit-il pas ?

3. \(w(x)=\sqrt{4-x}\) sur \(]-\infty;4]\). Quel côté faut-il examiner en \(4\) ? Justifie la continuité.

4. Pour approfondir. Pour \(p(x)=3x-2\), quelle proximité des entrées garantit une précision \(\varepsilon\) sur les images ? Explique le rôle de chaque nombre.

Indices gradués. Commence par la ligne de l’accolade qui inclut le point ; calcule ensuite les limites des autres morceaux. En 4, transforme \(p(x)-p(a)\) avant de choisir une distance.

Correction expliquée et contrôle.

1. À gauche \(x^2\to2^2=4\) ; à droite \(x+2\to2+2=4\) ; mais \(u(2)=7\). La limite existe et vaut \(4\). La seule modification qui rend continue est \(u(2)=4\), car la valeur doit égaler cette limite.

2. À gauche \(2x+1\to3\), à droite \(x+3\to4\), et \(v(1)=3\). Le côté droit ne rejoint ni le côté gauche ni la valeur. Aucune modification du seul \(v(1)\) ne peut rendre égales les limites \(3\) et \(4\). Le point plein renseigne la valeur, pas les voisins.

3. L’entrée approche \(4\) par la gauche, car \(x\le4\). Alors \(4-x\to0^+\) et \(\sqrt{4-x}\to0=w(4)\) : continuité à gauche au bord. Aucune entrée \(x>4\) n’est demandée.

4. \(|p(x)-p(a)|=|3x-2-3a+2|=3|x-a|\). Choisir \(\delta=\varepsilon/3\) suffit. Le facteur \(3\) multiplie l’écart des entrées ; il faut donc diviser la tolérance des images par \(3\). Toute proximité plus petite convient aussi.

Réparer — Utiliser la valeur comme preuve de la limite

Première erreur : « \(g(1)=5\), donc sa limite est \(5\) ». Cette substitution supposerait la continuité, précisément ce que l’on cherche. Repartons de \(r(x)=0\) pour \(x\ne0\) et \(r(0)=1\) : les voisins donnent toujours \(0\), donc la limite est \(0\), et non \(1\). Nouvel essai : \(t(x)=3x\) pour \(x\ne2\), \(t(2)=0\). La limite est \(6\), la valeur \(0\), donc pas de continuité. Reviens maintenant à \(g\) : les voisins suivent \(x+1\), la limite est \(2\), et la valeur exceptionnelle est \(5\).

À reprendre plus tard, avant de relire

Sans relire les exemples, traiter \(p(x)=2x-1\) pour \(x\ne-1\), \(p(-1)=4\). Puis expliquer à un camarade la différence entre « limite existante » et « fonction continue ». Aide : séparer les voisins et la valeur. Correction : \(2x-1\to2(-1)-1=-3\), mais \(p(-1)=4\). La limite existe ; elle ne coïncide pas avec la valeur. Il faut remplacer cette valeur par \(-3\) pour obtenir une autre fonction continue. Une réponse complète nomme les deux objets et leur comparaison.

Je sais faire seul si… je lis les coordonnées, le domaine et les points pleins ou vides ; je sépare valeur et limites latérales ; je précise le côté accessible au bord ; je sais dire pourquoi un graphique seul ne suffit pas.

3. A — Justifier une continuité : fonctions usuelles, opérations et domaines

Avant de poursuivre. La continuité en \(a\) signifie que la limite des images est \(f(a)\). Avant toute limite, l’expression doit être définie. \(\sqrt{x-1}\) exige \(x\ge1\) ; \(1/(x-1)\) exige \(x\ne1\) ; \(1/\sqrt{x-1}\) exige \(x>1\). La dernière condition est stricte parce qu’une racine nulle deviendrait un dénominateur nul.

1. Les fonctions de référence : une réserve de résultats justifiés

Propriété — Continuité des fonctions usuelles (3.1)

Les fonctions constantes, affines, polynomiales, valeur absolue, exponentielle, sinus et cosinus sont continues sur \(\mathbb{R}\). La fonction racine carrée est continue sur \([0;+\infty[\). La fonction inverse est continue sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\), donc sur chacun des deux demi-axes ouverts.

Ces domaines font partie de l’énoncé. Les limites usuelles de l’exponentielle et des fonctions trigonométriques sont des résultats des chapitres antérieurs. Nous démontrons ci-dessous les faits élémentaires et les règles qui permettent de les réutiliser.

Démonstration 3.1.

Une constante \(c\) a pour limite \(c\), sa valeur en tout point. Pour l’identité, \(x\to a\) signifie précisément que l’image \(x\) tend vers la valeur \(a\). Les règles antérieures de limites donnent alors \(x^n\to a^n\) pour tout entier naturel \(n\), puis la limite d’un polynôme est la somme de ses termes évalués en \(a\). Pour \(P(x)=\sum_{j=0}^n c_jx^j\), cela donne \(\lim_{x\to a}P(x)=\sum_{j=0}^n c_ja^j=P(a)\). Les fonctions affines en sont un cas particulier.

Pour l’exponentielle, sinus et cosinus, on réutilise leur limite en chaque point établie antérieurement. On pourrait aussi utiliser leur dérivabilité connue et le théorème « dérivable implique continue », démontré dans l’axe B. Il s’agit alors d’une autre voie, pas d’une preuve de leurs dérivées à partir de leur continuité.

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Lemme — L'écart entre deux valeurs absolues (3.2)

Pour tous réels \(x,a\), on a \(\bigl||x|-|a|\bigr|\le |x-a|\). En conséquence, la fonction valeur absolue est continue en tout réel \(a\).

Démonstration 3.2.

L’inégalité triangulaire \(|u+v|\le|u|+|v|\) donne, avec \(x=(x-a)+a\), \(|x|\le|x-a|+|a|\), donc \(|x|-|a|\le|x-a|\). En échangeant \(x\) et \(a\), \(|a|-|x|\le|a-x|=|x-a|\). Les deux bornes réunies donnent l’inégalité annoncée. Si \(x\to a\), son membre de droite tend vers \(0\) ; l’écart \(\bigl||x|-|a|\bigr|\) tend donc vers \(0\). C’est \(|x|\to|a|\).

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Exemple 3.1 — Une pointe ne supprime pas la continuité

Pour \(f(x)=|x-3|\), la composition par une fonction affine donne la continuité sur \(\mathbb{R}\). Au point de la pointe \(3\), on peut vérifier directement \(|f(x)-f(3)|=|x-3|\to0\). L’absence éventuelle de tangente ne concerne pas cette égalité de limites et de valeur.

Proposition — La racine carrée, y compris à son bord (3.3)

Pour chaque \(a\ge0\), \(\lim_{x\to a,\ x\ge0}\sqrt{x}=\sqrt a\).

Démonstration 3.3.

Si \(a=0\), \(0\le x<\varepsilon^2\) implique \(0\le\sqrt x<\varepsilon\), pour toute précision \(\varepsilon>0\). Si \(a>0\), la somme \(\sqrt x+\sqrt a\ge\sqrt a>0\) ne s’annule pas. L’identité des carrés donne \[|\sqrt x-\sqrt a|= \frac{|(\sqrt x-\sqrt a)(\sqrt x+\sqrt a)|}{\sqrt x+\sqrt a} =\frac{|x-a|}{\sqrt x+\sqrt a} \le\frac{|x-a|}{\sqrt a}.\] Quand \(x\to a\), la dernière expression tend vers \(0\), donc la différence des racines tend vers \(0\). Cette preuve n’utilise pas une dérivée en \(0\), qui n’existe pas comme réel fini.

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2. Un fait local souvent caché dans les calculs

Lemme — Une valeur non nulle garde son signe à proximité (3.4)

Si \(f\) est continue en \(a\) et si \(f(a)>0\), alors \(f(x)>0\) pour toutes les entrées de son domaine assez proches de \(a\). Si \(f(a)<0\), le signe reste négatif à proximité.

Démonstration 3.4.

Si \(f(a)>0\), demander \(|f(x)-f(a)|<f(a)/2\) est permis par continuité. Cela entraîne \(-f(a)/2<f(x)-f(a)<f(a)/2\), puis \(f(a)/2<f(x)<3f(a)/2\). La borne inférieure est positive. Si \(f(a)<0\), appliquer ce résultat à \(-f\), positive en \(a\) et continue puisque \(|(-f(x))-(-f(a))|=|f(x)-f(a)|\).

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Exemple 3.2 — Local ne signifie pas sur tout le domaine

Pour \(f(x)=x^2-1\), \(f(2)=3>0\). Si \(|x-2|<1/2\), alors \(3/2<x<5/2\), d’où \(x^2>9/4\) et \(f(x)>5/4>0\). Le signe est positif près de \(2\), bien que \(f(0)=-1<0\). Le lemme ne permet pas de sauter d’un voisinage à tout \(\mathbb{R}\).

Lecture de la figure. Le voisinage marqué autour de \(2\) se situe entièrement au-dessus de l’axe des abscisses. Le zéro \(1\) se trouve hors de ce voisinage. Le signe peut changer plus loin sans contredire le résultat local.

Propriété — Opérations sur des fonctions continues (3.5)

Si \(u\) et \(v\) sont définies et continues en \(a\), alors \(u+v\), \(u-v\), \(\lambda u\) et \(uv\) sont continues en \(a\), pour tout réel \(\lambda\). Si \(v(a)\ne0\), le quotient \(u/v\) est continu en \(a\) sur son domaine.

Démonstration 3.5.

Écrivons chaque limite avec la valeur de la fonction obtenue : \[\begin{align*} \lim_{x\to a}(u(x)+v(x))&=u(a)+v(a)=(u+v)(a),\\ \lim_{x\to a}(u(x)-v(x))&=u(a)-v(a)=(u-v)(a),\\ \lim_{x\to a}\lambda u(x)&=\lambda u(a)=(\lambda u)(a),\\ \lim_{x\to a}u(x)v(x)&=u(a)v(a)=(uv)(a). \end{align*}\] Ce sont les règles de limites finies du chapitre précédent. Pour le quotient, \(v(a)\ne0\) et la continuité de \(v\) garantissent que \(v(x)\) reste non nul assez près de \(a\). La règle de quotient donne alors \(\lim u(x)/v(x)=u(a)/v(a)=(u/v)(a)\). Sans \(v(a)\ne0\), cette règle ne s’applique pas.

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Propriété — Composition de fonctions continues (3.6)

Si \(u\) est continue en \(a\), si \(v\) est continue en \(u(a)\) et si \(u(x)\) appartient au domaine de \(v\) pour les entrées considérées proches de \(a\), alors \(v\circ u\), définie par \((v\circ u)(x)=v(u(x))\), est continue en \(a\).

Démonstration 3.6.

Fixons une précision \(\varepsilon>0\) sur l’image finale. La continuité de \(v\) en \(u(a)\) fournit une proximité \(\eta>0\) telle que \(|t-u(a)|<\eta\) entraîne \(|v(t)-v(u(a))|<\varepsilon\) pour les \(t\) de son domaine. La continuité de \(u\) fournit ensuite une proximité \(\delta>0\) telle que \(|x-a|<\delta\) entraîne \(|u(x)-u(a)|<\eta\). Poser \(t=u(x)\) donne la conclusion. Si \(u(x)=u(a)\), l’image finale est déjà exactement \(v(u(a))\) ; ce cas est autorisé.

□

L’ordre des deux demandes est utile à comprendre : on part de la précision voulue à la sortie, on remonte vers une précision suffisante à l’étape intermédiaire, puis vers la proximité des entrées. Pour utiliser la propriété dans un exercice ordinaire, il suffit d’identifier les fonctions et leurs domaines.

Exemple 3.3 — Addition, produit et composition ne sont pas le même geste

\(A(x)=e^x+\sin x\) est une somme de deux fonctions continues sur \(\mathbb{R}\), donc elle y est continue. \(B(x)=(x^2+1)\cos x\) est un produit de deux fonctions continues sur \(\mathbb{R}\).

Pour \(C(x)=\sin(\sqrt{x-1})\), on suit trois opérations : \(x\mapsto x-1\), puis la racine, puis le sinus. La racine impose \(x-1\ge0\), donc le domaine est \([1;+\infty[\). Le polynôme intérieur y prend des valeurs positives ou nulles ; la racine est continue sur ces valeurs ; le sinus est continu sur toutes les valeurs réelles obtenues. La composition est donc continue, y compris à droite en \(1\), où elle vaut \(\sin0=0\).

Pour \(E(x)=e^{1/(x-2)}\), le premier geste est \(x\ne2\). Le quotient est continu sur chacun des intervalles \(]-\infty;2[\) et \(]2;+\infty[\) ; l’exponentielle est continue sur son image. La composition est continue sur ces deux intervalles. La continuité de l’exponentielle ne réintègre pas l’entrée interdite \(2\).

Exemple 3.4 — Un dénominateur trigonométrique qui reste strictement positif

Pour \(q(x)=\cos x/(2+\sin x)\), l’encadrement \(-1\le\sin x\le1\) donne, en ajoutant \(2\), \(1\le2+\sin x\le3\). Le dénominateur n’est donc jamais nul. Numérateur et dénominateur sont continus sur \(\mathbb{R}\) ; \(q\) est continue sur \(\mathbb{R}\). Chercher tous les zéros du dénominateur serait inutile ici : un encadrement suffit à les exclure.

3. Le domaine peut demander un véritable raisonnement

Exemple 3.5 — Une racine de quotient : ordonner les contraintes

Pour \(F(x)=\sqrt{(x-1)/(x+2)}\), il faut simultanément \(x\ne-2\) et \((x-1)/(x+2)\ge0\). Les facteurs changent de signe en \(1\) et \(-2\), à ranger dans l’ordre \(-2<1\). \[\begin{array}{c|ccccccc} x&-\infty&&-2&&1&&+\infty\\\hline x-1&&-&&-&0&+&\\ x+2&&-&0&+&&+&\\ \dfrac{x-1}{x+2}&&+&\Vert&-&0&+& \end{array}\] Dans la ligne de \(x+2\), le signe est positif pour tout \(x>-2\) ; le signe n’est pas répété sous \(1\), qui n’est pas son zéro. Pour \(x<-2\), deux facteurs négatifs donnent un quotient positif. Pour \(-2<x<1\), le numérateur est négatif et le dénominateur positif : quotient négatif. Pour \(x>1\), les deux sont positifs. En \(1\), le quotient vaut \(0\) et la racine existe ; en \(-2\), il n’existe pas.

Le domaine est donc \(]-\infty;-2[\cup[1;+\infty[\). Le quotient est continu sur chaque morceau et ses images y sont positives ou nulles ; composer avec la racine donne la continuité sur ce domaine. En \(1\), la valeur est \(0\) et l’approche possible est par la droite.

4. Les réciproques des règles peuvent être fausses

Soit \(s(x)=-1\) pour \(x<0\) et \(s(x)=1\) pour \(x\ge0\). Les fonctions \(s\) et \(-s\) sont discontinues en \(0\), mais \(s+(-s)=0\) est continue. De même \(s^2=1\) est continue. La continuité d’une somme ou d’un produit ne permet donc pas de remonter à celle de chaque terme ou facteur. Pour la composition, la fonction extérieure constante \(v(t)=0\) donne \(v(s(x))=0\), même si \(s\) est discontinue. Les règles énoncent des conditions suffisantes ; leur conclusion ne prouve pas leurs hypothèses.

À toi 3.1 — Du calcul guidé à une justification personnelle

1. Déterminer le domaine et justifier la continuité de \(G(x)=\sqrt{(x+1)/(x-2)}\). Écrire les signes des deux facteurs avant le quotient.

2. Faire de même pour \(H(x)=1/\sqrt{x^2-4}\). Pourquoi les deux bornes \(-2\) et \(2\) sont-elles exclues ?

3. Justifier la continuité de \(e^{x^2-1}\) et de \(\sqrt{1-\cos x}\), puis expliquer pourquoi aucune dérivée n’est nécessaire.

4. Réfuter : « Si \(u^2\) est continue, alors \(u\) l’est aussi ». Donner une fonction précise, le point en défaut et les deux limites latérales.

Indices. En 2, une racine au dénominateur doit être strictement positive. En 3, \(-1\le\cos x\le1\). En 4, repartir d’un saut entre deux valeurs opposées.

Correction expliquée et contrôle.

1. \(x+1\) est négatif avant \(-1\), nul en \(-1\), positif après. \(x-2\) est négatif avant \(2\), nul en \(2\), positif après. Le quotient est positif sur \(]-\infty;-1[\), négatif sur \(]-1;2[\), positif sur \(]2;+\infty[\). En \(-1\), il vaut \(0/(-3)=0\) ; en \(2\), la division est interdite. Le domaine est \(]-\infty;-1]\cup]2;+\infty[\). Quotient continu puis racine continue sur ses images : continuité sur chaque intervalle, y compris à gauche en \(-1\).

2. Il faut \(x^2-4>0\). Factorisons : \(x^2-4=(x-2)(x+2)\). Avant \(-2\), les deux facteurs sont négatifs, donc produit positif ; entre \(-2\) et \(2\), leurs signes sont opposés ; après \(2\), ils sont positifs. Ainsi \(D_H=]-\infty;-2[\cup]2;+\infty[\). En \(\pm2\), la racine vaut \(0\), ce qui interdit son inverse. Sur le domaine, polynôme, racine puis inverse sont continus aux valeurs traversées, donc \(H\) est continue.

3. \(x^2-1\) est un polynôme continu à valeurs réelles ; l’exponentielle est continue sur \(\mathbb{R}\). Pour l’autre fonction, \(1-\cos x\in[0;2]\), inclus dans le domaine de la racine. La différence puis la composition donnent la continuité sur \(\mathbb{R}\). On utilise directement des règles de continuité, sans calcul supplémentaire.

4. Avec \(u=s\) ci-dessus, \(u^2(x)=1\) pour tout \(x\), donc continue. Pourtant les limites de \(u\) à gauche et à droite de \(0\) valent \(-1\) et \(1\) ; \(u\) n’est pas continue en \(0\).

Réparer — Une simplification ne change pas le domaine initial

La phrase « \(x/x=1\) pour tout \(x\) » est fausse : la simplification exige \(x\ne0\). Pour \(R(x)=(x-3)/(x^2-9)\), factoriser le dénominateur donne \((x-3)(x+3)\). L’expression initiale exclut \(-3\) et \(3\). On obtient \(R(x)=1/(x+3)\) seulement pour \(x\ne-3,3\). Nouvel essai : \((x+2)/(x^2-4)\) se simplifie en \(1/(x-2)\) pour \(x\ne-2,2\), mais conserve ces deux exclusions. Revenir à une racine de quotient : même si l’expression simplifiée existe à une ancienne valeur interdite, il faudrait définir une nouvelle fonction pour l’y ajouter.

À reprendre plus tard, avant de relire

Étudier le domaine puis la continuité de \(W(x)=\sqrt{(x-4)/(x+1)}\). Aide : ordonner les zéros des deux facteurs. Correction : \(x+1\) s’annule en \(-1\), qui est interdit ; \(x-4\) s’annule en \(4\), autorisé car le dénominateur y vaut \(5\). Avant \(-1\), les deux facteurs sont négatifs ; entre \(-1\) et \(4\), leurs signes sont opposés ; après \(4\), ils sont positifs. Le quotient est donc positif ou nul sur \(]-\infty;-1[\cup[4;+\infty[\). Quotient puis composition par la racine : continuité sur ce domaine, à droite en \(4\).

Je sais faire seul si… je détermine le domaine avant de citer une règle, identifie somme, produit ou composition, vérifie les images intermédiaires et garde les conditions des dénominateurs.

4. A — Étudier un raccordement et déterminer des paramètres

Avant de poursuivre. Une accolade définit une seule fonction, par des formules valables sur des morceaux différents. L’inégalité qui inclut le point indique où lire sa valeur. Pour \(f(x)=x^2\) si \(x<1\) et \(f(x)=3x-2\) si \(x\ge1\), la valeur \(f(1)=1\) vient de la seconde ligne, même si la première expression pourrait aussi être calculée en \(1\).

Avant de poursuivre, lire une accolade. Pour \(r(x)=x+2\) si \(x<1\) et \(r(x)=5\) si \(x\ge1\), quelle ligne donne \(r(1)\) ? Vers quelle valeur tend le morceau de gauche ? Vérification : \(1\ge1\), donc \(r(1)=5\) ; les valeurs \(x+2\) tendent vers \(3\) quand \(x\to1^-\). Si tu as écrit \(r(1)=3\), entoure la condition de chaque ligne et reprends le repère : une limite d’un morceau ne donne pas automatiquement la valeur définie au raccord.

Critère — Un raccordement continu (4.1)

Supposons \(f\) définie de part et d’autre de \(a\) et en \(a\). Elle est continue en \(a\) si et seulement si les limites latérales existent comme réels et vérifient \[\lim_{x\to a^-}f(x)=f(a)=\lim_{x\to a^+}f(x).\] C’est le critère des deux côtés : la continuité des formules sur les morceaux ouverts ne règle pas à elle seule le raccordement.

Méthode — Six gestes pour ne rien confondre (4.2)

1. Lire le domaine, les points de raccord et les formules qui y donnent la valeur. 2. Justifier la continuité à l’intérieur de chaque morceau. 3. Calculer la limite de chaque côté. 4. Calculer séparément la valeur au point. 5. Imposer les égalités nécessaires et suffisantes. 6. Vérifier les paramètres trouvés, puis conclure au point et sur le domaine entier demandé.

Le mot « suffisantes » compte : après avoir trouvé les paramètres nécessaires, il faut vérifier qu’ils rendent bien égales les trois quantités et qu’aucun autre point ne pose problème.

Exemple 4.1 — Une seule inconnue : une égalité à résoudre

Soit \(f(x)=x^2\) pour \(x<1\) et \(f(x)=ax-1\) pour \(x\ge1\). Sur chacun des deux morceaux ouverts, la formule est polynomiale donc continue. Le seul raccord est \(1\). \[\lim_{x\to1^-}f(x)=1^2=1,\qquad f(1)=a-1,\qquad \lim_{x\to1^+}f(x)=a-1.\] La continuité équivaut à \(a-1=1\). Ajouter \(1\) aux deux membres donne \(a=2\). Pour cette valeur, la formule de droite devient \(2x-1\) et sa limite au raccord vaut \(1\) ; les trois quantités coïncident. Ainsi \(f\) est continue sur \(\mathbb{R}\) si et seulement si \(a=2\).

Pourquoi cette méthode ? Il n’est pas utile de dériver : on compare des hauteurs. Une dérivée traiterait une autre question, celle des pentes.

Exemple 4.2 — Deux paramètres : distinguer continuité et dérivabilité

Posons \(F(x)=x^2\) si \(x<1\) et \(F(x)=ax+b\) si \(x\ge1\). Les limites latérales sont \(1\) et \(a+b\), et \(F(1)=a+b\). La continuité impose exactement \[a+b=1,\quad\text{soit }b=1-a.\] Il existe donc une infinité de couples : \((0;1)\), \((1;0)\), \((2;-1)\), etc. Une seule condition de hauteur ne fixe pas deux paramètres indépendants.

Pour étudier ensuite la dérivabilité, on rappelle que la dérivée en \(1\) est la limite réelle finie de \((F(1+h)-F(1))/h\), avec \(h\ne0\). Supposons le raccord continu : alors \(F(1)=1\).

Si \(h<0\), l’entrée \(1+h\) utilise le morceau carré. Développons sans perdre la soustraction de la valeur : \[F(1+h)=(1+h)(1+h)=1+h+h+h^2=1+2h+h^2,\] \[\frac{F(1+h)-F(1)}h =\frac{1+2h+h^2-1}{h} =\frac{h(2+h)}h=2+h\longrightarrow2.\] La simplification est autorisée par \(h\ne0\).

Si \(h>0\), \(F(1+h)=a(1+h)+b=(a+b)+ah=1+ah\), donc \[\frac{F(1+h)-F(1)}h=\frac{1+ah-1}{h}=a.\] Les taux latéraux ont la même limite si et seulement si \(a=2\). Avec \(a+b=1\), cela donne \(b=-1\). Pour ce couple, la limite commune du taux est \(2\) : la dérivabilité est bien établie.

Bilan précis. Continuité : tous les couples \(a+b=1\). Dérivabilité : le seul couple \((2;-1)\). Une pente ne compense jamais un saut préalable de valeur.

Lecture de la figure. La parabole à gauche du raccord est identique dans les deux cas. La droite horizontale de droite rejoint la même valeur mais donne une pente \(0\), différente de la pente \(2\) à gauche. La droite \(2x-1\) rejoint à la fois la valeur et la pente : deux conditions distinctes apparaissent sur le dessin.

Exemple 4.3 — Deux raccords : une conclusion globale se mérite

On définit sur \(\mathbb{R}\) \[G(x)=\begin{cases} x+1&x<0,\\ ax^2+b&0\le x\le1,\\ 2x&x>1. \end{cases}\] Les trois expressions sont polynomiales ; les seuls points à vérifier sont \(0\) et \(1\).

Au point \(0\). La limite gauche vaut \(1\) ; la valeur et la limite droite valent \(b\). Donc la continuité en \(0\) équivaut à \(b=1\).

Au point \(1\). La valeur et la limite gauche valent \(a+b\) ; la limite droite vaut \(2\). Donc la continuité en \(1\) équivaut à \(a+b=2\).

Les deux contraintes ensemble. Le système est \(b=1\) et \(a+b=2\). Remplacer \(b\) par \(1\) donne \(a+1=2\), donc \(a=1\). Réciproquement, pour \((a;b)=(1;1)\), les limites et valeurs sont \(1\) au raccord \(0\), puis \(2\) au raccord \(1\). La fonction est donc continue sur tout \(\mathbb{R}\).

Au raccord \(0\), le taux gauche de \(G\) vaut \(1\) ; à droite, \((G(h)-G(0))/h=(h^2+1-1)/h=h\to0\). La fonction continue n’y est pas dérivable. Au raccord \(1\), à gauche le taux vaut \(2+h\to2\), par le développement de \((1+h)^2\) ; à droite, \((2(1+h)-2)/h=2\). La dérivée existe donc en \(1\). La continuité sur tout un domaine n’impose pas la même situation de dérivabilité à tous les raccords.

Lecture de la figure. Les trois morceaux rejoignent les points \((0;1)\) et \((1;2)\). En \(0\), la direction du trait change : les deux pentes sont différentes. En \(1\), les directions se raccordent. Les jonctions sont pleines, car ces valeurs font partie de la fonction.

Exemple 4.4 — Un modèle de tarif : le sens de la variable change la question

Pour une quantité réelle \(q\ge0\), imaginons deux modèles de coût en euros : \[C_1(q)=\begin{cases}3q&0\le q\le10,\\2q+10&q>10,\end{cases} \quad C_2(q)=\begin{cases}3q&0\le q\le10,\\2q&q>10.\end{cases}\] Pour \(C_1\), la limite à gauche en \(10\) vaut \(30\), la valeur \(C_1(10)=30\), et la limite à droite \(2\times10+10=30\). Le modèle est continu : les dix premières unités sont facturées \(30\), puis chaque unité supplémentaire ajoute \(2\) euros.

Pour \(C_2\), la valeur et la limite gauche restent \(30\), tandis que la limite droite vaut \(20\). Le seuil introduit un saut : toutes les unités bénéficient du nouveau prix dès que le seuil est dépassé. Ce second modèle peut représenter une règle commerciale, mais sa fonction n’est pas continue.

La continuité est ici étudiée pour une quantité réelle, comme une masse. Si l’entrée ne prend que des valeurs entières, comme un nombre d’objets, la question scolaire sur les limites latérales réelles ne se transpose pas automatiquement. Il faut préciser le modèle avant de conclure.

À toi 4.1 — Un essai guidé, une tentative, puis une explication

1. Soit \(h(x)=2x+1\) si \(x<0\), et \(h(x)=bx^2+c\) si \(x\ge0\). Trouver tous les couples rendant \(h\) continue en \(0\). L’un d’eux rend-il \(h\) dérivable en \(0\) ?

2. Soit \(T(x)=x+2\) si \(x<0\), \(T(x)=ax+b\) si \(0\le x\le2\), et \(T(x)=x^2\) si \(x>2\). Déterminer les paramètres pour que \(T\) soit continue sur \(\mathbb{R}\).

3. Pour \(p(x)=x+1\) si \(x\ne0\) et \(p(0)=7\), faut-il parler de prolongement ou de modification de valeur ? Justifier.

Indices. En 1, calculer le taux droit une fois le raccord imposé. En 2, garder une condition par raccord avant de résoudre le système. En 3, le domaine contient-il déjà \(0\) ?

Correction expliquée et contrôle.

1. La limite gauche vaut \(1\), la limite droite et la valeur valent \(c\). La continuité équivaut à \(c=1\), sans contrainte sur \(b\). Sous cette condition, pour \(h_0<0\), le taux en \(0\) vaut \(((2h_0+1)-1)/h_0=2\). Pour \(h_0>0\), il vaut \(((bh_0^2+1)-1)/h_0=bh_0\to0\). Les limites \(2\) et \(0\) sont différentes, quel que soit le réel \(b\) : aucun couple ne donne une dérivabilité en \(0\).

2. En \(0\), la limite gauche est \(2\) ; la valeur et la limite droite sont \(b\). Il faut \(b=2\). En \(2\), la valeur et la limite gauche sont \(2a+b\) ; la limite droite vaut \(2^2=4\). Il faut \(2a+b=4\). Remplacer \(b\) par \(2\) donne \(2a+2=4\), puis \(2a=2\) et \(a=1\) en divisant par \(2\ne0\). Pour \((1;2)\), toutes les égalités sont satisfaites et les autres points relèvent de formules polynomiales. La fonction est donc continue sur \(\mathbb{R}\).

3. \(p\) est déjà définie en \(0\). La limite des voisins est \(1\), mais la valeur est \(7\). Il faut remplacer cette valeur par \(1\) ; on ne prolonge pas le domaine. Les mots distinguent deux opérations mathématiques différentes.

Réparer — Choisir la mauvaise ligne au point de raccord

Première erreur : lire \(F(1)=1\) dans la formule valable pour \(x<1\), avant d’avoir établi \(a+b=1\). Reprenons \(v(x)=0\) si \(x<0\) et \(v(x)=2\) si \(x\ge0\) : \(v(0)=2\), car \(0\ge0\). Nouvel essai : \(w(x)=x+3\) si \(x<2\), \(w(2)=-1\), \(w(x)=5\) si \(x>2\). Les voisins donnent \(5\) des deux côtés ; la valeur est \(-1\), lue dans sa propre ligne. Il faut la remplacer par \(5\). Retour à \(F\) : la valeur initiale est bien \(a+b\), que la continuité oblige ensuite à égaler \(1\).

À reprendre plus tard, avant de relire

Pour \(q(x)=x^2\) si \(x<2\), \(q(x)=ax+b\) si \(x\ge2\), trouver les conditions de continuité puis de dérivabilité en \(2\). Aide : lire la valeur, puis développer \((2+h)^2\). Correction : les limites et la valeur imposent \(2a+b=4\). Sous cette condition, \(q(2)=4\). Pour \(h<0\), \((2+h)^2=4+2h+2h+h^2=4+4h+h^2\), donc le taux vaut \((4+4h+h^2-4)/h=h(4+h)/h=4+h\) pour \(h\ne0\), et tend vers \(4\). Pour \(h>0\), \(q(2+h)=2a+b+ah=4+ah\), d’où le taux \(a\). La dérivabilité exige \(a=4\), puis \(2\times4+b=4\) donne \(b=-4\). Vérifier : les deux limites de taux valent \(4\) et les valeurs se raccordent.

Je sais faire seul si… je traite chaque raccord, garde les contraintes simultanées, vérifie leur suffisance et distingue égalité des hauteurs et égalité des pentes.

5. A — Pour approfondir : prolonger une fonction par continuité

Approfondissement du chapitre. Cette unité prolonge le travail sur les limites. Le but n’est pas de donner une valeur à une division par zéro, mais de définir une nouvelle fonction à un point où l’ancienne n’existait pas.

Avant de poursuivre. Pour \(x\ne1\), \((x^2-1)/(x-1)=x+1\) après factorisation. Cette égalité ne définit pas la fraction en \(1\). La limite vaut pourtant \(2\). Si la différence entre expression, fonction et domaine est fragile, compare \(x/x\) sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\) et la constante \(1\) sur \(\mathbb{R}\) : mêmes valeurs sur l’ancien domaine, domaines différents.

Définition — Prolongement continu en un point (5.1)

Soit \(f\) définie sur un domaine \(D\) qui ne contient pas \(a\), mais permet d’approcher \(a\). Un prolongement continu en \(a\) est une fonction \(\widetilde f\) définie sur \(D\cup\{a\}\), égale à \(f\) sur \(D\) et continue en \(a\) relativement à ce nouveau domaine.

Proposition — Existence et unicité de la valeur ajoutée (5.2)

Un tel prolongement existe si et seulement si \(f(x)\) possède une limite réelle finie \(L\) lorsque \(x\to a\) dans \(D\). Dans ce cas, la seule valeur possible est \(\widetilde f(a)=L\).

Démonstration 5.1.

Nécessité. Si un prolongement continu existe, la continuité impose que la limite des valeurs voisines soit \(\widetilde f(a)\), qui est un réel. Comme les valeurs voisines n’ont pas changé, c’est aussi la limite de \(f\).

Suffisance. Si \(f(x)\to L\in\mathbb{R}\), définissons \(\widetilde f(a)=L\) et conservons toutes les valeurs de \(f\) sur \(D\). Les voisins ont encore pour limite \(L\), maintenant égale à la valeur au point : la nouvelle fonction est continue en \(a\).

Unicité. Toute valeur assurant cette continuité devrait être égale à la même limite \(L\). L’unicité de la limite interdit deux choix différents. Une limite infinie ne fournit pas une valeur réelle à ajouter.

□

Exemple 5.1 — Un trou que la factorisation permet de combler

Pour \(f(x)=(x^2-1)/(x-1)\), le domaine initial est \(\mathbb{R}\setminus\{1\}\). L’identité \(x^2-1=(x-1)(x+1)\) donne \[f(x)=\frac{(x-1)(x+1)}{x-1}=x+1\qquad(x\ne1).\] Le facteur simplifié est non nul sur ce domaine. Ainsi \(f(x)\to2\) lorsque \(x\to1\). Le prolongement est \(\widetilde f(1)=2\) et \(\widetilde f(x)=f(x)\) ailleurs ; on peut maintenant écrire \(\widetilde f(x)=x+1\) sur tout \(\mathbb{R}\).

Contrôle des mots. On n’a pas prouvé que la fraction initiale vaut \(2\) en \(1\) ; elle y reste une expression non définie. On a construit une nouvelle fonction.

Exemple 5.2 — Une racine : expliquer le choix du conjugué

Considérons \(q(x)=(\sqrt{1+x}-1)/x\), définie sur \([-1;+\infty[\setminus\{0\}\). Quand \(x\to0\), le numérateur et le dénominateur tendent tous deux vers \(0\). La règle de quotient n’est pas applicable : \(0/0\) désigne une forme indéterminée, pas une valeur.

Le numérateur est une différence contenant une racine. Multiplier par la somme correspondante transforme un produit en différence de carrés. Comme \(\sqrt{1+x}+1\ge1>0\), on multiplie par un quotient égal à \(1\) : \[\begin{align*} q(x)&=\frac{\sqrt{1+x}-1}{x}\times \frac{\sqrt{1+x}+1}{\sqrt{1+x}+1}\\ &=\frac{(\sqrt{1+x})^2-1^2}{x(\sqrt{1+x}+1)} =\frac{(1+x)-1}{x(\sqrt{1+x}+1)}\\ &=\frac{x}{x(\sqrt{1+x}+1)} =\frac1{\sqrt{1+x}+1}\qquad(x\ne0). \end{align*}\] La nouvelle expression a un dénominateur tendant vers \(2\ne0\). Sa limite est \(1/2\). Le prolongement continu est donc obtenu avec \(\widetilde q(0)=1/2\). À la borne \(-1\) de l’ancien domaine, le conjugué vaut encore \(1\) : aucune nouvelle exclusion n’est apparue.

Exemple 5.3 — Reconnaître un taux de variation : réutiliser une dérivée connue

La dérivée en \(a\) est la limite du taux \((f(a+h)-f(a))/h\) pour \(h\to0\), \(h\ne0\). Elle permet parfois de reconnaître immédiatement la valeur du prolongement.

Comme \(\sin0=0\) et \(\sin'(0)=\cos0=1\) en radians, \[\lim_{h\to0}\frac{\sin h}{h} =\lim_{h\to0}\frac{\sin h-\sin0}{h}=1.\] Ainsi \(\sin x/x\) se prolonge par \(1\) en \(0\). De même, \(e^0=1\) et \(\exp'(0)=1\) donnent \((e^x-1)/x\to1\). Enfin, pour \(a>0\), la dérivée de la racine en \(a\) donne \((\sqrt{a+h}-\sqrt a)/h\to1/(2\sqrt a)\) ; on peut aussi retrouver ce résultat par le conjugué, comme au-dessus.

Pourquoi rappeler la provenance ? On utilise des dérivées antérieurement établies. Si l’on cherchait à démontrer ces mêmes dérivées, on ne pourrait pas les supposer pour calculer le taux qui les définit.

Lemme — Amortir une fonction bornée (5.3)

Si \(b\) est bornée près de \(a\) sur le domaine considéré et si \(u(x)\to0\), alors \(u(x)b(x)\to0\).

Démonstration 5.2.

Être bornée près de \(a\) signifie qu’il existe un réel \(M\ge0\) tel que \(|b(x)|\le M\) pour les entrées considérées suffisamment proches de \(a\). Donc \(0\le|u(x)b(x)|\le M|u(x)|\). Le membre de droite tend vers \(0\) ; l’encadrement entraîne \(|u(x)b(x)|\to0\), donc \(u(x)b(x)\to0\).

□

Exemple 5.4 — Des oscillations dont l'amplitude tend vers zéro

Pour \(x\ne0\), posons \(r(x)=x\sin(1/x)\). Le sinus est borné : \(|\sin(1/x)|\le1\). Par conséquent \[|r(x)|\le|x|\longrightarrow0.\] Le lemme donne \(r(x)\to0\), même si l’oscillation seule ne possède pas de limite. Le prolongement par \(r(0)=0\) est continu. Le même mécanisme s’applique à \(x^2\cos(1/x)\) : sa valeur absolue est au plus \(x^2\to0\).

Lecture de la figure. Les deux enveloppes \(y=|x|\) et \(y=-|x|\) enferment le produit \(x\sin(1/x)\). Elles se rejoignent en \(0\) : toute oscillation entre elles est forcée d’avoir une hauteur tendant vers \(0\). La preuve par encadrement reste valable pour les oscillations trop rapides pour être distinguées sur le dessin.

Exemple 5.5 — Trois obstacles à un prolongement réel

Des limites latérales différentes. \(x/|x|\) vaut \(-1\) pour \(x<0\) et \(1\) pour \(x>0\). Les deux limites ne coïncident pas ; aucune valeur en \(0\) ne convient.

Une divergence infinie. \(1/x^2\to+\infty\) en \(0\). Les images dépassent tout réel fixé ; aucune valeur réelle ajoutée ne peut être égale à cette limite infinie. Le symbole \(+\infty\) n’est pas un réel.

Des oscillations non amorties. Pour \(s(x)=\sin(1/x)\), prenons, pour \(n\ge1\), \[a_n=\frac1{\pi/2+2n\pi},\qquad b_n=\frac1{3\pi/2+2n\pi}.\] Les deux suites d’entrées tendent vers \(0\), mais \(s(a_n)=1\) et \(s(b_n)=-1\). Si une limite en \(0\) existait, les images de toutes les approches auraient la même limite, par le résultat de composition des limites de suites. Ce n’est pas le cas. Il n’existe donc pas de limite, ni de prolongement continu. Cette obstruction sera reprise dans l’axe C.

À toi 5.1 — Choisir une méthode avant de consulter la correction

1. Essai guidé. Prolonger \((x^2-4)/(x-2)\) en \(2\). Quel facteur non nul est simplifié ?

2. Tentative. Prolonger \((\sqrt{4+x}-2)/x\) en \(0\). Donner son domaine initial et justifier le conjugué.

3. Changement de situation. Pour \(x\ne0\), \(v(x)=((x^{20}+100)^2-10000)/x^{20}\) et \(v(0)=0\). Cette fonction est-elle continue ? Quelle valeur faut-il modifier ?

4. Justification. Prolonger \(w(x)=x^2\cos(1/x)\) en \(0\). Pourquoi ne peut-on pas conclure de l’absence de limite de \(\cos(1/x)\) que le produit n’a pas de limite ?

Indices gradués. En 1, différence de carrés. En 2, multiplier le numérateur et le dénominateur par la même somme. En 3, développer les quatre produits avant de réduire. En 4, comparer les valeurs absolues.

Correction expliquée et contrôle.

1. Le domaine est \(\mathbb{R}\setminus\{2\}\). \(x^2-4=(x-2)(x+2)\) ; pour \(x\ne2\), la fraction vaut \(x+2\to4\). La valeur ajoutée est donc \(4\). On simplifie \(x-2\), non nul sur l’ancien domaine.

2. Le domaine est \([-4;+\infty[\setminus\{0\}\). Le conjugué \(\sqrt{4+x}+2\ge2>0\) est non nul. Pour \(x\ne0\), \[\frac{\sqrt{4+x}-2}{x} =\frac{(\sqrt{4+x}-2)(\sqrt{4+x}+2)}{x(\sqrt{4+x}+2)} =\frac{4+x-4}{x(\sqrt{4+x}+2)} =\frac1{\sqrt{4+x}+2}.\] Le dénominateur tend vers \(2+2=4\), donc la limite vaut \(1/4\). C’est l’unique valeur du prolongement en \(0\).

3. Développer donne \[(x^{20}+100)^2=x^{40}+100x^{20}+100x^{20}+10000.\] Après soustraction de \(10000\), on obtient \(x^{40}+200x^{20}=x^{20}(x^{20}+200)\). Pour \(x\ne0\), le facteur \(x^{20}\) est non nul et \(v(x)=x^{20}+200\). La limite en \(0\) vaut donc \(200\), différente de \(v(0)=0\). La fonction n’est pas continue. Il faut modifier la valeur déjà définie en \(0\) en la remplaçant par \(200\) ; le domaine n’est pas étendu.

4. \(|w(x)|=x^2|\cos(1/x)|\le x^2\to0\). Le prolongement est \(w(0)=0\). Une absence de limite d’un facteur n’empêche pas un produit de converger : ici l’autre facteur impose une amplitude tendant vers zéro.

Réparer — Une forme indéterminée n'est pas un résultat

Dire « le numérateur tend vers \(0\), donc le quotient tend vers \(0\) » oublie le dénominateur. Pour \(x\ne0\), \(x/x=1\), \(x^2/x=x\to0\), tandis que \(x/x^2=1/x\) n’a pas de limite réelle finie en \(0\). Trois quotients de forme initiale \(0/0\) donnent trois comportements différents.

Nouvel essai corrigé. Pour \((\sqrt{9+x}-3)/x\), le conjugué est \(\sqrt{9+x}+3>0\). On obtient \((9+x-9)/(x(\sqrt{9+x}+3))=1/(\sqrt{9+x}+3)\) pour \(x\ne0\), donc limite \(1/6\). Reviens maintenant à la racine de \(1+x\) : les deux termes \(1\) du dénominateur transformé expliquent \(1/2\).

À reprendre plus tard, avant de relire

Déterminer si \((e^{2x}-1)/x\) se prolonge en \(0\). Aide : faire apparaître le taux \((e^h-1)/h\). Correction : pour \(x\ne0\), \((e^{2x}-1)/x=2(e^{2x}-1)/(2x)\). En posant \(h=2x\to0\), le quotient entre parenthèses tend vers \(1\), dérivée de l’exponentielle en \(0\). La limite est donc \(2\), seule valeur ajoutable. Ne pas oublier le facteur \(2\) produit par le changement de dénominateur.

Je sais faire seul si… je conserve l’ancien domaine, choisis la transformation avec une raison, vérifie les simplifications et distingue trou supprimable, saut, divergence et oscillations.

6. B — Continuité et dérivabilité : comprendre le lien et ses limites

Avant de poursuivre. La continuité compare des valeurs. La dérivabilité compare des taux de variation. Pour \(f(x)=x^2\) en \(a=2\), \((f(2+h)-f(2))/h=(4+4h+h^2-4)/h=4+h\) pour \(h\ne0\). Sa limite \(4\) est la dérivée \(f'(2)\). Le dénominateur doit être non nul : \(h\ne0\), ou \(x\ne a\) dans l’écriture avec \(x-a\).

Un premier contrôle, avant la définition. Pour \(p(x)=x^2\) en \(a=1\), écris le taux de variation avec l’entrée \(1+h\), puis précise la valeur interdite de \(h\). Pourquoi ne calcule-t-on pas directement ce quotient en \(h=0\) ? Vérification : le taux est \([(1+h)^2-1]/h\) pour \(h\ne0\). Le quotient initial n’est pas défini en \(0\) ; on étudie sa limite. Si le numérateur a été remplacé par \((1+h)^2\) seul, réécris la différence \(p(1+h)-p(1)\) avant de développer ; si la division par zéro a été utilisée, reprends la distinction « valeurs voisines » et « valeur au point » du repère.

Définition rappelée — Dérivabilité en un point intérieur (6.1)

\(f\) est dérivable en \(a\) si le taux de variation admet une limite réelle finie : \[f'(a)=\lim_{h\to0,\ h\ne0}\frac{f(a+h)-f(a)}h =\lim_{x\to a,\ x\ne a}\frac{f(x)-f(a)}{x-a}.\] \(f'(a)\) est un nombre ; \(f'\) est la fonction qui associe à chaque point où la dérivée existe ce nombre. Une limite infinie du taux ne donne pas une dérivée ordinaire réelle.

Théorème — Dérivable implique continue (6.2)

Si \(f\) est dérivable en un point intérieur \(a\) de son domaine, alors \(f\) est continue en \(a\).

Démonstration 6.1.

Ce que l’on connaît. Le quotient \((f(a+h)-f(a))/h\) tend vers le réel \(f'(a)\). Ce que l’on cherche. La différence \(f(a+h)-f(a)\) doit tendre vers \(0\).

Pour \(h\ne0\), on retrouve cette différence en multipliant le quotient par son dénominateur : \[f(a+h)-f(a)=h\,\frac{f(a+h)-f(a)}h.\] Quand \(h\to0\), le premier facteur tend vers \(0\) et le second vers un réel fini. La règle de produit donne \(0\times f'(a)=0\). Ajouter la constante \(f(a)\) permet de conclure \(f(a+h)\to f(a)\) : c’est exactement la continuité en \(a\).

Cette démonstration n’a pas remplacé une division par zéro par un calcul : l’identité est utilisée pour \(h\ne0\), puis on passe à la limite. Le caractère fini de \(f'(a)\) permet d’appliquer la règle de produit.

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Corollaire — Continuité sur un intervalle de dérivabilité (6.3)

Une fonction dérivable en chaque point d’un intervalle ouvert y est continue. Pour un intervalle fermé ou semi-ouvert, il faut aussi vérifier la continuité aux extrémités incluses. Une dérivée latérale réelle finie à une extrémité suffit à cette continuité latérale, par la même preuve.

Exemple 6.1 — Ne pas oublier le bord d'un intervalle

Définissons \(f(0)=10\) et \(f(x)=x\) pour \(0<x\le1\). La fonction est dérivable sur \(]0;1[\), avec dérivée \(1\), et donc continue sur cet intervalle ouvert. Pourtant \(\lim_{x\to0^+}f(x)=0\ne10=f(0)\). Elle n’est pas continue sur \([0;1]\). La dérivabilité à l’intérieur ne fixe pas les valeurs aux bords.

1. La réciproque est fausse : trois mécanismes distincts

Exemple 6.2 — Un point anguleux : la valeur absolue

La valeur absolue est continue en \(0\) car \(|x|\to0=|0|\). Pour le taux de variation, \[\frac{|h|-|0|}{h}=\frac{|h|}{h} =\begin{cases}-1&h<0,\\1&h>0.\end{cases}\] Les limites gauche et droite valent respectivement \(-1\) et \(1\). Il n’existe donc pas de limite du taux, ni de dérivée en \(0\). La courbe rejoint bien sa valeur ; ses deux directions ont des pentes différentes.

Exemple 6.3 — Une demi-tangente verticale : une limite de pente infinie

La fonction \(r(x)=\sqrt{x}\) est continue sur \([0;+\infty[\), notamment à droite en \(0\). Pour \(h>0\), \[\frac{r(h)-r(0)}h=\frac{\sqrt h}{h}=\frac1{\sqrt h}\longrightarrow+\infty.\] La simplification utilise \(h=(\sqrt h)^2\) et \(\sqrt h>0\). Le taux n’a pas de limite réelle finie ; il n’y a pas de dérivée réelle à droite en \(0\). Le dessin possède une demi-tangente verticale, et non un angle constitué de deux pentes finies.

Lecture de la figure. La pointe de \(|x|\) associe deux pentes finies différentes. Pour \(\sqrt x\), les sécantes issues de l’origine deviennent de plus en plus proches d’une direction verticale. Ces deux formes de non-dérivabilité ne remettent pas en cause la continuité au point.

Exemple 6.4 — Un taux qui oscille sans se stabiliser

Posons \(r(0)=0\) et \(r(x)=x\sin(1/x)\) pour \(x\ne0\). L’encadrement \(|r(x)|\le|x|\) donne la continuité en \(0\). Mais le taux vaut \[\frac{r(h)-r(0)}h=\sin(1/h)\qquad(h\ne0).\] Pour \(h_n=1/(\pi/2+2n\pi)\), ce taux vaut \(1\) ; pour \(k_n=1/(3\pi/2+2n\pi)\), il vaut \(-1\). Les deux suites d’entrées tendent vers \(0\), mais les taux n’approchent pas une même valeur. La dérivée n’existe donc pas. Dire « une fonction continue non dérivable a nécessairement un point anguleux » serait une généralisation fausse.

Proposition logique — Contraposée vraie, réciproque fausse (6.4)

Le théorème a pour contraposée : si \(f\) n’est pas continue en \(a\), elle n’est pas dérivable en \(a\). En revanche, la continuité ne suffit pas à la dérivabilité, et la non-dérivabilité ne suffit pas à la non-continuité.

Démonstration 6.2.

Si une fonction discontinue en \(a\) était dérivable en \(a\), le théorème donnerait sa continuité, contradiction. Cela prouve la contraposée. Les autres implications proposées sont réfutées par \(|x|\) en \(0\) : continue, mais non dérivable.

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Exemple 6.5 — Un saut : arrêter le travail au bon moment

Soit \(g(x)=x\) si \(x<1\) et \(g(x)=x+2\) si \(x\ge1\). La limite gauche vaut \(1\), la limite droite et la valeur valent \(3\) : la fonction est discontinue en \(1\). Par contraposée, elle n’y est pas dérivable. Calculer tous les taux serait possible, mais inutile pour conclure. Ici le premier examen de continuité règle déjà la question de dérivabilité.

2. Utiliser une dérivée pour préparer l'unicité d'une solution

Résultats antérieurs — Signe de la dérivée et variations (6.5)

Sur un intervalle, une fonction dérivable dont la dérivée est strictement positive est strictement croissante ; une dérivée strictement négative donne la stricte décroissance. Une dérivée positive ou nulle donne seulement la croissance au sens large sans autre information. Ces résultats de variations sont réutilisés dans ce chapitre ; on n’y reconstruit pas tout le chapitre de dérivation.

Une variation stricte assurera au plus un antécédent d’un niveau. Elle ne prouvera pas, à elle seule, que ce niveau est atteint. Par exemple, \(e^x\) est strictement croissante mais ne vaut jamais \(-1\). La continuité interviendra avec un encadrement de niveau pour prouver l’existence.

Exemple 6.6 — Une dérivée nulle en un point peut accompagner une stricte croissance

Pour \(f(x)=x^3\), \(f'(x)=3x^2\) est nulle en \(0\). On ne doit pas conclure que la fonction cesse d’être strictement croissante. Si \(x<y\), \[y^3-x^3=(y-x)(y^2+xy+x^2).\] Le premier facteur est positif. Le second s’écrit \((x+y/2)^2+3y^2/4\) ; il est positif, car une annulation des deux carrés imposerait \(y=0\) puis \(x=0\), contraire à \(x<y\). Donc \(y^3>x^3\) : la fonction est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\).

La condition « dérivée strictement positive partout » est suffisante, mais non nécessaire. À l’inverse, la constante \(f=2\) a une dérivée nulle partout et possède une infinité d’antécédents de \(2\). Le seul signe large \(f'\ge0\) ne suffit donc pas à une unicité.

3. Pour approfondir — Une fonction peut être dérivable sans dérivée continue

Cette question porte sur la continuité de deux fonctions différentes, \(f\) et \(f'\). Elle n’est pas un nouveau prérequis du parcours principal.

Exemple 6.7 — Un facteur supplémentaire change l'existence de la dérivée

Définissons \(F(0)=0\) et \(F(x)=x^2\sin(1/x)\) pour \(x\ne0\). D’abord \(|F(x)|\le x^2\to0\), donc \(F\) est continue en \(0\). Son taux en \(0\) est \(x\sin(1/x)\), de valeur absolue au plus \(|x|\), donc de limite \(0\). Ainsi \(F'(0)=0\) : la dérivée existe.

Aux points \(x\ne0\), on rappelle la règle de chaîne \((\sin u)'=u'\cos u\) et \((1/x)'=-1/x^2\). La règle du produit donne \[F'(x)=2x\sin(1/x)+x^2\left(-\frac1{x^2}\right)\cos(1/x) =2x\sin(1/x)-\cos(1/x).\] Prenons \(a_n=1/(2n\pi)\) et \(b_n=1/((2n+1)\pi)\), pour \(n\ge1\). Les sinus sont nuls pour ces entrées ; les cosinus valent respectivement \(1\) et \(-1\). Ainsi \(F'(a_n)=-1\) et \(F'(b_n)=1\), alors que les deux entrées tendent vers \(0\). La dérivée \(F'\) n’a pas de limite en \(0\), donc elle n’y est pas continue.

Le théorème n’est pas contredit : il affirme la continuité de \(F\) lorsque \(F\) est dérivable. Il ne promet pas la continuité de la nouvelle fonction \(F'\).

À toi 6.1 — Décider, justifier, puis examiner une condition

1. Essai guidé. \(P(x)=x^2\) si \(x<1\), \(P(x)=1\) si \(x\ge1\). Étudier séparément continuité et dérivabilité en \(1\).

2. Tentative. Étudier ces deux questions pour \(Q(x)=|x-4|\) en \(4\). Écrire les deux taux latéraux, sans se contenter du dessin.

3. Logique. Une fonction présente un saut en \(3\). Quelle conclusion sur sa dérivabilité peut-on tirer sans calcul de taux ? Pourquoi la phrase « elle n’est pas dérivable, donc elle saute » est-elle fausse ?

4. Variation de conclusion. Un élève écrit : « \(f'\ge0\), donc chaque niveau a un unique antécédent ». Donner deux obstacles différents à cette conclusion.

Indices. En 1, calculer \(P(1+h)-P(1)\) de chaque côté. En 2, poser \(x=4+h\). En 4, distinguer au moins une solution et au plus une solution.

Correction expliquée et contrôle.

1. La limite gauche est \(1^2=1\) ; la valeur et la limite droite sont \(1\). La fonction est continue en \(1\). Pour \(h<0\), \((1+h)^2=1+2h+h^2\), donc le taux est \((1+2h+h^2-1)/h=2+h\to2\). Pour \(h>0\), le taux est \((1-1)/h=0\). Les limites diffèrent : pas de dérivée.

2. Quand \(x\to4\), \(|x-4|\to0=Q(4)\), donc continuité. Pour \(h\ne0\), \(Q(4+h)=|h|\) ; le taux vaut \(|h|/h\), soit \(-1\) pour \(h<0\) et \(1\) pour \(h>0\). Il n’existe pas de limite commune : pas de dérivée en \(4\).

3. Un saut signifie que la continuité échoue. La contraposée du théorème donne la non-dérivabilité en \(3\). La conclusion inverse échoue par exemple pour \(|x-3|\), continue en \(3\) mais non dérivable : ne pas avoir de dérivée n’oblige pas à avoir un saut.

4. Une dérivée positive ou nulle ne garantit pas une variation stricte : \(f=2\) donne plusieurs antécédents du niveau \(2\). Même une variation stricte ne garantit pas tous les niveaux : \(f=e^x\) ne prend pas la valeur \(-1\). Il manque donc un argument d’unicité et, séparément, un argument d’existence pour le niveau demandé.

Réparer — Écrire « la dérivée vaut l'infini »

Une dérivée ordinaire est un réel fini. Si un taux tend vers \(+\infty\), on décrit une direction verticale, mais on ne l’utilise pas comme un nombre dans les règles de dérivation. Nouvel essai : pour \(v(x)=\sqrt{x-2}\) en \(2\), l’approche est par la droite. Le taux vaut \(\sqrt h/h=1/\sqrt h\to+\infty\), tandis que \(v(2+h)\to0=v(2)\). Continuité à droite, pas de dérivée réelle à droite. Revenir à la racine en \(0\) conduit exactement aux deux mêmes conclusions distinctes.

À reprendre plus tard, avant de relire

Retrouver la démonstration de « dérivable implique continue » en écrivant avec \(x-a\) plutôt qu’avec \(h\). Aide : isoler la différence \(f(x)-f(a)\). Correction : pour \(x\ne a\), \(f(x)-f(a)=(x-a)\,\frac{f(x)-f(a)}{x-a}\). Le premier facteur tend vers \(0\), le quotient vers le réel \(f'(a)\) ; leur produit tend vers \(0\), donc \(f(x)\to f(a)\). La condition est \(x\ne a\), pas \(x\ne0\). Pour contrôler le sens logique, donner ensuite \(|x|\) en \(0\) comme contre-exemple à la réciproque.

Je sais faire seul si… je reconstruis la preuve, distingue les deux fonctions \(f\) et \(f'\), traite les bords à part et utilise les dérivées pour la variation sans leur attribuer une existence de solution.

7. C — L'image d'une suite convergente

Objectif. Une suite donne des entrées de plus en plus proches d’un nombre. La continuité permet de prévoir leurs images. Ce passage est le maillon qui servira ensuite à identifier la limite d’une suite récurrente. Il ne prouve pas, à lui seul, que la suite de départ converge.

Avant de poursuivre. Une suite \((u_n)\) converge vers \(\ell\) lorsque ses termes finissent par rester aussi proches de \(\ell\) que l’on veut. Le rang \(n\) n’est pas l’entrée de la fonction \(f\) : dans \(f(u_n)\), l’entrée est le nombre \(u_n\). Essai : pour \(u_n=2+1/(n+1)\), calculer \(u_0,u_1\) et leur carré, puis donner la limite de \(u_n\).

Correction expliquée et contrôle.

\(u_0=3\), \(u_1=5/2\) ; leurs carrés sont \(9\) et \(25/4\). Puisque \(1/(n+1)\to0\), \(u_n\to2\). Le carré des entrées devrait donc approcher \(4\) ; il reste à justifier que la fonction carré respecte ce passage à la limite. Si tu as proposé \(f(n)=n^2\), tu as changé les entrées : écris d’abord \(n\mapsto u_n\mapsto f(u_n)\).

Théorème — Image d'une suite convergente par une fonction continue (7.1)

Soit \(f\) définie sur un domaine \(D\). On suppose que :

  • la suite réelle \((u_n)\) converge vers un réel \(\ell\) ;

  • à partir d’un certain rang, les termes \(u_n\) appartiennent à \(D\) ;

  • \(\ell\in D\) et \(f\) est continue en \(\ell\), relativement à \(D\).

Alors la suite des images, définie à partir de ce rang, vérifie \[\boxed{\lim_{n\to+\infty} f(u_n)=f(\ell).}\] Certains termes peuvent être égaux à \(\ell\), voire tous les termes : aucune condition \(u_n\ne\ell\) n’est nécessaire.

Idée de la preuve — D'abord les images, puis les entrées, puis le rang

Nous voulons des images proches de \(f(\ell)\). La continuité indique de quelle proximité des entrées cela résulte. La convergence de la suite garantit ensuite cette proximité à partir d’un rang. L’ordre des choix est donc : précision souhaitée sur les images, proximité suffisante des entrées, puis rang à partir duquel cette proximité est acquise.

Démonstration 7.1.

Fixons une précision \(\varepsilon>0\) autour de l’image \(f(\ell)\). Ce nombre représente une distance, non une entrée de \(f\). La continuité en \(\ell\) fournit un nombre \(\delta>0\) tel que \[x\in D\ \text{et}\ |x-\ell|<\delta \quad\Longrightarrow\quad |f(x)-f(\ell)|<\varepsilon.\] Le nombre \(\delta\) est une proximité suffisante des entrées. Il n’est pas nécessairement égal à \(\varepsilon\). Comme \(u_n\to\ell\) et que les termes appartiennent finalement à \(D\), il existe un rang \(N\) tel que, pour tout \(n\ge N\), on ait simultanément \(u_n\in D\) et \(|u_n-\ell|<\delta\). On peut donc appliquer l’implication précédente avec \(x=u_n\) : \[n\ge N\quad\Longrightarrow\quad |f(u_n)-f(\ell)|<\varepsilon.\] Cela vaut pour toute précision positive \(\varepsilon\) : c’est exactement \(f(u_n)\to f(\ell)\). Si \(u_n=\ell\), l’écart des images est déjà nul. Si \(\ell\) est une extrémité du domaine, seules les entrées de \(D\) ont été utilisées : la preuve reste valable.

□

Exemple 7.1 — Voir les deux distances sur une fonction affine

Prenons \(f(x)=3x-5\) et \(u_n=2+1/(n+1)\). La fonction affine est continue en \(2\), donc \(f(u_n)\to f(2)=1\). Ici on peut contrôler exactement : \[f(u_n)=3\left(2+\frac1{n+1}\right)-5 =1+\frac3{n+1},\qquad |f(u_n)-1|=3|u_n-2|=\frac3{n+1}.\] Pour rendre l’écart des images strictement inférieur à \(0{,}01\), il suffit d’imposer \(3/(n+1)<0{,}01\), donc \(n+1>300\). Tout \(n\ge300\) convient. Une proximité de \(0{,}01/3\) des entrées suffit ici pour une proximité de \(0{,}01\) des images. Ce calcul illustre les rôles de \(\delta,\varepsilon,N\) ; il n’est pas à refaire systématiquement pour chaque fonction usuelle.

Méthode — Les vérifications qui précèdent la substitution

Lire la limite connue de la suite ; identifier la fonction appliquée aux termes ; vérifier que ces termes sont dans son domaine ; vérifier que la limite y est aussi ; justifier la continuité en ce point ; calculer enfin son image. La substitution est la dernière ligne autorisée par les précédentes.

Exemple 7.2 — Polynôme et quotient : une limite connue suffit

Supposons \(u_n\to2\). Pour \(P(x)=x^2-3x+1\), le domaine est \(\mathbb{R}\) et \(P\) y est continue. Les termes et leur limite y appartiennent. Ainsi \[u_n^2-3u_n+1=P(u_n)\longrightarrow P(2)=4-6+1=-1.\] Pour \(Q(x)=(x+1)/(x^2+1)\), le dénominateur vérifie \(x^2+1\ge1>0\) pour tout réel \(x\). Le quotient est donc défini et continu sur \(\mathbb{R}\) ; par conséquent \[\frac{u_n+1}{u_n^2+1}\longrightarrow\frac{2+1}{2^2+1}=\frac35.\] Il n’est pas nécessaire de connaître la formule de \(u_n\) : les hypothèses de convergence et de domaine suffisent. Le dénominateur ne se contrôle pas seulement au premier terme, mais par une inégalité valable pour toutes les entrées.

Exemple 7.3 — Une racine au bord de son domaine

Posons \(v_n=2-1/(n+1)\) pour \(n\ge0\) et \(f(x)=\sqrt{4-x^2}\). Le domaine de \(f\) est \([-2;2]\), car \(4-x^2\ge0\) équivaut à \(-2\le x\le2\). Ici \(1\le v_n<2\) et \(v_n\to2\) : tous les termes et la limite appartiennent au domaine. La fonction \(x\mapsto4-x^2\) est continue ; ses images sur ce domaine sont positives ou nulles ; la racine carrée est continue sur \([0;+\infty[\). La composée est donc continue en \(2\), avec une approche par la gauche. Le théorème donne \[\sqrt{4-v_n^2}\longrightarrow \sqrt{4-2^2}=0.\] Contrôle par calcul : \(4-v_n^2=4/(n+1)-1/(n+1)^2\to0\) et cette quantité est bien positive. Une dérivée finie de la racine au bord n’était pas nécessaire : le théorème utilise la continuité.

Exemple 7.4 — Exponentielle et trigonométrie : appliquer une fonction déjà étudiée

Si \(w_n\to0\), l’exponentielle étant continue sur \(\mathbb{R}\), \(e^{w_n}\to e^0=1\). Si \(t_n\to\pi/2\), la continuité du sinus donne \(\sin(t_n)\to1\), tandis que celle du cosinus donne \(\cos(t_n)\to0\). Pour \(t_n=\pi/2+(-1)^n/(n+1)\), les entrées arrivent alternativement des deux côtés ; l’encadrement \(|t_n-\pi/2|=1/(n+1)\to0\) prouve leur convergence. Les deux conclusions précédentes restent vraies. L’entrée du sinus est une mesure en radians ; elle ne doit pas être convertie implicitement en degrés.

Exemple 7.5 — Une suite traverse un raccordement

Définissons \[p(x)=\begin{cases}x^2&\text{si }x<1,\\2x-1&\text{si }x\ge1,\end{cases} \qquad t_n=1+\frac{(-1)^n}{n+1}.\] La limite à gauche de \(p\) en \(1\) vaut \(1\) ; celle à droite vaut \(2-1=1\), et \(p(1)=1\). La fonction est donc continue en \(1\). Comme \(t_n\to1\), on en déduit \(p(t_n)\to1\). Un calcul selon la parité permet de vérifier la conclusion. Si \(n\) est pair, \(t_n>1\) et \(p(t_n)=1+2/(n+1)\). Si \(n\) est impair, \(t_n<1\) et \[p(t_n)=\left(1-\frac1{n+1}\right)^2 =1-\frac2{n+1}+\frac1{(n+1)^2}.\] Les deux expressions tendent vers \(1\). Ce contrôle explique le mécanisme, mais la continuité évitait justement de devoir séparer les parités pour conclure.

Exemple 7.6 — Certains termes sont exactement au point limite

Définissons \(z_{2n}=0\) et \(z_{2n+1}=1/(n+1)\) pour \(n\ge0\). Les termes pairs valent \(0\) et les impairs tendent vers \(0\) ; toute la suite tend donc vers \(0\). Plus précisément, pour un seuil donné, les termes impairs suffisamment avancés le respectent et les termes pairs le respectent déjà. La fonction \(x\mapsto\sqrt{x}\) est continue en \(0\) sur son domaine \([0;+\infty[\). Tous les \(z_n\) sont positifs ou nuls, donc \(\sqrt{z_n}\to0\). Interdire \(z_n=0\) aurait exclu inutilement la moitié des termes. La continuité inclut la valeur au point ; elle ne demande pas un quotient par \(z_n\).

Contre-exemples — Ce que le théorème ne permet pas d'inverser

Sans continuité au point limite. Soit \(f(0)=1\) et \(f(x)=0\) pour \(x\ne0\). Avec \(u_n=1/(n+1)\), on a \(u_n\to0\), mais \(f(u_n)=0\to0\ne f(0)\). Le domaine et la convergence étaient corrects ; c’est la continuité qui manque.

Si la limite n’appartient pas au domaine. Pour \(f(x)=1/x\) et \(u_n=1/(n+1)>0\), les images sont toutes définies mais \(0\) n’appartient pas au domaine. On ne peut écrire \(f(u_n)\to f(0)\). En réalité, \(f(u_n)=n+1\to+\infty\). Les valeurs finies de chaque terme ne garantissent pas une limite réelle finie.

Si seules les images convergent. La suite \(u_n=(-1)^n\) ne converge pas : ses termes pairs valent \(1\) et ses termes impairs \(-1\). Pourtant, pour \(f(x)=x^2\), les images valent toutes \(1\). La convergence de \(f(u_n)\) ne force donc pas celle de \(u_n\), même lorsque \(f\) est continue partout.

Une seule approche ne prouve pas la continuité. Posons \(s(x)=0\) pour \(x\le0\) et \(s(x)=1\) pour \(x>0\). Avec \(u_n=-1/(n+1)\), on a \(s(u_n)=0\to s(0)\). Mais \(s\) n’est pas continue en \(0\) : les entrées positives ont toutes l’image \(1\). Tester un seul chemin favorable ne contrôle pas les autres chemins.

Corollaire — Réfuter une continuité à l'aide de suites (7.2)

Supposons que \(f\) soit définie en \(a\). Si une suite \((u_n)\) de son domaine tend vers \(a\) mais que \(f(u_n)\) ne tend pas vers \(f(a)\), alors \(f\) n’est pas continue en \(a\). En particulier, deux suites tendant vers \(a\) dont les images ont deux limites différentes réfutent la continuité en \(a\).

Démonstration 7.2.

Si \(f\) était continue en \(a\), le théorème imposerait \(f(u_n)\to f(a)\) pour chaque suite considérée. Cela contredit la première situation. Dans la seconde, les deux limites des images devraient être égales au même réel \(f(a)\), alors qu’elles sont différentes.

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Exemple 7.7 — Repérer des oscillations qu'un dessin peut mal montrer

Définissons \(F(x)=\sin(1/x)\) pour \(x\ne0\), et \(F(0)=0\). Pour \(n\ge1\), posons \[a_n=\frac1{\pi/2+2n\pi},\qquad b_n=\frac1{3\pi/2+2n\pi}.\] Les deux dénominateurs tendent vers \(+\infty\), donc \(a_n,b_n\to0\). Par les valeurs remarquables et la périodicité du sinus, \(F(a_n)=1\) et \(F(b_n)=-1\). Leurs limites diffèrent : \(F\) n’est pas continue en \(0\). L’argument montre même que la fonction initiale, sans valeur en \(0\), n’a pas de limite en \(0\) ; aucune valeur ajoutée ne pourrait la rendre continue. Ne pas appeler « discontinue en \(0\) » une fonction qui n’y était pas encore définie : c’est ici le prolongement proposé \(F\) que l’on a réfuté.

À toi 7.1 — Essai guidé — Une même limite, plusieurs domaines

On sait seulement que \(u_n\to-2\).

  1. Déterminer la limite de \((2u_n+1)/(1+u_n^2)\).

  2. Peut-on affirmer que \(\sqrt{u_n+2}\) est définie à partir d’un certain rang ? Si l’on ajoute \(u_n\ge-2\) pour tout \(n\), quelle est sa limite ?

  3. Peut-on affirmer que \(1/(u_n+2)\) converge vers un réel ? Comparer les suites \(u_n=-2+1/(n+1)\) et \(v_n=-2-1/(n+1)\).

Indices gradués. 1. Identifier la fonction de l’entrée réelle \(x\). 2. Une suite qui tend vers \(-2\) peut l’approcher par le dessous. 3. Calculer les deux inverses sans substitution en une valeur interdite.

Correction expliquée et contrôle.

a) Le quotient \(Q(x)=(2x+1)/(1+x^2)\) est continu sur \(\mathbb{R}\), son dénominateur étant \(\ge1\). Donc \(Q(u_n)\to Q(-2)=(-4+1)/(1+4)=-3/5\).

b) La seule convergence ne suffit pas au domaine. Par exemple \(u_n=-2-1/(n+1)\) donne \(u_n+2<0\) à chaque rang : la racine réelle n’existe jamais. Avec l’hypothèse supplémentaire \(u_n\ge-2\), les termes appartiennent au domaine \([-2;+\infty[\) de \(x\mapsto\sqrt{x+2}\). Cette fonction est continue en \(-2\) du côté accessible, donc les images tendent vers \(0\).

c) Le point limite \(-2\) est exclu du domaine de \(x\mapsto1/(x+2)\). Pour la première suite, les images valent \(n+1\to+\infty\) ; pour la seconde, elles valent \(-(n+1)\to-\infty\). On pourrait même avoir \(u_n=-2\), rendant l’expression indéfinie. Aucune conclusion finie commune n’est autorisée par l’information initiale.

À toi 7.2 — À chercher — La conclusion est-elle justifiée ?

Soit \(f(x)=x^2\) pour \(x<0\) et \(f(x)=3x\) pour \(x\ge0\). Une suite réelle \((w_n)\) tend vers \(0\) et prend des valeurs positives, négatives et nulles. Déterminer la limite de \(f(w_n)\) sans supposer une formule pour \(w_n\). Puis examiner l’affirmation : « Puisque les images de \(1/(n+1)\) convergent vers \(f(0)\), cette seule vérification prouve que \(f\) est continue en \(0\). » Indice. La première question demande une propriété de \(f\) au raccordement ; la seconde porte sur la validité d’un raisonnement, même si sa conclusion est vraie dans cet exemple.

Correction expliquée et contrôle.

Les limites latérales en \(0\) sont \(0^2=0\) et \(3\times0=0\) ; la valeur au point vient du second morceau et vaut \(f(0)=0\). La fonction est continue en \(0\). Tous les termes \(w_n\) et leur limite appartiennent à son domaine \(\mathbb{R}\) : le théorème donne \(f(w_n)\to0\), y compris les termes nuls. L’affirmation proposée ne constitue pas une preuve suffisante de continuité : elle ne teste que des entrées positives. Par exemple, la fonction \(r(x)=1\) pour \(x<0\) et \(r(x)=0\) pour \(x\ge0\) vérifie \(r(1/(n+1))=0\to r(0)\), tout en étant discontinue en \(0\) : sa limite à gauche vaut \(1\). Ce contrôle peut donc manquer l’autre branche. Ici la continuité est vraie grâce à l’examen des deux côtés et de la valeur, non grâce à ce test isolé.

Réparer — La substitution précède ses conditions

Tentative erronée : « \(u_n\to0\), donc \(1/u_n\to1/0=0\). » La première expression sans sens est \(1/0\) ; elle n’est ni nulle ni un réel infini. Rappel ciblé : l’inverse est continu en un réel non nul, pas en \(0\). Exemple simple : \(u_n=1/(n+1)\) donne \(1/u_n=n+1\).

Nouvel essai. Pour \(v_n=3+1/(n+1)\), déterminer la limite de \(1/v_n\) puis celle de \(1/(v_n-3)\). Correction. L’inverse est continu en \(3\ne0\), donc \(1/v_n\to1/3\). En revanche \(1/(v_n-3)=n+1\to+\infty\) ; la fonction \(x\mapsto1/(x-3)\) n’est pas définie en la limite \(3\). Retour à la tentative initiale : écrire d’abord la fonction et son domaine aurait empêché la substitution interdite.

À reprendre plus tard, avant de relire

Avant de relire, traiter deux nouvelles situations. (a) \(v_n\ge0\) et \(v_n\to0\) : limite de \(\sqrt{1+v_n}/(2+v_n)\) ? (b) \(q(x)=0\) pour \(x\ne1\) et \(q(1)=4\) : construire une suite réfutant la continuité en \(1\). Corrections. (a) La fonction \(x\mapsto\sqrt{1+x}/(2+x)\) est continue en \(0\) ; les termes positifs ou nuls sont dans son domaine, le dénominateur y est \(\ge2\) et la limite \(0\) y appartient. Les images tendent vers \(1/2\). (b) Choisir \(u_n=1+1/(n+1)\) : les termes sont différents de \(1\), donc \(q(u_n)=0\to0\), alors que \(u_n\to1\) et \(q(1)=4\). Une continuité imposerait la limite \(4\) des images : contradiction.

Je sais faire seul si… je distingue le rang, le terme et son image ; je vérifie le domaine des termes et celui de leur limite ; j’explique où intervient la continuité ; j’autorise les termes égaux au point limite ; je distingue une preuve de continuité, un contrôle sur une approche et un contre-exemple suffisant pour la réfuter.

8. C — Suites récurrentes : conjecturer, prouver, identifier

Objectif. Étudier une suite \(u_{n+1}=f(u_n)\) demande de distinguer trois questions : les termes existent-ils tous ? La suite converge-t-elle ? Si elle converge, quelle est sa limite ? La continuité répond à une étape de la troisième question. Les premières demandent leurs propres arguments.

Avant de poursuivre. Une suite réelle croissante et majorée converge ; une suite décroissante et minorée aussi. La limite respecte les bornes larges. La monotonie seule ne suffit pas : \(u_n=n\) croît sans limite réelle finie. Une borne seule ne suffit pas : \((-1)^n\) reste dans \([-1;1]\) sans converger. Essai : si une suite croît et reste inférieure à \(2\), sa limite vaut-elle nécessairement \(2\) ?

Correction expliquée et contrôle.

Elle converge vers un réel \(\ell\le2\), mais ce réel peut être plus petit. Par exemple \(u_n=1-1/(n+1)\) croît, reste inférieur à \(2\) et tend vers \(1\). Le théorème donne l’existence d’une limite ; un autre argument devra l’identifier. Ne remplace pas un majorant par une limite sans justification.

Définition — Intervalle stable (8.1)

Un intervalle \(I\) est stable par \(f\) lorsque \(f\) est définie sur \(I\) et \(f(I)\subset I\). Cela signifie : pour tout \(x\in I\), l’image \(f(x)\) appartient encore à \(I\). La stabilité ne signifie ni \(f(x)=x\) pour chaque \(x\), ni \(f(I)=I\).

Proposition — La stabilité assure la bonne définition des itérées (8.2)

Si \(u_0\in I\), si \(f\) est définie sur \(I\) et si \(f(I)\subset I\), alors la relation \(u_{n+1}=f(u_n)\) définit tous les termes de la suite et \(u_n\in I\) pour tout entier naturel \(n\).

Démonstration 8.1.

Au rang \(0\), le terme est donné et appartient à \(I\). Supposons \(u_n\) défini et dans \(I\). La fonction y est définie, donc \(f(u_n)\) existe ; la stabilité assure \(f(u_n)\in I\). Ainsi \(u_{n+1}\) existe et appartient à \(I\). L’initialisation et l’hérédité établissent les deux conclusions pour tout \(n\).

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Exemple 8.1 — Vérifier le départ et la stabilité sont deux gestes différents

Pour \(f(x)=(x+2)/3\), si \(0\le x\le1\), alors \(2\le x+2\le3\), donc \(2/3\le f(x)\le1\). Ainsi \([0;1]\) est stable. Tout départ dans ce segment donne des termes dans ce segment, bien que la fonction n’en remplisse que la partie \([2/3;1]\). Le départ \(u_0=-1\) n’appartient pas à \([0;1]\) : on ne peut alors écrire \(0\le u_n\le1\) pour tout \(n\ge0\). Dans ce cas particulier \(u_1=1/3\) entre dans le segment ; la même récurrence s’applique ensuite à partir du rang \(1\), ce qui doit être annoncé.

Définition — Point fixe (8.3)

Un réel \(\ell\) est un point fixe de \(f\) si \(\ell\) appartient au domaine de \(f\) et \(f(\ell)=\ell\). Graphiquement, c’est une abscisse d’intersection de la courbe \(y=f(x)\) et de la droite \(y=x\).

Proposition — Équation nécessaire d'une limite éventuelle (8.4)

Supposons que \(u_{n+1}=f(u_n)\) converge vers un réel \(\ell\) appartenant au domaine de \(f\), et que \(f\) soit continue en \(\ell\). Alors \[\boxed{\ell=f(\ell).}\] C’est une condition nécessaire pour une limite dont l’existence est supposée ou démontrée. Ce résultat ne prouve pas à lui seul la convergence.

Démonstration 8.2.

Le décalage d’un rang ne change pas une limite : \(u_{n+1}\to\ell\). Pour le comprendre, tout rang suffisamment grand pour \(u_n\) le reste après l’ajout de \(1\). Par continuité en \(\ell\), le théorème de l’image d’une suite donne \(f(u_n)\to f(\ell)\). Or \(u_{n+1}=f(u_n)\) à chaque rang. L’unicité de la limite impose donc \(\ell=f(\ell)\).

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Méthode — Une recherche de candidats est autorisée, une conclusion prématurée ne l'est pas

On peut chercher d’abord : « Si la suite converge vers un réel du domaine où \(f\) est continue, alors sa limite devra vérifier \(\ell=f(\ell)\) ». Cette recherche peut suggérer une borne ou un intervalle stable. Il faut ensuite revenir aux termes réels de la suite, prouver leur bonne définition et leur convergence, puis vérifier que la limite appartient au bon domaine avant de retenir un candidat.

Deux organisations sont donc possibles : prouver la convergence puis chercher la limite ; ou chercher des candidats conditionnels, s’en servir pour préparer la preuve, puis établir la convergence et conclure. Dans les deux cas, l’égalité de point fixe ne remplace jamais la preuve d’existence de la limite.

Proposition — Ce qu'une fonction croissante transmet à l'itération (8.5)

Soit \(I\) stable par une fonction \(f\) croissante, au sens large, sur \(I\), et \(u_0\in I\). Si \(u_1\ge u_0\), la suite \((u_n)\) est croissante. Si \(u_1\le u_0\), elle est décroissante. Si \(u_1=u_0\), elle est constante. La croissance de \(f\) ne décide donc pas seule du sens de la suite : il faut examiner le premier pas.

Démonstration 8.3.

Supposons \(u_1\ge u_0\). Si \(u_{n+1}\ge u_n\), la croissance de \(f\) donne \[u_{n+2}=f(u_{n+1})\ge f(u_n)=u_{n+1}.\] Le premier pas initialise cette récurrence ; elle prouve tous les pas suivants. Si le premier pas est dans l’autre sens, appliquer \(f\) conserve également ce sens, ce qui établit la décroissance. Enfin \(u_1=u_0\) signifie que le départ est un point fixe ; son image reste égale au même nombre à tous les rangs.

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Exemple 8.2 — Une étude affine complète, puis un contrôle par formule exacte

Soit \(v_0=0\) et \(v_{n+1}=(v_n+2)/3\). La stabilité de \([0;1]\), vérifiée plus haut, et \(v_0\in[0;1]\) assurent par récurrence que tous les termes sont définis et \(0\le v_n\le1\). Pour étudier le sens de la suite, comparons deux termes successifs : \[v_{n+1}-v_n=\frac{v_n+2}{3}-v_n =\frac{v_n+2-3v_n}{3}=\frac{2(1-v_n)}3\ge0.\] La dernière inégalité utilise précisément \(v_n\le1\), déjà démontré. La suite est croissante et majorée, donc converge vers un réel \(\ell\in[0;1]\). La fonction affine \(f(x)=(x+2)/3\) est continue en \(\ell\). Le passage à la limite donne \[\ell=\frac{\ell+2}{3} \quad\Longleftrightarrow\quad3\ell=\ell+2 \quad\Longleftrightarrow\quad2\ell=2 \quad\Longleftrightarrow\quad\ell=1.\] Les opérations sont réversibles : multiplication par \(3\ne0\), soustraction de \(\ell\), puis division par \(2\ne0\).

Contrôle indépendant. La relation donne \(1-v_{n+1}=(1-v_n)/3\). Par récurrence, \(1-v_n=3^{-n}(1-v_0)=3^{-n}\), donc \(v_n=1-3^{-n}\to1\). Cette formule vérifie la limite et fournit une erreur exacte. Elle ne transforme pas l’argument « majorée par \(1\) » en preuve que la limite vaut \(1\) : c’est une information supplémentaire.

Exemple 8.3 — Même fonction croissante, suite décroissante

Pour \(w_0=3\) et \(w_{n+1}=(w_n+2)/2\), la fonction \(g(x)=(x+2)/2\) est croissante. Sur \([2;3]\), elle prend des valeurs entre \(2\) et \(5/2\), donc le segment est stable. Une récurrence à partir de \(w_0=3\) donne \(2\le w_n\le3\). Pourtant \(w_1=5/2<w_0\) et \[w_{n+1}-w_n=\frac{2-w_n}{2}\le0.\] La suite décroît. Minorée par \(2\), elle converge vers \(\ell\in[2;3]\) ; la continuité de \(g\) donne \(2\ell=\ell+2\), donc \(\ell=2\). Le contrôle \(w_{n+1}-2=(w_n-2)/2\) fournit \(w_n=2+2^{-n}\). La croissance de la fonction a transmis le premier pas décroissant, au lieu de l’inverser.

Exemple 8.4 — Une suite à racine : prouver chaque maillon

On considère \(u_0=1\) et \(u_{n+1}=\sqrt{2+u_n}\).

Chercher conditionnellement. La fonction \(f(x)=\sqrt{2+x}\) est définie et continue sur \([-2;+\infty[\). Une limite éventuelle \(\ell\) dans ce domaine devrait vérifier \(\ell=\sqrt{2+\ell}\), donc être positive ou nulle. En élevant au carré, on obtiendrait \(\ell^2-\ell-2=0\), soit \((\ell-2)(\ell+1)=0\). Le nombre \(-1\) ne vérifie pas l’équation initiale, car \(\sqrt{2-1}=1\ne-1\). Le seul point fixe est \(2\). Cette recherche suggère le segment \([1;2]\) ; elle ne donne encore aucune convergence.

Assurer la définition et les bornes. Si \(1\le x\le2\), alors \(3\le2+x\le4\). La racine étant croissante, \(\sqrt3\le f(x)\le2\), et ces images sont dans \([1;2]\). Le segment est stable. Au rang \(0\), \(u_0=1\) y appartient. Si \(u_n\in[1;2]\), le calcul précédent assure que \(u_{n+1}\) existe et est encore dans ce segment. La récurrence donne \(1\le u_n\le2\) à tous les rangs.

Prouver la monotonie. Pour \(x\in[1;2]\), les nombres \(\sqrt{2+x}\) et \(x\) sont positifs. Sur les nombres positifs, comparer les carrés conserve l’ordre. Ainsi \[\begin{align*} \sqrt{2+x}\ge x &\Longleftrightarrow 2+x\ge x^2\\ &\Longleftrightarrow 2+x-x^2\ge0\\ &\Longleftrightarrow (2-x)(x+1)\ge0. \end{align*}\] La dernière inégalité est vraie puisque \(2-x\ge0\) et \(x+1>0\). En remplaçant \(x\) par \(u_n\in[1;2]\), on obtient \(u_{n+1}\ge u_n\).

Converger, puis identifier. La suite est croissante et majorée par \(2\), donc converge vers \(\ell\in[1;2]\). Ce segment est contenu dans le domaine de continuité de \(f\). On peut maintenant passer à la limite : \(\ell=f(\ell)\). Le seul candidat compatible avec les bornes et l’équation est \(2\). La limite est donc effectivement \(2\).

Autre preuve de la croissance. La fonction \(f\) est croissante et \(u_1=\sqrt3>u_0=1\) ; le résultat de transmission du premier pas prouve aussi que \((u_n)\) est croissante. La méthode par différence ou comparaison directe fait apparaître la borne \(2\) ; la méthode par croissance de \(f\) évite ici une factorisation. Les deux sont valables avec leurs hypothèses.

Lecture de la figure. Pour la suite à racine, partir de \((u_0;0)\) et monter verticalement au point \((u_0;f(u_0))=(u_0;u_1)\). Aller horizontalement jusqu’à la diagonale \(y=x\) atteint \((u_1;u_1)\). Monter de nouveau à la courbe atteint \((u_1;u_2)\) ; le prochain segment horizontal reporte \(u_2\) en abscisse. À droite, le même procédé pour \(f(x)=1-x\) depuis \(0\) boucle entre \(0\) et \(1\). La construction montre des termes ; seule la preuve écrite permet de conclure pour tous les rangs.

Proposition — Une borne d'erreur pour la suite à racine (8.6)

Pour la suite précédente, pour tout \(n\ge0\), \[0\le2-u_n\le\frac1{3^n}.\] En particulier, au rang \(7\), la distance à la limite est strictement inférieure à \(10^{-3}\).

Démonstration 8.4.

Les bornes précédentes donnent \(0\le2-u_n\). Multiplions par le conjugué, dont le dénominateur est positif : \[2-u_{n+1}=2-\sqrt{2+u_n} =\frac{4-(2+u_n)}{2+\sqrt{2+u_n}} =\frac{2-u_n}{2+\sqrt{2+u_n}}.\] Comme \(u_n\ge1\), le dénominateur est \(\ge2+\sqrt3>3\), donc \(0\le2-u_{n+1}\le(2-u_n)/3\). Au rang \(0\), \(2-u_0=1=3^0\). Si \(2-u_n\le3^{-n}\), l’inégalité précédente donne \(2-u_{n+1}\le3^{-(n+1)}\). La récurrence établit la borne. Enfin \(3^7=2187>1000\), donc \(3^{-7}<10^{-3}\). Sept étapes suffisent pour cette garantie ; cela ne signifie pas que l’erreur réelle vaut exactement \(3^{-7}\), ni qu’il est impossible de faire mieux.

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Contre-exemples — Les trois hypothèses que le calcul ne doit pas remplacer

Un unique point fixe n’impose pas la convergence. Sur \([0;1]\), \(f(x)=1-x\) est continue et stable. Son point fixe satisfait \(1-\ell=\ell\), donc \(\ell=1/2\), unique. Depuis \(u_0=0\), on obtient \(u_1=1\), \(u_2=0\), puis \(u_{2n}=0\), \(u_{2n+1}=1\) par récurrence. Ces deux sous-suites ont des limites différentes : la suite ne converge pas. Depuis \(u_0=1/2\), elle serait constante. Il faut donc tenir compte du départ.

La convergence seule ne remplace pas la continuité. Définissons \(f(0)=1\) et \(f(x)=x/2\) pour \(0<x\le1\). Depuis \(u_0=1\), une récurrence donne \(u_n=2^{-n}>0\), donc \(u_n\to0\). Pourtant \(f(0)=1\ne0\). La fonction n’est pas continue en \(0\), car les images des entrées positives tendent vers \(0\). L’équation de point fixe n’était pas autorisée en cette limite.

Un intervalle stable ouvert ne contient pas forcément la limite. Sur \(]0;1[\), \(f(x)=(x+1)/2\) conserve l’intervalle. Depuis \(u_0=1/2\), le calcul \(1-u_{n+1}=(1-u_n)/2\) donne \(u_n=1-2^{-(n+1)}\to1\). La fonction restreinte à \(]0;1[\) n’est pas définie en \(1\). On peut prolonger ici la formule affine à cette borne et utiliser la nouvelle fonction continue, mais il faut annoncer cette extension ; la stabilité seule n’a pas ajouté \(1\) au domaine initial.

Exemple 8.5 — Plusieurs points fixes : la condition initiale choisit le comportement

Soit \(u_0=c\in[0;1]\) et \(u_{n+1}=u_n^2\). Les points fixes de \(f(x)=x^2\) satisfont \(\ell^2=\ell\), soit \(\ell(\ell-1)=0\) : ce sont \(0\) et \(1\).

Si \(c=1\), la suite est constante égale à \(1\), car \(1^2=1\). Supposons maintenant \(0\le c<1\). Pour \(x\in[0;c]\), on a \(0\le x^2\le x\le c\) : le segment est stable et \(f(x)\le x\). Par récurrence, \(0\le u_n\le c\), et \(u_{n+1}\le u_n\). La suite décroît et est minorée par \(0\), donc converge vers \(\ell\in[0;c]\). La continuité de la fonction carré donne \(\ell^2=\ell\). Comme \(\ell\le c<1\), le candidat \(1\) est exclu : \(\ell=0\).

Ainsi un départ strictement inférieur à \(1\) conduit à \(0\), tandis que le départ \(1\) reste à \(1\). Deux points fixes ne sont pas deux limites simultanées pour une même suite : les bornes provenant du départ sélectionnent celle qui convient. Contrôle : \(u_1=c^2\), \(u_2=c^4\), et une récurrence donne \(u_n=c^{2^n}\), cohérent avec les deux comportements.

Pour approfondir — Une fonction décroissante peut donner une suite oscillante convergente

Le cycle de \(1-x\) ne signifie pas que toute fonction décroissante provoque une divergence. Voici une étude qui prouve l’inverse sans utiliser de théorème général de contraction.

Exemple 8.6 — L'itération \(u_{n+1}=1+1/u_n\) depuis \(1\)

Posons \(u_0=1\) et \(f(x)=1+1/x\) sur \(]0;+\infty[\). Pour \(x\in[1;2]\), \(1/2\le1/x\le1\), donc \(3/2\le f(x)\le2\). Le segment \([1;2]\) est stable ; une récurrence garantit la bonne définition et \(1\le u_n\le2\). Les premiers termes sont \[u_0=1,\qquad u_1=2,\qquad u_2=\frac32,\qquad u_3=\frac53,\qquad u_4=\frac85.\] La suite entière n’est pas monotone : \(u_1>u_0\), puis \(u_2<u_1\). Le théorème des suites monotones ne s’applique donc pas directement à elle.

Cherchons un point fixe positif. L’équation \(x=1+1/x\), avec \(x>0\), équivaut à \(x^2-x-1=0\). Le discriminant vaut \(1+4=5\). La seule racine positive est \[\varphi=\frac{1+\sqrt5}{2}.\] Comme \(2<\sqrt5<3\), on a \(3/2<\varphi<2\). Vérifier \(\varphi^2=\varphi+1\) donne \(\varphi=1+1/\varphi\), car \(\varphi\ne0\).

Prouver la convergence par une erreur majorée. En soustrayant les deux relations, on obtient \[\begin{align*} u_{n+1}-\varphi &=\left(1+\frac1{u_n}\right)-\left(1+\frac1\varphi\right)\\ &=\frac1{u_n}-\frac1\varphi =\frac{\varphi-u_n}{\varphi u_n} =-\frac{u_n-\varphi}{\varphi u_n}. \end{align*}\] Les dénominateurs sont positifs puisque \(u_n\ge1\) et \(\varphi>0\). En prenant les valeurs absolues et en utilisant \(u_n\ge1\) puis \(\varphi>3/2\), on obtient \[|u_{n+1}-\varphi| \le\frac1\varphi|u_n-\varphi| \le\frac23|u_n-\varphi|.\] Au rang \(0\), \(|u_0-\varphi|=\varphi-1<1\). Une récurrence donne alors \[0\le|u_n-\varphi|\le\left(\frac23\right)^n|1-\varphi| <\left(\frac23\right)^n.\] La suite géométrique de raison \(2/3\) tend vers \(0\). Le théorème d’encadrement donne \(|u_n-\varphi|\to0\), donc \(u_n\to\varphi\). Cette fois, la convergence vient d’une borne d’erreur tendant vers zéro, pas de la monotonie de la suite entière.

Comprendre les oscillations. L’identité sans valeur absolue montre que \(u_{n+1}-\varphi\) a le signe opposé de \(u_n-\varphi\). Comme \(u_0=1<\varphi\) et qu’aucun de ces écarts ne peut devenir nul à partir d’un écart non nul, les termes sont alternativement au-dessous et au-dessus de \(\varphi\). Osciller n’empêche donc pas de converger lorsque l’amplitude se réduit vers zéro.

Contrôle de précision. Puisque \(2^{18}\times1000=262144000<387420489=3^{18}\), on a \((2/3)^{18}<10^{-3}\). Le rang \(18\) suffit pour garantir \(|u_{18}-\varphi|<10^{-3}\) par la majoration démontrée. La vitesse observée sur les premières valeurs ne serait pas, à elle seule, une telle garantie.

Lecture de la figure. À gauche, les allers-retours entre la courbe \(y=1+1/x\) et la diagonale construisent les termes depuis \(u_0=1\). À droite, les points de la suite passent alternativement au-dessus et au-dessous de \(\varphi\). Les tirets aident à suivre leur ordre ; la suite est constituée de points de rangs entiers. Le rapprochement observé est justifié par la borne géométrique démontrée, pas par ces seuls premiers points.

À toi 8.1 — Essai guidé — Construire un invariant et le bon passage à la limite

Soit \(z_0=0\) et \(z_{n+1}=\sqrt{1+z_n}\).

  1. Montrer que \([0;2]\) est stable, puis que les termes existent et y restent.

  2. Étudier la monotonie en utilisant la croissance de la fonction et le premier pas.

  3. Prouver la convergence puis déterminer la limite. Justifier le rejet d’un candidat après la mise au carré.

Indices gradués. 1. Si \(0\le x\le2\), encadrer \(1+x\) puis sa racine. 2. \(z_1=1>z_0\). 3. Toute limite éventuelle obtenue après convergence est positive ou nulle ; la racine carrée est continue sur le domaine rencontré.

Correction expliquée et contrôle.

a) Pour \(0\le x\le2\), on a \(1\le1+x\le3\), donc \(1\le\sqrt{1+x}\le\sqrt3<2\). Le segment est stable. Initialement \(z_0=0\in[0;2]\) ; si \(z_n\) y appartient, \(z_{n+1}\) existe et y appartient aussi. La récurrence établit \(0\le z_n\le2\).

b) La fonction \(f(x)=\sqrt{1+x}\) est croissante sur \([0;2]\). Le premier pas est \(z_1=1>0=z_0\). Si \(z_{n+1}\ge z_n\), appliquer \(f\) donne \(z_{n+2}\ge z_{n+1}\). La suite est donc croissante par récurrence.

c) Elle est croissante et majorée par \(2\), donc converge vers \(\ell\in[0;2]\). La fonction \(f\) est continue sur ce segment ; le théorème de l’image d’une suite et le décalage donnent \(\ell=\sqrt{1+\ell}\). Les deux membres sont positifs ou nuls, donc l’égalité implique \(\ell^2-\ell-1=0\). Les racines sont \((1\pm\sqrt5)/2\). Celle avec le signe moins est négative puisque \(\sqrt5>1\) ; elle est incompatible avec \(\ell\ge0\). La limite est \((1+\sqrt5)/2\). Le contrôle par substitution utilise \(\varphi^2=1+\varphi\) et \(\varphi>0\), donc \(\sqrt{1+\varphi}=\varphi\).

À toi 8.2 — À chercher — Organiser une étude sans modèle à recopier

Soit \(v_0=0\) et \(v_{n+1}=(v_n+1)/(v_n+2)\). Établir la bonne définition de tous les termes, leur appartenance à \([0;1]\), leur monotonie et leur convergence, puis calculer la limite. Une élève propose de résoudre immédiatement \(\ell=(\ell+1)/(\ell+2)\) et de conclure. Indiquer ce que sa recherche peut apporter et ce qu’elle ne prouve pas.

Indices gradués. 1. Étudier \(f(x)=(x+1)/(x+2)\) sur \([0;1]\) ; son dénominateur est \(\ge2\). 2. La dérivée d’un quotient est \((u'v-uv')/v^2\). 3. Comparer \(v_1\) et \(v_0\), puis appliquer la croissance de \(f\). 4. La limite devra être dans le segment déjà démontré.

Correction expliquée et contrôle.

Sur \([0;1]\), le dénominateur de \(f\) est non nul. La règle de dérivation donne \[f'(x)=\frac{1(x+2)-(x+1)1}{(x+2)^2} =\frac{x+2-x-1}{(x+2)^2}=\frac1{(x+2)^2}>0.\] La fonction est donc croissante, et elle est continue comme quotient de polynômes au dénominateur non nul. Ses images des bornes sont \(f(0)=1/2\) et \(f(1)=2/3\). La croissance donne \(1/2\le f(x)\le2/3\) pour \(x\in[0;1]\) : le segment est stable. Initialement \(v_0\in[0;1]\) ; l’hérédité par stabilité donne tous les termes définis et dans \([0;1]\).

Le premier pas \(v_1=1/2>v_0\) et la croissance de \(f\) entraînent par récurrence \(v_{n+1}\ge v_n\). La suite est croissante et majorée, donc converge vers \(\ell\in[0;1]\). La continuité en \(\ell\) et la relation récurrente donnent \[\ell=\frac{\ell+1}{\ell+2} \quad\Longrightarrow\quad\ell(\ell+2)=\ell+1 \quad\Longrightarrow\quad\ell^2+\ell-1=0.\] La multiplication par \(\ell+2\ge2\) est autorisée. Le discriminant vaut \(5\) ; les candidats sont \((-1\pm\sqrt5)/2\). Le signe moins donne un nombre négatif. Le signe plus donne \((\sqrt5-1)/2\in]0;1[\) puisque \(1<\sqrt5<3\). C’est la limite.

La recherche de l’élève peut suggérer le candidat positif et une borne, à condition d’être annoncée comme conditionnelle. Elle ne donne ni l’existence de tous les termes, ni leur convergence. Le cycle de \(1-x\) fournit un contre-exemple à sa conclusion immédiate. Le raisonnement complet ajoute exactement les maillons manquants.

Réparer — Une borne ou un point fixe se transforme trop vite en limite

Tentative : « \(0\le u_n\le2\) et le seul point fixe est \(2\), donc la suite converge vers \(2\). » Les bornes n’établissent pas une convergence ; l’équation de point fixe ne le fait pas non plus. Exemple plus simple : \(u_{n+1}=1-u_n\), \(u_0=0\), reste bornée mais alterne. La première erreur est la déduction « donc converge », pas le calcul du point fixe.

Nouvel essai. Pour \(u_0=1/4\) et \(u_{n+1}=1-u_n\), écrire trois termes supplémentaires puis décider. Correction. On obtient \(3/4,1/4,3/4\) ; une récurrence donne \(u_{2n}=1/4\) et \(u_{2n+1}=3/4\). Les deux sous-suites ont des limites différentes : pas de convergence, malgré le point fixe unique \(1/2\). Retour à la suite à racine : c’est sa croissance et sa majoration qui ont justifié l’existence de la limite avant son identification.

Autre erreur : « \(f\) décroît, donc \((u_n)\) décroît ». La fonction inverse les comparaisons au lieu de les conserver. Reprendre les premières valeurs \(1,2,3/2\) pour \(1+1/x\) réfute déjà cette phrase. Sa convergence a demandé une réduction démontrée des écarts, non une fausse monotonie.

À reprendre plus tard, avant de relire

À une autre séance, avant de relire : (a) étudier \(w_0=0\), \(w_{n+1}=(w_n+3)/4\) ; (b) pour \(t_0=1/2\) et \(t_{n+1}=t_n^2\), déterminer la limite sans présenter les deux points fixes comme deux réponses possibles ; (c) expliquer pourquoi le dessin d’un escalier presque stabilisé ne prouve pas une convergence. Corrections. (a) \([0;1]\) est stable puisque \(3/4\le(x+3)/4\le1\) sur ce segment. L’initialisation et la stabilité donnent les bornes par récurrence. La différence \(w_{n+1}-w_n=3(1-w_n)/4\ge0\) donne la croissance, puis la convergence. La fonction affine est continue en la limite \(\ell\in[0;1]\) ; \(4\ell=\ell+3\), donc \(\ell=1\). Le contrôle donne \(1-w_n=4^{-n}\). (b) Le segment \([0;1/2]\) est stable et \(x^2\le x\) dessus. La suite décroît, reste positive et converge vers \(\ell\in[0;1/2]\). La continuité donne \(\ell^2=\ell\) ; le candidat \(1\) est exclu par la borne, donc \(\ell=0\). (c) Le dessin ne montre qu’un nombre fini de termes avec une précision limitée. Il faut un argument portant sur tous les rangs, comme monotonie et borne ou une majoration de l’erreur tendant vers zéro.

Je sais faire seul si… je vérifie le départ, les divisions et la stabilité ; je distingue monotonie de la fonction et de la suite ; j’annonce conditionnellement une recherche de candidats ; je prouve la convergence par un argument adapté ; je vérifie le domaine de la limite avant de passer à la limite ; je rejette les candidats incompatibles et contrôle l’erreur lorsque la question le demande.

9. D — Le théorème des valeurs intermédiaires : prouver une existence

Avant de poursuivre. Résoudre \(f(x)=k\), c’est chercher les abscisses dont l’image vaut le niveau \(k\). Pour \(f(x)=x^2\) et \(k=4\), les nombres \(-2\) et \(2\) sont des antécédents de \(4\). Le nombre \(4\) est une image, pas une abscisse à placer automatiquement entre les bornes d’un intervalle de recherche.

À essayer avant le théorème. Pour \(p(x)=2x+3\) sur \([0;2]\), calcule les deux images des bornes. Le niveau \(6\) est-il compris entre les deux abscisses ou entre les deux images ? Trouve ici son antécédent pour vérifier les rôles. Vérification : \(p(0)=3\) et \(p(2)=7\), donc \(3<6<7\). L’équation \(2x+3=6\) donne \(2x=3\), puis \(x=3/2\), qui appartient à \([0;2]\). Le niveau \(6\) est une ordonnée ; \(3/2\) est une abscisse. Si tu as cherché \(0\le6\le2\), reprends le repère et écris deux lignes séparées « entrées » et « images » avant de lire le TVI.

1. Atteindre une valeur sans savoir résoudre l'équation

On sait calculer les images d’une fonction, mais on ne sait pas toujours isoler \(x\) dans l’équation \(f(x)=k\). La continuité permet néanmoins de prouver une existence. Si la courbe va continûment d’une hauteur sous le niveau \(k\) à une hauteur au-dessus, elle doit rencontrer ce niveau. Elle peut le rencontrer plusieurs fois : la continuité ne lui interdit pas de monter puis de redescendre.

Théorème — Théorème des valeurs intermédiaires, ou TVI (9.1)

Soient \(a<b\) et \(f\) une fonction continue sur \([a;b]\). Pour tout réel \(k\) compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), il existe au moins un réel \(c\in[a;b]\) tel que \(f(c)=k\). \[\min\{f(a),f(b)\}\le k\le\max\{f(a),f(b)\} \quad\Longrightarrow\quad \exists c\in[a;b],\ f(c)=k.\] Si le niveau \(k\) est strictement entre les deux images, on peut conclure \(c\in]a;b[\), car aucune des deux bornes ne possède cette image.

La démonstration complète par dichotomie figure dans l’unité suivante, en approfondissement. L’énoncé peut être utilisé dans le parcours principal sans avoir à reproduire cette preuve. Il ne s’agit pas d’une propriété établie par le seul dessin.

Lecture de la figure. Une droite horizontale représente le niveau demandé. Les images des deux bornes se situent de part et d’autre de ce niveau. La continuité assure au moins une rencontre ; les éventuelles autres intersections ne sont pas exclues. L’abscisse d’une intersection est une solution, son ordonnée est le niveau \(k\).

Méthode — Rédiger une application du TVI (9.2)

Nommer une fonction et un segment inclus dans son domaine ; justifier la continuité sur tout ce segment ; calculer les deux images de bornes ; encadrer le niveau par ces images ; conclure explicitement à l’existence d’au moins une solution et préciser son intervalle. Le mot « unique » demande un argument supplémentaire.

Exemple 9.1 — Une première existence polynomiale

Pour montrer que \(x^3+x-1=0\) possède une solution dans \(]0;1[\), posons \(p(x)=x^3+x-1\). C’est un polynôme, donc \(p\) est continue sur \([0;1]\). Ses valeurs aux bornes sont \[p(0)=0+0-1=-1,\qquad p(1)=1+1-1=1.\] Le niveau \(0\) vérifie \(p(0)<0<p(1)\). Le TVI donne donc au moins un \(c\in]0;1[\) tel que \(p(c)=0\).

La solution n’a pas été calculée exactement, mais son existence est démontrée. À ce stade, la preuve n’a pas exclu une seconde solution ; une étude de variation le permettra plus tard.

Exemple 9.2 — Un niveau non nul et des images dans l'ordre décroissant

Pour \(f(x)=x^2\) sur \([-2;0]\), la fonction est continue et \(f(-2)=4\), \(f(0)=0\). Le niveau \(k=3\) vérifie \(f(0)<3<f(-2)\). Le TVI assure une solution de \(x^2=3\) dans \(]-2;0[\). Ici le calcul exact permet de vérifier : \(c=-\sqrt3\) appartient à cet intervalle et \(c^2=3\).

Les bornes d’abscisses restent ordonnées \(-2<0\) ; ce sont leurs images qui sont en ordre décroissant. Il n’est pas nécessaire que \(f(a)<f(b)\). Pour le niveau \(k=4\), la borne \(-2\) est déjà solution ; le théorème ne promet alors pas une solution strictement intérieure.

Corollaire — Un changement de signe donne un zéro (9.3)

Si \(f\) est continue sur \([a;b]\) et \(f(a)f(b)<0\), elle possède au moins un zéro dans \(]a;b[\). Si \(f(a)f(b)\le0\), la conclusion est l’existence d’un zéro dans \([a;b]\), éventuellement à une borne.

Démonstration 9.1.

Un produit strictement négatif signifie que les deux valeurs sont de signes opposés. Le niveau \(0\) est donc strictement entre elles : appliquer le TVI avec \(k=0\). Si le produit est nul, l’une des deux valeurs est nulle, et la borne correspondante est déjà un zéro. Cela traite séparément les cas d’égalité.

□

Exemple 9.3 — Comparer deux fonctions en étudiant leur différence

Montrons que les courbes de \(e^x\) et de \(2-x\) se rencontrent pour une abscisse entre \(0\) et \(1\). L’égalité cherchée est \(e^x=2-x\), équivalente à \(g(x)=e^x+x-2=0\) en soustrayant le second membre.

La fonction \(g\) est continue sur \([0;1]\) comme somme de fonctions continues. On calcule \(g(0)=1+0-2=-1\) et \(g(1)=e+1-2=e-1>0\), car \(e>1\). Le TVI donne au moins une intersection pour une abscisse de \(]0;1[\).

Le changement de fonction a rendu le niveau fixe : zéro. C’est souvent plus lisible que de parler directement d’une courbe « au-dessus de l’autre », mais les deux descriptions expriment la même comparaison d’images.

Exemple 9.4 — Un problème de mesure : distinguer hypothèse du modèle et observation

Une température \(T(t)\) est supposée continue entre \(t=0\) et \(t=20\) minutes. On sait \(T(0)=18\) et \(T(20)=31\), en degrés Celsius. Le niveau \(25\) est entre ces images ; il existe donc au moins un instant \(c\in]0;20[\) tel que \(T(c)=25\).

Il n’est pas nécessaire de supposer une croissance pour cette existence. La température a pu monter, descendre, puis remonter. On ne sait ni l’instant exact, ni combien de fois le niveau a été atteint. Une interpolation linéaire donnerait une approximation seulement sous une hypothèse supplémentaire de modèle affine, absente ici. La continuité est une hypothèse du modèle ; deux mesures isolées ne la démontrent pas.

2. Tester les hypothèses et les limites de la conclusion

Exemple 9.5 — Des signes opposés sans intervalle de continuité

La fonction \(s(x)=-1\) pour \(x<0\), \(s(x)=1\) pour \(x\ge0\) vérifie \(s(-1)<0<s(1)\), mais ne s’annule jamais. Le TVI ne s’applique pas : \(s\) n’est pas continue en \(0\).

La fonction \(r(x)=1/x\) est continue sur son domaine et vérifie aussi \(r(-1)<0<r(1)\). Cependant elle n’est pas définie sur tout \([-1;1]\) : le segment traverse \(0\). Le TVI ne s’applique pas sur ce segment. Il ne suffit donc pas que les deux images des bornes existent, ni que la fonction soit continue séparément sur deux morceaux.

Exemple 9.6 — Des signes identiques ne disent pas qu'il n'y a aucun zéro

Sur \([-2;2]\), \(f(x)=x^2-1\) vaut \(3\) aux deux bornes, mais possède les zéros \(-1\) et \(1\). Sur le même segment, \(g(x)=x^2+1\) vaut \(5\) aux deux bornes et ne s’annule pas, car \(g(x)\ge1\).

Les signes identiques ne permettent donc aucune conclusion générale sur le nombre de zéros. Il faut affiner l’intervalle, factoriser, étudier les variations ou utiliser d’autres informations. Enfin \(h(x)=x^2\) possède le zéro \(0\) sans changer de signe : le changement strict de signe est suffisant pour l’existence sous continuité, mais pas nécessaire.

Lecture de la figure. À gauche, les deux bornes sont au-dessus de l’axe, mais la courbe le coupe deux fois entre elles. À droite, la courbe touche l’axe en \(0\) sans passer sous celui-ci. Ces deux exemples empêchent de transformer un critère suffisant de zéro en équivalence.

Exemple 9.7 — Ni les flèches, ni une conclusion vraie ne remplacent les hypothèses

La fonction \(j(x)=x\) pour \(x<0\), \(j(x)=x+1\) pour \(x\ge0\) est strictement croissante : elle l’est sur chaque morceau, et quand \(x<0\le y\), \(j(x)<0<1\le j(y)\). Pourtant, le niveau \(1/2\) n’est jamais pris. Une flèche de croissance dans un tableau ne prouve donc pas la continuité.

Dans une rédaction, une conclusion vraie ne répare pas l’usage d’un théorème hors de ses hypothèses. On doit vérifier la continuité indépendamment de la solution que l’on espère trouver. Une solution déjà connue peut être vérifiée par substitution, mais cette vérification n’est pas une application du TVI.

Corollaire du TVI — L'image d'un intervalle est un intervalle (9.4)

Si \(f\) est continue sur un intervalle \(I\), alors l’ensemble \(f(I)=\{f(x):x\in I\}\) de ses images est un intervalle : entre deux valeurs atteintes, toutes les valeurs intermédiaires sont aussi atteintes.

Démonstration 9.2.

Soient \(u=f(x_1)\) et \(v=f(x_2)\) deux valeurs atteintes. Le segment reliant \(x_1\) et \(x_2\) est inclus dans \(I\), puisque \(I\) est un intervalle. La restriction de \(f\) à ce segment est continue. Le TVI y donne un antécédent de tout niveau entre \(u\) et \(v\). Ces niveaux appartiennent donc à \(f(I)\), ce qui caractérise un intervalle.

□

Exemple 9.8 — L'image complète n'est pas toujours délimitée par les seules images des bornes

Sur \([-2;1]\), \(f(x)=x^2\) a pour images de bornes \(4\) et \(1\). Le TVI garantit que chaque niveau de \([1;4]\) est pris. Mais \(f(0)=0\) : la fonction prend aussi des valeurs plus petites. Son image complète est \([0;4]\). En effet, \(0\le x^2\le4\) sur ce domaine ; et pour tout \(y\in[0;4]\), \(x=-\sqrt y\in[-2;0]\) fournit \(x^2=y\). On a montré à la fois que rien ne sort de \([0;4]\) et que tout cet intervalle est atteint.

À toi 9.1 — Une preuve d'existence et une analyse d'erreur

1. Montrer que \(e^x+x=3\) a au moins une solution dans \(]0;2[\). Nommer la fonction, la continuité, les images et le théorème.

2. Une fonction continue \(f\) sur \([2;5]\) vérifie \(f(2)=7\) et \(f(5)=-1\). Que peut-on conclure pour les niveaux \(0\), \(7\) et \(8\) ? Ne pas annoncer plus que ce que les données permettent.

3. Un élève écrit : « \(1/(-1)<0<1/1\), donc \(1/x=0\) a une solution entre \(-1\) et \(1\) ». Identifier la première hypothèse manquante et réfuter la conclusion.

4. Donner une fonction continue ayant plusieurs antécédents d’un même niveau, puis expliquer en une phrase pourquoi le TVI ne prouve pas une unicité.

Indices. En 1, soustraire \(3\). En 2, distinguer niveau intérieur, niveau à une borne et niveau hors de l’intervalle des deux images. En 3, examiner tous les points du segment, pas seulement ses extrémités.

Correction expliquée et contrôle.

1. Posons \(H(x)=e^x+x-3\), continue sur \([0;2]\) comme somme de fonctions continues. \(H(0)=1-3=-2<0\) ; \(H(2)=e^2+2-3=e^2-1>0\) puisque \(e^2>1\). Le TVI donne au moins un zéro dans \(]0;2[\), donc une solution de l’équation initiale. L’unicité n’a pas encore été utilisée ni démontrée.

2. Le niveau \(0\) est strictement entre \(-1\) et \(7\) : au moins un antécédent dans \(]2;5[\). Le niveau \(7\) est atteint en \(2\), sans garantie de présence ou d’absence d’autres antécédents. Le niveau \(8\) est hors de l’intervalle des deux images de bornes : le TVI avec ces seules bornes ne conclut pas. Une courbe peut monter au-dessus de \(8\) entre les bornes, ou rester sous ce niveau ; les données ne tranchent pas.

3. La fonction inverse n’est pas définie en \(0\), donc pas continue sur tout le segment \([-1;1]\). L’équation \(1/x=0\) est impossible : pour \(x\ne0\), multiplier par \(x\) donnerait \(1=0\). Les signes n’ont pas remplacé l’hypothèse manquante.

4. \(f(x)=x^2\) sur \([-2;2]\) est continue et le niveau \(1\) a deux antécédents, \(-1\) et \(1\). Le TVI garantit qu’un niveau intermédiaire est atteint, mais ne limite pas le nombre de ses antécédents.

Réparer — Mettre le niveau entre les abscisses

Pour \(f(x)=x^2\) sur \([2;3]\), la condition pertinente est \(4\le k\le9\), et non \(2\le k\le3\). Par exemple \(k=6\) est un niveau intermédiaire ; l’antécédent \(\sqrt6\) est entre \(2\) et \(3\). Nouvel essai : pour \(f(x)=2x+5\) sur \([0;1]\), le niveau \(6\) est entre \(f(0)=5\) et \(f(1)=7\). L’équation \(2x+5=6\) donne \(2x=1\), donc \(x=1/2\). Le niveau est \(6\), l’abscisse est \(1/2\) : les deux rôles restent distincts dans la preuve générale.

À reprendre plus tard, avant de relire

Prouver que \(p(x)=x^3-x\) prend la valeur \(2\) sur \([1;2]\). Le TVI donne-t-il à lui seul le nombre exact de solutions ? Correction : \(p\) est un polynôme, donc continue sur \([1;2]\). \(p(1)=1-1=0\) et \(p(2)=8-2=6\), d’où \(p(1)<2<p(2)\). Le TVI fournit au moins un antécédent dans \(]1;2[\), aucune borne n’ayant l’image \(2\). Pour compter exactement, il faudrait un argument supplémentaire, par exemple une variation stricte sur le domaine de recherche.

Je sais faire seul si… j’encadre des images par des images, je vérifie la continuité sur un intervalle entier et je distingue existence démontrée, valeur approchée, formule exacte et unicité.

10. D — Comprendre la preuve du TVI par dichotomie

Parcours approfondi. Cette démonstration explique pourquoi un niveau intermédiaire est atteint. Elle figure parmi les approfondissements possibles du programme : sa présence ici ne la rend pas obligatoirement exigible. Objectif : reconstruire une preuve, sans supposer déjà le théorème que l’on cherche à établir.

Avant de poursuivre. Si \(a_n\to A\), \(b_n\to B\) et \(b_n-a_n\to0\), que vaut \(B-A\) ? Réponse : la règle de différence donne \(b_n-a_n\to B-A\) ; l’unicité de la limite impose \(B-A=0\), donc \(A=B\). En cas de difficulté, sépare bien les limites des deux suites avant d’utiliser leur différence. C’est le geste décisif ci-dessous.

Théorème — L'énoncé que nous allons démontrer (10.1)

Soient \(a<b\), \(f\) continue sur \([a,b]\) et \(k\) compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), dans l’un ou l’autre ordre. Il existe au moins un \(c\in[a,b]\) tel que \(f(c)=k\). Si \(k\) est strictement entre les deux images, un tel \(c\) est intérieur au segment.

Idée de la preuve — Fabriquer une abscisse, puis son image

On coupe le segment en deux et on conserve des signes opposés aux bornes. Si aucun milieu ne donne exactement le niveau cherché, les segments deviennent de plus en plus courts. Leurs bornes se rapprochent d’une même abscisse \(c\). La continuité empêche alors les images de garder, à la limite, deux positions incompatibles avec le niveau \(k\). À ce stade, on ne dit pas « une racine subsiste dans la moitié conservée grâce au TVI » : ce serait utiliser le TVI dans sa propre preuve. Nous ne savons conserver que des signes ; l’existence sera la conclusion.

Résultats antérieurs — Les outils de convergence utilisés (10.2)

Une suite croissante majorée converge ; une suite décroissante minorée converge. C’est le théorème de convergence monotone, admis au niveau Terminale. Les règles de différence et d’ordre pour les limites sont des résultats antérieurs. En particulier, une limite de nombres négatifs est \(\le0\), pas forcément \(<0\) : \(-1/(n+1)\to0\).

Pour la suite géométrique de raison \(1/2\), \(2^{-n}\to0\). On peut le retrouver ici : au rang \(0\), \(2^0=1\ge0+1\) ; si \(2^n\ge n+1\), alors \(2^{n+1}=2\times2^n\ge2(n+1)\ge n+2\). Ainsi \(2^n\ge n+1\) par récurrence ; donc \(0<2^{-n}\le1/(n+1)\to0\) par encadrement.

Lemme — Passer des bornes à leurs images (10.3)

Si \(v_n\in[a,b]\), \(v_n\to c\in[a,b]\) et \(g\) est continue en \(c\) relativement au segment, alors \(g(v_n)\to g(c)\), même si certains \(v_n\) valent \(c\).

Ce lemme est le théorème de l’image d’une suite convergente, appliqué au segment de la preuve. On le redémontre ci-dessous pour que le passage des abscisses aux images soit entièrement explicite.

Démonstration 10.1.

Fixons une précision \(\varepsilon>0\) sur les images. La continuité en \(c\) donne une distance \(\delta>0\) telle que, pour \(x\in[a,b]\), \(|x-c|<\delta\) entraîne \(|g(x)-g(c)|<\varepsilon\). La convergence de \(v_n\) donne un rang à partir duquel \(|v_n-c|<\delta\). À partir de ce rang, \(|g(v_n)-g(c)|<\varepsilon\). C’est exactement la convergence annoncée. Si \(v_n=c\), la différence d’images vaut déjà \(0\) ; aucune exclusion de ce cas n’est nécessaire. Aux bornes, seules les valeurs appartenant au segment interviennent.

□

Démonstration complète — Trois invariants, deux cas

Démonstration 10.2.

1. Ramener le niveau à zéro. Posons \(g(x)=f(x)-k\), fonction continue sur \([a,b]\) par différence. Si \(g(a)=0\) ou \(g(b)=0\), une solution est déjà \(a\) ou \(b\) : cela règle les cas d’égalité du niveau avec une image de borne.

Sinon, \(k\) est strictement entre les images. Les signes de \(g(a)\) et \(g(b)\) sont opposés. Si nécessaire, remplaçons \(g\) par \(-g\) pour obtenir \(g(a)<0<g(b)\), sans échanger les abscisses \(a<b\). Les zéros de \(g\) et de \(-g\) sont les mêmes. Dans les étapes suivantes, \(g\) désigne la fonction ainsi orientée.

2. Construire les deux bornes. Posons \(a_0=a\), \(b_0=b\). Pour un rang \(n\) déjà construit, posons \(m_n=(a_n+b_n)/2\). Si \(g(m_n)=0\), le réel \(m_n\in[a,b]\) est le zéro cherché et la preuve d’existence est terminée. Nous n’inventons pas de termes suivants dans ce cas.

Si \(g(m_n)\ne0\), les deux seules possibilités donnent : \[\begin{array}{c|cc|l} \text{condition}&a_{n+1}&b_{n+1}&\text{signes aux nouvelles bornes}\\\hline g(m_n)<0&m_n&b_n&g(m_n)<0<g(b_n)\\ g(m_n)>0&a_n&m_n&g(a_n)<0<g(m_n) \end{array}\] Chaque choix emploie les anciennes bornes \(a_n,b_n\) et leur milieu. Aucune monotonie de la fonction \(g\) n’est supposée.

3. Étudier le cas sans zéro exact à une étape finie. Les deux suites sont alors définies pour tout \(n\in\mathbb{N}\). Nous allons établir trois assertions distinctes : \[\begin{align*} \text{abscisses :}\quad &a\le a_n\le a_{n+1}\le b_{n+1}\le b_n\le b,\\ \text{images :}\quad &g(a_n)<0<g(b_n),\\ \text{largeur :}\quad &b_n-a_n=\frac{b-a}{2^n}. \end{align*}\] Au rang \(0\), \(a_0=a\), \(b_0=b\), les signes sont ceux de l’étape 1 et la largeur vaut \((b-a)/2^0=b-a\).

Supposons le segment de rang \(n\) inclus dans \([a,b]\), avec les signes annoncés et la largeur annoncée. Comme \(a_n<b_n\), son milieu est strictement entre ses bornes. Dans la première branche, \(a_{n+1}=m_n\) avance vers la droite et \(b_{n+1}=b_n\) reste fixe. Dans la seconde, \(a_{n+1}=a_n\) reste fixe et \(b_{n+1}=m_n\) recule vers la gauche. Dans les deux branches, l’ordre affiché pour les abscisses est donc vérifié et le tableau vérifie les signes.

La longueur est divisée par deux. Dans la première branche, \[b_{n+1}-a_{n+1}=b_n-\frac{a_n+b_n}{2} =\frac{2b_n-a_n-b_n}{2}=\frac{b_n-a_n}{2}.\] Dans la seconde, \[b_{n+1}-a_{n+1}=\frac{a_n+b_n}{2}-a_n =\frac{a_n+b_n-2a_n}{2}=\frac{b_n-a_n}{2}.\] En remplaçant la largeur du rang \(n\), on obtient \((b-a)/2^{n+1}\). L’initialisation et ces deux branches établissent les invariants par récurrence.

4. Construire une limite commune. Les inégalités d’abscisses disent que \((a_n)\) est croissante et majorée par \(b\), et que \((b_n)\) est décroissante et minorée par \(a\). Le théorème de convergence monotone donne deux limites réelles \(A\) et \(B\). Le passage à la limite dans \(a\le a_n\le b_n\le b\) donne \(a\le A\le B\le b\). Par la formule de largeur et \(2^{-n}\to0\), \(b_n-a_n\to0\). Mais la règle de différence donne aussi \(b_n-a_n\to B-A\). L’unicité de la limite entraîne \(B-A=0\). Notons \(c=A=B\) : les deux suites convergent vers ce même réel de \([a,b]\).

5. Passer des abscisses aux images. Le lemme de continuité séquentielle s’applique à chacune des deux suites : \[g(a_n)\longrightarrow g(c),\qquad g(b_n)\longrightarrow g(c).\] Comme \(g(a_n)<0\), l’ordre dans les limites donne \(g(c)\le0\). Comme \(g(b_n)>0\), il donne \(g(c)\ge0\). Les deux inégalités imposent \(g(c)=0\). Pour la fonction initiale \(f-k\), ou son opposée selon l’orientation choisie, cela signifie dans les deux cas \(f(c)=k\).

Nous avons traité les zéros aux bornes, le zéro exact à un milieu et le cas infini, dans les deux orientations. Si les valeurs initiales encadrent strictement \(k\), ni \(a\) ni \(b\) ne peut être solution ; le \(c\) obtenu est donc dans \(]a,b[\). Le TVI est démontré.

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Lecture de la figure. Illustration sur \([-2,2]\) avec \(f(x)=x^3-3x+2\) et \(k=3\). Le graphe supérieur montre les images : \(f(1)=0<3<4=f(2)\). Sous l’axe sont dessinés trois segments d’abscisses : \([-2,2]\), puis \([0,2]\), puis \([1,2]\). Le niveau \(k\) reste une hauteur du graphe ; il n’est pas une borne de ces segments. La courbe n’est pas monotone. Le dessin illustre les invariants, sans prouver l’existence à lui seul ni l’unicité.

Exemple 10.1 — Lire les premières étapes sans confondre calcul fini et preuve

Prenons \(f(x)=x^2\), \(k=2\), \([a,b]=[1,2]\) et \(g(x)=x^2-2\). On a \(g(1)=-1\) et \(g(2)=2\). Le premier milieu vaut \(3/2\) ; son image est \(9/4-2=9/4-8/4=1/4>0\). On garde donc les bornes \(1\) et \(3/2\). \[\begin{array}{c|c|c|c|c|c} n&a_n&b_n&m_n&g(m_n)&[a_{n+1},b_{n+1}]\\\hline 0&1&2&3/2&1/4&[1,3/2]\\ 1&1&3/2&5/4&-7/16&[5/4,3/2]\\ 2&5/4&3/2&11/8&-7/64&[11/8,3/2] \end{array}\] Pour vérifier les deux dernières images : \((5/4)^2-2=25/16-32/16=-7/16\) et \((11/8)^2-2=121/64-128/64=-7/64\). La largeur après trois bissections est \(3/2-11/8=12/8-11/8=1/8=(2-1)/2^3\). Les signes et la largeur contrôlent les mises à jour. Trois lignes seules ne démontreraient pas l’existence d’un zéro : c’est le raisonnement général sur les limites qui achève cette construction.

À toi 10.1 — Reconstruire les charnières de la preuve

Essai guidé. Pour \(g(x)=x^3-2\) sur \([1,2]\), calculer \(g(3/2)\) puis les nouvelles bornes. Calculer ensuite le milieu et son image au rang suivant. Écrire séparément une inégalité d’abscisses et une inégalité d’images.

Tentative avant consultation. Dans la construction générale sans arrêt, expliquer pourquoi « les largeurs tendent vers zéro » ne suffit pas isolément à annoncer une limite commune. Compléter le raisonnement avec monotonie, bornes, existence des deux limites, puis différence. Enfin expliquer pourquoi les deux inégalités sur \(g(c)\) sont larges.

Indices gradués. 1. Mettre \(2\) au même dénominateur que le cube. 2. Un milieu d’image positive devient la borne droite. 3. Une suite peut être non convergente même si l’on invente une seconde suite très proche : commencer par les théorèmes qui assurent ici les deux convergences.

Correction expliquée et contrôle.

\(g(3/2)=27/8-16/8=11/8>0\), donc \(a_1=1\), \(b_1=3/2\). Puis \(m_1=(1+3/2)/2=(5/2)/2=5/4\) et \(g(5/4)=125/64-128/64=-3/64<0\). Ainsi \(a_2=5/4\), \(b_2=3/2\). Les abscisses vérifient \(1\le5/4\le3/2\le2\) ; les images vérifient \(g(5/4)<0<g(3/2)\). Ces deux lignes ne comparent pas les mêmes objets.

Pour la tentative, la croissance de \((a_n)\) et sa majoration donnent une limite \(A\) ; la décroissance de \((b_n)\) et sa minoration donnent une limite \(B\). C’est seulement ensuite que \(b_n-a_n\to0\) entraîne \(B-A=0\). Sans existence préalable des limites, une différence tendant vers zéro ne suffirait pas : \(a_n=n\), \(b_n=n+1/(n+1)\) ont une différence tendant vers zéro sans limite réelle finie. Enfin \(-1/(n+1)<0\) tend vers \(0\) : une inégalité stricte peut devenir une égalité à la limite. On obtient donc \(g(c)\le0\) et \(g(c)\ge0\), ce qui est exactement suffisant.

Variation — Orientation inverse et zéro exact

Si les signes sont \(g(a)>0>g(b)\), on applique la construction à \(-g\) ; on ne remplace pas \(a<b\) par \(b<a\). Par exemple \(g(x)=2-x\) sur \([1,3]\) a ces signes. Son milieu \(2\) donne \(g(2)=0\) : la preuve s’arrête immédiatement avec \(c=2\). Il n’y a aucune nécessité de continuer des suites artificielles. Si l’on choisissait plutôt des segments dégénérés \([2,2]\) après cet arrêt, leur largeur serait \(0\), et non \((3-1)/2^n\) : la formule de largeur du cas sans arrêt ne s’y transporterait pas.

Réparer — Le niveau n'est pas une abscisse

Erreur annoncée : « \(a_n\le k\le b_n\), donc à la limite \(c=k\) ». La première ligne mélange une entrée et le niveau de sortie. Rappel : \(f(a_n)\le k\le f(b_n)\) porte sur des images, dans l’orientation choisie. Exemple simple corrigé : \(f(x)=10x\) sur \([0,1]\), \(k=5\). On a \(0=f(0)<5<f(1)=10\), alors que \(5\notin[0,1]\). La solution est l’abscisse \(c=1/2\), car \(f(1/2)=5\), pas \(c=5\).

Nouvel essai. Pour \(f(x)=100+x\) sur \([0,2]\), \(k=101\), écrire les deux lignes correctes et trouver \(c\). Correction : abscisses \(0\le c\le2\) ; images \(100=f(0)<101<f(2)=102\). Soustraire \(100\) aux deux membres de \(100+c=101\) donne \(c=1\), et \(f(1)=101\) contrôle la réponse. Retour à la preuve : \(a_n,b_n\to c\), tandis que \(f(a_n),f(b_n)\to f(c)=k\). Rien ne dit \(c=f(c)\), qui serait une équation de point fixe différente.

À reprendre plus tard, avant de relire

À une prochaine séance, reconstruire les trois invariants et les deux dernières étapes sans relire, pour une fonction continue \(h\) sur \([2,5]\) avec \(h(2)=-3\), \(h(5)=4\), sans zéro exact rencontré. Aide : séparer ce qui se passe sur l’axe des abscisses et sur l’axe des images. Correction : les segments emboîtés donnent \(2\le a_n\le a_{n+1}\le b_{n+1}\le b_n\le5\) ; les images gardent \(h(a_n)<0<h(b_n)\) ; les largeurs valent \(3/2^n\). Les deux suites convergent par monotonie et bornes, leur différence tend vers \(0\), donc elles ont une même limite \(c\in[2,5]\). Par continuité séquentielle, leurs images tendent toutes deux vers \(h(c)\). L’ordre donne \(h(c)\le0\) et \(h(c)\ge0\), donc \(h(c)=0\). Les images initiales non nulles imposent \(c\in]2,5[\). Aucune unicité n’a été établie.

Je sais faire seul si… je traite les zéros exacts avant le cas infini ; je construis les deux branches avec les anciennes bornes ; je distingue abscisses, images et largeur ; j’obtiens d’abord deux convergences, puis une limite commune ; j’utilise la continuité seulement pour les images ; je conclus \(f(c)=k\) sans invoquer le TVI au milieu de sa propre preuve.

11. D — Existence et unicité : deux arguments différents

Avant de poursuivre. Le TVI dit : fonction continue sur \([a;b]\), niveau \(k\) entre \(f(a)\) et \(f(b)\), donc au moins un antécédent dans le segment. Une stricte croissance signifie \(x<y\Rightarrow f(x)<f(y)\) ; une croissance large autorise l’égalité. Essai corrigé : la constante \(f=2\) est croissante au sens large, mais le niveau \(2\) possède une infinité d’antécédents et le niveau \(3\) aucun.

Deux phrases à départager. « Une équation a au plus une solution » garantit-il qu’elle a une solution ? « Une équation a au moins une solution » exclut-il qu’elle en ait deux ? Répondre avant de poursuivre et donner les nombres de solutions encore possibles. Vérification : « au plus une » autorise zéro ou une solution ; « au moins une » autorise une, deux ou davantage. Pour conclure exactement une, il faut réunir les deux informations. Si ces mots ont été confondus, reprendre la constante du repère : le niveau \(3\) n’est jamais atteint, tandis que le niveau \(2\) possède plusieurs antécédents. Dans la preuve qui suit, affecte une question différente à chaque hypothèse : existence, puis unicité.

Corollaire du TVI — Une unique solution sous deux conditions (11.1)

Si \(f\) est continue et strictement monotone sur \([a;b]\), alors tout niveau compris entre les images des bornes possède un unique antécédent dans \([a;b]\). « Au moins une » par le TVI, puis « au plus une » par la stricte monotonie, donnent « exactement une ».

Démonstration 11.1.

L’existence vient du TVI. Pour l’unicité, supposer deux solutions \(x<y\). Si \(f\) est strictement croissante, \(f(x)<f(y)\) ; si elle est strictement décroissante, \(f(x)>f(y)\). Dans les deux cas, cela contredit \(f(x)=f(y)=k\). Ce deuxième raisonnement ne demandait pas la continuité : celle-ci intervenait dans l’existence.

□

Exemple 11.1 — Une racine localisée, mais unique sur tout \(\mathbb{R}\)

\(p(x)=x^3+x-1\) est continue sur \(\mathbb{R}\) comme polynôme. La règle antérieure \((x^n)'=nx^{n-1}\) donne \(p'(x)=3x^2+1>0\), donc \(p\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\). Pour l’existence, \(p(0)=-1<0<1=p(1)\) et continuité sur \([0;1]\) donnent une racine \(\alpha\in]0;1[\). Pour l’unicité sur \(\mathbb{R}\), la stricte croissance globale donne au plus une racine ; elle ne se limite pas au segment de localisation. Pour préciser, des calculs rationnels donnent \[p(0{,}6823)=\frac{-66636233}{10^{12}}<0,\qquad p(0{,}6824)=\frac{173044224}{10^{12}}>0.\] Ainsi \(0{,}6823<\alpha<0{,}6824\). Cet encadrement et la preuve de monotonie, pas un tracé, établissent les deux informations distinctes.

Exemple 11.2 — Une fonction décroissante avec une exponentielle

Pour \(f(x)=2-x-e^x\), dériver la somme donne \(f'(x)=0-1-e^x<0\) sur \(\mathbb{R}\) car \(e^x>0\). Somme de fonctions continues, \(f\) est continue. \(f(0)=1\) et \(f(1)=1-e<0\), donc une racine dans \(]0;1[\) ; la stricte décroissance sur \(\mathbb{R}\) la rend unique. La fonction peut descendre au lieu de monter : le TVI compare les images dans n’importe quel ordre.

Exemple 11.3 — Deux fonctions : étudier leur différence

Résoudre \(\cos x=x\) sur \([0;1]\) revient à chercher les zéros de \(h(x)=\cos x-x\). Les deux fonctions sont continues, donc \(h\) l’est. Le rappel trigonométrique donne \((\cos x)'=-\sin x\) et \(\sin x\ge0\) sur \([0;1]\subset[0;\pi]\) ; ainsi \(h'=-\sin x-1\le-1<0\). \(h(0)=1\) et \(h(1)=\cos1-1<0\) car \(0<1<\pi\) implique \(\cos1<1\). Il existe donc une unique solution dans \(]0;1[\). C’est la dérivée de la différence qui tranche : la continuité de \(f\) et \(g\) ne rend pas automatiquement \(f-g\) monotone. Une dichotomie numérique donne \(0{,}73908<\alpha<0{,}73909\) : les valeurs calculées de \(h\) aux deux bornes sont environ \(8{,}5910\times10^{-6}>0\) et \(-8{,}1451\times10^{-6}<0\), signes contrôlés avec une précision augmentée. On obtient \(\alpha\approx0{,}739085\), tandis que l’encadrement est l’information à conserver pour une borne d’erreur. La preuve d’existence et d’unicité précède ce calcul numérique ; les valeurs affichées ne la remplacent pas.

Exemple 11.4 — Domaine rationnel et sens de variation

Pour \(r(x)=\frac{x+1}{x-1}\), le domaine exclut \(1\). La règle du quotient donne \[r'(x)=\frac{1(x-1)-(x+1)1}{(x-1)^2}=\frac{x-1-x-1}{(x-1)^2}=\frac{-2}{(x-1)^2}<0.\] La fonction est continue et strictement décroissante sur chacun des intervalles \(]-\infty;1[\) et \(]1;+\infty[\). Pour le niveau \(2\), \(r(2)=3>2>5/3=r(4)\) ; TVI et stricte décroissance sur \([2;4]\) donnent une solution unique sur cette branche. Résoudre \(x+1=2(x-1)\) pour \(x\ne1\) donne \(x=3\), admissible. Sur l’autre branche \(r(x)=1+2/(x-1)<1\), donc aucune autre solution au niveau \(2\). On ne transporte pas des variations de deux intervalles séparés à leur réunion : \(s(x)=-1/x\) est strictement croissante sur chacun des deux demi-axes, mais \(-1<1\) et \(s(-1)=1>s(1)=-1\) réfutent une croissance globale sur \(\mathbb{R}\setminus\{0\}\).

Une rédaction complète, puis une rédaction courte

Le résultat d’existence et d’unicité est souvent appelé corollaire du TVI, ou théorème de la bijection sur un intervalle. Le mot « bijection » exprime ici que chaque valeur de l’image a exactement un antécédent ; il n’est pas nécessaire d’étudier une fonction réciproque générale.

Pour le polynôme \(p(x)=x^3+x-1\), la rédaction développée a séparé chaque hypothèse. Une fois ces gestes compris, une rédaction courte correcte est : « \(p\) est continue et strictement croissante sur \(\mathbb{R}\). Comme \(p(0)<0<p(1)\), le corollaire du TVI assure un unique réel \(\alpha\in]0;1[\) tel que \(p(\alpha)=0\). La stricte croissance sur tout \(\mathbb{R}\) exclut tout autre zéro réel. » Une rédaction courte conserve les hypothèses et la portée ; elle ne se réduit pas à « TVI, donc unique ».

Proposition — Comparer deux fonctions de sens opposés (11.2)

Si \(f\) est strictement croissante et \(g\) décroissante au sens large sur un intervalle \(I\), alors \(h=f-g\) est strictement croissante sur \(I\). Si, en plus, \(f\) et \(g\) sont continues et si leurs différences ont des signes opposés en deux points, l’équation \(f(x)=g(x)\) admet une unique solution entre ces points, et au plus une sur \(I\).

Démonstration 11.2.

Pour \(x<y\), on a \(f(y)-f(x)>0\) et \(g(y)-g(x)\le0\). Ainsi \[h(y)-h(x)=[f(y)-f(x)]-[g(y)-g(x)]>0.\] La fonction \(h\) est strictement croissante. La continuité de la différence et le changement de signe donnent l’existence par le TVI ; la croissance stricte donne l’unicité. Une des deux variations peut être large, pourvu que l’autre soit stricte dans le sens opposé.

□

Exemple 11.5 — Prouver une unicité sans dériver à une borne

Considérons \(F(x)=x+\sqrt x\) sur \([0;+\infty[\). Elle est continue comme somme de fonctions continues sur ce domaine. Si \(0\le x<y\), alors \(x<y\) et \(\sqrt x<\sqrt y\), donc \(x+\sqrt x<y+\sqrt y\). La fonction est strictement croissante, sans avoir besoin d’une dérivée en \(0\).

L’équation \(F(x)=2\) a une solution puisque \(F(1)=1+1=2\). La stricte croissance donne l’unicité sur le domaine entier : la solution est \(1\). Si l’on ne repérait pas cette solution exacte, \(F(0)=0<2<F(4)=6\) et la continuité fourniraient aussi l’existence. Le TVI est utile quand un témoin exact n’est pas déjà disponible ; il n’interdit pas d’utiliser ce témoin plus simple.

Exemple 11.6 — Une fonction continue non dérivable peut avoir un ou plusieurs antécédents

Soit \(G(x)=|x|+x/2\). Pour \(x\le0\), \(G(x)=-x+x/2=-x/2\), strictement décroissante. Pour \(x\ge0\), \(G(x)=x+x/2=3x/2\), strictement croissante. Elle est continue sur \(\mathbb{R}\) et non dérivable en \(0\), car ses pentes latérales valent \(-1/2\) et \(3/2\).

Sur \([0;2]\), le niveau \(1\) est entre \(G(0)=0\) et \(G(2)=3\) ; continuité et stricte croissance donnent un antécédent unique sur ce segment. Résoudre \(3x/2=1\) donne \(x=2/3\). Sur \([-2;0]\), le niveau \(1\) est atteint à la borne \(-2\) ; la stricte décroissance assure qu’il n’a pas d’autre antécédent sur ce segment. Sur \([-2;2]\), il y a donc exactement deux solutions distinctes, \(-2\) et \(2/3\). L’unicité dépend de l’intervalle où la monotonie est valable ; la dérivabilité au sommet n’était nécessaire à aucune existence.

Lecture de la figure. Le niveau horizontal \(1\) rencontre la branche décroissante à la borne \(-2\) et la branche croissante en \(2/3\). Le point anguleux en \(0\) est continu et ne bloque pas le TVI. Une monotonie par branche ne devient pas une monotonie sur leur réunion.

Exemple 11.7 — Deux fonctions croissantes ne donnent pas une différence croissante

Sur \([-2;2]\), \(f(x)=x\) et \(g(x)=x^3\) sont toutes deux continues et strictement croissantes. Pourtant, leur égalité donne \(x^3-x=x(x-1)(x+1)=0\), donc trois intersections : \(-1\), \(0\), \(1\).

La phrase « les deux fonctions sont croissantes, donc elles se rencontrent une fois » est fausse. Il faut étudier la différence ou disposer de sens de variation opposés comme dans la proposition précédente. Deux hausses simultanées peuvent se dépasser plusieurs fois.

Deux hypothèses, deux frontières

Une fonction croissante avec palier, par exemple la constante \(0\) sur \([0;1]\), ne donne pas l’unicité du niveau \(0\). À l’inverse, \[j(x)=\begin{cases}x&x<0,\\x+1&x\ge0\end{cases}\] est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\) : dans chaque morceau c’est vrai, et si \(x<0\le y\), \(j(x)<0<1\le j(y)\). Pourtant le niveau \(1/2\) n’est jamais pris. Malgré \(j(-1)<1/2<j(1)\), le saut interdit le TVI. Une fonction peut donc assurer « au plus une » sans existence ; la cubique à trois zéros assurait une existence sans unicité.

À toi 11.1 — Choisir ce qui manque

(a) Montrer que \(e^x=3-x\) possède une unique solution dans \(]0;2[\), puis sur \(\mathbb{R}\). (b) Pour \(p\) de l’exemple central, donner son signe de part et d’autre de \(\alpha\) et justifier. (c) Une flèche croissante dans un tableau suffit-elle à appliquer le TVI ? Indices. (a) Former une différence et rappeler \((e^x)'=e^x\) ; (b) comparer les valeurs à \(p(\alpha)\) ; (c) penser à \(j\).

Correction expliquée et contrôle.

(a) \(H=e^x+x-3\) est continue sur \(\mathbb{R}\), \(H'=e^x+1>0\). \(H(0)=-2\) et \(H(2)=e^2-1>0\), donc TVI sur \([0;2]\) et stricte croissance globale : une unique solution réelle, dans \(]0;2[\). (b) Si \(x<\alpha\), la stricte croissance donne \(p(x)<p(\alpha)=0\) ; si \(x>\alpha\), \(p(x)>0\). Ici c’est la variation qui établit le signe, pas la seule phrase « racine unique ». (c) Non : un tableau représente des variations déjà établies mais ne donne pas la continuité. Il faut que l’énoncé l’affirme ou la prouver sur l’intervalle entier.

Réparer — Écrire « unique » dès que le TVI s'applique

Erreur : une existence est promue en unicité. Cas simple : \(x^2=1\) sur \([-2;2]\) possède deux solutions. Nouvel essai : \(x(x-1)(x+1)=0\) sur \([-2;2]\). Correction : les trois facteurs donnent \(-1,0,1\) ; une continuité ne les fusionne pas. Retour à \(p\) : c’est \(p'>0\) sur \(\mathbb{R}\), ajouté au TVI, qui élimine la deuxième racine possible.

À reprendre plus tard, avant de relire

Montrer que \(x+e^x=0\) admet une unique solution dans \(]-1;0[\). Correction : somme continue, dérivée \(1+e^x>0\) sur \(\mathbb{R}\) ; en \(-1\), \(-1+e^{-1}<0\) car \(0<e^{-1}<1\), en \(0\) la valeur vaut \(1>0\). TVI pour existence, croissance pour unicité globale.

Je sais faire seul si… je rédige deux arguments séparés, calcule les signes de la bonne dérivée sur le bon intervalle et ne confonds pas localisation et domaine d’unicité.

12. D — Images d'intervalles et nombre de solutions

Avant de poursuivre. Le TVI donne un antécédent d’un niveau entre les images de deux points intérieurs ; la stricte monotonie donne au plus un. Une limite à une borne exclue n’est pas une valeur au point. Essai corrigé : sur \([0;+\infty[\), \(x/(1+x)=1-1/(1+x)<1\) et tend vers \(1\) ; on n’a jamais une image égale à \(1\).

Un essai sur les crochets. Pour \(p(x)=x+1\) avec \(0\le x<2\), quelles valeurs prennent les images ? Le niveau \(3\) est-il atteint ? Justifier autrement qu’en recopiant les crochets. Vérification : ajouter \(1\) donne \(1\le p(x)<3\). Réciproquement, pour \(1\le y<3\), poser \(x=y-1\) donne \(0\le x<2\) et \(p(x)=y\) : l’image est \([1;3[\). Le niveau \(3\) exigerait \(x=2\), exclu. Si tu as inclus \(3\), résous cette dernière équation ; si tu as seulement obtenu une inclusion, vérifie aussi que chaque niveau annoncé possède un antécédent. Ces deux contrôles seront conservés pour les fonctions moins simples.

Corollaire du TVI — Image d'un intervalle par une fonction continue strictement monotone (12.1)

Pour une fonction continue strictement monotone sur un intervalle, déterminer les valeurs aux bornes incluses et les limites aux bornes exclues ou infinies. Une borne de l’image est incluse si elle est atteinte à une extrémité incluse. Dans le cas strictement monotone, une limite à une extrémité exclue n’est pas atteinte ailleurs sur l’intervalle. Les infinis ne sont jamais des images réelles incluses. Pour prouver qu’un niveau strictement entre deux limites est pris, choisir deux points intérieurs dont les images encadrent ce niveau grâce aux limites, puis appliquer le TVI sur leur segment. On n’applique pas le TVI à une « valeur en l’infini ».

Démonstration 12.1.

Dans le cas croissant, si \(L\) est la limite à la borne gauche, toute image intérieure est \(\ge L\). Elle est même \(>L\) : choisir un point de l’intervalle encore à gauche donne \(L\le f(y)<f(x)\). La borne droite se traite avec un point encore à droite. Tout niveau intermédiaire a un antécédent par le segment intérieur décrit, et un seul par stricte monotonie. Dans le cas décroissant, les comparaisons sont inversées ; on remet les limites dans l’ordre croissant pour écrire l’intervalle image. Les bornes incluses gardent leur valeur effective.

□

Passer d'une limite à un vrai segment de TVI

Une borne infinie n’est pas un point où évaluer la fonction. Supposons, par exemple, \(f\) continue et strictement croissante sur \(]a;+\infty[\), avec \(\lim_{x\to a^+}f(x)=L\) réel et \(\lim_{x\to+\infty}f(x)=+\infty\). Pour un niveau \(k>L\), la première limite fournit un point \(r>a\) dont l’image est \(<k\). La seconde permet de choisir \(s>r\) dont l’image est \(>k\). Le TVI s’applique alors au segment réel \([r;s]\). Il donne une solution, et la stricte croissance lui donne l’unicité sur l’intervalle initial.

Le niveau limite \(L\) n’est pas atteint : pour tout \(x>a\), on peut choisir \(y\in]a;x[\), et la stricte croissance donne \(L\le f(y)<f(x)\). Ainsi \(f(x)>L\). Cet argument explique un crochet ouvert ; il ne suffit pas de dire « le point \(a\) est exclu », car sans monotonie un niveau limite pourrait être atteint ailleurs.

Exemple 12.1 — Un niveau limite atteint ailleurs lorsque la monotonie manque

Sur \(]0;2]\), la fonction continue \(q(x)=x(x-1)\) tend vers \(0\) lorsque \(x\to0^+\). Le point \(0\) n’est pas dans le domaine, mais \(q(1)=0\) : ce niveau est pourtant atteint à une autre abscisse. On ne peut donc transporter la règle des crochets des fonctions strictement monotones à une fonction quelconque sans étudier ses variations.

Exemple 12.2 — Six images : crochets, sens et limites

  1. \(x^2\) sur \([0;+\infty[\) : continue, strictement croissante, valeur \(0\) incluse et limite \(+\infty\), donc image \([0;+\infty[\).

  2. \(1/x\) sur \(]0;+\infty[\) : continue, strictement décroissante, limites \(+\infty\) en \(0^+\) et \(0\) en \(+\infty\), toutes deux non atteintes ; image \(]0;+\infty[\).

  3. \(f(x)=x/(1+x)\) sur \([0;+\infty[\) : \(f'=((1+x)-x)/(1+x)^2=1/(1+x)^2>0\), \(f(0)=0\), limite \(1\) par \(1-1/(1+x)\). Image \([0;1[\). L’équation \(x/(1+x)=1\) conduirait à \(x=x+1\), impossible.

  4. \(1/(x-1)\) sur \(]1;3[\) : dérivée \(-1/(x-1)^2<0\), limite \(+\infty\) à gauche et \(1/2\) à droite, donc image \(]1/2;+\infty[\). Ne pas inclure \(1/2\) : il faudrait \(x=3\), exclu.

  5. \(e^x\) sur \(\mathbb{R}\) : continuité et stricte croissance déjà établies, limites antérieures \(0\) en \(-\infty\) et \(+\infty\) en \(+\infty\), donc image \(]0;+\infty[\), sans utiliser de logarithme.

  6. \(x^2\) sur \([1;3[\) : croissance, valeur \(1\) et limite \(9\) non atteinte, donc image \([1;9[\). Sur \(]-3;-1]\), la fonction décroît et l’image est encore \([1;9[\) ; l’ordre des abscisses ne dicte pas l’ordre d’écriture de l’image.

Lecture de la figure. Le point plein \((0;0)\) est pris. La ligne horizontale pointillée \(y=1\) est une limite de la courbe \(x/(1+x)\), pas une valeur atteinte : chaque fraction reste strictement inférieure à \(1\). On peut viser tout niveau entre \(0\) et \(1\), mais pas \(1\).

Exemple 12.3 — Une cubique et un paramètre : compter sans doubler les jonctions

Pour \(P(x)=x^3-3x\), \(P'(x)=3x^2-3=3(x-1)(x+1)\). Les signes sont \(+\) pour \(x<-1\), \(-\) pour \(-1<x<1\) et \(+\) pour \(x>1\). La continuité polynomiale est établie séparément du tableau. Les points critiques donnent \(P(-1)=2\), \(P(1)=-2\) ; les limites sont \(-\infty\) et \(+\infty\) aux deux infinis.

Les trois intervalles monotones ont pour images \(]-\infty;2]\), \([-2;2]\) et \([-2;+\infty[\). Chaque niveau intérieur donne une solution par branche. Mais un extremum commun à deux branches n’est qu’un seul réel : \[\begin{array}{c|ccccc}m&m<-2&m=-2&-2<m<2&m=2&m>2\\\hline \text{solutions réelles distinctes}&1&2&3&2&1\end{array}\] En \(m=2\), \(x^3-3x-2=(x-2)(x+1)^2\), donc les réels distincts sont \(-1\) et \(2\). Le facteur carré donne une multiplicité algébrique, pas deux abscisses \(-1\) différentes. En \(m=-2\), \((x+2)(x-1)^2=0\) donne \(-2,1\). Hors des deux seuils, les images des branches justifient exhaustivement le tableau, sans chercher une formule compliquée des racines.

Déplier les cinq cas du paramètre

Si \(m<-2\), seule la branche de gauche, d’image \(]-\infty;2]\), contient ce niveau : une solution. Si \(-2<m<2\), le niveau appartient à l’intérieur des trois images : une solution dans chacune des trois branches, donc trois solutions distinctes. Si \(m>2\), seule la branche de droite le prend : une solution.

Au seuil \(m=-2\), la branche gauche fournit une abscisse \(-2\), tandis que les branches centrale et droite se rejoignent en l’abscisse \(1\), commune aux deux : cela fait deux solutions, pas trois. Au seuil \(m=2\), les branches gauche et centrale partagent l’abscisse \(-1\), et la branche droite fournit \(2\) : encore deux solutions. L’exhaustivité vient de la réunion des trois intervalles, qui couvre tout \(\mathbb{R}\), et des images calculées sur chacun d’eux.

Corollaire du TVI — Pas de changement de signe sans zéro (12.2)

Si une fonction continue sur un intervalle ne s’y annule jamais, elle y garde un signe strict constant. Ce résultat concerne chaque intervalle de continuité, pas une réunion de morceaux séparés par des valeurs interdites.

Démonstration 12.2.

Si deux points avaient des images de signes opposés, le segment qui les relie serait inclus dans l’intervalle. Le TVI sur ce segment fournirait un zéro, contraire à l’hypothèse. Il n’existe donc pas deux signes différents ; comme aucune image n’est nulle, toutes sont strictement positives ou toutes strictement négatives.

□

Exemple 12.4 — Transformer une localisation de racine en tableau de signes

Supposons que \(f\) soit continue sur \(\mathbb{R}\) et que ses seuls zéros soient \(a<b\). Sur chacun des intervalles \(]-\infty;a[\), \(]a;b[\) et \(]b;+\infty[\), elle ne s’annule pas et garde son signe. Une valeur test par intervalle suffit à identifier ces signes, une fois l’absence d’autres zéros établie. Il n’est pas permis de choisir trois points puis de supposer qu’ils contrôlent tous les autres.

Exemple concret : \((x-1)^2\) n’a que le zéro \(1\). Les tests \(f(0)=1\) et \(f(2)=1\) donnent un signe positif de chaque côté ; le signe ne change pas au zéro. Une racine unique ne signifie donc pas automatiquement « négatif avant, positif après ». Pour le polynôme \(x^3+x-1\), cette alternance provenait de sa stricte croissance, qui ajoutait une information.

À toi 12.1 — Quel niveau est réellement pris ?

(a) Sur \([0;+\infty[\), combien de solutions de \(x/(1+x)=k\) pour \(k<0\), \(k=0\), \(0<k<1\), \(k=1\) et \(k>1\) ? (b) Combien de solutions de \(x^3-3x=3\) ? de \(x^3-3x=0\) ? (c) Pourquoi le tableau seul de variations n’aurait-il pas permis de justifier toutes les existences ? Indices. Utiliser l’image établie en (a), puis la table des seuils, et nommer la continuité en (c).

Correction expliquée et contrôle.

(a) Image \([0;1[\) et stricte croissance : aucune si \(k<0\) ou \(k\ge1\) ; une pour \(k=0\), qui est \(x=0\) ; une pour \(0<k<1\). Résoudre \(x=k(1+x)\) donne \((1-k)x=k\), donc \(x=k/(1-k)\ge0\) puisque \(1-k>0\). (b) \(3>2\) : une solution réelle, sur la dernière branche ; pour \(0\in]-2;2[\), trois, ici \(-\sqrt3,0,\sqrt3\). (c) Les flèches donnent au plus un antécédent par morceau strict, mais seule la continuité permet d’affirmer que les niveaux intermédiaires ne sont pas sautés.

Réparer — Inclure une borne parce que la limite existe

Erreur : écrire \([0;1]\) pour l’image de \(x/(1+x)\). Cas simple : \(f(x)=x\) sur \([0;1[\) n’atteint pas \(1\). Nouvel essai : image de \(2-x\) sur \(]0;1]\) ? Correction : décroissante, valeur \(1\) au bord droit inclus, limite \(2\) à gauche exclue ; image \([1;2[\). Retour à la fraction : le niveau limite \(1\) ne se transforme pas en image et l’infini n’est pas un point à ajouter.

À reprendre plus tard, avant de relire

Compter les solutions de \(x^3-3x=-2\), puis expliquer pourquoi le compte n’est pas \(3\). Correction : \((x+2)(x-1)^2=0\) donne \(-2\) et \(1\). La jonction \(x=1\) est partagée par deux intervalles monotones, mais se compte une fois seulement ; deux réels distincts.

Je sais faire seul si… je remets les bornes d’image dans l’ordre, justifie chaque crochet et distingue nombre d’abscisses, nombre de branches et multiplicité.

13. D — Une fonction auxiliaire pour étudier les niveaux

Avant de poursuivre. Pour \(u/v\), \((u/v)'=(u'v-uv')/v^2\) quand \(v\ne0\) ; \((e^x)'=e^x>0\). Le signe d’une dérivée donne la variation, pas automatiquement le nombre de solutions. Le TVI demande la continuité sur un intervalle entier. Essai corrigé : la dérivée de \(x/(1+x)\) vaut \(((1+x)-x)/(1+x)^2=1/(1+x)^2\) ; ne pas dériver numérateur et dénominateur séparément.

Choisir l’information utile. On sait que \(q'(x)=(2-x)/(1+x^2)\) sur \([0;4]\). Sans calculer \(q\) ni dériver encore, déterminer où \(q\) croît et où elle décroît. Quelle propriété du dénominateur as-tu utilisée ? Vérification : \(1+x^2\ge1>0\), donc le signe de \(q'\) est celui de \(2-x\) : positif avant \(2\), nul en \(2\), négatif après. La fonction \(q\) croît jusqu’à \(2\), puis décroît. Si tu as conclu qu’elle décroît partout parce que \(2-x\) décroît, sépare « signe du numérateur » et « variation du numérateur » : c’est le premier qui commande ici le signe de \(q'\). L’étude suivante apprend à trouver ce signe lorsqu’il est moins immédiat.

Exemple 13.1 — Pourquoi étudier une deuxième fonction ?

Sur \([0;+\infty[\), \(F(x)=\frac{x}{1+e^x}\). Le dénominateur vaut toujours plus que \(1\), donc \(F\) est définie et continue. La dérivée demande un numérateur dont le signe n’est pas immédiat : \[F'(x)=\frac{1(1+e^x)-x e^x}{(1+e^x)^2} =\frac{1+e^x-xe^x}{(1+e^x)^2}=\frac{1+(1-x)e^x}{(1+e^x)^2}.\] Le dénominateur est strictement positif. Définir \(H(x)=1+(1-x)e^x\) sert donc à étudier le signe de ce numérateur, pas à multiplier les dérivées sans question. Par la règle du produit, \[H'(x)=0+(-1)e^x+(1-x)e^x=(-1+1-x)e^x=-xe^x.\] Sur \(]0;+\infty[\), \(H'<0\). \(H\) est strictement décroissante sur \([0;+\infty[\), avec \(H(0)=2\), \(H(1)=1\) et \(H(2)=1-e^2<0\). Continuité sur \([1;2]\) : TVI, un zéro \(\beta\in]1;2[\) ; stricte décroissance : zéro unique sur le demi-axe. Donc \(H>0\) avant \(\beta\) et \(H<0\) après.

Une chaîne de trois questions, à garder séparées

Nous avons dérivé \(H\) pour connaître ses variations, puis utilisé le TVI pour localiser son zéro \(\beta\). Cela donne le signe de \(H\). Le quotient qui exprime \(F'\) a un dénominateur positif, donc ce signe est aussi celui de \(F'\). Enfin, le signe de \(F'\) fournit les variations de \(F\). La chaîne est \[H'\ \longrightarrow\ \text{variations de }H\ \longrightarrow\ \text{signe de }H \ \longrightarrow\ \text{signe de }F'\ \longrightarrow\ \text{variations de }F.\] Le zéro de \(H\) n’est pas un zéro de \(F\) : \(F(\beta)>0\) puisque \(\beta>1\) et son dénominateur est positif. Ici, le TVI appliqué à l’auxiliaire sert à repérer où la variation de la fonction initiale change.

Exemple 13.2 — Revenir à la fonction de départ et aux niveaux

Le signe de \(F'\) est maintenant connu : \(F\) croît strictement sur \([0;\beta]\) puis décroît strictement sur \([\beta;+\infty[\). \(F(0)=0\), et \(\lim_{x\to+\infty}F(x)=0\) : pour \(x\ge0\), \(0\le F(x)\le x/e^x\), et la limite antérieure \(x/e^x\to0\) conclut par encadrement. Il n’y a aucune « valeur \(F(+\infty)\) ». L’équation \(H(\beta)=0\) donne \(1+(1-\beta)e^\beta=0\), donc \((\beta-1)e^\beta=1\) et \(e^\beta=1/(\beta-1)\), autorisé puisque \(\beta>1\). Ainsi \[M=F(\beta)=\frac{\beta}{1+\frac1{\beta-1}} =\frac{\beta}{\frac{\beta-1+1}{\beta-1}} =\beta\frac{\beta-1}{\beta}=\beta-1>0.\] On a utilisé \(\beta\ne0\) pour simplifier. L’image de la première branche est \([0;M]\) ; celle de la seconde \(]0;M]\), car \(F(x)>0\) pour \(x>0\) et le niveau limite \(0\) n’y est pas atteint. Chaque branche est continue et strictement monotone. \[\begin{array}{c|ccccc}k&k<0&k=0&0<k<M&k=M&k>M\\\hline \text{solutions sur }[0;+\infty[&0&1&2&1&0\end{array}\] En \(k=0\), la seule solution est \(0\). En \(k=M\), les deux branches partagent \(\beta\), compté une fois. Pour les niveaux intérieurs, le TVI sur des segments adéquats puis la stricte monotonie donnent exactement deux solutions.

Lecture de la figure. La ligne \(H\) indique un signe, pas une variation. Son zéro \(\beta\) correspond à un zéro de \(F'\). La fonction \(F\) augmente de la valeur \(0\) jusqu’au maximum \(M=\beta-1\), puis diminue vers la limite \(0\), non atteinte sur cette seconde branche. Les flèches relient des valeurs placées à des hauteurs distinctes.

Lecture de la figure. La courbe monte depuis \((0;0)\) puis redescend vers le niveau \(0\) sans le reprendre. Une horizontale entre \(0\) et le maximum donne deux intersections. Le tracé illustre la table démontrée ; la hauteur du maximum est déterminée par \(H(\beta)=0\), pas par une lecture approximative.

Exemple 13.3 — Utiliser une racine implicite sans prétendre la connaître exactement

La relation \(M=\beta-1\) est une égalité exacte, même si l’on ne dispose pas d’une écriture élémentaire de \(\beta\). Le nombre \(\beta\) est défini sans ambiguïté par « l’unique zéro de \(H\) dans \(]1;2[\) ».

De \(1<\beta<2\), soustraire \(1\) donne \(0<M<1\). Si un encadrement plus précis de \(\beta\) est obtenu par dichotomie, soustraire \(1\) aux deux bornes fournit immédiatement le même contrôle de largeur pour \(M\). On ne remplace pas \(e^\beta\) par une approximation pour simplifier : c’est l’équation exacte \(H(\beta)=0\) qui a autorisé la transformation algébrique. Ce geste se retrouve souvent dans un problème avec un extremum situé à une abscisse définie implicitement.

À toi 13.1 — Lire un mécanisme plutôt que mémoriser un dessin

(a) Pourquoi la seule continuité de \(F\) ne suffisait-elle pas à compter les solutions ? (b) Sans calculer \(\beta\), déterminer le nombre de solutions de \(F(x)=M/2\), puis dire où elles se trouvent. (c) Montrer que \(1<M+1<2\) et expliquer ce que cela dit de la position du maximum. (d) Si une suite \(a_n\to\beta\) avec \(a_n\ge0\), que devient \(F(a_n)\) ? Indices. Monotonie des branches ; \(M=\beta-1\) ; continuité au point limite.

Correction expliquée et contrôle.

(a) Le TVI ne fournit qu’une existence, éventuellement plusieurs ; il fallait connaître chaque variation et les images pour un compte exhaustif. (b) \(0<M/2<M\) : une solution dans \(]0;\beta[\) et une dans \(]\beta;+\infty[\). (c) \(M+1=\beta\in]1;2[\) ; le maximum est atteint à une abscisse entre \(1\) et \(2\), et sa hauteur \(M\) est entre \(0\) et \(1\). Ne pas échanger ces deux coordonnées. (d) \(F\) continue en \(\beta\), donc \(F(a_n)\to F(\beta)=M\) ; la convergence de \(a_n\) est une hypothèse, pas une conséquence de la forme de \(F\).

À toi 13.2 — Un nouveau dénominateur : organiser soi-même l'étude

Pour \(Q(x)=x/(2+e^x)\) sur \([0;+\infty[\), étudier les variations et déterminer le nombre de solutions de \(Q(x)=k\) selon le niveau. Construire et nommer vous-même la fonction dont le signe sera utile. Indices gradués. D’abord domaine et quotient ; ensuite isoler le numérateur de la dérivée ; enfin comparer ses valeurs en \(1\) et \(2\). Ne pas réutiliser le maximum de \(F\), car le dénominateur a changé.

Correction expliquée et contrôle.

Le dénominateur \(2+e^x>2\) ne s’annule pas. \(Q'=[1(2+e^x)-xe^x]/(2+e^x)^2=[2+(1-x)e^x]/(2+e^x)^2\). Poser \(K=2+(1-x)e^x\) permet d’étudier son signe. \(K'=-e^x+(1-x)e^x=-xe^x<0\) pour \(x>0\). \(K(1)=2>0\) et \(K(2)=2-e^2<0\) ; continuité et stricte décroissance donnent un unique zéro \(\gamma\in]1;2[\). Donc \(Q\) croît puis décroît en \(\gamma\), avec \(Q(0)=0\), \(Q>0\) pour \(x>0\) et \(Q\to0\) par \(0\le Q\le x/e^x\). L’équation \(K(\gamma)=0\) donne \((\gamma-1)e^\gamma=2\), puis \(e^\gamma=2/(\gamma-1)\), car \(\gamma>1\). Substituer et mettre le dénominateur au même dénominateur donne \[Q(\gamma)=\frac{\gamma}{2+\frac2{\gamma-1}} =\frac{\gamma}{\frac{2(\gamma-1)+2}{\gamma-1}} =\gamma\frac{\gamma-1}{2\gamma}=\frac{\gamma-1}2=:L>0.\] La fraction inversée a un dénominateur non nul et \(\gamma\ne0\) autorise la dernière simplification. Les images des branches sont \([0;L]\) et \(]0;L]\). Le compte est donc \(0\) pour \(k<0\) ou \(k>L\), \(1\) pour \(k=0\) ou \(k=L\), et \(2\) pour \(0<k<L\). La continuité donne les existences, la stricte monotonie le compte par branche ; \(\gamma\) se compte une fois.

Réparer — Une fonction auxiliaire sans retour à la question

Erreur : conclure « \(H\) décroît, donc \(F\) décroît ». La relation réelle est \(\operatorname{sgn}(F')=\operatorname{sgn}(H)\), pas \(F'=H'\). Cas simple : \(H(x)=1-x\) décroît, mais peut être positif et donc donner une fonction \(F\) croissante avant son zéro. Nouvel essai : si \(G'=\frac{2-x}{1+x^2}\) sur \([0;4]\), correction : \(G\) croît jusqu’à \(2\), décroît après, car le dénominateur est positif et le numérateur change de signe en \(2\). Retour à \(F\) : ce sont les signes \(+,-\) de \(H\) qui fournissent les variations de \(F\).

À reprendre plus tard, avant de relire

Pour \(J(x)=x e^{-x}\) sur \([0;+\infty[\), compter les solutions de \(J(x)=k\). Correction : \(J'=1\cdot e^{-x}+x(-e^{-x})=(1-x)e^{-x}\), positif avant \(1\), négatif après. \(J(0)=0\), \(J(1)=e^{-1}\), \(J\to0\) à l’infini (limite antérieure). Il y a zéro solution si \(k<0\) ou \(k>e^{-1}\), une pour \(k=0\) (en \(0\)), une pour \(k=e^{-1}\) (en \(1\)), deux pour \(0<k<e^{-1}\) par continuité et variations.

Je sais faire seul si… je relie la fonction auxiliaire au signe exact de la dérivée, puis retourne aux images et au nombre de solutions sans confondre abscisse critique et hauteur maximale.

14. Encadrer une solution et contrôler la précision

Une calculatrice affiche beaucoup de chiffres ; cela ne dit pas encore lesquels sont justifiés. Nous cherchons ici un intervalle contenant une solution, puis nous traduisons sa largeur en information sur une valeur approchée. Le parcours conseillé est : calculs de signes, dichotomie à la main, preuve de précision, puis programme. Les précautions numériques expliquent ce que le programme peut, et ne peut pas, garantir.

Avant de poursuivre. Un nombre \(\alpha\) appartient à \([2;2{,}2]\). Quelle est la largeur ? Quel est le milieu ? Quelle est la plus grande distance possible entre ce milieu et \(\alpha\) ?

Correction expliquée et contrôle.

La largeur vaut \(2{,}2-2=0{,}2\). Le milieu est \((2+2{,}2)/2=4{,}2/2=2{,}1\). Chaque extrémité est à distance \(0{,}1\) de ce milieu ; ainsi \(|\alpha-2{,}1|\leq0{,}1\). Si tu as répondu \(0{,}2\) à la dernière question, reprends la figure et la preuve du paragraphe « Trois demandes différentes » ci-dessous : la moitié de la largeur est le point décisif.

Préparer le problème avant de calculer

Rappel utile — du niveau visé aux signes (14.1)

Pour résoudre \(f(x)=k\), on pose \(g(x)=f(x)-k\). Le théorème des valeurs intermédiaires affirme : si \(g\) est continue sur \([a;b]\), \(a<b\), et si les valeurs aux bornes sont de signes opposés, il existe un zéro entre elles. Une valeur nulle à une borne donne déjà une solution. La stricte monotonie, lorsqu’elle est démontrée, ajoute l’unicité ; elle n’est pas nécessaire pour conserver au moins un zéro par dichotomie.

Un encadrement \(a\leq\alpha\leq b\) est une information sur des abscisses. Les nombres \(g(a)\) et \(g(b)\) sont des images servant à établir cette information. On ne remplace jamais un encadrement d’images par un encadrement d’abscisses.

Exemple 14.1 — Un premier encadrement par balayage

Considérons \(g(x)=x^3+x-1\). C’est un polynôme, donc une fonction continue sur \(\mathbb{R}\). Sa dérivée est \(g'(x)=3x^2+1>0\) : \(g\) est strictement croissante. Comme \(g(0)=-1\) et \(g(1)=1\), le TVI donne une racine \(\alpha\in]0;1[\) ; la stricte croissance assure qu’il n’y en a pas d’autre sur \(\mathbb{R}\).

Un balayage consiste à avancer par pas fixé jusqu’à rencontrer un changement de signe. Les valeurs \(0{,}6\) et \(0{,}7\) donnent, exactement, \[g\!\left(\frac35\right)=\frac{27}{125}+\frac{75}{125}-\frac{125}{125}=-\frac{23}{125}<0, \qquad g\!\left(\frac7{10}\right)=\frac{343+700-1000}{1000}=\frac{43}{1000}>0.\] Ainsi \(0{,}6<\alpha<0{,}7\). Continuer au pas \(0{,}01\) serait possible ; la dichotomie réduit plutôt de moitié l’intervalle à chaque étape. Le balayage aide à trouver le premier intervalle, mais un affichage de signes ne remplace pas la continuité justifiée avant lui.

Méthode — garder la bonne moitié

On part de \([a_0;b_0]\) avec \(g(a_0)\) et \(g(b_0)\) de signes strictement opposés. Au rang \(n\), les anciennes bornes sont \(a_n,b_n\) ; leur milieu est \[m_n=\frac{a_n+b_n}{2}.\] Si \(g(m_n)=0\), le calcul exact a trouvé une solution et l’on s’arrête. Sinon :

  • si \(g(a_n)\) et \(g(m_n)\) sont de signes opposés, on pose \(a_{n+1}=a_n\) et \(b_{n+1}=m_n\) ;

  • sinon, ces deux images ont le même signe et \(g(m_n)\) a le signe opposé à \(g(b_n)\) : on pose \(a_{n+1}=m_n\) et \(b_{n+1}=b_n\).

Il faut décider avec les anciennes valeurs, puis modifier une seule borne. La règle ne suppose pas que \(g\) soit croissante : elle convient aussi à une fonction décroissante ou non monotone, pourvu que la continuité et les signes soient établis.

Démonstration 14.1.

Le nouveau segment est inclus dans l’ancien et les images de ses bornes gardent des signes opposés. La restriction de \(g\) y est continue. Le TVI y assure donc au moins un zéro. Si une racine unique \(\alpha\) avait été établie, c’est nécessairement elle qui reste dans le nouveau segment. Sans unicité, on ne promet pas de conserver toutes les racines de l’ancien segment.

□

Exemple 14.2 — Quatre décisions exactes, sans arrondi de calculatrice

Repartons de \(g(x)=x^3+x-1\) et de \([a_0;b_0]=[0;1]\). Dans le tableau, \(n\) est le rang avant la décision. La dernière colonne donne la largeur après cette décision.

\(n\) \(a_n\) \(b_n\) \(m_n\) \(g(m_n)\) segment conservé largeur
0 0 1 \(\frac12\) \(-\frac38\) \([\frac12;1]\) \(\frac12\)
1 \(\frac12\) 1 \(\frac34\) \(\frac{11}{64}\) \([\frac12;\frac34]\) \(\frac14\)
2 \(\frac12\) \(\frac34\) \(\frac58\) \(-\frac{67}{512}\) \([\frac58;\frac34]\) \(\frac18\)
3 \(\frac58\) \(\frac34\) \(\frac{11}{16}\) \(\frac{51}{4096}\) \([\frac58;\frac{11}{16}]\) \(\frac1{16}\)

Déplions la deuxième ligne, où il faut changer de côté. L’ancien segment est \([\frac12;1]\) ; son milieu vaut \[\frac{\frac12+1}{2}=\frac{\frac12+\frac22}{2}=\frac{\frac32}{2}=\frac32\times\frac12=\frac34.\] Le calcul d’image est \[g\!\left(\frac34\right)=\left(\frac34\right)^3+\frac34-1 =\frac{27}{64}+\frac{48}{64}-\frac{64}{64}=\frac{11}{64}>0.\] Comme \(g(\frac12)=-\frac38<0\), les signes opposés sont ceux de \(g(\frac12)\) et \(g(\frac34)\). On garde donc \([\frac12;\frac34]\) : c’est \(b\), et non \(a\), qui devient \(\frac34\).

Les deux autres calculs fragiles se contrôlent au même dénominateur : \[g\!\left(\frac58\right)=\frac{125+320-512}{512}=-\frac{67}{512},\qquad g\!\left(\frac{11}{16}\right)=\frac{1331+2816-4096}{4096}=\frac{51}{4096}.\] Après quatre bissections, \(\alpha\in[\frac58;\frac{11}{16}]\). La figure représente des segments d’abscisses ; la racine dessinée sert au repérage, pas au calcul des signes.

Lecture de la figure. Sur la même droite graduée de 0 à 1, les segments successifs sont emboîtés. Le second resserrement modifie la borne droite, le troisième la borne gauche. Le milieu d’un segment est à égale distance de ses extrémités : cette distance vaut la demi-largeur. Les étiquettes des segments ne sont pas des valeurs de \(g\).

Trois demandes différentes : encadrement, erreur, arrondi

Proposition — largeur et erreur du milieu (14.2)

Dans le modèle exact, si aucune racine n’est rencontrée avant le rang \(n\) et si chaque décision conserve un demi-segment, alors \[b_n-a_n=\frac{b_0-a_0}{2^n}.\] Pour tout \(\alpha\in[a_n;b_n]\), le milieu \(c_n=(a_n+b_n)/2\) vérifie \[|c_n-\alpha|\leq\frac{b_n-a_n}{2}=\frac{b_0-a_0}{2^{n+1}}.\] Après une découverte exacte d’une racine, un arrêt avec \(a=b\) donne largeur et erreur nulles ; on n’applique alors pas la formule précédente à des bissections non effectuées.

Démonstration 14.2.

Au départ, la largeur est bien \((b_0-a_0)/2^0\). Si la largeur au rang \(n\) vaut \(L\), remplacer une extrémité par le milieu donne dans les deux cas la largeur \(L/2\). La récurrence établit la formule. Enfin, \[c_n-a_n=\frac{a_n+b_n-2a_n}{2}=\frac{b_n-a_n}{2},\quad b_n-c_n=\frac{2b_n-a_n-b_n}{2}=\frac{b_n-a_n}{2}.\] Puisque \(\alpha\) est entre les extrémités, il est au plus à cette distance du milieu. Cette preuve de distance n’exige aucune information sur le signe de \(\alpha-c_n\).

□

Pour un encadrement d’amplitude au plus \(\varepsilon\), on demande \(b-a\leq\varepsilon\). Pour une valeur approchée de milieu d’erreur au plus \(\varepsilon\), il suffit de \(b-a\leq2\varepsilon\). Le second objectif peut demander une bissection de moins.

Avec une largeur initiale 1 et \(\varepsilon=10^{-3}\), on compare sans logarithme : \(2^9=512<1000<1024=2^{10}\). Une largeur au plus \(10^{-3}\) demande 10 bissections ; une erreur du milieu au plus \(10^{-3}\) en demande 9, car \(1/2^{10}<10^{-3}\). Le nombre est un nombre de bissections, pas le numéro de la dernière ligne du tableau commencé à 0.

Exemple 14.3 — Passer d'un intervalle à un arrondi garanti

Pour notre racine \(\alpha\), dix bissections donnent exactement \[\frac{349}{512}\leq\alpha\leq\frac{699}{1024},\qquad c_{10}=\frac{1397}{2048},\qquad |c_{10}-\alpha|\leq\frac1{2048}.\] La largeur est \(1/1024<0{,}001\). Pourtant, cet intervalle va de \(0{,}681640625\) à \(0{,}6826171875\) : il traverse \(0{,}6825\), seuil séparant les arrondis \(0{,}682\) et \(0{,}683\). Sa petitesse ne suffit donc pas à choisir l’arrondi au millième.

Après douze bissections, \[0{,}68212890625=\frac{1397}{2048}\leq\alpha\leq \frac{2795}{4096}=0{,}682373046875.\] Les deux bornes sont strictement entre \(0{,}6815\) et \(0{,}6825\). Chaque nombre de l’intervalle s’arrondit donc à \(0{,}682\) au millième : cet arrondi est désormais garanti. Nous avons contrôlé des seuils, pas seulement un nombre de chiffres affichés.

Convention — Arrondir en cas d'égalité (14.3)

Dans cette unité, à égale distance de deux décimaux, on choisit le plus grand des deux. Ainsi \(0{,}15\) s’arrondit à \(0{,}2\) au dixième. Ce choix est une convention ; certains logiciels en utilisent une autre.

Exemple 14.4 — Un seuil que les bissections seules ne rencontrent jamais

Pour \(h(x)=20x-3\) sur \([0;1]\), la racine est exactement \(3/20=0{,}15\). Toute borne ou tout milieu obtenu par bissections à partir de 0 et 1 est un nombre dyadique : une fraction de dénominateur une puissance de 2. Or \(3/20\), fraction irréductible dont le dénominateur contient 5, n’est pas dyadique. Aucune bissection exacte ne le rencontre ; chaque segment conservé chevauche le seuil \(0{,}15\).

Il faut donc étudier le seuil lui-même : \(h(3/20)=20\times(3/20)-3=3-3=0\). Par la convention annoncée, l’arrondi est \(0{,}2\). Sans possibilité de décider exactement ce cas frontière, on livre l’encadrement ou la borne d’erreur obtenue, sans promettre que la seule répétition décidera toujours l’arrondi.

Algorithme — de la règle mathématique au programme

Algorithme — Pseudo-code à lire sans ordinateur (14.4)

  1. Vérifier dans le raisonnement que \(g\) est définie et continue sur \([a;b]\). Choisir \(a<b\), une tolérance de largeur \(\varepsilon>0\) et un nombre maximal d’étapes.

  2. Calculer \(g(a),g(b)\). Si l’une vaut exactement zéro, rendre cette solution. Sinon, refuser des signes non opposés : ce test ne prouve pas l’absence de racines, mais ce départ ne convient pas à cette procédure.

  3. Tant que \(b-a>\varepsilon\), calculer le milieu avec les anciennes bornes et son image. Si cette image vaut exactement zéro, s’arrêter. Sinon, remplacer uniquement la borne qui a le même signe d’image que le milieu.

  4. Arrêter aussi si le nombre maximal est atteint ou si le milieu calculé n’est plus distinct d’une borne. Rendre les bornes, le nombre de décisions et la raison d’arrêt ; vérifier si la largeur demandée a effectivement été atteinte.

Voici la source Python utilisée. Elle évite le produit \(g(a)g(m)\), qui pourrait déborder numériquement, en comparant directement les signes. Les affectations multiples évaluent les membres de droite avant la mise à jour : l’ancienne information n’est pas perdue.

from math import isfinite


def dichotomie(g, a, b, epsilon, maxiter=200):
    """Avant l'appel : prouver la continuite sur [a,b].
    Sortie : (borne_gauche, borne_droite, bissections, etat).
    Les signes flottants ne sont pas des preuves de signes exacts.
    """
    if not all(isfinite(t) for t in (a, b, epsilon)):
        raise ValueError("Entrees non finies")
    if not a < b or epsilon <= 0:
        raise ValueError("Il faut a < b et epsilon > 0")
    if not isinstance(maxiter, int) or maxiter <= 0:
        raise ValueError("maxiter doit etre un entier positif")
    if not isfinite(b - a):
        raise ValueError("Largeur non representable")
    fa, fb = g(a), g(b)
    if not all(isfinite(t) for t in (fa, fb)):
        raise ValueError("Images non finies")
    if fa == 0:
        return a, a, 0, "zero_calcule"
    if fb == 0:
        return b, b, 0, "zero_calcule"
    if (fa < 0) == (fb < 0):
        raise ValueError("Pas de signes opposes aux bornes")
    n = 0
    while b - a > epsilon:
        if n == maxiter:
            return a, b, n, "maxiter"
        m = a + (b - a) / 2
        if m == a or m == b:
            return a, b, n, "stagnation"
        fm = g(m)
        if not isfinite(fm):
            raise ValueError("Image intermediaire non finie")
        n += 1
        if fm == 0:
            return m, m, n, "zero_calcule"
        # Comparer les signes AVANT de modifier une borne.
        if (fa < 0) != (fm < 0):
            b, fb = m, fm
        else:
            a, fa = m, fm
    return a, b, n, "largeur"


if __name__ == "__main__":
    from fractions import Fraction as F

    def g(x):
        return x**3 + x - 1

    a, b, n, etat = dichotomie(g, F(0), F(1), F(1, 1000))
    print(a, b, n, etat)
    print("Milieu :", (a + b) / 2)
    print("Erreur majoree par :", (b - a) / 2)

Le résultat exact du bloc final est \[\left(\frac{349}{512},\frac{699}{1024},10,\text{\texttt{largeur}}\right).\] Fraction représente ici exactement les rationnels et les images polynomiales : les signes sont exacts. Avec des nombres flottants ordinaires, zero_calcule signifie seulement que l’évaluation machine a donné 0 ; un sous-dépassement ou une soustraction arrondie peut produire ce 0 sans zéro mathématique. La sortie largeur n’est un encadrement mathématiquement certifié que si les signes calculés sont fiables et si la continuité a été prouvée. Pour une fonction transcendante près de 0, une précision accrue ou des bornes d’évaluation fiables peuvent être nécessaires.

La procédure ne détecte pas toutes les valeurs interdites et ne vérifie pas la continuité : par exemple, les signes de \(1/x\) en \(-1\) et 1 sont opposés, mais l’intervalle traverse 0, où la fonction n’est pas définie. Ce départ doit être rejeté avant l’appel. Les états maxiter et stagnation annoncent une précision non atteinte, pas une réussite. L’arithmétique flottante peut en effet ne plus représenter de nombre strictement entre deux flottants voisins.

À toi 14.1 — Une décision guidée, y compris pour une fonction décroissante

Soit \(h(x)=2-x^3-x\) sur \([0;2]\). Sans lire la correction, calculer \(h(0),h(2),h(1)\). Si l’on constate qu’au milieu la valeur vaut zéro, que doit rendre l’algorithme ? Puis repartir de \([0;1{,}5]\) : décider la première moitié conservée. Justifier la décision par les images, pas par une règle « positif donc à droite ».

Indices gradués. 1. Remplacer toutes les occurrences de \(x\). 2. Sur le second segment, le milieu est \(3/4\). 3. Comparer le signe de son image à celui de l’ancienne borne gauche.

Correction expliquée et contrôle.

On a \(h(0)=2\), \(h(2)=2-8-2=-8\), \(h(1)=2-1-1=0\). À partir de \([0;2]\), une seule évaluation au milieu trouve exactement 1 ; la sortie exacte est donc \((1,1,1,\texttt{zero\_calcule})\). La fonction est continue et \(h'=-3x^2-1<0\), donc cette racine est unique.

Sur \([0;3/2]\), \(h(3/2)=2-27/8-3/2=(16-27-12)/8=-23/8\). Le milieu \(3/4\) donne \(h(3/4)=(128-27-48)/64=53/64>0\). Les signes de \(h(0)\) et \(h(3/4)\) sont les mêmes ; on remplace la borne gauche par \(3/4\) et l’on conserve \([3/4;3/2]\). La racine 1 s’y trouve bien, ce qui contrôle la décision sans remplacer sa justification.

À toi 14.2 — À tenter avant de consulter — un niveau non nul

On veut résoudre \(f(x)=3\) pour \(f(x)=x^2\) sur \([1;2]\). Construire deux décisions exactes, donner le segment final et la borne d’erreur de son milieu. Expliquer personnellement pourquoi on peut utiliser les signes de \(f-3\), et préciser quelle hypothèse garantit une solution.

Indices. Poser \(g=f-3\) ; le premier milieu est \(3/2\). La demi-largeur se calcule sur le segment final.

Correction expliquée et contrôle.

\(g(x)=x^2-3\) est continue sur \([1;2]\), avec \(g(1)=-2\) et \(g(2)=1\). Le TVI donne une racine ; la croissance stricte de \(x^2\) sur cet intervalle assure son unicité. Au premier milieu, \[g(3/2)=9/4-3=-3/4<0,\] donc on conserve \([3/2;2]\). Son milieu est \(7/4\) et \(g(7/4)=49/16-48/16=1/16>0\) : le segment final est \([3/2;7/4]\). Sa largeur vaut \(7/4-6/4=1/4\), son milieu \(13/8\) et l’erreur de ce milieu est au plus \(1/8\). Résoudre \(f=3\) et \(g=0\) revient à la même égalité car on a soustrait 3 aux deux membres. La continuité porte sur tout le segment ; les signes seuls n’auraient pas suffi.

À toi 14.3 — Variation — que peut-on vraiment refuser ?

Le programme refuse \(g(x)=x^2-1\) sur \([-2;2]\) car ses images aux bornes valent 3. Cela signifie-t-il que l’équation n’a pas de solution ? Proposer un départ recevable et une méthode plus directe pour ce cas particulier.

Correction expliquée et contrôle.

Le refus signifie seulement « pas de changement de signe à ces bornes ». Il ne dit pas « pas de racine ». Ici \(x^2-1=(x-1)(x+1)\), donc les solutions sont \(-1\) et 1. Sur \([0;2]\), les images \(-1\) et 3 sont opposées ; ce segment fournit un départ valide et isole la racine 1. La factorisation donne ici les valeurs exactes plus directement que la dichotomie : choisir une méthode numérique n’oblige pas à oublier le calcul algébrique disponible.

Réparer une première erreur et repartir

Tentative erronée — la mauvaise borne est remplacée (14.5)

« Pour \(g(x)=x^3+x-1\) sur \([0;1]\), \(g(1/2)<0\), donc je pose \(b=1/2\). » La première erreur est la mise à jour : elle garde deux images négatives et élimine la racine. Cause possible : confondre « garder le milieu » et « garder le demi-segment qui change de signe ».

Rappel ciblé : on remplace la borne dont l’image a le même signe que celle du milieu. Exemple plus simple : \(q(x)=x-3\) sur \([0;8]\). Au milieu 4, \(q(4)=1>0\) comme \(q(8)=5>0\) ; on remplace 8 par 4, et garde \([0;4]\) où \(q(0)=-3<0<q(4)\).

Nouvel essai, avant de lire : pour \(r(x)=5-x\) sur \([0;8]\), choisir la moitié après le milieu 4. Correction : \(r(0)=5>0\), \(r(4)=1>0\), \(r(8)=-3<0\) ; on remplace 0 par 4 et garde \([4;8]\). Le sens décroissant ne change pas le principe.

Retour à la tentative initiale : \(g(0)=-1\) et \(g(1/2)=-3/8\) ont le même signe. Il faut poser \(a=1/2\), conserver \(b=1\) ; on retrouve la première ligne du tableau.

Une seconde erreur serait d’affirmer « largeur \(0{,}02\), donc erreur du milieu \(0{,}02\) exactement ». On sait seulement une borne supérieure : l’erreur est au plus \(0{,}01\), et peut être nulle. Pour \([4;4{,}06]\), refais le geste : milieu \(4{,}03\), largeur \(0{,}06\), erreur au plus \(0{,}03\). Ce nouvel essai ramène à la demande initiale \([2;2{,}2]\) : l’erreur maximale y est \(0{,}1\), pas la largeur \(0{,}2\).

À reprendre plus tard, avant de relire

À une prochaine séance, avant de relire : pour \(p(x)=x^2-5\) sur \([2;3]\), justifier l’existence et l’unicité d’une racine, effectuer deux bissections, puis donner une borne d’erreur du milieu. Combien de bissections suffiraient pour une erreur de milieu au plus \(1/64\) ? Enfin, au premier milieu \(5/2\), un programme pose a = 5/2 parce que \(p(5/2)>0\) : repérer et corriger la ligne. Si un arrêt renvoie maxiter, la précision est-elle acquise ? Justifier. Aide locale. \(p\) est un polynôme ; sur \([2;3]\), sa dérivée \(2x\) est positive. Comparer les signes au milieu, puis utiliser une largeur initiale 1.

Correction expliquée et contrôle.

\(p(2)=-1<0\) et \(p(3)=4>0\) : continuité et TVI donnent une racine ; la stricte croissance donne l’unicité. Le milieu \(5/2\) a pour image \(25/4-5=5/4>0\) : conserver \([2;5/2]\). Son milieu \(9/4\) donne \(81/16-5=1/16>0\) : conserver \([2;9/4]\). La largeur finale \(1/4\) et le milieu \(17/8\) donnent une erreur au plus \(1/8\). Après \(n\) bissections, l’erreur est au plus \(1/2^{n+1}\) ; avec \(n=5\), cette borne vaut \(1/64\). Cinq bissections suffisent ; on n’a pas demandé une largeur \(1/64\), qui en exigerait six.

La ligne proposée élimine la racine : \(p(5/2)\) et \(p(3)\) sont tous deux positifs. Il faut remplacer la borne droite, donc poser b = 5/2 et conserver \(a=2\). L’état maxiter signifie que le nombre d’itérations autorisé est atteint avant le critère de précision ; ce n’est pas une réussite de ce critère.

Je sais faire seul si… je vérifie le domaine et la continuité avant le code ; je distingue anciennes et nouvelles bornes ; je conserve les bons signes ; je donne une largeur, une borne d’erreur et un arrondi avec leurs justifications propres ; je lis la raison d’arrêt sans transformer un arrêt de sécurité en réussite.

15. Newton, Héron et sécante : construire une approximation, vérifier sa portée

Nous voulons résoudre \(g(x)=0\), ou \(f(x)=k\) en posant \(g=f-k\). La dichotomie fournit un encadrement par des signes contrôlés. Newton et la sécante tentent de se rapprocher d’une racine en remplaçant localement une courbe par une droite. Elles peuvent être très efficaces sur un exemple, mais ne gardent pas automatiquement une racine entre deux bornes. Cette unité explique leurs formules, prouve la convergence dans un cas particulier et montre leurs limites, sans utiliser la convexité.

Avant de poursuivre. La droite \(y=4(x-2)+2\) coupe-t-elle l’axe horizontal en \(2\), en \(3/2\) ou en \(-3/2\) ? Quelle valeur de \(y\) faut-il imposer ?

Correction expliquée et contrôle.

Sur l’axe horizontal, \(y=0\), non \(x=0\). L’équation devient \(0=4(x-2)+2\). On soustrait 2 aux deux membres : \(-2=4(x-2)\). Comme 4 est non nul, on divise les deux membres par 4 : \(-1/2=x-2\). On ajoute 2 : \(x=2-1/2=3/2\). Le contrôle donne \(4(3/2-2)+2=4(-1/2)+2=0\). Si tu as choisi 2, distingue le point de la courbe où l’on construit la droite et son intersection avec l’axe ; le rappel suivant remet ces deux rôles en place.

Méthode de Newton — pourquoi une tangente ?

Rappel utile — équation d'une tangente (15.1)

Si \(g\) est dérivable en \(x_n\), sa tangente au point \(A_n=(x_n;g(x_n))\) a pour équation \[y=g'(x_n)(x-x_n)+g(x_n).\] \(g'(x_n)\) est sa pente ; \(x\) est une variable parcourant la droite et \(x_n\) une abscisse déjà choisie. La tangente et la courbe ont le même point et la même pente en \(A_n\) ; cela ne signifie pas qu’elles coïncident ailleurs.

L’idée est de prendre, comme nouvel essai, l’abscisse où cette tangente rencontre l’axe horizontal. Il faut donc résoudre \[0=g'(x_n)(x-x_n)+g(x_n).\] On soustrait \(g(x_n)\) aux deux membres : \[-g(x_n)=g'(x_n)(x-x_n).\] Si \(g'(x_n)\neq0\), diviser les deux membres par ce coefficient donne \[-\frac{g(x_n)}{g'(x_n)}=x-x_n, \qquad x=x_n-\frac{g(x_n)}{g'(x_n)}.\] Nous n’avons pas divisé par \(x\) : aucune condition \(x\neq0\) n’est nécessaire à cette opération. Le diviseur est la pente calculée en \(x_n\).

Définition — itération de Newton, lorsqu'elle est définie (15.2)

À partir d’un départ \(x_0\), on calcule \[x_{n+1}=x_n-\frac{g(x_n)}{g'(x_n)},\] à condition que \(g(x_n)\) et \(g'(x_n)\) existent et que \(g'(x_n)\neq0\). Le nouvel itéré doit aussi appartenir au domaine nécessaire pour poursuivre. Cette définition n’affirme pas que la suite converge.

Exemple 15.1 — Une première étape pour approcher \(\sqrt2\)

Prenons \(g(x)=x^2-2\) et \(x_0=2\). Le calcul de dérivée donne \(g'(x)=2x\). Au départ, \(g(2)=4-2=2\) et \(g'(2)=4\). La tangente est donc \[y=4(x-2)+2=4x-8+2=4x-6.\] Son intersection avec \(y=0\) a l’abscisse \(x_1=6/4=3/2\). La formule de Newton retrouve \(2-2/4=3/2\). Le nouvel essai n’est pas la racine exacte : \(g(3/2)=9/4-2=1/4\neq0\). Il est seulement une nouvelle abscisse à exploiter.

Lecture de la figure. La courbe pleine est \(y=x^2-2\), pour \(0{,}5\leq x\leq2{,}3\). Le point \(A_0=(2;2)\) fixe la tangente en tirets \(y=4x-6\). On suit cette droite jusqu’à l’axe pour obtenir \(x_1=1{,}5\), puis on remonte à la courbe pour préparer l’étape suivante. La racine positive \(\sqrt2\) n’est pas l’intersection de cette première tangente avec l’axe.

Un cas démontré sans convexité : la méthode de Héron

Pour \(g(x)=x^2-2\) et \(x_n>0\), la formule se transforme en \[x_{n+1}=x_n-\frac{x_n^2-2}{2x_n} =\frac{2x_n^2-(x_n^2-2)}{2x_n} =\frac{x_n^2+2}{2x_n} =\frac12\left(x_n+\frac2{x_n}\right).\] Dans la deuxième égalité, on a mis \(x_n\) au dénominateur \(2x_n\) ; le signe moins s’applique à toute la parenthèse \(x_n^2-2\), d’où \(-x_n^2+2\). La division par \(x_n\) est permise ici parce qu’il est strictement positif. Cette itération est appelée méthode de Héron pour la racine carrée de 2.

Proposition — convergence dans ce cas particulier (15.3)

La suite définie par \(x_0=2\) et \[x_{n+1}=\frac12\left(x_n+\frac2{x_n}\right)\] est définie pour tout \(n\), positive, minorée par \(\sqrt2\) et décroissante. Elle converge vers \(\sqrt2\).

Démonstration 15.1.

Idée. Nous allons trouver une borne inférieure que chaque étape respecte, puis montrer que la suite descend sans passer sous cette borne. Le résultat antérieur utilisé est : toute suite décroissante minorée converge vers un réel.

Bonne définition et positivité. \(x_0=2>0\). Supposons \(x_n>0\). Alors \(2/x_n>0\), donc la somme \(x_n+2/x_n\) est positive et sa moitié aussi. La récurrence montre \(x_n>0\) à chaque rang ; aucun dénominateur n’est nul.

Borne inférieure. Posons \(s=\sqrt2>0\), avec \(s^2=2\). Pour tout \(x_n>0\), \[\begin{align*} x_{n+1}-s &=\frac{x_n^2+2}{2x_n}-\frac{2x_ns}{2x_n} =\frac{x_n^2-2sx_n+s^2}{2x_n} =\frac{(x_n-s)^2}{2x_n}\geq0. \end{align*}\] Le numérateur est un carré ; le dénominateur est positif. L’identité utilisée se vérifie en développant \((x_n-s)(x_n-s)=x_n^2-sx_n-sx_n+s^2\). Elle donne \(x_{n+1}\geq s\) sans aucune information sur la position des tangentes. Au départ, \(2\geq\sqrt2\) puisque les deux nombres sont positifs et \(4\geq2\). Ainsi \(x_n\geq s\) pour tout \(n\geq0\).

Décroissance. Avec ce résultat, \[x_{n+1}-x_n=\frac{x_n^2+2-2x_n^2}{2x_n} =\frac{2-x_n^2}{2x_n}\leq0,\] car \(x_n\geq\sqrt2\geq0\) implique \(x_n^2\geq2\) et le dénominateur est positif. La suite est décroissante et minorée, donc converge vers un réel \(\ell\geq\sqrt2>0\).

Identification de la limite. La fonction \(H(x)=(x+2/x)/2\) est continue sur \(]0;+\infty[\) comme somme et quotient de fonctions continues avec dénominateur non nul. La limite \(\ell\) appartient bien à cet intervalle. Ainsi \(H(x_n)\to H(\ell)\) ; la suite décalée \(x_{n+1}\) a la même limite \(\ell\). L’unicité de la limite donne \[\ell=\frac12\left(\ell+\frac2\ell\right),\qquad 2\ell=\ell+\frac2\ell,\qquad \ell=\frac2\ell,\qquad \ell^2=2.\] Nous avons multiplié successivement par 2 puis par \(\ell\neq0\). Comme \(\ell>0\), on retient \(\ell=\sqrt2\), non \(-\sqrt2\). La convergence a été démontrée avant de conclure par cette équation.

□

Les étapes décisives sont la positivité qui autorise les divisions, l’identité du carré qui donne la borne, puis le signe de la différence qui donne la monotonie. Résoudre seulement \(\ell=H(\ell)\) n’aurait pas suffi. Ce résultat prouve la convergence de cette suite ; il ne devient pas un théorème général de convergence de Newton.

Exemple 15.2 — Valeurs exactes et contrôle distinct d'un affichage

Les premiers termes s’obtiennent par fractions : \[x_1=\frac32,\qquad x_2=\frac12\left(\frac32+\frac43\right) =\frac12\left(\frac96+\frac86\right)=\frac{17}{12}.\] Puis \[x_3=\frac12\left(\frac{17}{12}+\frac{24}{17}\right) =\frac12\left(\frac{289}{204}+\frac{288}{204}\right)=\frac{577}{408}.\] Ici \(2/(17/12)=2\times12/17=24/17\) : on inverse le diviseur non nul, pas la fraction entière de la récurrence. Numériquement, \(x_2\approx1{,}416666667\) et \(x_3\approx1{,}414215686\).

Pour certifier un encadrement, utilisons la preuve précédente plutôt que le nombre de chiffres : \(x_n\geq\sqrt2>0\) entraîne \(2/x_n\leq2/\sqrt2=\sqrt2\). Donc \[\frac{816}{577}\leq\sqrt2\leq\frac{577}{408}.\] Sa largeur se calcule exactement : \[\frac{577}{408}-\frac{816}{577} =\frac{577^2-816\times408}{408\times577} =\frac{332929-332928}{235416}=\frac1{235416}.\] Le milieu de cet intervalle a donc une erreur au plus \(1/470832\). Cette garantie vient d’un encadrement démontré ; elle ne découle pas de la seule observation d’un petit pas entre \(x_2\) et \(x_3\).

À toi 15.1 — Un essai guidé de Héron

Sans regarder l’exemple, repartir de \(x_0=3/2\). Calculer \(x_1\), puis expliquer pourquoi la formule ne peut pas diviser par 0 au rang suivant. Écrire les deux informations nécessaires pour utiliser le théorème des suites monotones. Pourquoi le candidat \(-\sqrt2\) doit-il être rejeté ?

Indices gradués. 1. Calculer \(2/(3/2)\). 2. Utiliser une somme de deux positifs. 3. Une équation de limite ne remplace pas la monotonie et la borne.

Correction expliquée et contrôle.

\(2/(3/2)=2\times2/3=4/3\). Ainsi \(x_1=(3/2+4/3)/2=(9/6+8/6)/2=17/12>0\) ; le prochain diviseur \(x_1\) est non nul. La positivité se propage par le même raisonnement à chaque rang. Le départ \(3/2\geq\sqrt2\) se vérifie par les carrés : \(9/4\geq2\), les deux membres étant positifs. L’identité du carré prouve ensuite \(x_n\geq\sqrt2\) ; le calcul \((2-x_n^2)/(2x_n)\leq0\) donne la décroissance. Ce sont la minoration et la monotonie, non la seule équation \(\ell^2=2\), qui donnent la convergence. La limite est positive, donc \(-\sqrt2\) est incompatible avec la borne.

Contre-exemples — pourquoi surveiller Newton ?

Une pente nulle, un cycle, une sortie du domaine (15.4)

Pour \(g(x)=x^2-2\) au départ \(x_0=0\), la dérivée \(g'(0)=0\) interdit la division : la formule ne définit pas \(x_1\).

Plus surprenant, pour \(q(x)=x^3-2x+2\), on a \(q'(x)=3x^2-2\). Au départ 0, \[x_1=0-\frac{q(0)}{q'(0)}=0-\frac2{-2}=1, \qquad x_2=1-\frac{q(1)}{q'(1)}=1-\frac11=0.\] Le départ est retrouvé ; les mêmes calculs se répètent indéfiniment. La suite alterne 0,1,0,1 ; elle ne converge pas, alors que les dérivées utilisées valent \(-2\) et 1 et ne sont jamais nulles. Les résidus sont respectivement 2 et 1 : aucune de ces abscisses n’est une racine.

Enfin \(r(x)=\sqrt{x}-1\) est dérivable pour \(x>0\), avec \(r'(x)=1/(2\sqrt{x})\). Depuis \(x_0=9\), Newton donne \(9-2/(1/6)=9-12=-3\). Ce nouvel essai est hors du domaine de la racine carrée réelle. L’étape suivante n’est plus possible, malgré la racine exacte 1. Une formule correcte n’assure pas que tous ses itérés restent admissibles.

Méthode de la sécante — deux derniers points, sans dérivée

On utilise deux abscisses distinctes \(x_{n-1},x_n\) où \(g\) est définie, et les points \(A=(x_{n-1};g(x_{n-1}))\), \(B=(x_n;g(x_n))\). La pente de leur droite vaut \[p_n=\frac{g(x_n)-g(x_{n-1})}{x_n-x_{n-1}}.\] La droite passant par \(B\) a donc pour équation \(y=g(x_n)+p_n(x-x_n)\). Pour trouver son intersection avec l’axe, on impose \(y=0\), puis on soustrait \(g(x_n)\) et divise par \(p_n\), s’il est non nul. Cela donne \[x_{n+1}=x_n-\frac{g(x_n)}{p_n} =x_n-\frac{g(x_n)(x_n-x_{n-1})}{g(x_n)-g(x_{n-1})}.\] La dernière transformation remplace la division par une fraction par la multiplication par son inverse.

Définition — Sécante à deux derniers itérés (15.5)

L’itération ainsi obtenue est appelée méthode de la sécante à deux derniers itérés. Chaque nouvelle abscisse est l’intersection avec l’axe horizontal de la droite passant par les deux derniers points du graphe. Les valeurs \(g(x_{n-1})\) et \(g(x_n)\) doivent être définies, les abscisses distinctes, et \(g(x_n)\ne g(x_{n-1})\).

La formule définit une procédure sous ces conditions ; elle n’énonce aucun théorème général de convergence. Un nouvel itéré doit rester dans le domaine si l’on veut continuer.

Deux abscisses distinctes ne suffisent donc pas : pour \(g(x)=x^2-2\), les abscisses \(-1\) et \(1\) ont la même image \(-1\), donc le dénominateur est nul. Géométriquement, leur sécante est horizontale et ne coupe pas l’axe \(y=0\).

Lecture de la figure. Pour \(g(x)=x^2-2\), la droite en tirets joint \((1;-1)\) et \((2;2)\). Sa pente vaut 3, donc son équation est \(y=3x-4\). Elle coupe l’axe en \(4/3\), nouvel essai situé à gauche de \(\sqrt2\). Pour continuer la méthode à deux derniers itérés, on utilisera les points d’abscisses 2 et \(4/3\), et non une tangente.

Exemple 15.3 — Calculs de sécante et distinction d'une borne fixe

Partons de \(x_0=1,x_1=2\) pour \(g(x)=x^2-2\). Comme \(g(1)=-1\) et \(g(2)=2\), \[x_2=2-\frac{2(2-1)}{2-(-1)}=2-\frac23=\frac43.\] Pour la décision suivante, \(g(4/3)=16/9-2=-2/9\). Les deux derniers points ont les abscisses 2 et \(4/3\), donc \[x_3=\frac43-\frac{(-2/9)(4/3-2)}{-2/9-2} =\frac43-\frac{4/27}{-20/9} =\frac43+\frac1{15}=\frac75.\] On a multiplié \(4/27\) par l’inverse \(-9/20\) : le quotient vaut \(-1/15\), puis le signe extérieur donne une addition. Or \(g(7/5)=49/25-2=-1/25<0\). Ainsi \(x_2=4/3\) et \(x_3=7/5\) sont tous deux en dessous de \(\sqrt2\). Les deux derniers itérés ne constituent déjà plus un encadrement par signes. L’étape suivante à deux derniers points donne \(x_4=58/41\approx1{,}414634146\).

On rencontre aussi une variante de corde à borne fixe \(b\), dont la mise à jour est \[t_{n+1}=t_n-\frac{g(t_n)(b-t_n)}{g(b)-g(t_n)}.\] Elle n’est pas notre méthode à deux derniers itérés : \(b\) ne change pas. Avec \(b=2\) et \(t_0=1\), les deux premiers résultats sont aussi \(4/3\) puis \(7/5\), mais le suivant est \(24/17\approx1{,}411764706\), différent de \(58/41\). Ce bref contraste sert à reconnaître les conventions : aucune garantie de convergence ou d’encadrement d’une variante ne se transfère automatiquement à l’autre.

Précision — un petit résidu n'est pas une petite erreur

Le résidu d’un essai \(x\) est \(|g(x)|\) ; l’erreur sur la racine \(\alpha\) est \(|x-\alpha|\). Ce ne sont pas les mêmes grandeurs. Pour \[s(x)=10^{-12}(x-1),\qquad \alpha=1,\] l’essai \(x=0\) donne \(|s(0)|=10^{-12}\) mais \(|0-\alpha|=1\). Le graphe est très aplati : les images sont petites même loin de la racine. Ce contre-exemple suffit à réfuter une certification universelle fondée sur le seul résidu.

Un petit pas \(|x_{n+1}-x_n|\) ne garantit pas davantage une petite erreur sans hypothèse supplémentaire : il peut signaler un arrondi machine ou un ralentissement. Pour une réponse certifiée, on peut revenir à un encadrement obtenu séparément, avec continuité et signes fiables. Dans le cas de Héron, nous avons déjà construit \([2/x_n;x_n]\) par une preuve spécifique.

Comparer les méthodes sur le même problème, sans surinterpréter (15.6)

Sur \(x^2-2=0\) dans \([1;2]\), la dichotomie conserve un encadrement et, après 20 bissections, sa largeur vaut \(2^{-20}<10^{-6}\). Pour Héron depuis 2, les valeurs sont \(2\), \(1{,}5\), \(1{,}416666\ldots\), \(1{,}414215686\ldots\) ; la preuve donne un contrôle particulier. La sécante depuis 1 et 2 fournit \(4/3\), \(7/5\), \(58/41\), sans intervalle garanti par ces seuls itérés.

Les programmes suivants atteignent un résidu calculé au plus \(10^{-12}\) en 5 mises à jour de Newton et 6 de sécante pour cet exemple. Ce seuil sur les images n’est pas le critère de largeur de la dichotomie : comparer directement les nombres 5,6 et 20 comme des certificats identiques serait faux. Ces observations ne démontrent aucune vitesse générale.

Programmes — rendre la raison d'arrêt visible

Les fonctions rendent l’essai, le nombre de mises à jour et un état. residu signifie seulement que le test numérique sur l’image est satisfait ; ce mot ne signifie pas « erreur certifiée ». Les autres sorties signalent une limite de calcul. Une erreur de domaine, par exemple une racine carrée évaluée en un négatif, doit être traitée par l’analyse de la fonction ou par le programme appelant : elle n’est pas effacée silencieusement.

from math import isfinite


def newton(g, dg, x, tolerance=1e-12, maxiter=30):
    """Un petit residu ne certifie pas l'erreur sur x."""
    if tolerance <= 0 or not isfinite(tolerance):
        raise ValueError("Tolerance strictement positive et finie")
    if not isinstance(maxiter, int) or maxiter <= 0:
        raise ValueError("Nombre maximal d'iterations invalide")
    for n in range(maxiter + 1):
        if not isfinite(x):
            return x, n, "non_fini"
        y = g(x)
        if not isfinite(y):
            return x, n, "non_fini"
        if abs(y) <= tolerance:
            return x, n, "residu"
        if n == maxiter:
            return x, n, "maxiter"
        pente = dg(x)
        if not isfinite(pente):
            return x, n, "non_fini"
        if pente == 0:
            return x, n, "derivee_nulle"
        suivant = x - y / pente
        if suivant == x:
            return x, n, "stagnation"
        x = suivant


def secante(g, precedent, x, tolerance=1e-12, maxiter=30):
    """Deux derniers iteres, sans maintien d'un encadrement."""
    if tolerance <= 0 or not isfinite(tolerance):
        raise ValueError("Tolerance strictement positive et finie")
    if not isinstance(maxiter, int) or maxiter <= 0:
        raise ValueError("Nombre maximal d'iterations invalide")
    if precedent == x:
        raise ValueError("Deux abscisses distinctes sont necessaires")
    for n in range(maxiter + 1):
        if not all(isfinite(t) for t in (precedent, x)):
            return x, n, "non_fini"
        ancien, y = g(precedent), g(x)
        if not all(isfinite(t) for t in (ancien, y)):
            return x, n, "non_fini"
        if abs(y) <= tolerance:
            return x, n, "residu"
        if n == maxiter:
            return x, n, "maxiter"
        denominateur = y - ancien
        if denominateur == 0:
            return x, n, "denominateur_nul"
        suivant = x - y * (x - precedent) / denominateur
        if suivant == x:
            return x, n, "stagnation"
        precedent, x = x, suivant


if __name__ == "__main__":
    print("Heron :", newton(lambda x: x*x - 2, lambda x: 2*x, 2.0))
    print("Secante :", secante(lambda x: x*x - 2, 1.0, 2.0))

maxiter empêche une boucle indéfinie ; pour le cycle 0/1, c’est cet état qui est obtenu. derivee_nulle et denominateur_nul signalent les divisions interdites. stagnation signifie que le nouvel essai calculé est identique à l’ancien, alors que le test de résidu n’a pas été satisfait. Comme pour la dichotomie, une égalité ou un signe calculés en flottants ne deviennent pas automatiquement une égalité ou un signe exacts.

À toi 15.2 — À tenter avant de consulter — construire puis expliquer

Pour \(g(x)=x^2-3\), faire une étape de Newton depuis 2 et une étape de sécante depuis 1 et 2. Écrire pour chacune la droite utilisée, l’équation \(y=0\), la nouvelle abscisse et les conditions de division. Dire si les deux essais sont des racines exactes.

Indices gradués. 1. Newton utilise la pente \(g'(2)\) ; la sécante utilise la pente entre deux points. 2. \(g(1)=-2\) et \(g(2)=1\). 3. Substituer les résultats dans \(g\) pour contrôler.

Correction expliquée et contrôle.

Newton : \(g'(x)=2x\), donc \(g'(2)=4\neq0\). La tangente est \(y=4(x-2)+1=4x-7\). De \(0=4x-7\), on ajoute 7 puis divise par 4 : \(x=7/4\). Le contrôle donne \(g(7/4)=49/16-48/16=1/16\neq0\).

Sécante : les points sont \((1;-2)\) et \((2;1)\). Les abscisses diffèrent et la pente est \((1-(-2))/(2-1)=3\neq0\). La droite est \(y=1+3(x-2)=3x-5\). Son intersection vérifie \(0=3x-5\), donc \(x=5/3\). Le contrôle donne \(25/9-3=-2/9\neq0\). Aucun des deux essais n’est une racine exacte. Ils sont de part et d’autre de \(\sqrt3\) ; les images calculées le prouvent grâce à la continuité et à la stricte croissance sur \([1;2]\), non parce que toute étape de Newton ou de sécante fournirait un encadrement.

À toi 15.3 — Justification personnelle et variation de conclusion

Une élève dit : « Mon programme s’arrête car \(|g(x)|<10^{-8}\) ; j’ai donc huit décimales exactes de la racine. » Quelle information manque ? Réfuter précisément cette déduction avec \(s(x)=10^{-12}(x-1)\) et \(x=0\). Pour l’énoncé isolé « donner une approximation avec une erreur prouvée », choisir un moyen de contrôle parmi ceux de cette unité.

Correction expliquée et contrôle.

Il manque un lien démontré entre la distance sur les images et celle sur les abscisses. Avec \(s\), le résidu \(10^{-12}\) est inférieur à \(10^{-8}\), mais la racine est 1 et l’erreur de l’essai 0 vaut 1. Les huit décimales ne sont donc pas justifiées. On peut fournir un encadrement par signes contrôlés et utiliser la demi-largeur pour le milieu ; pour Héron, on peut aussi exploiter l’encadrement spécifique \([2/x_n;x_n]\). Annoncer une tolérance de résidu seule n’est aucune de ces preuves.

Reprise après erreur — ne pas inverser le mauvais nombre

Première ligne erronée, rappel, nouvel essai, retour (15.7)

Tentative erronée dans Héron : « \(2/(3/2)=3/4\). » La première erreur consiste à avoir inversé le dividende ou mélangé les deux barres. Le diviseur est \(3/2\neq0\). Son inverse est \(2/3\) puisque \((3/2)(2/3)=1\) ; diviser par \(3/2\) signifie multiplier par \(2/3\).

Exemple plus simple corrigé : \(1/(3/2)=1\times(2/3)=2/3\) ; le contrôle \((2/3)(3/2)=1\) retrouve le dividende 1.

Nouvel essai avant de lire : calculer \(3/(5/2)\) et vérifier en multipliant le résultat par \(5/2\). Correction : \(3/(5/2)=3\times(2/5)=6/5\) ; \((6/5)(5/2)=6/2=3\). Le contrôle doit retrouver 3, pas 1, car 3 était le dividende.

Retour : \(2/(3/2)=2\times(2/3)=4/3\), et \((4/3)(3/2)=2\). L’étape de Héron depuis \(3/2\) est donc \((3/2+4/3)/2=17/12\). Réutilise cette identification du diviseur dans la fraction de pente de la sécante : on inverse la pente entière non nulle, pas seulement son numérateur.

Autre obstacle à réparer : conclure « \(\ell^2=2\), donc la suite converge ». La première erreur est le passage d’une condition si elle converge à une preuve qu’elle converge. Rappel simple : \((-1)^n\) ne converge pas bien que ses termes satisfassent \(x^2=1\). Nouvel essai : la suite 0,1,0,1 a-t-elle une limite alors qu’elle possède deux valeurs bornées ? Non : ses termes pairs restent 0 et ses termes impairs restent 1. Retour à Héron : c’est la décroissance et la minoration démontrées qui donnent la convergence ; l’équation sert ensuite à nommer sa limite.

À reprendre plus tard, avant de relire

À une séance ultérieure, avant de relire : 1. retrouver l’étape de Newton pour \(q(x)=x^3-2x+2\) depuis 1, puis l’étape suivante ; expliquer pourquoi ce n’est pas une convergence. 2. Pour \(g(x)=x^2-2\), comparer la troisième nouvelle abscisse de la sécante à deux derniers points et celle de la corde à borne fixe 2, sachant que les deux derniers essais communs sont \(4/3\) puis \(7/5\). 3. Donner un contrôle certifié de \(\sqrt2\) à partir de l’essai de Héron \(17/12\). Aides locales. \(q'(x)=3x^2-2\). Dans la sécante, conserver \(4/3\) comme point précédent ; dans la corde fixe, conserver 2. Pour Héron, utiliser \(2/x\leq\sqrt2\leq x\) quand \(x\geq\sqrt2\).

Correction expliquée et contrôle.

1. \(q(1)=1\), \(q'(1)=1\), donc l’étape donne \(1-1/1=0\). Puis \(q(0)=2\) et \(q'(0)=-2\) donnent \(0-2/(-2)=1\). Le cycle 1,0,1 recommence ; les sous-suites paires et impaires ont des valeurs différentes, donc la suite ne converge pas.

2. Les images au point courant et au précédent sont \(-1/25\) et \(-2/9\). Le pas de sécante est \[\frac{(-1/25)(7/5-4/3)}{-1/25+2/9} =\frac{-1/375}{41/225}=-\frac3{205}.\] La nouvelle abscisse vaut \(7/5+3/205=287/205+3/205=58/41\). Avec la borne fixe 2, le pas est \[\frac{(-1/25)(2-7/5)}{2+1/25} =\frac{-3/125}{51/25}=-\frac1{85},\] donc la nouvelle abscisse vaut \(7/5+1/85=119/85+1/85=24/17\). Ce sont deux procédures distinctes, même si leurs premiers résultats coïncidaient.

3. L’essai \(17/12\) est au-dessus de \(\sqrt2\) par la preuve de Héron. Son associé \(2/(17/12)=24/17\) est en dessous. L’intervalle \([24/17;17/12]\) a pour largeur \((289-288)/204=1/204\) ; son milieu fournit une erreur au plus \(1/408\). Cette borne est prouvée, indépendamment d’un test sur le résidu.

Je sais faire seul si… je reconstruis la formule depuis une droite ; j’identifie le vrai dénominateur ; je distingue une preuve particulière de convergence, une observation numérique et un encadrement certifié ; je détecte le cycle et le résidu trompeur ; je ne confonds pas sécante à deux derniers points et corde à borne fixe.

16. Pour approfondir — Points fixes et contraintes de continuité

Objectifs. Déduire des résultats nouveaux du TVI ; distinguer existence d’un point fixe et convergence d’itérées ; comprendre pourquoi une fonction additive continue est de la forme \(x\mapsto cx\). Ces approfondissements ne sont pas des prérequis cachés des méthodes précédentes. Les fonctions additives continues sont un approfondissement possible du programme ; les autres corollaires sont des applications accessibles du TVI.

Avant de poursuivre. Résoudre \(t=(t+2)/4\). Multiplier les deux membres par \(4\) donne \(4t=t+2\) ; soustraire \(t\) donne \(3t=2\) ; diviser par le coefficient non nul \(3\) donne \(t=2/3\). Ce nombre est une entrée égale à sa propre image. Si la notion de point fixe est confuse, reprendre cette substitution avant le premier corollaire. Pour l’additivité, le repérage local sera repris au début de la dernière partie.

Résultat déjà démontré — Le TVI, notre résultat parent (16.1)

Si \(h\) est continue sur un segment \([a,b]\), \(a<b\), et si \(r\) est entre \(h(a)\) et \(h(b)\), il existe au moins un \(c\in[a,b]\) tel que \(h(c)=r\). Les images peuvent être dans l’un ou l’autre ordre. Si une image de borne vaut déjà \(r\), cette borne est une solution. Une différence de fonctions continues est continue. Ces deux résultats permettent les constructions qui suivent.

1. Trouver un point fixe sur un segment stable

Définition rappelée — Point fixe et stabilité (16.2)

Un réel \(c\) est un point fixe de \(f\) si \(c\) appartient au domaine et \(f(c)=c\). Sur un graphique, c’est une abscisse d’intersection de \(y=f(x)\) avec la droite \(y=x\).

Dire que \([a,b]\) est stable par \(f\), ou écrire \(f([a,b])\subset[a,b]\), signifie : pour tout \(x\in[a,b]\), \(a\le f(x)\le b\). Cela ne signifie pas \(f(x)=x\), et cela ne signifie pas que toutes les valeurs de \([a,b]\) sont atteintes.

Corollaire du TVI — Au moins un point fixe (16.3)

Soient \(a<b\) et \(f:[a,b]\to[a,b]\) continue. Alors \(f\) possède au moins un point fixe dans \([a,b]\). Autrement dit, une application continue d’un segment dans lui-même a au moins une entrée égale à son image.

Démonstration 16.1.

L’équation \(f(x)=x\) devient \(g(x)=0\) en posant \(g(x)=f(x)-x\). L’identité \(x\mapsto x\) est une fonction affine continue, donc \(g\) est continue sur \([a,b]\). La stabilité donne \(f(a)\ge a\), donc \(g(a)=f(a)-a\ge0\) ; elle donne aussi \(f(b)\le b\), donc \(g(b)=f(b)-b\le0\).

Si \(g(a)=0\), \(a\) est un point fixe ; si \(g(b)=0\), \(b\) en est un. Sinon les signes sont strictement opposés. Dans tous les cas, \(0\) est entre \(g(a)\) et \(g(b)\) et le TVI donne \(c\in[a,b]\) tel que \(g(c)=0\). Remplacer \(g(c)\) par sa définition donne \(f(c)-c=0\), puis ajouter \(c\) aux deux membres donne \(f(c)=c\). Il s’agit d’une existence, sans affirmation d’unicité ni de convergence d’une suite.

□

Exemple 16.1 — Vérifier une stabilité au lieu de la supposer

Pour \(f(x)=(x+2)/4\) sur \([0,1]\), l’encadrement \(0\le x\le1\) donne \(2\le x+2\le3\), puis \(1/2\le f(x)\le3/4\), car on divise par le positif \(4\). Les images sont bien dans \([0,1]\) ; elles n’en remplissent même qu’une partie. La fonction affine est continue : le corollaire assure un point fixe. Le calcul du repérage donne le seul candidat \(2/3\), qui appartient au segment. Le contrôle est \(f(2/3)=(2/3+6/3)/4=(8/3)/4=2/3\).

Ici l’équation se résout exactement ; le corollaire reste utile lorsque le calcul ne fournit pas de formule. Résultat antérieur utile : sur \([0,\pi/2]\), le cosinus est continu et strictement décroissant de \(1\) à \(0\). Ainsi \(f(x)=\cos x\) laisse stable \([0,1]\) : puisque \(0\le x\le1<\pi/2\), \(0<\cos x\le1\). La continuité du cosinus donne donc au moins une solution de \(\cos c=c\) dans ce segment. Les bornes ne sont pas fixes : \(\cos0=1\ne0\) et \(\cos1<1\). La solution est intérieure. Aucune formule exacte ni suite d’itérées n’est nécessaire à cette preuve d’existence.

Trois questions différentes — Existe-t-il ? Est-il unique ? Est-il atteint par itération ?

Contre-exemples expliqués. Sur \([0,1]\), \(f(x)=x\) est continue et stable, mais tous les points sont fixes : le corollaire ne donne pas l’unicité. Sur le même segment, \(f(x)=1-x\) est continue et stable. L’équation \(1-c=c\) donne \(1=2c\), donc l’unique point fixe est \(1/2\). Pourtant, pour \(u_0=0\), \(u_{n+1}=f(u_n)\) donne \(u_1=1\), \(u_2=0\), puis \(u_{2n}=0\) et \(u_{2n+1}=1\) par répétition des deux calculs. Les deux sous-suites ont des limites différentes, donc la suite ne converge pas. Un point fixe unique n’attire pas nécessairement les itérations.

Pourquoi le segment et la continuité comptent-ils ?

  • Sur \(\mathbb{R}\), la fonction continue \(f(x)=x+1\) a toutes ses images dans \(\mathbb{R}\), mais \(c+1=c\) entraînerait \(1=0\), impossible. La stabilité de \(\mathbb{R}\) ne remplace pas celle d’un segment fermé borné.

  • Sur \(]0,1[\), \(f(x)=(x+1)/2\) vérifie \(1/2<f(x)<1\), donc l’intervalle est stable. Mais \(2c=c+1\) donne seulement \(c=1\), qui est exclu. On ne réintègre pas cette borne par convenance.

  • Sur \([0,1]\), définissons \(f(x)=1\) pour \(0\le x<1\) et \(f(1)=0\). Les images restent dans le segment. Pour \(x<1\), \(f(x)=1\ne x\) ; pour \(x=1\), \(f(1)=0\ne1\). Aucun point fixe. La continuité manque précisément en \(1\) : la limite à gauche vaut \(1\), pas \(f(1)=0\).

À toi 16.1 — Choisir la fonction auxiliaire et la bonne conclusion

Essai guidé. Une fonction \(F:[-2,3]\to[-2,3]\) est continue. Poser une fonction dont les zéros sont les points fixes. Établir ses signes aux bornes et conclure. Que se passe-t-il si \(F(-2)=-2\) ?

Tentative avant consultation. Pour \(T(x)=1-x\) sur \([0,1]\), retrouver le point fixe, puis comparer les suites issues de \(u_0=0\) et de \(v_0=1/2\). Expliquer en une phrase pourquoi le corollaire ne répond pas à lui seul à la question de leur convergence.

Indices gradués. 1. Soustraire l’abscisse à son image. 2. La stabilité implique \(F(-2)\ge-2\) et \(F(3)\le3\). 3. Calculer les deux premiers termes, puis établir le motif par récurrence.

Correction expliquée et contrôle.

Posons \(G(x)=F(x)-x\), continue par différence. \(G(-2)=F(-2)+2\ge0\) ; \(G(3)=F(3)-3\le0\). Le TVI, avec le niveau \(0\), donne au moins un \(c\in[-2,3]\) tel que \(G(c)=0\), soit \(F(c)=c\). Si \(F(-2)=-2\), ce point de la borne gauche est déjà un point fixe : il n’est pas nécessaire de chercher un changement de signe strict.

Pour \(T\), \(1-c=c\) donne \(c=1/2\). À partir de \(0\), les itérés alternent \(0,1,0,1,\ldots\) : si un terme vaut \(0\), le suivant vaut \(1\) et celui d’après \(0\). À partir de \(1/2\), \(T(1/2)=1/2\) ; la suite \((v_n)\) est donc constante par récurrence et converge vers \(1/2\). Même fonction, deux comportements différents selon le départ. Le corollaire assure seulement qu’au moins un point fixe existe ; il ne décrit pas le comportement de toutes les suites associées.

Réparer — Une équation ne fabrique pas la convergence

Erreur : « Je trouve \(c=1/2\), donc \(u_n\to1/2\) ». Le calcul a donné une condition sur une limite éventuelle, pas la convergence. Rappel : pour passer de \(u_{n+1}=f(u_n)\) à \(\ell=f(\ell)\), il faut d’abord une convergence vers un réel du domaine où \(f\) est continue. Exemple simple corrigé : une suite constante égale à \(1/2\) converge parce que tous ses termes sont égaux, non parce que l’équation de point fixe a une solution.

Nouvel essai. Pour \(u_0=1/4\), \(u_{n+1}=1-u_n\), calculer les trois termes suivants et décider la convergence. Correction : \(u_1=3/4\), \(u_2=1/4\), \(u_3=3/4\). La relation reproduit le motif de période deux : \(u_{2n}=1/4\), \(u_{2n+1}=3/4\) par récurrence. Les deux sous-suites constantes ont des limites différentes ; la suite ne converge pas. Retour à l’erreur : le point fixe reste \(1/2\), sans être la limite de cette suite.

2. Quand la continuité interdit un saut entre valeurs

Corollaire du TVI — L'image d'un intervalle est un intervalle (16.4)

Soit \(I\) un intervalle non vide et \(f:I\to\mathbb{R}\) continue. Son image \(f(I)\), ensemble des valeurs effectivement prises, est un intervalle : entre deux valeurs prises, toutes les valeurs intermédiaires sont prises. Cela ne précise pas à soi seul les bornes ni l’ouverture des crochets de cet intervalle image.

Démonstration 16.2.

Prenons \(y_1,y_2\in f(I)\), avec \(y_1<y_2\), et \(r\) entre ces deux réels. Par définition de l’image, il existe \(x_1,x_2\in I\) tels que \(f(x_1)=y_1\), \(f(x_2)=y_2\). Les abscisses peuvent être dans n’importe quel ordre. Le segment reliant \(x_1\) et \(x_2\) est inclus dans \(I\), parce que \(I\) est un intervalle. Sur ce segment, \(f\) est continue et le TVI donne une abscisse \(c\) telle que \(f(c)=r\). Ainsi \(r\in f(I)\), ce qui caractérise ici un intervalle. Si l’image ne contient qu’une valeur, c’est un intervalle réduit à un point.

□

Exemple 16.2 — Les images des deux extrémités ne suffisent pas

Pour \(f(x)=x^2\) sur \([-1,1]\), on a \(0\le x^2\le1\), donc toutes les images sont dans \([0,1]\). Réciproquement, pour \(y\in[0,1]\), l’abscisse \(x=\sqrt y\in[0,1]\subset[-1,1]\) vérifie \(x^2=y\). L’image est donc \([0,1]\), tandis que \(f(-1)=f(1)=1\). Le corollaire ne disait pas que seules les images des extrémités donnent les bornes de l’image d’une fonction non monotone.

Corollaire du TVI — Une fonction continue non nulle garde son signe (16.5)

Soit \(f\) continue sur un intervalle non vide \(I\). Si \(f(x)\ne0\) pour tout \(x\in I\), alors soit \(f(x)>0\) pour tout \(x\in I\), soit \(f(x)<0\) pour tout \(x\in I\).

Démonstration 16.3.

S’il existait deux abscisses \(u,v\in I\) avec \(f(u)>0\) et \(f(v)<0\), leur segment serait inclus dans \(I\). La restriction continue à ce segment prendrait la valeur \(0\) par le TVI, en contradiction avec l’hypothèse. Aucune paire de signes opposés n’existe donc. Choisissons un point \(x_0\in I\) : son image est non nulle. Si elle est positive, toutes les images sont positives ; si elle est négative, toutes le sont aussi.

□

Exemple 16.3 — Ce qu'une valeur test permet de conclure

Si l’on sait que \(f\) est continue, ne s’annule pas sur \([2,7]\) et que \(f(3)=-4\), alors \(f(x)<0\) sur tout ce segment : le corollaire impose un signe constant, que \(f(3)\) identifie comme négatif. La valeur test seule n’aurait pas suffi sans les deux premières informations. Par exemple \(q(x)=x-4\) vaut \(-1\) en \(3\), mais devient positif après \(4\) ; il s’annule en \(4\) et ne satisfait donc pas l’hypothèse de non-annulation.

Corollaire du TVI — Seulement deux valeurs possibles (16.6)

Soient \(p\ne q\) et \(f\) continue sur un intervalle non vide \(I\). Si \(f(x)\in\{p,q\}\) pour tout \(x\in I\), alors \(f\) est constante : elle ne peut pas passer d’une de ces valeurs à l’autre.

Démonstration 16.4.

Quitte à échanger leurs noms, supposons \(p<q\). Si \(f\) n’était pas constante, comme elle n’a que ces deux valeurs possibles, elle prendrait \(p\) en un point et \(q\) en un autre. Sur le segment reliant ces points, le TVI imposerait la valeur \((p+q)/2\). Or \(p<(p+q)/2<q\) : cette valeur n’est ni \(p\) ni \(q\), contradiction. Donc une seule de ces deux valeurs est prise.

□

Exemple 16.4 — Une contrainte algébrique devient une conclusion globale

Si \(f\) est continue sur \(\mathbb{R}\) et \(f(x)^2=1\) pour tout \(x\), alors \[f(x)^2-1=0\quad\Longleftrightarrow\quad(f(x)-1)(f(x)+1)=0.\] La règle du produit nul donne pour chaque \(x\) soit \(f(x)=1\), soit \(f(x)=-1\). Le corollaire donne mieux qu’un choix point par point : \(f\) est partout égale à \(1\), ou partout égale à \(-1\). Ces deux fonctions constantes conviennent effectivement, puisqu’elles sont continues et que leur carré vaut \(1\).

À toi 16.2 — Contraintes sur les valeurs — À produire avant de lire

Essai guidé. Une fonction \(h\) est continue sur \([-3,4]\), \(h(x)\ne0\) sur cet intervalle et \(h(0)=2\). Prouver que \(h\) est positive partout, en explicitant la contradiction si une image négative existait.

Tentative. Une fonction \(v\) est continue sur un intervalle non vide \(I\) et vérifie \(v(x)(v(x)-3)=0\) pour tout \(x\in I\). Déterminer toutes les possibilités. Justifier pourquoi on n’a pas le droit de choisir librement l’une des deux racines à chaque abscisse.

Variation de domaine. Sur \(D=]-\infty,0[\cup]0,+\infty[\), définir \(s(x)=-1\) pour \(x<0\) et \(s(x)=1\) pour \(x>0\). La fonction est-elle continue sur son domaine ? Les conclusions précédentes s’y appliquent-elles ?

Indices. Relier les deux abscisses par leur segment ; utiliser un niveau intermédiaire interdit. Pour la dernière question, chercher le mot des hypothèses qui n’est plus vérifié.

Correction expliquée et contrôle.

Si \(h(t)<0\) pour un \(t\in[-3,4]\), le segment reliant \(0\) à \(t\) est inclus dans \([-3,4]\) et les images de ses bornes encadrent \(0\) strictement. Le TVI donnerait un zéro de \(h\), interdit. Comme toutes ses images sont non nulles, elles sont donc toutes positives.

Le produit nul donne \(v(x)=0\) ou \(v(x)=3\). Si les deux valeurs étaient prises, le TVI sur le segment joignant leurs antécédents donnerait une image \(3/2\), interdite par l’équation. Ainsi \(v\) est constamment \(0\) ou constamment \(3\). Réciproquement ces deux fonctions conviennent. On ne pouvait choisir librement les racines, car cette liberté oublierait la contrainte globale de continuité sur un intervalle.

La fonction \(s\) est continue en chaque point de \(D\) : autour d’un point non nul, elle est constante sur un voisinage assez petit. Mais \(D\) n’est pas un intervalle ; le segment joignant \(-1\) à \(1\) passe par \(0\), hors du domaine. Son image \(\{-1,1\}\) n’est pas un intervalle ; elle garde deux valeurs et change de signe sans s’annuler. Cela ne contredit aucun corollaire : leur hypothèse d’intervalle a été perdue.

Réparer — Le mot « intervalle » ne disparaît pas

Erreur : « \(s\) est continue et non nulle sur \(D\), donc son signe est constant ». La première utilisation erronée est le corollaire appliqué à \(D\), qui est troué en \(0\). Rappel : un intervalle contient tout le segment entre deux de ses points. Exemple plus simple corrigé : \(\{-1,1\}\) n’est pas un intervalle, car \(0\) est entre ses deux points et n’en fait pas partie.

Nouvel essai. Quelle conclusion est vraie pour \(s\) sur \([1,2]\) ? Et sur \([-2,-1]\) ? Correction : ces deux ensembles sont des intervalles inclus dans \(D\). Sur le premier, \(s(1)=1\) et le signe constant est positif ; en fait \(s\) y vaut \(1\). Sur le second, \(s(-1)=-1\) et le signe constant est négatif ; elle y vaut \(-1\). Retour à \(D\) : la validité sur chacun des morceaux ne fabrique pas une conclusion identique sur leur réunion.

3. Fonctions additives continues — Des rationnels à tous les réels

Avant de poursuivre. La propriété \(f(x+y)=f(x)+f(y)\) impose-t-elle \(f(0)=0\) ? Oui : prendre \(x=y=0\) donne \(f(0)=2f(0)\), puis soustraire \(f(0)\) aux deux membres donne \(0=f(0)\). En revanche \(f(x)=x+1\) n’est pas additive, même si elle est continue : son image de \(0\) vaut \(1\). Si le choix de \(x,y\) bloque, partir de l’égalité pour tous les couples permet de remplacer ces variables par les valeurs utiles.

Proposition — Caractérisation des fonctions additives continues (16.7)

Une fonction \(f:\mathbb{R}\to\mathbb{R}\), continue sur \(\mathbb{R}\), vérifie \[\text{pour tous }x\in\mathbb{R}\text{ et }y\in\mathbb{R},\qquad f(x+y)=f(x)+f(y)\] si et seulement s’il existe un réel \(c\) tel que \(f(x)=cx\) pour tout \(x\in\mathbb{R}\). Dans ce cas \(c=f(1)\).

L’égalité est appelée additivité. Les deux quantificateurs « pour tous » sont essentiels : vérifier quelques couples ne démontre pas l’hypothèse. La conclusion porte sur des fonctions linéaires, pas sur toutes les fonctions affines \(cx+d\).

Idée — Fixer les images rationnelles, puis combler les limites

Additionner plusieurs fois la même entrée contrôle les multiples entiers ; partager une unité contrôle les rationnels. Pour un réel non rationnel, on approche l’entrée par des rationnels. La continuité est précisément l’outil qui permet de passer de leurs images connues à l’image cherchée. Ce passage utilise la continuité d’une image de suite, pas un théorème de point fixe.

Démonstration 16.5.

Sens direct. Supposons l’additivité pour tous les réels \(x,y\) et posons \(c=f(1)\).

Zéro et opposés. Le calcul du repérage donne \(f(0)=0\). En appliquant l’égalité au couple \((x,-x)\), on obtient \(0=f(0)=f(x)+f(-x)\). Soustraire \(f(x)\) aux deux membres donne \(f(-x)=-f(x)\), pour tout réel \(x\).

Multiples entiers. Pour tout réel \(t\) et tout entier naturel \(n\), on a \(f(nt)=nf(t)\). Au rang \(0\), cela dit \(f(0)=0\). Si l’égalité est vraie au rang \(n\), l’additivité donne \[f((n+1)t)=f(nt+t)=f(nt)+f(t)=nf(t)+f(t)=(n+1)f(t).\] La récurrence est complète. Pour un entier négatif \(-n\), avec \(n>0\), la règle des opposés donne \(f((-n)t)=-f(nt)=-nf(t)\). La formule vaut donc pour tous les entiers. En prenant \(t=1\), on obtient \(f(p)=pc\) pour chaque entier \(p\), positif, nul ou négatif.

Rationnels. Soit \(r=p/m\), avec \(p\) entier et \(m\) entier strictement positif. La propriété des multiples entiers appliquée à l’entrée \(r\) donne \[m f(r)=f(mr)=f(p)=pc.\] Le coefficient \(m\) est non nul ; divisons les deux membres par \(m\). À gauche, \(mf(r)/m=f(r)\) ; à droite \(pc/m=c(p/m)=cr\). Donc \(f(r)=cr\) pour tout rationnel, sans supposer \(r\) positif ni non nul.

Réels. Fixons maintenant un réel \(x\) quelconque. On peut construire des rationnels \(r_n\) qui tendent vers \(x\) : prendre \[r_n=\frac{\lfloor10^n x\rfloor}{10^n}, \qquad r_n\le x<r_n+10^{-n}.\] Le symbole \(\lfloor t\rfloor\) désigne le plus grand entier inférieur ou égal à \(t\) ; cette définition fonctionne aussi pour \(t\) négatif, par exemple \(\lfloor-1{,}2\rfloor=-2\). L’inégalité vient de \(\lfloor10^nx\rfloor\le10^nx<\lfloor10^nx\rfloor+1\), divisée par le positif \(10^n\). Elle donne \(0\le x-r_n<10^{-n}\), donc \(r_n\to x\), puisque la suite géométrique \(10^{-n}\) tend vers \(0\).

Par continuité de \(f\) en \(x\), \(f(r_n)\to f(x)\). Pour rappeler le geste : une proximité demandée de \(f(r_n)\) à \(f(x)\) est assurée par une proximité suffisante de \(r_n\) à \(x\), fournie à partir d’un certain rang par \(r_n\to x\). Si un \(r_n\) vaut \(x\), son image est déjà la bonne valeur. Mais chaque \(r_n\) est rationnel, donc \(f(r_n)=cr_n\), et la règle de multiplication par la constante donne \(cr_n\to cx\). La même suite d’images a les limites \(f(x)\) et \(cx\) ; l’unicité de la limite entraîne \(f(x)=cx\). Comme \(x\) était quelconque, cela vaut sur tout \(\mathbb{R}\).

Réciproque. Pour un réel \(c\) fixé, \(f(x)=cx\) est une fonction linéaire continue sur \(\mathbb{R}\). Pour tous \(x,y\), la distributivité donne \(f(x+y)=c(x+y)=cx+cy=f(x)+f(y)\). Elle vérifie donc les deux hypothèses. Enfin \(f(1)=c\times1=c\) identifie le coefficient.

□

Exemple 16.5 — Une information suffit, mais seulement avec les hypothèses

Supposons \(f\) continue et additive sur \(\mathbb{R}\), avec \(f(3)=-6\). La proposition donne \(f(x)=cx\). En \(3\), \(3c=-6\) ; diviser par \(3\ne0\) donne \(c=-2\). Ainsi \(f(-2/5)=(-2)(-2/5)=4/5\), et \(f(\sqrt2)=-2\sqrt2\). La valeur irrationnelle n’a pas été obtenue par des additions finies : le passage des rationnels aux réels est l’étape de continuité de la preuve.

Contrôle : \(f(x)=-2x\) est continue, et \(-2(x+y)=-2x-2y\) vérifie l’additivité pour tous les couples ; \(f(3)=-6\) est bien retrouvé. En revanche la fonction continue \(q(x)=x^2\) n’est pas additive : \(q(1+1)=4\), tandis que \(q(1)+q(1)=2\). La continuité seule ne force pas la forme \(cx\).

À toi 16.3 — Exploiter puis justifier l'additivité

Essai guidé. Une fonction \(f\) est continue et additive sur \(\mathbb{R}\) et \(f(2)=5\). Déterminer \(f(1)\), \(f(-3/2)\) et \(f(\sqrt3)\). Préciser à quel moment l’hypothèse de continuité autorise la conclusion sur une entrée irrationnelle.

Tentative avant consultation. Mêmes hypothèses pour \(H\), mais \(H(-2)=6\). Déterminer \(H(x)\) pour tout réel \(x\), puis \(H(7/3)\) et \(H(\sqrt5)\). Une affirmation « la formule vaut sur les rationnels, donc automatiquement sur les réels » suffit-elle ? Donner le maillon manquant.

Indices gradués. 1. Écrire \(f(x)=cx\) avec \(c=f(1)\), puis employer la donnée. 2. Une division par \(-2\) est autorisée car ce coefficient est non nul. 3. Pour le dernier maillon, choisir des rationnels \(r_n\to x\) et comparer les deux limites de \(H(r_n)\).

Correction expliquée et contrôle.

Pour \(f\), \(2c=5\), donc \(c=5/2\). Ainsi \(f(1)=5/2\), \(f(-3/2)=(5/2)(-3/2)=-15/4\) et \(f(\sqrt3)=(5/2)\sqrt3\). Les valeurs rationnelles sont fixées par l’additivité et la division par un entier non nul ; la continuité permet de passer d’une suite de rationnels approchant \(\sqrt3\) à cette image irrationnelle.

Pour \(H\), la proposition donne \(H(x)=cx\). La donnée devient \(-2c=6\). Diviser les deux membres par \(-2\) donne \(c=6/(-2)=-3\). On a donc \(H(x)=-3x\), \(H(7/3)=-3\times7/3=-7\) et \(H(\sqrt5)=-3\sqrt5\). Contrôle : \(H(-2)=(-3)(-2)=6\). La phrase « automatiquement » ne fournit aucune justification : il faut construire \(r_n\in\mathbb{Q}\) tendant vers \(x\), puis utiliser d’un côté \(H(r_n)\to H(x)\) par continuité, de l’autre \(H(r_n)=cr_n\to cx\), et l’unicité de la limite. C’est cette comparaison qui conclut \(H(x)=cx\).

Réparer — Plusieurs égalités n'abolissent pas les quantificateurs

Erreur : « \(f(2)=2f(1)\), donc \(f(x)=xf(1)\) pour tout réel \(x\) ». La première égalité ne traite qu’une entrée. Rappel : une propriété sur tous les réels demande une justification qui couvre chaque réel. Exemple simple corrigé : \(q(x)=x^2\) vérifie \(q(0+0)=q(0)+q(0)=0\), mais échoue au couple \((1,1)\) puisque \(4\ne2\). Un couple favorable ne prouve pas l’additivité.

Nouvel essai. Tester \(L(x)=3x+2\) au couple \((0,0)\) ; puis tester \(M(x)=3x\) sur un couple arbitraire \((x,y)\). Correction : \(L(0+0)=2\), tandis que \(L(0)+L(0)=4\) : elle n’est pas additive. Pour \(M\), \(M(x+y)=3(x+y)=3x+3y=M(x)+M(y)\) pour tous les couples, et la fonction linéaire est continue. Retour à l’erreur : dans la preuve complète, les entiers puis les rationnels ont chacun leur justification ; la continuité ferme le passage à un réel quelconque. Elle ne peut être remplacée par quelques tests.

À reprendre plus tard, avant de relire

À une autre séance, avant de relire, traiter les trois demandes suivantes.

  1. \(F:[0,1]\to[0,1]\) est continue : donner une preuve d’existence d’un point fixe et dire ce qui reste inconnu sur l’itération.

  2. \(v\) est continue sur un intervalle non vide et \(v(x)^2=v(x)\) : déterminer les possibilités.

  3. \(A\) est continue et additive sur \(\mathbb{R}\), \(A(1/2)=3\) : calculer \(A(\sqrt3)\) et justifier le passage aux réels.

Aides à consulter après une tentative. Pour (a), comparer une image à son abscisse ; pour (b), regrouper tous les termes d’un même côté ; pour (c), déterminer le coefficient sur les rationnels avant de passer à une entrée irrationnelle.

Correction expliquée et contrôle.

(a) Posons \(G(x)=F(x)-x\), continue comme différence de fonctions continues. La stabilité donne \(F(0)\ge0\) et \(F(1)\le1\) ; ainsi \[G(0)=F(0)\ge0,\qquad G(1)=F(1)-1\le0.\] Si l’une de ces valeurs est nulle, la borne correspondante est déjà un point fixe. Sinon les signes sont strictement opposés, et le TVI sur \([0;1]\) donne un \(c\) tel que \(G(c)=0\), donc \(F(c)=c\). Cela ne fournit ni unicité ni convergence des itérées : pour \(F(x)=1-x\), l’unique point fixe est \(1/2\), mais le départ \(0\) redonne le cycle \(0,1,0,1\). Le théorème utilisé n’a jamais étudié les termes d’une suite.

(b) Soustraire \(v(x)\) donne \(v(x)^2-v(x)=0\), puis factoriser donne \(v(x)(v(x)-1)=0\). Pour chaque \(x\), la valeur est donc \(0\) ou \(1\). Supposons les deux valeurs prises en deux points du domaine. Le segment les reliant appartient à l’intervalle ; le TVI y imposerait une valeur \(1/2\), impossible puisque \((1/2)^2\ne1/2\). Une seule des deux valeurs peut donc être prise : \(v\) est constamment \(0\) ou constamment \(1\). Réciproquement, ces deux fonctions sont continues et vérifient l’égalité, donc les deux possibilités conviennent.

(c) La caractérisation des fonctions additives continues donne \(A(x)=cx\). La donnée \(A(1/2)=3\) devient \(c/2=3\), donc \(c=6\). On obtient \(A(\sqrt3)=6\sqrt3\). Pour reconstruire le rôle de la continuité, choisir des rationnels \(r_n\to\sqrt3\). L’additivité donne \(A(r_n)=6r_n\) ; cette suite tend vers \(6\sqrt3\) par les règles de limites, et vers \(A(\sqrt3)\) par continuité en \(\sqrt3\). L’unicité de la limite identifie ces deux nombres. La valeur irrationnelle ne découle pas d’un simple nombre fini d’additions.

Je sais faire seul si… pour un point fixe, je construis \(f(x)-x\), vérifie continuité et signes aux bornes, et ne promets pas la convergence ; pour une contrainte sur les valeurs, je vérifie que le domaine est un intervalle et construis un niveau intermédiaire interdit ; pour l’additivité, j’utilise tous les couples nécessaires, traite zéro/opposés/entiers/rationnels, justifie l’approximation rationnelle et les deux limites, puis vérifie la réciproque.

17. Entraînement autonome — Choisir une méthode et la défendre

Les dix problèmes suivants font changer de représentation, de domaine ou de stratégie. Leur titre ne donne pas toujours la méthode à employer. Commence par une tentative écrite : la première information à chercher compte autant que le calcul final. Les indices sont regroupés après les énoncés ; les corrections viennent ensuite. Tu peux donc travailler sans avoir la réponse sous les yeux.

Les outils dont tu peux disposer (17.1)

Continuité. En un point du domaine, la limite doit être égale à la valeur ; au bord, on approche du côté accessible. Les sommes, produits, quotients à dénominateur non nul et compositions définies de fonctions continues sont continus. Une dérivée réelle finie entraîne la continuité ; la réciproque est fausse.

Équations. Une fonction continue sur un segment prend tout niveau compris entre les images des bornes : c’est le TVI. La stricte monotonie donne au plus un antécédent. Ces deux arguments réunis donnent une unique solution.

Suites. Une suite monotone et bornée converge. Si \(u_n\to\ell\), si les termes appartiennent au domaine de \(f\) à partir d’un certain rang, si \(\ell\) appartient aussi à ce domaine et si \(f\) est continue en \(\ell\), alors \(f(u_n)\to f(\ell)\). Pour une récurrence, l’équation \(\ell=f(\ell)\) identifie une limite dont l’existence doit être justifiée.

Précision. Un intervalle \([a;b]\) contenant \(\alpha\) donne au milieu une erreur au plus \((b-a)/2\). Après \(n\) bissections sans arrêt exact, sa largeur est la largeur initiale divisée par \(2^n\). Les limites, les variations et les règles de calcul utilisées sont rappelées dans les corrections au moment nécessaire.

Énoncés — Une production personnelle avant les indices

Problème 1 — Trois segments et deux points particuliers

La figure définit exactement une fonction \(f\) sur \([-3;4]\) : les morceaux tracés sont des segments de droite et les coordonnées des points marqués sont exactes. Un point plein appartient à la courbe ; un point vide n’y appartient pas.

  1. Lire \(f(0)\) et \(f(2)\), puis les limites à gauche et à droite en chacun de ces points. La fonction y est-elle continue ?

  2. En quels autres points du domaine la continuité pourrait-elle poser question ? Traiter aussi les extrémités \(-3\) et \(4\).

  3. En changeant seulement \(f(0)\), peut-on rendre la fonction continue en \(0\) ? Même question en \(2\). Justifier la différence entre les deux réponses.

  4. Résoudre \(f(x)=1\) sur le domaine. Expliquer pourquoi le point vide de coordonnées \((2;1)\) ne fournit pas une solution supplémentaire.

  5. Retrouver une expression de \(f\) par morceaux. Le calcul confirme-t-il les lectures précédentes ?

Indices du problème 1Correction complète

Problème 2 — Deux raccordements à assurer simultanément

Pour deux réels \(a,b\), on définit sur \(\mathbb{R}\) : \[F(x)=\begin{cases} (x+1)^2,&x<0,\\ ax+b,&0\le x\le2,\\ \sqrt{x+2},&x>2. \end{cases}\]

  1. Déterminer tous les couples \((a;b)\) pour lesquels \(F\) est continue sur \(\mathbb{R}\). Montrer que les conditions trouvées sont à la fois nécessaires et suffisantes.

  2. Pour ce couple, étudier la dérivabilité en \(0\) puis en \(2\) à partir des taux d’accroissement. Une continuité sur tout \(\mathbb{R}\) assure-t-elle l’absence de rupture de pente ?

  3. Un élève impose seulement \(2a+b=2\) et conclut à la continuité sur \(\mathbb{R}\). Donner un couple satisfaisant cette égalité pour lequel sa conclusion échoue, puis localiser le contrôle manquant.

Indices du problème 2Correction complète

Problème 3 — Une valeur à ajouter, une valeur à corriger

Pour \(x\ne0\), on pose \[G(x)=\frac{\sqrt{1+x^2}-1}{x^2},\qquad J(x)=\frac{|x|-x}{x}.\] La fonction \(H\) est, elle, définie sur \(\mathbb{R}\) par \(H(x)=G(x)\) si \(x\ne0\) et \(H(0)=2\).

  1. Étudier la possibilité d’un prolongement continu de \(G\) en \(0\). Définir entièrement le prolongement obtenu, noté \(\widetilde G\).

  2. \(H\) est-elle continue en \(0\) ? Pour la rendre continue, faut-il prolonger son domaine ou modifier une valeur ?

  3. La même démarche est-elle possible pour \(J\) ? Traiter les deux côtés de \(0\).

  4. Montrer que \(0<\widetilde G(x)\le1/2\) pour tout réel \(x\), puis résoudre exactement \(\widetilde G(x)=1/3\). Expliquer pourquoi un calcul exact est ici plus direct qu’une dichotomie.

Indices du problème 3Correction complète

Problème 4 — Une unique solution malgré une rupture de pente

Sur \(\mathbb{R}\), on considère \[h(x)=x+\frac12|x-1|.\]

  1. Justifier la continuité de \(h\), puis l’écrire par morceaux de part et d’autre de \(1\).

  2. Prouver que \(h\) est strictement croissante sur \(\mathbb{R}\), sans supposer qu’elle est dérivable partout. Il faut aussi traiter deux abscisses placées de part et d’autre de \(1\).

  3. Prouver que \(h(x)=\sqrt2\) possède une unique solution réelle \(\alpha\) et la localiser dans \(]1;2[\). Calculer ensuite sa valeur exacte.

  4. Étudier la dérivabilité en \(1\). Quel raisonnement de continuité et d’unicité reste valable malgré cet échec de dérivabilité ?

Indices du problème 4Correction complète

Problème 5 — Deux courbes, un domaine et des candidats trompeurs

On souhaite résoudre dans \(\mathbb{R}\) : \[\sqrt{x+1}=\frac1{x-1}.\]

  1. Déterminer le domaine commun, puis utiliser un argument de signe pour réduire le domaine de recherche.

  2. Construire une fonction \(q\) dont les zéros correspondent aux solutions restantes. Prouver l’existence d’une solution dans \(]3/2;2[\) puis son unicité sur tout le domaine de recherche.

  3. Résoudre ensuite exactement l’équation. À quelle condition l’élévation au carré est-elle une équivalence ?

  4. Un calcul effectué sans précaution fournit les candidats \(0\), \((1-\sqrt5)/2\) et \((1+\sqrt5)/2\). Expliquer pourquoi deux d’entre eux sont à rejeter même s’ils satisfont l’équation polynomiale obtenue.

Indices du problème 5Correction complète

Problème 6 — Un niveau, deux branches et une jonction

On définit \(r(x)=x+1/x\) sur \(]0;+\infty[\). Pour un réel \(m\), on cherche le nombre de solutions réelles distinctes de \(r(x)=m\) dans ce domaine.

  1. Étudier la continuité, les variations et les limites de \(r\). Préciser les images des deux branches monotones.

  2. Déterminer le nombre de solutions suivant \(m\), en justifiant les cas frontières.

  3. Pour \(m>2\), noter les deux solutions \(\alpha<\beta\). Prouver \(0<\alpha<1<\beta\) et \(\alpha\beta=1\). Retrouver ce lien en comparant \(r(x)\) et \(r(1/x)\).

  4. Pourquoi le discriminant positif de \(x^2+3x+1\) ne donne-t-il pas deux solutions de \(r(x)=-3\) dans le domaine étudié ?

Indices du problème 6Correction complète

Problème 7 — Une suite converge sans être monotone

On pose \(u_0=0\) et, pour tout \(n\in\mathbb{N}\), \[u_{n+1}=\frac1{2+u_n}.\]

  1. Montrer que la suite est définie et que \(0\le u_n\le1/2\) pour tout \(n\). Calculer \(u_1,u_2,u_3\). La suite entière est-elle monotone ?

  2. Déterminer l’unique point fixe \(\alpha\) de \(f(x)=1/(2+x)\) dans \([0;1/2]\).

  3. Pour \(u,v\in[0;1/2]\), établir \[|f(u)-f(v)|=\frac{|u-v|}{(2+u)(2+v)}\le\frac14|u-v|.\] En déduire par récurrence \(|u_n-\alpha|\le 1/(2\times4^n)\), puis la convergence de la suite. Aucun théorème nouveau sur les fonctions contractantes n’est nécessaire : une inégalité et le théorème des gendarmes suffisent.

  4. Montrer que les termes pairs sont strictement inférieurs à \(\alpha\) et les termes impairs strictement supérieurs. Pourquoi cette alternance est-elle compatible avec une convergence ?

  5. Combien de rangs suffisent, avec la majoration trouvée, pour assurer une erreur au plus \(10^{-4}\) ? Un calcul donne \(u_6=70/169\) et \(u_7=169/408\) : vérifier la seconde égalité à partir de la première et donner l’encadrement correspondant de \(\alpha\).

Indices du problème 7Correction complète

Problème 8 — La première ligne qui fait perdre la solution

Soit \(g(x)=3-x-x^3\). Un programme commence par \(a=0\), \(b=2\) et répète :

m = (a + b) / 2
if g(m) == 0:
    return m
if g(m) > 0:
    b = m
else:
    a = m

On raisonne d’abord en calcul exact.

  1. Prouver que \(g\) possède une unique racine réelle \(\alpha\), située dans \(]0;2[\).

  2. Effectuer la première décision du programme. Pourquoi perd-il la racine ? Identifier la première affectation erronée.

  3. Réparer la décision par une règle valable sans supposer \(g\) croissante ni décroissante. Effectuer les trois premières bissections correctes à partir de \([0;2]\).

  4. Donner le milieu du segment obtenu et une borne de son erreur. Combien de bissections garantissent une erreur du milieu au plus \(10^{-3}\) ? Et une largeur au plus \(10^{-3}\) ?

  5. Si une machine s’arrête parce que le milieu calculé coïncide avec une borne, peut-elle annoncer automatiquement la précision demandée ?

Indices du problème 8Correction complète

Problème 9 — Une racine implicite encadrée par deux suites

Synthèse. Sur \([0;1]\), on définit \[f(x)=1-\frac12e^{-x},\qquad h(x)=f(x)-x.\] On rappelle \((e^{-x})'=-e^{-x}\) et \(0<e^{-x}\le1\) pour \(x\ge0\).

  1. Montrer que \(f\) est continue et strictement croissante, et que \([0;1]\) est stable par \(f\).

  2. Prouver que \(h\) possède un unique zéro \(\alpha\) dans \(]1/2;1[\). Que signifie cette égalité pour \(f\) ?

  3. On pose \(u_0=0\), \(v_0=1\), puis \(u_{n+1}=f(u_n)\) et \(v_{n+1}=f(v_n)\). Montrer par récurrence que \(u_n\le\alpha\le v_n\) pour tout \(n\), puis que \((u_n)\) est croissante et \((v_n)\) décroissante.

  4. Prouver que les deux suites convergent vers \(\alpha\). À quel moment précis utilise-t-on la continuité ?

  5. Étudier les variations de \(p(t)=e^{-t}+t\) sur \([0;1]\). En déduire, pour \(0\le u\le v\le1\), que \(0\le e^{-u}-e^{-v}\le v-u\).

  6. Montrer alors \(0\le v_n-u_n\le2^{-n}\). Pour \(c_n=(u_n+v_n)/2\), donner une borne d’erreur et un rang suffisant pour une erreur au plus \(1/1000\).

  7. Comparer le rôle des deux égalités \(h(\alpha)=0\) et \(u_{n+1}=f(u_n)\). La première aurait-elle suffi, toute seule, à prouver la convergence de la seconde ?

Indices du problème 9Correction complète

Problème 10 — Une fonction dont on ne connaît pas la formule

Une fonction \(F\) est continue sur \([-2;3]\) et vérifie, pour tout \(x\) de cet intervalle, \[\bigl(F(x)+2\bigr)\bigl(F(x)-1\bigr)\bigl(F(x)-4\bigr)=0.\] On sait de plus que \(F(0)=4\).

  1. Quelles sont les seules valeurs possibles de \(F(x)\) ? Prouver que \(F\) est constante, puis déterminer cette constante. Il faut exclure un changement de valeur, pas simplement appliquer la règle du produit nul point par point.

  2. Sur le domaine \(D=\mathbb{R}\setminus\{0\}\), peut-on construire une fonction continue en chaque point de \(D\), satisfaisant la même équation, prenant la valeur \(4\) en \(1\), mais non constante ? Expliquer l’hypothèse du raisonnement précédent qui ne serait plus disponible.

  3. Indépendamment des questions précédentes, une fonction \(T\) est continue sur \([0;2]\) avec \(T(0)=1\) et \(T(2)=-1\). Prouver qu’elle possède un point fixe dans \(]0;2[\). A-t-on eu besoin de supposer que \(T([0;2])\subset[0;2]\) ? Cette existence est-elle nécessairement unique ?

Indices du problème 10Correction complète

Indices gradués — Ne lire que l'aide nécessaire

Après un indice, retourne à l’énoncé et écris au moins la prochaine étape. La correction complète reste plus loin.

Problème 1

1. Pour une valeur au point, cherche le point plein. Pour une limite, suis les segments voisins. 2. En \(2\), les voisins de droite approchent le point vide d’ordonnée \(1\). 3. Une droite passant par \((x_1;y_1)\) et \((x_2;y_2)\) a une pente \((y_2-y_1)/(x_2-x_1)\) lorsque les abscisses diffèrent.

Problème 2

1. La formule du milieu donne les valeurs en \(0\) et \(2\). 2. Une condition vient du raccord en \(0\), une autre de celui en \(2\) ; résoudre les deux ensemble. 3. En \(2\), le conjugué transforme \((\sqrt{4+t}-2)/t\) pour \(t\ne0\).

Problème 3

1. Le conjugué de \(\sqrt{1+x^2}-1\) est \(\sqrt{1+x^2}+1\). 2. Pour \(J\), écrire \(|x|=x\) si \(x>0\) et \(|x|=-x\) si \(x<0\). 3. Pour le niveau \(1/3\), partir de l’expression simplifiée du prolongement ; vérifier les signes avant d’élever au carré.

Problème 4

1. Sur \(]-\infty;1]\), \(h(x)=(x+1)/2\) ; sur \([1;+\infty[\), \(h(x)=(3x-1)/2\). 2. Pour \(x<1<y\), compare \(h(x)\) et \(h(y)\) à \(h(1)\). 3. Pour l’existence, utilise \(h(1)\) et \(h(2)\) ; pour l’unicité, la croissance stricte déjà prouvée.

Problème 5

1. La racine est positive ou nulle ; pour \(x<1\), le membre de droite est strictement négatif. 2. Sur \(]1;+\infty[\), la différence des deux membres possède une dérivée strictement positive. 3. Après élévation au carré et multiplication autorisée, développer \((x+1)(x-1)^2=1\) ; il reste un facteur \(x\).

Problème 6

1. \(r'(x)=1-1/x^2\). 2. La valeur au point de jonction des branches est \(r(1)=2\). 3. Si deux racines positives de \(x^2-mx+1\) existent, leur produit vaut \(1\) ; on peut aussi le vérifier à partir des formules des racines ou de la symétrie \(x\leftrightarrow1/x\).

Problème 7

1. Si \(0\le x\le1/2\), alors \(2\le2+x\le5/2\) ; l’inverse renverse ces inégalités entre nombres positifs. 2. L’équation du point fixe devient \(x^2+2x-1=0\), soit \((x+1)^2=2\). 3. Soustraire deux fractions pour obtenir l’inégalité d’erreur. 4. Le signe de \(f(u)-f(\alpha)\) est l’opposé de celui de \(u-\alpha\).

Problème 8

1. \(g'(x)=-1-3x^2<0\). 2. Au premier milieu, calcule \(g(1)\) et compare son signe à celui de l’ancienne borne \(a=0\). 3. La borne à remplacer est celle dont l’image a le même signe que l’image du milieu. 4. La largeur initiale vaut \(2\), pas \(1\).

Problème 9

1. \(f'(x)=\tfrac12e^{-x}>0\), alors que \(h'(x)=\tfrac12e^{-x}-1\le-1/2\). 2. Les bornes \(0,1\) et le point fixe \(\alpha\) permettent des récurrences d’ordre. 3. Comparer d’abord \(u_1\) et \(u_0\), puis \(v_1\) et \(v_0\) ; appliquer la croissance de \(f\) pour propager les inégalités. 4. Pour la précision, utiliser \(v_{n+1}-u_{n+1}=\tfrac12(e^{-u_n}-e^{-v_n})\) ; les différences sont positives.

Problème 10

1. Si \(F\) prenait une valeur différente de \(4\), relier son antécédent à \(0\) et viser le niveau intermédiaire \(3\). 2. Sur un domaine coupé en deux, on peut prendre une constante différente sur chaque morceau. 3. Pour un point fixe de \(T\), chercher un zéro de \(T(x)-x\), puis calculer cette différence aux deux bornes.

Corrections intégrales — Comprendre le choix et contrôler

Correction du problème 1 — Valeurs, limites et segments

1. Les deux lectures ne regardent pas le même objet. Le point plein d’abscisse \(0\) a pour ordonnée \(-1\), donc \(f(0)=-1\). Les segments voisins, à gauche comme à droite, approchent le point vide \((0;2)\) : \[\lim_{x\to0^-}f(x)=2,\qquad \lim_{x\to0^+}f(x)=2.\] La limite bilatérale vaut \(2\). Comme \(2\ne-1=f(0)\), la fonction n’est pas continue en \(0\). Elle possède pourtant une limite : ne pas confondre ces deux affirmations.

En \(2\), le point plein est \((2;0)\), donc \(f(2)=0\). Le segment venant de gauche y arrive, tandis que le segment de droite approche \((2;1)\), point exclu. Ainsi \[\lim_{x\to2^-}f(x)=0=f(2),\qquad \lim_{x\to2^+}f(x)=1.\] Ces limites diffèrent : il n’existe pas de limite bilatérale en \(2\) et \(f\) n’y est pas continue relativement au domaine \([-3;4]\). Sa restriction à un intervalle se terminant en \(2\) par la gauche peut, elle, être continue à cette extrémité : les domaines de ces deux affirmations ne sont pas les mêmes.

2. Les autres points. À l’intérieur de chacun des trois segments ouverts, la fonction est affine, donc continue. En \(-3\), seul le côté droit appartient au domaine ; les images tendent vers \(-1=f(-3)\). En \(4\), seul le côté gauche est accessible ; les images tendent vers \(2=f(4)\). Ces deux points sont donc des points de continuité relative au domaine. Les seuls points où \(f\) n’est pas continue sur son domaine complet sont \(0\) et \(2\).

3. Ce qu’une valeur isolée peut réparer. En \(0\), la limite existe et vaut \(2\) : remplacer \(f(0)\) par \(2\) rend la nouvelle fonction continue en ce point, et aucune autre valeur ne convient. En \(2\), une valeur unique ne peut être égale à la fois à \(0\) et à \(1\) ; changer seulement \(f(2)\) ne supprime donc pas le saut.

4. Le niveau \(1\). L’horizontale \(y=1\) rencontre le premier segment en \((-1;1)\) et le deuxième en \((1;1)\). Le point \((2;1)\) est vide, et tous les points du troisième segment ont une abscisse strictement supérieure à \(2\), donc une ordonnée strictement supérieure à \(1\). L’ensemble des solutions est \[\boxed{S=\{-1;1\}.}\] Contrôle au point délicat : \(f(2)=0\), et non \(1\). Un voisinage qui approche le niveau recherché ne fournit pas forcément un antécédent effectif de ce niveau.

5. Les formules. Le premier segment a pente \(1\) et ordonnée à l’origine prolongée \(2\) ; le deuxième a pente \(-1\) et ordonnée à l’origine prolongée \(2\) ; le troisième a pente \(1/2\) et se trouve sur \(y=x/2\). Avec les conventions de points, \[f(x)=\begin{cases} x+2,&-3\le x<0,\\ -1,&x=0,\\ 2-x,&0<x\le2,\\ x/2,&2<x\le4. \end{cases}\] Les formules retrouvent les quatre limites et les deux valeurs calculées. Pour \(f(x)=1\), elles donnent respectivement \(x=-1\), aucune solution au point \(0\), \(x=1\), puis le candidat \(x=2\) rejeté car la dernière ligne exige \(x>2\).

À réutiliser. Pour une figure donnée comme exacte, lire le point plein pour la valeur, les branches voisines pour les limites, puis vérifier les domaines de chaque segment. Sur un simple tracé expérimental de calculatrice, les mêmes lectures resteraient des observations à confirmer.

Correction du problème 2 — Deux conditions, puis deux pentes

1. Commencer par les points où la formule change. Chaque morceau est continu sur son intervalle ouvert : polynôme à gauche, fonction affine au milieu, racine composée à droite, avec \(x+2>4>0\) sur ce dernier morceau. Les seuls raccordements sont \(0\) et \(2\).

En \(0\), la valeur vient de la ligne \(0\le x\le2\), donc \(F(0)=b\). La limite gauche vaut \((0+1)^2=1\) ; la limite droite vaut \(b\). La continuité en \(0\) équivaut donc à \(b=1\).

En \(2\), la même ligne centrale donne \(F(2)=2a+b\). C’est également la limite gauche. À droite, la limite est \(\sqrt{2+2}=2\). La continuité en \(2\) équivaut à \(2a+b=2\). Il faut donc résoudre simultanément \[\begin{cases}b=1,\\2a+b=2. \end{cases} \qquad\Longleftrightarrow\qquad \boxed{a=\frac12,\quad b=1.}\] Les deux égalités sont nécessaires, puisqu’une continuité globale exige les deux raccords. Elles sont aussi suffisantes : pour ce couple, chaque limite latérale vaut la valeur au point à chacun des raccords, et la continuité sur les autres points était déjà acquise. On a bien déterminé tous les couples, ici un seul.

2. Un raccord continu peut changer de pente. Fixons désormais \(a=1/2,b=1\). En \(0\), on a \(F(0)=1\). Pour \(t<0\), \[\frac{F(t)-F(0)}t =\frac{(t+1)^2-1}t =\frac{t^2+2t}t=t+2\longrightarrow2.\] La simplification suppose \(t\ne0\), ce qui est bien le cas. Pour \(t>0\) suffisamment petit, la ligne centrale donne \[\frac{F(t)-F(0)}t=\frac{t/2+1-1}t=\frac12.\] Les deux limites \(2\) et \(1/2\) diffèrent : \(F\) n’est pas dérivable en \(0\).

En \(2\), \(F(2)=2\). À gauche, pour \(t<0\) proche de \(0\), \(F(2+t)=2+t/2\), donc le taux vaut \(1/2\). À droite, pour \(t>0\), \[\frac{F(2+t)-F(2)}t =\frac{\sqrt{4+t}-2}t =\frac{(4+t)-4}{t(\sqrt{4+t}+2)} =\frac1{\sqrt{4+t}+2}\longrightarrow\frac14.\] Le conjugué est positif et \(t\ne0\) ; les transformations sont légitimes. Les limites \(1/2\) et \(1/4\) diffèrent : pas de dérivabilité en \(2\) non plus. Cette fonction est continue sur tout \(\mathbb{R}\) tout en présentant deux ruptures de pente.

3. Contrôler une seule jonction ne contrôle pas l’autre. Le couple \((a;b)=(1;0)\) satisfait \(2a+b=2\). Il raccorde donc en \(2\), mais en \(0\) la limite gauche vaut \(1\) tandis que la valeur vaut \(0\). La conclusion globale est fausse. L’erreur de méthode était d’oublier un point de changement de formule, non de mal résoudre l’égalité du second raccord.

Critère de réussite. Les trois quantités « limite gauche, limite droite, valeur » ont été écrites pour chacun des raccords ; les pentes n’ont été comparées qu’après la continuité établie.

Correction du problème 3 — Trois situations qu'il faut distinguer

1. Une forme indéterminée invite à transformer. Pour \(x\ne0\), le dénominateur de \(G\) est strictement positif et \(1+x^2\ge1\), donc la racine est définie. Multiplions par le conjugué : \[\begin{align*} G(x) &=\frac{(\sqrt{1+x^2}-1)(\sqrt{1+x^2}+1)}{x^2(\sqrt{1+x^2}+1)}\\ &=\frac{1+x^2-1}{x^2(\sqrt{1+x^2}+1)} =\frac1{\sqrt{1+x^2}+1}. \end{align*}\] La dernière égalité utilise \(x^2\ne0\). La nouvelle expression, elle, est définie pour tout réel \(x\), puisque son dénominateur est au moins \(2\). Elle est continue comme composition puis quotient de fonctions continues à dénominateur non nul. En particulier, \[\lim_{x\to0}G(x)=\frac1{\sqrt1+1}=\frac12.\] L’unique prolongement continu est donc \[\widetilde G(x)=\frac1{\sqrt{1+x^2}+1}\quad\text{pour tout }x\in\mathbb{R}.\] Sur l’ancien domaine, il vaut \(G\) ; au point ajouté, il vaut \(1/2\). L’unicité vient de ce que toute valeur ajoutée pour assurer la continuité doit être égale à la limite.

2. La fonction \(H\) possédait déjà une valeur. Ses voisins de \(0\) suivent \(G\), donc sa limite en \(0\) vaut aussi \(1/2\). Mais \(H(0)=2\), d’où la non-continuité. Son domaine était déjà \(\mathbb{R}\) ; on ne l’agrandit pas. Il faut remplacer la valeur \(2\) par \(1/2\). La fonction corrigée est alors \(\widetilde G\).

3. Le saut de \(J\) n’est pas une valeur manquante réparable. Pour \(x>0\), \(|x|=x\), donc \(J(x)=0\). Pour \(x<0\), \(|x|=-x\), donc \[J(x)=\frac{-x-x}{x}=\frac{-2x}{x}=-2.\] Ainsi \(\lim_{x\to0^-}J(x)=-2\) et \(\lim_{x\to0^+}J(x)=0\). Il n’existe pas de limite bilatérale réelle ; aucune valeur ajoutée unique ne peut réparer les deux côtés simultanément.

4. Une forme simplifiée peut aussi résoudre le problème exact. Pour tout réel \(x\), \(\sqrt{1+x^2}\ge1\). Son dénominateur est donc au moins \(2\) et reste strictement positif ; prendre les inverses donne \[0<\widetilde G(x)\le\frac12.\] L’égalité supérieure se produit exactement quand \(x=0\). Pour le niveau \(1/3\), les dénominateurs non nuls autorisent \[\begin{align*} \widetilde G(x)=\frac13 &\Longleftrightarrow\sqrt{1+x^2}+1=3\\ &\Longleftrightarrow\sqrt{1+x^2}=2 \Longleftrightarrow 1+x^2=4 \Longleftrightarrow x^2=3. \end{align*}\] L’élévation au carré est une équivalence car les deux membres de la ligne précédente sont positifs ou nuls. Les solutions sont donc \(-\sqrt3\) et \(\sqrt3\), admissibles ; la substitution donne bien \(1/(2+1)=1/3\).

À réutiliser. Le TVI est précieux lorsqu’une solution n’est pas explicite, mais il n’interdit pas une résolution algébrique simple. Ici celle-ci donne les valeurs exactes et l’exhaustivité en quelques équivalences.

Correction du problème 4 — La dérivée n'est pas l'unique voie

1. Continuité et expressions. L’identité est continue sur \(\mathbb{R}\) ; \(x\mapsto|x-1|\) est continue par composition d’une fonction affine et de la valeur absolue. Leur somme pondérée \(h\) est donc continue sur \(\mathbb{R}\). Pour \(x\le1\), \(|x-1|=1-x\) ; pour \(x\ge1\), \(|x-1|=x-1\). Ainsi \[h(x)=\begin{cases} (x+1)/2,&x\le1,\\ (3x-1)/2,&x\ge1. \end{cases}\] Les deux expressions valent \(1\) en \(1\) : leur usage simultané à cette borne ne crée pas d’ambiguïté.

2. Une preuve de stricte croissance sur tout le domaine. Si \(x<y\le1\), alors \[h(y)-h(x)=\frac{y-x}{2}>0.\] Si \(1\le x<y\), la différence vaut \(3(y-x)/2>0\). Reste le cas transversal \(x<1<y\) : la première expression donne \(h(x)<1\) et la seconde \(h(y)>1\), donc \(h(x)<h(y)\). Si une abscisse est exactement \(1\), elle est déjà couverte par l’un des deux premiers cas. Tous les couples \(x<y\) ont été examinés ; la stricte croissance est globale.

3. Existence, unicité, puis calcul. On a \(h(1)=1\) et \(h(2)=5/2\). Puisque \(1<\sqrt2<2<5/2\), la continuité sur \([1;2]\) permet d’appliquer le TVI au niveau \(\sqrt2\) : une solution \(\alpha\) existe dans \(]1;2[\). La stricte croissance sur \(\mathbb{R}\) donne au plus une solution réelle ; c’est donc l’unique solution sur \(\mathbb{R}\), pas seulement sur le segment utilisé.

La localisation \(\alpha>1\) indique maintenant quelle expression employer : \[\frac{3\alpha-1}{2}=\sqrt2 \Longleftrightarrow3\alpha-1=2\sqrt2 \Longleftrightarrow \boxed{\alpha=\frac{1+2\sqrt2}{3}.}\] Contrôle du morceau : \(\sqrt2>1\) entraîne \(1+2\sqrt2>3\), donc \(\alpha>1\) ; \(\sqrt2<2\) donne \(\alpha<5/3<2\). La formule utilisée est bien valide.

4. La dérivabilité échoue localement. \(h(1)=1\). Pour \(t<0\), la première expression donne \(h(1+t)=1+t/2\), donc le taux d’accroissement vaut \(1/2\). Pour \(t>0\), la seconde donne \(1+3t/2\), donc le taux vaut \(3/2\). Les deux limites diffèrent : \(h\) n’est pas dérivable en \(1\).

Ce fait n’annule ni sa continuité ni la stricte croissance démontrée directement. Le TVI demandait la continuité ; l’unicité demandait la stricte monotonie. Aucune de ces deux démonstrations n’exigeait une dérivée en chaque point. Une procédure « je ne sais pas dériver partout, donc je ne peux rien conclure » aurait ici bloqué inutilement.

Correction du problème 5 — Réduire le domaine avant de transformer

1. Domaine et signes. La racine impose \(x+1\ge0\), donc \(x\ge-1\). Le quotient impose \(x\ne1\). Le domaine commun est \[D=[-1;1[\ \cup\ ]1;+\infty[.\] Sur \([-1;1[\), le membre de gauche est positif ou nul tandis que \(1/(x-1)<0\) ; l’égalité est impossible, y compris en \(x=-1\). Toute solution doit donc appartenir à \(]1;+\infty[\). Cette restriction n’est pas une préférence de calcul : elle est nécessaire par les signes.

2. Une différence pour comparer les courbes. Posons \[q(x)=\sqrt{x+1}-\frac1{x-1}\qquad(x>1).\] Elle est continue sur ce demi-axe. Les règles de dérivation, avec dénominateurs non nuls, donnent \[q'(x)=\frac1{2\sqrt{x+1}}+\frac1{(x-1)^2}>0.\] Le second signe est positif parce que la dérivée de \(-1/(x-1)\) vaut \(+1/(x-1)^2\). Ainsi \(q\) est strictement croissante sur tout \(]1;+\infty[\).

Aux bornes choisies, \[q(3/2)=\sqrt{5/2}-2<0, \qquad q(2)=\sqrt3-1>0.\] Ces signes sont exacts : \(5/2<4\) et les deux racines sont positives, donc \(\sqrt{5/2}<2\) ; de même \(3>1\) donne \(\sqrt3>1\). La continuité sur le segment \([3/2;2]\) et le TVI assurent une racine intérieure. La stricte croissance sur le demi-axe assure son unicité ; l’argument de signe de la question 1 a déjà exclu tout le reste du domaine.

3. Une résolution exacte avec ses conditions. Pour \(x>1\), les deux membres de l’équation initiale sont strictement positifs. Élever au carré conserve donc l’équivalence : \[\begin{align*} \sqrt{x+1}=\frac1{x-1} &\Longleftrightarrow x+1=\frac1{(x-1)^2}\\ &\Longleftrightarrow (x+1)(x-1)^2=1. \end{align*}\] La multiplication par \((x-1)^2\) est autorisée puisqu’il est non nul. Développons sans perdre le terme constant : \[(x+1)(x^2-2x+1) =x^3-2x^2+x+x^2-2x+1 =x^3-x^2-x+1.\] Après soustraction de \(1\), l’équation devient \[x^3-x^2-x=x(x^2-x-1)=0.\] Le produit nul fournit \(x=0\) ou \(x^2-x-1=0\). Le discriminant de ce dernier trinôme est \((-1)^2-4(1)(-1)=5\), donc ses racines sont \((1-\sqrt5)/2\) et \((1+\sqrt5)/2\). Seule la dernière est supérieure à \(1\) : \[\boxed{S=\left\{\frac{1+\sqrt5}{2}\right\}.}\] Elle appartient bien à \(]3/2;2[\), car \(2<\sqrt5<3\). Ce contrôle retrouve la localisation obtenue indépendamment par TVI.

4. Pourquoi les autres candidats ne conviennent pas. En \(0\), les deux membres de l’équation initiale valent \(1\) et \(-1\). Leurs carrés sont égaux, mais pas les nombres eux-mêmes. Pour \((1-\sqrt5)/2\), on a \(-1<x<0\) puisque \(2<\sqrt5<3\) : la racine est positive tandis que le quotient est négatif. Là encore l’égalité initiale échoue. L’équation polynomiale seule ne conserve pas la restriction de signe qui rendait l’élévation au carré équivalente.

À réutiliser. L’existence et l’unicité peuvent sécuriser une étude même lorsqu’une valeur exacte apparaît ensuite. Elles ne justifient jamais de traverser la valeur interdite \(1\) dans un même segment de TVI.

Correction du problème 6 — Compter les abscisses, pas les branches

1. Étudier chaque branche. Sur \(]0;+\infty[\), \(r\) est continue comme somme de fonctions continues. Sa dérivée est \[r'(x)=1-\frac1{x^2}=\frac{x^2-1}{x^2} =\frac{(x-1)(x+1)}{x^2}.\] Sur ce domaine, \(x+1>0\) et \(x^2>0\) ; le signe est donc celui de \(x-1\). La fonction est strictement décroissante sur \(]0;1]\) et strictement croissante sur \([1;+\infty[\). Elle vaut \(2\) en \(1\).

Quand \(x\to0^+\), \(1/x\to+\infty\) et \(x\to0\), donc \(r(x)\to+\infty\). Quand \(x\to+\infty\), \(x\to+\infty\) et \(1/x\to0\), donc encore \(r(x)\to+\infty\). La continuité, la stricte monotonie et ces bornes montrent que chaque branche a pour image \([2;+\infty[\). Le niveau \(2\) est effectivement atteint ; l’infini n’est pas une valeur réelle à inclure.

2. Les trois régimes. Si \(m<2\), aucune image ne vaut \(m\), donc aucune solution. Si \(m=2\), la solution est \(x=1\). Les deux branches y aboutissent, mais elles désignent la même abscisse, à compter une seule fois. Si \(m>2\), chacune des deux branches prend le niveau exactement une fois, par continuité et stricte monotonie ; les solutions sont intérieures aux branches, donc distinctes. Ainsi \[\begin{array}{c|ccc} m&m<2&m=2&m>2\\\hline \text{nombre de solutions}&0&1&2 \end{array}\] On peut contrôler le minimum sans dérivée : pour \(x>0\), \[r(x)-2=\frac{x^2-2x+1}{x}=\frac{(x-1)^2}{x}\ge0,\] avec égalité seulement en \(1\). Ce calcul confirme le seuil, mais le comptage des deux solutions pour \(m>2\) réclame encore une existence sur chaque branche.

3. Deux solutions réciproques. Leurs positions viennent des branches : \(0<\alpha<1<\beta\). Multiplier \(x+1/x=m\) par \(x>0\) donne \(x^2-mx+1=0\). Pour \(m>2\), le discriminant est \(m^2-4>0\) et \[\alpha=\frac{m-\sqrt{m^2-4}}2, \qquad \beta=\frac{m+\sqrt{m^2-4}}2.\] Le produit se calcule par différence de deux carrés : \[\alpha\beta= \frac{m^2-(m^2-4)}4=1.\] On peut aussi éviter ces formules. Pour \(x>0\), \(r(1/x)=1/x+x=r(x)\). L’image de \(\alpha\) par l’inverse est \(1/\alpha>1\), située sur l’autre branche et au même niveau \(m\). Par unicité sur cette branche, elle est \(\beta\) ; d’où \(\alpha\beta=1\).

4. Un discriminant ne vérifie pas le domaine. Pour \(m=-3\), le trinôme associé est \(x^2+3x+1\). Son discriminant vaut \(5>0\) et ses racines sont \((-3\pm\sqrt5)/2\). Comme \(\sqrt5<3\), elles sont toutes deux négatives ; aucune n’appartient au domaine \(x>0\). D’ailleurs \(r(x)>0\) dans ce domaine, ce qui rendait déjà le niveau \(-3\) impossible. Le calcul algébrique et le raisonnement de signe concordent une fois le domaine conservé.

Correction du problème 7 — Une erreur géométriquement décroissante

1. Bonne définition avant toute limite. Pour \(0\le x\le1/2\), les nombres \(2+x\) sont positifs et vérifient \(2\le2+x\le5/2\). En prenant les inverses, \[\frac25\le f(x)\le\frac12.\] Les images appartiennent donc à \([0;1/2]\). Initialement \(u_0=0\) est dans ce segment. Si \(u_n\) y appartient, le dénominateur \(2+u_n\) est au moins \(2\), et \(u_{n+1}\) y appartient aussi. La récurrence établit à la fois la bonne définition et les bornes pour tous les rangs.

Les premiers termes sont \[u_1=\frac12,\qquad u_2=\frac1{2+1/2}=\frac25, \qquad u_3=\frac1{2+2/5}=\frac5{12}.\] La suite monte de \(u_0\) à \(u_1\), puis descend de \(u_1\) à \(u_2\). Elle n’est donc ni croissante ni décroissante. Cela interdit d’appliquer directement le théorème des suites monotones à la suite entière ; cela ne prouve pas sa divergence.

2. Un candidat exact dans le bon domaine. Pour \(x\in[0;1/2]\), la condition \(f(x)=x\) équivaut, le dénominateur étant non nul, à \[1=x(2+x)\Longleftrightarrow x^2+2x-1=0 \Longleftrightarrow(x+1)^2=2.\] Les deux racines sont \(-1-\sqrt2\) et \(-1+\sqrt2\). La première est négative ; la seconde, notée \(\alpha=\sqrt2-1\), vérifie \(0<\alpha<1/2\) car \(1<\sqrt2<3/2\). Cette dernière inégalité se vérifie par les carrés positifs : \(2<9/4\). Il existe donc un seul point fixe dans le segment. À ce stade, sa présence ne prouve toujours pas la convergence de l’itération.

3. Contrôler la distance au lieu de la monotonie. Pour deux entrées \(u,v\) du segment, \[f(u)-f(v) =\frac{2+v-(2+u)}{(2+u)(2+v)} =\frac{v-u}{(2+u)(2+v)}.\] Les deux facteurs du dénominateur sont au moins \(2\), donc leur produit est au moins \(4\). Les valeurs absolues donnent l’inégalité demandée. En prenant \(u=u_n\) et \(v=\alpha\), et en utilisant \(f(\alpha)=\alpha\), \[|u_{n+1}-\alpha|\le\frac14|u_n-\alpha|.\] Au rang \(0\), \(|u_0-\alpha|=\alpha<1/2\), donc la borne \(1/(2\times4^0)\) est vraie. Si elle est vraie au rang \(n\), la dernière inégalité donne \[|u_{n+1}-\alpha|\le\frac14\frac1{2\times4^n} =\frac1{2\times4^{n+1}}.\] Par récurrence, la borne annoncée vaut à tout rang. Comme la suite géométrique \((1/4)^n\) tend vers \(0\), on a \(|u_n-\alpha|\to0\) par encadrement. C’est exactement \(u_n\to\alpha\). Cette fois, il s’agit bien d’une preuve de convergence, obtenue par un contrôle d’erreur.

4. Alterner sans rester à distance. L’égalité avant les valeurs absolues fournit \[u_{n+1}-\alpha =-\frac{u_n-\alpha}{(2+u_n)(2+\alpha)}.\] Le dénominateur est positif : le signe s’inverse à chaque étape. Comme \(u_0-\alpha<0\), l’initialisation et la propagation des signes donnent \[u_{2n}<\alpha<u_{2n+1}\quad\text{pour tout }n\in\mathbb{N}.\] Aucune égalité ne surgit : un numérateur non nul divisé par un positif reste non nul. L’alternance est compatible avec la convergence, car les distances à \(\alpha\) tendent vers \(0\) ; dans le cycle \(0,1,0,1\), les deux distances à \(1/2\) restaient au contraire égales à \(1/2\).

5. Une précision garantie et un encadrement plus fin. Il suffit d’obtenir \[\frac1{2\times4^n}\le10^{-4} \Longleftrightarrow4^n\ge5000.\] Or \(4^6=4096<5000\) et \(4^7=16384>5000\). Le rang \(n=7\) suffit avec cette majoration ; tous les rangs suivants conviennent également. Nous n’affirmons pas que le rang précédent aurait une erreur réelle trop grande, seulement que la borne choisie ne la certifie pas.

À partir du terme donné, \[u_7=\frac1{2+70/169} =\frac1{(338+70)/169}=\frac{169}{408}.\] Le rang \(6\) est pair et le rang \(7\) impair, donc \[\frac{70}{169}<\alpha<\frac{169}{408}.\] La largeur vaut \[\frac{169}{408}-\frac{70}{169} =\frac{169^2-70\times408}{408\times169} =\frac{28561-28560}{68952}=\frac1{68952}.\] Le milieu de cet intervalle donne une erreur au plus \(1/137904<10^{-5}\). L’information des deux côtés permet donc une certification encore meilleure que la première borne géométrique.

À réutiliser. La monotonie est une voie de convergence, pas une condition obligatoire. Une inégalité explicite sur l’erreur peut donner simultanément la convergence et une précision. Aucun dessin d’alternance n’établirait à lui seul la diminution des distances.

Correction du problème 8 — Les signes commandent la mise à jour

1. Justifier d’abord le problème mathématique. Le polynôme \(g\) est continu sur \(\mathbb{R}\). Sa dérivée vaut \(-1-3x^2\), strictement négative pour tout réel \(x\) ; il est donc strictement décroissant sur \(\mathbb{R}\). Les valeurs \(g(0)=3>0\) et \(g(2)=3-2-8=-7<0\) permettent le TVI sur \([0;2]\) : une racine existe dans \(]0;2[\). La stricte décroissance globale assure son unicité réelle.

2. Détecter le premier geste qui échoue. Le premier milieu est \(m=1\), et \(g(1)=3-1-1=1>0\). Le programme exécute alors b = m, soit \(b=1\), et conserve \([0;1]\). Mais \(g\) y est décroissante de \(3\) à \(1\), donc reste strictement positive : la racine a été éliminée. L’affectation de \(b\) est la première ligne fautive pour cette situation. La règle « image positive, donc borne droite » ne convient que dans une orientation particulière ; ce n’est pas le principe général.

3. Réparer sans dépendre de l’orientation. Après avoir traité un zéro exact, on remplace la borne dont l’image a le même signe que l’image du milieu. Autrement dit, si les images de \(a\) et \(m\) ont des signes opposés, on conserve \([a;m]\) ; sinon on conserve \([m;b]\). On compare avec les anciennes bornes. Avec des évaluations finies non nulles, le cœur de décision peut s’écrire :

if (g(a) < 0) != (g(m) < 0):
    b = m
else:
    a = m

Les zéros aux bornes et au milieu doivent être traités avant ce test. La continuité est une hypothèse démontrée par l’étude, que ces deux lignes ne vérifient pas automatiquement.

Les trois décisions exactes sont les suivantes : \[\begin{array}{c|c|c|c} \text{segment avant}&m&g(m)&\text{segment après}\\[3pt]\hline {}[0;2]&1&1&[1;2]\\[6pt] {}[1;2]&\dfrac32&-\dfrac{15}{8}&[1;\dfrac32]\\[6pt] {}[1;\dfrac32]&\dfrac54&-\dfrac{13}{64}&[1;\dfrac54] \end{array}\] Vérifions les deux fractions : \[g(3/2)=\frac{24-12-27}{8}=-\frac{15}{8},\qquad g(5/4)=\frac{192-80-125}{64}=-\frac{13}{64}.\] Dans les deux dernières décisions, la borne gauche garde une image positive et le milieu a une image négative ; c’est donc la borne droite qui change. Le même programme corrigé gère aussi bien une orientation inverse des signes.

4. Largeur, milieu et nombre d’étapes. Le segment final a largeur \(5/4-1=1/4\) et milieu \((1+5/4)/2=9/8\). Il contient \(\alpha\) ; ainsi \[\left|\alpha-\frac98\right|\le\frac18.\] La largeur initiale était \(2\). Après \(n\) bissections sans zéro exact, la largeur vaut \(2/2^n\) et l’erreur du milieu est au plus \(1/2^n\). Pour cette erreur au plus \(10^{-3}\), il suffit de \(2^n\ge1000\). Comme \(2^9=512\) et \(2^{10}=1024\), dix bissections suffisent.

Pour une largeur au plus \(10^{-3}\), il faut \(2/2^n\le1/1000\), soit \(2^n\ge2000\). On a \(2^{10}=1024<2000<2048=2^{11}\) : onze bissections suffisent. Le décalage d’une étape correspond exactement au facteur \(1/2\) entre largeur et erreur maximale du milieu.

5. Un arrêt machine n’est pas une preuve de précision. Si le milieu calculé est confondu avec une borne à cause des arrondis, le programme ne réduit plus le segment. Il doit indiquer cette stagnation, puis comparer la largeur réellement obtenue à la tolérance. Si elle est encore trop grande, la demande n’est pas satisfaite. Même lorsque la largeur est petite, la validité mathématique de l’encadrement suppose que les signes évalués étaient fiables et que la fonction était continue sur le segment.

Critère de réussite. Pouvoir expliquer chaque affectation à partir de deux signes, puis annoncer séparément largeur, erreur maximale et état d’arrêt.

Correction du problème 9 — Deux approches d'une même limite

1. Continuité, variation et stabilité. L’exponentielle, la fonction affine \(x\mapsto-x\) et les opérations utilisées sont continues ; \(f\) est donc continue sur \([0;1]\). Sa dérivée est \[f'(x)=-\frac12(-e^{-x})=\frac12e^{-x}>0.\] Elle est strictement croissante. Les valeurs extrêmes sur le segment sont \[f(0)=\frac12,\qquad f(1)=1-\frac1{2e}.\] Comme \(e>1\), on a \(1/2<f(1)<1\). Ainsi \[f([0;1])=\left[\frac12;1-\frac1{2e}\right]\subset[0;1].\] La stabilité signifie que toute itération partant dans le segment reste définie et dans le segment ; elle ne suffit pas encore à prouver une convergence.

2. Une équation de point fixe, deux arguments. La fonction \(h=f-\mathrm{Id}\) est continue. Sur \([0;1]\), \[h'(x)=\frac12e^{-x}-1\le\frac12-1=-\frac12<0,\] donc \(h\) est strictement décroissante. Aux deux points choisis, \[h(1/2)=\frac12-\frac12e^{-1/2}>0, \qquad h(1)=-\frac12e^{-1}<0.\] Le premier signe vient de \(e^{-1/2}<1\). Le TVI sur \([1/2;1]\) donne un zéro \(\alpha\) dans l’intervalle ouvert ; la stricte décroissance donne l’unicité sur tout \([0;1]\). L’égalité \(h(\alpha)=0\) signifie \(f(\alpha)-\alpha=0\), donc \(f(\alpha)=\alpha\) : \(\alpha\) est un point fixe. On ne cherche pas à fabriquer une formule exacte qui n’est pas fournie par les outils usuels.

3. Bien définir et encadrer les deux suites. Les deux départs appartiennent au segment stable ; une récurrence assure que tous leurs termes y appartiennent. Au rang \(0\), \(u_0=0<\alpha<1=v_0\). Si \(u_n\le\alpha\le v_n\), la croissance de \(f\) donne \[u_{n+1}=f(u_n)\le f(\alpha)=\alpha\le f(v_n)=v_{n+1}.\] L’initialisation et cette implication prouvent l’encadrement à tous les rangs.

Pour la monotonie, il faut examiner le premier pas, et non déduire le sens de la seule croissance de \(f\). On a \(u_1=1/2>u_0\). Si \(u_{n+1}>u_n\), la stricte croissance donne \(u_{n+2}=f(u_{n+1})>f(u_n)=u_{n+1}\). Par récurrence, \((u_n)\) est strictement croissante. De même \(v_1=1-1/(2e)<v_0\) ; si \(v_{n+1}<v_n\), appliquer \(f\) donne \(v_{n+2}<v_{n+1}\). La seconde suite est strictement décroissante.

4. Prouver l’existence des limites, puis les identifier. La première suite est croissante et majorée par \(\alpha\), donc converge vers un réel \(L\le\alpha\). La seconde est décroissante et minorée par \(\alpha\), donc converge vers un réel \(M\ge\alpha\). Comme tous les termes sont dans \([0;1]\), leurs limites le sont aussi.

C’est maintenant que la continuité intervient : \(f\) est continue aux points \(L\) et \(M\), donc \(f(u_n)\to f(L)\) et \(f(v_n)\to f(M)\). Les suites décalées ont respectivement les limites \(L\) et \(M\) ; les deux récurrences et l’unicité de la limite donnent \[L=f(L),\qquad M=f(M).\] Les nombres \(L,M\) sont donc des zéros de \(h\) dans \([0;1]\). L’unicité du zéro établie à la question 2 impose \(L=M=\alpha\). La continuité a transféré les limites des entrées vers les images ; elle n’avait pas fabriqué leur convergence.

5. Une inégalité obtenue par une variation utile. Pour \(p(t)=e^{-t}+t\), \[p'(t)=-e^{-t}+1\ge0\quad(0\le t\le1).\] La fonction est croissante au sens large. Si \(0\le u\le v\le1\), alors \[e^{-u}+u\le e^{-v}+v,\] d’où, en regroupant les termes, \(e^{-u}-e^{-v}\le v-u\). D’autre part, \(u\le v\) entraîne \(-u\ge-v\) et la croissance de l’exponentielle donne \(e^{-u}\ge e^{-v}\). En réunissant les deux informations, \[0\le e^{-u}-e^{-v}\le v-u.\] Cette petite étude de dérivée sert uniquement à contrôler la distance entre les images ; elle n’utilise ni convexité ni théorème général d’accroissements finis.

6. Encadrement et précision. Notons \(d_n=v_n-u_n\ge0\). Par la définition de \(f\) et l’inégalité précédente, \[0\le d_{n+1} =\frac12(e^{-u_n}-e^{-v_n}) \le\frac12(v_n-u_n)=\frac12d_n.\] Au rang \(0\), \(d_0=1=2^0\). Si \(d_n\le2^{-n}\), alors \(d_{n+1}\le\tfrac12 2^{-n}=2^{-(n+1)}\). La récurrence donne donc \(0\le d_n\le2^{-n}\) pour tous les rangs.

L’encadrement \(u_n\le\alpha\le v_n\) implique, pour son milieu, \[\left|c_n-\alpha\right|\le\frac{v_n-u_n}{2}\le2^{-(n+1)}.\] Il suffit que \(2^{n+1}\ge1000\). Comme \(2^{10}=1024>1000\), le rang \(n=9\) convient. C’est un rang suffisant fourni par une borne théorique ; l’erreur réelle peut être plus petite. Cette construction ressemble à la dichotomie par ses encadrements, mais ses bornes sont mises à jour par \(f\) et non par un milieu : ce sont deux procédures distinctes.

7. Ne pas confondre l’équation et l’évolution. \(h(\alpha)=0\) décrit un réel invariant par \(f\). La relation \(u_{n+1}=f(u_n)\) décrit le passage d’un rang au suivant. Une solution de la première ne force pas la convergence de toutes les suites de la seconde ; \(f(x)=1-x\), avec départ \(0\), fournirait un cycle malgré l’unique point fixe \(1/2\). Ici, les preuves spécifiques de stabilité, monotonie, bornes et continuité ont fermé le raisonnement. L’estimation géométrique a ensuite fourni une seconde voie de contrôle et une précision.

Je sais résoudre cette synthèse si… je peux distinguer les rôles de \(f\) et \(h\), faire les deux récurrences de monotonie, nommer l’endroit exact où la continuité intervient, puis justifier la borne d’erreur sans l’assimiler au résidu de l’équation.

Correction du problème 10 — Le TVI organise des informations locales

1. Du produit nul à une conclusion globale. Pour chaque \(x\), la règle du produit nul impose \[F(x)\in\{-2;1;4\}.\] Cela ne suffit pas encore à dire que la même valeur est choisie partout. Utilisons maintenant la continuité et la donnée \(F(0)=4\). Supposons qu’il existe un point \(t\in[-2;3]\) tel que \(F(t)\ne4\). Alors \(F(t)\) vaut \(-2\) ou \(1\), donc \(F(t)<3<4=F(0)\).

Le segment joignant \(t\) à \(0\) est inclus dans \([-2;3]\), même si l’ordre des deux abscisses est inversé. La restriction de \(F\) y est continue ; le TVI donnerait un point \(c\) tel que \(F(c)=3\). Or \(3\) n’appartient pas à \(\{-2;1;4\}\) : contradiction. Aucune telle abscisse \(t\) n’existe. Ainsi \[\boxed{F(x)=4\quad\text{pour tout }x\in[-2;3].}\] La fonction constante \(4\) vérifie effectivement la continuité, l’équation et la donnée en \(0\) : les conditions ne sont pas seulement nécessaires, elles sont réalisables.

2. Un domaine troué laisse deux choix indépendants. Définissons sur \(D=\mathbb{R}\setminus\{0\}\) \[S(x)=\begin{cases}1,&x<0,\\4,&x>0. \end{cases}\] Au voisinage de tout point non nul, cette fonction est constante, donc continue en ce point. Ses valeurs \(1\) et \(4\) annulent bien un facteur du produit ; \(S(1)=4\). Elle n’est pourtant pas constante sur \(D\). Il n’y a pas de contradiction : \(D\) n’est pas un intervalle. Le segment entre \(-1\) et \(1\) traverse le point \(0\), absent du domaine, donc le TVI ne peut pas y imposer le niveau \(3\).

3. Une stabilité suffisante peut être remplacée par des signes adaptés. Pour trouver un point fixe de \(T\), posons \(K(x)=T(x)-x\). C’est une différence de fonctions continues sur \([0;2]\). Les données donnent \[K(0)=1>0,\qquad K(2)=-1-2=-3<0.\] Le TVI assure donc un \(c\in]0;2[\) tel que \(K(c)=0\), soit \(T(c)=c\). La stabilité du segment n’a pas été utilisée ; d’ailleurs \(T(2)=-1\) est hors de \([0;2]\), donc elle n’est pas satisfaite. Le corollaire pour une application stable fournissait une condition suffisante, pas une condition nécessaire à l’existence d’un point fixe.

L’unicité ne découle pas des deux valeurs de bornes. Pour le montrer par un contre-exemple complet, construisons d’abord une fonction affine par morceaux \(K\) passant successivement par \[(0;1),\quad(1/2;-1),\quad(1;1),\quad(2;-3),\] et posons \(T(x)=K(x)+x\). Les segments se raccordent, donc \(K\), puis \(T\), sont continues ; \(T(0)=1\) et \(T(2)=-1\), comme demandé. Chaque segment de \(K\) change strictement de signe, et comme il est affine non constant, il a exactement un zéro intérieur. Le calcul donne respectivement \(x=1/4\), \(x=3/4\) et \(x=5/4\). Ce sont trois points fixes distincts de \(T\). Les mêmes valeurs aux bornes sont donc compatibles avec plusieurs points fixes.

À réutiliser. Quand une fonction n’est pas donnée par une formule unique, on peut encore prouver une existence ou une impossibilité à partir de la continuité, du domaine et de ses valeurs. Un contre-exemple doit, lui aussi, satisfaire toutes les données qu’il est censé mettre à l’épreuve.

Bilan de travail — Choisir la prochaine reprise

  • Si les points pleins, les crochets ou les domaines ont été perdus : refaire les problèmes 1, 3 et 5 en écrivant d’abord ce qui est défini.

  • Si le raisonnement donne trop vite « unique » : refaire les problèmes 4 et 6 en séparant existence, unicité et nombre de branches.

  • Si l’équation du point fixe a remplacé une preuve de convergence : refaire les problèmes 7 et 9, en indiquant explicitement le théorème ou l’inégalité qui établit cette convergence.

  • Si un calcul numérique a été pris pour une garantie : refaire le problème 8, puis produire séparément intervalle, milieu et borne d’erreur.

  • Si une hypothèse semble décorative : refaire le problème 10 et construire le contre-exemple qui la retire.

Reprise différée. À une séance ultérieure, choisir un problème dont la première tentative comportait une erreur ; recopier seulement son énoncé, cacher indices et correction, puis refaire toute la chaîne. Comparer la première ligne auparavant fragile et le contrôle final. Une correction comprise devient un acquis seulement lorsque la démarche peut être produite à nouveau.

18. Synthèse — Choisir, justifier et contrôler seul

Avant de poursuivre. Continuité : la limite égale la valeur au point du domaine. TVI : continuité sur un segment et niveau entre les images donnent au moins un antécédent. Stricte monotonie : au plus un. Suite récurrente : bonne définition et convergence doivent être établies avant de conclure sur sa limite effective. Une recherche conditionnelle de candidats peut aider, mais ne prouve pas cette convergence.

Cette dernière unité sert à choisir un outil, puis à vérifier une rédaction complète. Les problèmes de l’entraînement autonome offrent des situations plus longues. Ici, commence par les questions courtes, puis traite la synthèse de suite. Les questions 15 et 17 réinvestissent les compléments sur Newton et l’additivité : on peut les garder pour un second passage.

Résultats antérieurs — Outils locaux de calcul et de convergence (18.1)

Une suite croissante majorée ou décroissante minorée converge. Une autre preuve de convergence peut aussi reposer sur un encadrement dont les bornes ont la même limite ; la monotonie de la suite elle-même n’est pas indispensable.

La dérivée en \(a\) est la limite finie de \([f(a+h)-f(a)]/h\) pour \(h\ne0\). On utilise \[(x^n)'=nx^{n-1},\qquad (e^x)'=e^x,\qquad \left(\frac uv\right)'=\frac{u'v-uv'}{v^2}\quad(v\ne0),\] ainsi que les règles de somme. Une dérivée strictement positive sur un intervalle donne une stricte croissance. Si une suite converge vers un point du domaine, si ses termes appartiennent à ce domaine à partir d’un certain rang et si la fonction est continue au point limite, alors la suite des images converge vers l’image de ce point.

Pour \(ax^2+bx+c=0\), \(a\ne0\), un discriminant positif \(\Delta=b^2-4ac\) donne les racines \((-b\pm\sqrt\Delta)/(2a)\). Après le calcul, on doit encore vérifier leur compatibilité avec le domaine et les bornes du problème.

Fiche de décision — Quel premier geste ?

Demande Premier geste et outil Conclusion possible ; frontière
Continuité en un point Lire domaine, formule au point, limite(s) Comparer limite et valeur ; ne pas inventer une valeur interdite.
Continuité d’une expression Calculer le domaine puis reconnaître fonctions et opérations Justification courte, avec dénominateur non nul et composition définie.
Raccordement Calculer limite gauche, droite et valeur Conditions de continuité ; pentes ensuite seulement si demandées.
Équation : existence Choisir un segment de continuité et encadrer le niveau par les images TVI : au moins une ; pas une unicité.
Équation : unicité Étudier une stricte monotonie sur le domaine visé Au plus une ; ajouter une existence pour « unique ».
Nombre de solutions Découper en branches monotones, établir leurs images Compter les réels distincts, sans doubler les extremums communs.
Précision numérique Un segment admissible et des signes certifiés Dichotomie : largeur et erreur du milieu distinctes ; arrondi à examiner séparément.
Limite d’une récurrence Bonne définition ; preuve de convergence par monotonie et bornes, ou par encadrement Continuité en la limite puis équation de point fixe ; les candidats seuls ne prouvent pas la convergence.
Newton ou sécante Définir une étape autorisée, surveiller domaine et diviseurs Estimation ; une certification exige un encadrement ou argument supplémentaire.

Mini-test — Une tentative écrite avant les indices

Utiliser la calculatrice seulement pour les contrôles après le raisonnement. Aucune durée n’est imposée : une preuve de suite prend plus de temps qu’une lecture de domaine. Pour chaque question, écrire la condition décisive, pas uniquement le résultat. Note d’abord ta réponse sans consulter les indices ; après correction, distingue une erreur de calcul, une hypothèse oubliée et un mauvais choix de méthode.

  1. \(f(x)=x^2\) pour \(x\ne2\) et \(f(2)=9\). Limite, valeur, continuité et réparation ?

  2. Domaine et intervalles de continuité de \(\sqrt{\frac{x-2}{x+1}}\) ?

  3. \(g(x)=x^2\) pour \(x<0\), \(g(x)=ax+b\) pour \(x\ge0\). Conditions pour continuité puis dérivabilité en \(0\) ?

  4. Donner la contraposée vraie de « dérivable implique continue », puis un contre-exemple à la réciproque.

  5. \(v_n\to3\). Déterminer \(\lim\frac{2+v_n}{1+v_n^2}\) en donnant l’hypothèse de continuité utile.

  6. Étudier entièrement \(u_0=0\), \(u_{n+1}=\frac{u_n+1}{u_n+2}\) : bonne définition, bornes, monotonie, convergence et limite. Chercher une fonction auxiliaire pour l’unicité de la solution limite positive.

  7. \(f\) est continue sur \([-1;2]\), \(f(-1)=-2\), \(f(2)=3\). Que conclure pour les niveaux \(0\) et \(4\) ? Une unicité est-elle établie ?

  8. Une fonction strictement croissante peut-elle ne pas prendre un niveau entre deux de ses images ? Expliquer la condition manquante avec un exemple.

  9. Montrer que \(e^x=2-x\) possède une unique solution réelle, puis la localiser dans \(]0;1[\).

  10. « \(1/(-1)<0<1/1\), donc \(1/x\) s’annule entre \(-1\) et \(1\) » : localiser la première hypothèse invalide.

  11. Combien de solutions réelles distinctes pour \(x^3-3x=2\) ? Et pour \(x^3-3x=1\) ? Justifier les seuils.

  12. Image de \(x^2\) sur \(]-2;-1]\) ? Le niveau \(4\) est-il pris ?

  13. Une dichotomie part d’un intervalle de largeur \(1\), sans rencontrer de zéro exact. Combien de bissections suffisent pour largeur \(\le1/100\) ? Pour erreur du milieu \(\le1/100\) ?

  14. L’encadrement \(0{,}1499<\alpha<0{,}1501\) certifie-t-il l’arrondi au dixième ? Si l’on prouve exactement \(20\alpha-3=0\), que conclure avec la convention « à égale distance, arrondir vers le dixième supérieur » ?

  15. Complément algorithmique. Calculer deux étapes de Newton pour \(G(x)=x^3-2x+2\) depuis \(x_0=0\). Que réfute ce résultat ?

  16. On sait \(F'(x)=H(x)/(1+e^x)^2\) et \(H\) décroissante. Peut-on déjà conclure que \(F\) décroît ? Quelle information faut-il chercher ?

  17. Approfondissement. Une fonction additive continue sur \(\mathbb{R}\) vérifie \(f(1)=-3\). Trouver \(f(2/5)\) puis \(f(\sqrt2)\), en précisant ce qui permet le passage des rationnels aux réels.

  18. Sur \([-1;1]\), une fonction continue vérifie \(f(-1)=f(1)=1\). Peut-on conclure \(f([-1;1])=\{1\}\) ? Donner une fonction qui réfute l’affirmation et son image réelle.

Indices gradués — S'arrêter dès que le prochain geste devient possible

Questions 1 à 5. Premier niveau : séparer la valeur définie et le comportement des voisins ; une racine exige un radicand positif ou nul. Second niveau : en 2, les points critiques sont \(-1\) et \(2\) ; en 3, imposer d’abord \(b=0\), puis comparer les taux à gauche et à droite. En 4, un exemple de fonction continue non dérivable suffit à réfuter la réciproque. En 5, le dénominateur \(1+x^2\) ne s’annule jamais.

Question 6. Premier niveau : chercher un segment stable contenant \(u_0\), puis examiner le premier pas. Second niveau : \(f([0;1])\subset[0;1]\), \(f'(x)=1/(x+2)^2>0\) et \(u_1=1/2\). Appliquer \(f\) aux comparaisons successives pour construire une récurrence de monotonie. La convergence doit précéder la conclusion tirée de l’équation de limite.

Questions 7 à 12. Premier niveau : distinguer « au moins une », « au plus une » et « exactement une ». Second niveau : en 8, une fonction strictement croissante peut faire un saut ; en 9, former la différence \(e^x+x-2\) ; en 10, chercher le point absent du segment ; en 11, les seuils de la cubique sont les images de \(-1\) et \(1\). En 12, une borne exclue du domaine ne devient pas une image atteinte par le seul fait que sa limite existe.

Questions 13 à 18. En 13, comparer d’abord \(2^n\) à \(100\), puis \(2^{n+1}\) à \(100\). En 14, examiner le seuil \(0{,}15\). En 15, utiliser la formule \(x_{n+1}=x_n-G(x_n)/G'(x_n)\) et garder les signes des deux dénominateurs. En 16, distinguer le signe de \(H\) et celui de \(H'\). En 17, fixer les images rationnelles avant d’approcher \(\sqrt2\) par des rationnels. En 18, une parabole fournit un contre-exemple simple.

Corrections expliquées — Questions 1 à 5

1. Limite et valeur. Pour \(x\ne2\), les voisins suivent le polynôme \(x^2\) ; donc \(\lim_{x\to2}f(x)=2^2=4\). La définition au point donne pourtant \(f(2)=9\). Ces deux objets ne coïncident pas : \(f\) n’est pas continue en \(2\). Remplacer la valeur \(9\) par \(4\) rend la nouvelle fonction continue en ce point. Comme le domaine était déjà \(\mathbb{R}\), il s’agit d’une correction de valeur, pas d’une extension du domaine. Reprise possible : limite et valeur.

2. Domaine, puis continuité. Il faut simultanément \(x\ne-1\) et \((x-2)/(x+1)\ge0\). Les points critiques sont \(-1\) pour le dénominateur et \(2\) pour le numérateur. Si \(x<-1\), les deux facteurs sont négatifs et le quotient est positif ; si \(-1<x<2\), le numérateur est négatif et le dénominateur positif, donc le quotient est négatif ; si \(x>2\), il est positif. En \(2\), le quotient vaut \(0\) et la racine est autorisée. Le domaine est donc \[D=]-\infty;-1[\ \cup\ [2;+\infty[.\] Sur chacun de ces intervalles, le quotient est continu, car les fonctions au numérateur et au dénominateur sont affines et le dénominateur ne s’annule pas. Ses images sont dans \([0;+\infty[\), domaine de continuité de la racine. La composition est donc continue sur chacun des deux intervalles, y compris à droite en \(2\), où elle vaut \(0\). Le point \(-1\) reste exclu ; la fonction n’est pas définie sur un intervalle traversant cette coupure. Reprise : opérations et domaines.

3. Raccorder les valeurs avant les pentes. La ligne \(x\ge0\) donne \(g(0)=b\). La limite gauche est \(0^2=0\) ; la limite droite vaut \(b\). La continuité en \(0\) équivaut donc à \(b=0\), sans condition sur \(a\). Si \(b\ne0\), l’absence de continuité exclut déjà la dérivabilité.

Supposons \(b=0\). Pour \(t<0\), le taux vaut \[\frac{g(t)-g(0)}t=\frac{t^2-0}t=t\longrightarrow0.\] Pour \(t>0\), il vaut \((at-0)/t=a\). Les deux limites finies coïncident si et seulement si \(a=0\). Ainsi : continuité pour \(b=0\) ; dérivabilité pour \((a;b)=(0;0)\). Dans ce dernier cas, \(g'(0)=0\). Le contrôle porte sur les taux de la fonction réellement raccordée. Reprise : fonctions par morceaux.

4. Deux sens logiques différents. La contraposée est « si \(f\) n’est pas continue en \(a\), alors elle n’est pas dérivable en \(a\) ». Elle est vraie : une dérivabilité en \(a\) impliquerait la continuité, ce qui contredirait son absence.

La réciproque « si \(f\) est continue en \(a\), alors elle y est dérivable » est fausse. Pour \(f(x)=|x|\), \(|x|\to0=f(0)\), donc la fonction est continue en \(0\). Mais le taux \(|t|/t\) vaut \(-1\) pour \(t<0\) et \(1\) pour \(t>0\) : il n’a pas une même limite réelle. La fonction n’est donc pas dérivable en ce point. Ne pas confondre ce contre-exemple à la réciproque avec la contraposée vraie. Reprise : le lien entre continuité et dérivabilité.

5. Continuité au point limite. Définissons \(f(x)=(2+x)/(1+x^2)\). Le dénominateur est au moins \(1\) pour tout réel \(x\) ; la fonction est donc continue sur \(\mathbb{R}\) comme quotient de polynômes à dénominateur non nul. Les termes \(v_n\) et leur limite \(3\) appartiennent au domaine. Le théorème de l’image d’une suite convergente donne alors \[\frac{2+v_n}{1+v_n^2}=f(v_n)\longrightarrow f(3) =\frac{2+3}{1+3^2}=\frac5{10}=\frac12.\] La substitution finale est autorisée par la continuité préalablement justifiée ; elle n’est pas une règle indépendante des domaines. Reprise : image d’une suite convergente.

Correction de la synthèse 6 — Toute la chaîne de convergence

Poser \(f(x)=(x+1)/(x+2)\). Sur \([0;1]\), le dénominateur est \(\ge2>0\). La dérivée, par quotient, est \[f'(x)=\frac{1(x+2)-(x+1)1}{(x+2)^2}=\frac1{(x+2)^2}>0.\] \(f\) est croissante et continue sur cet intervalle ; \(f(0)=1/2\), \(f(1)=2/3\), donc \(f([0;1])=[1/2;2/3]\subset[0;1]\). Initialement \(u_0=0\in[0;1]\). Si \(u_n\in[0;1]\), la stabilité donne \(u_{n+1}\in[0;1]\) : par récurrence tous les termes sont définis, minorés par \(0\), majorés par \(1\).

\(u_1=1/2>u_0\). Si \(u_{n+1}\ge u_n\), alors la croissance de \(f\) entraîne \(u_{n+2}=f(u_{n+1})\ge f(u_n)=u_{n+1}\). Par récurrence la suite est croissante ; majorée, elle converge vers \(\ell\in[0;1]\). Le décalage conserve la limite et \(f\) est continue en \(\ell\), donc \(\ell=(\ell+1)/(\ell+2)\). Multiplier par \(\ell+2\ge2\) donne \(\ell^2+2\ell=\ell+1\), soit \(\ell^2+\ell-1=0\). Le discriminant vaut \(1^2-4\cdot1\cdot(-1)=5\) ; les candidats sont \((-1\pm\sqrt5)/2\). Puisque \(\sqrt5>1\), le signe moins donne un réel négatif, exclu par \(\ell\ge0\). Le signe plus est entre \(0\) et \(1\) puisque \(1<\sqrt5<3\). Ainsi \(\ell=(\sqrt5-1)/2\). Enfin \(h(x)=x^2+x-1\) est continue sur \([0;+\infty[\) et \(h'(x)=2x+1>0\) sur tout ce demi-axe. \(h(0)=-1\) et \(h(1)=1\) : le TVI établit une racine dans \(]0;1[\) et la stricte croissance sur \([0;+\infty[\) montre qu’il n’existe aucune autre racine positive. Cette unicité ne remplace pas la preuve de convergence qui la précédait. On peut contrôler le résultat dans l’équation initiale : comme \(\ell^2+\ell=1\), on a \(\ell(\ell+2)=\ell+1\), et diviser par \(\ell+2>0\) redonne \(\ell=(\ell+1)/(\ell+2)\). Pour reprendre une étape fragile, utiliser la méthode des suites récurrentes ; pour changer de stratégie, voir le problème 7 de l’entraînement, dont la suite n’est pas monotone.

Corrections expliquées — Questions 7 à 12

7. Une existence et une information insuffisante. La fonction est continue sur tout \([-1;2]\), et ses images vérifient \(f(-1)=-2<0<3=f(2)\). Le TVI assure donc au moins un zéro dans \(]-1;2[\) ; il est intérieur puisque les deux valeurs de bornes sont non nulles. Aucune stricte monotonie n’est donnée, donc aucune unicité n’est établie.

Le niveau \(4\) n’est pas compris entre \(-2\) et \(3\). Cela signifie que le TVI avec ces seules bornes ne décide pas s’il est pris. Il pourrait l’être à l’intérieur si la courbe montait au-dessus de \(4\), puis redescendait à \(3\) ; il pourrait aussi ne jamais être pris. Par exemple la droite joignant \((-1;-2)\) à \((2;3)\) ne le prend pas ; une ligne brisée continue passant en plus par \((0;5)\) le prend. Les données autorisent donc ces deux situations. Reprise : portée exacte du TVI.

8. La stricte croissance ne remplace pas la continuité. Définissons \[j(x)=\begin{cases}x,&x<0,\\x+1,&x\ge0. \end{cases}\] Sur chaque morceau, la pente est positive, donc la fonction est strictement croissante. Pour deux abscisses de part et d’autre du raccord, \(x<0\le y\) entraîne \(j(x)=x<0<1\le y+1=j(y)\). Le cas transversal est donc lui aussi traité : la croissance est stricte sur \(\mathbb{R}\).

Pourtant aucune image ne vaut \(1/2\) : les images du premier morceau sont négatives, celles du second au moins égales à \(1\). En particulier \(j(-1)=-1<1/2<2=j(1)\) sans antécédent de \(1/2\). L’hypothèse perdue est la continuité en \(0\), car la limite gauche vaut \(0\) et la limite droite \(1\). L’exemple satisfait donc bien la stricte croissance annoncée tout en réfutant l’existence automatique. Reprise : existence et unicité.

9. Une équation entre deux fonctions. Soustraire le membre de droite donne l’équation équivalente \(H(x)=0\), avec \(H(x)=e^x+x-2\). Cette fonction est continue sur \(\mathbb{R}\) comme somme de fonctions continues. Sa dérivée est \[H'(x)=e^x+1>0,\] donc elle est strictement croissante sur tout \(\mathbb{R}\). Les valeurs \(H(0)=1+0-2=-1\) et \(H(1)=e+1-2=e-1>0\) encadrent \(0\). Par TVI sur \([0;1]\), il existe une solution dans \(]0;1[\) ; par stricte croissance sur \(\mathbb{R}\), il n’existe pas de deuxième solution réelle. La localisation utilise un segment ; l’unicité utilise ici la variation globale. Reprise : étudier une différence.

10. Un théorème doit être appliqué sur un vrai segment de définition. Les valeurs \(1/(-1)=-1\) et \(1/1=1\) ont bien des signes opposés : le calcul n’est pas l’erreur. En revanche \(x\mapsto1/x\) n’est pas définie en \(0\), qui appartient à \([-1;1]\). On ne peut donc affirmer qu’elle est continue sur tout ce segment, hypothèse préalable du TVI. Elle est continue sur chacun des deux intervalles de son domaine, ce qui ne réunit pas ces intervalles en un seul. D’ailleurs \(1/x=0\) n’a aucune solution : multiplier par un \(x\ne0\) donnerait \(1=0\).

11. Une racine à une jonction ne se compte qu’une fois. Posons \(P(x)=x^3-3x\). Sa dérivée est \(3x^2-3=3(x-1)(x+1)\) : signe positif pour \(x<-1\), négatif pour \(-1<x<1\), positif pour \(x>1\). Ainsi \(P\) croît, décroît, puis croît sur les trois branches ; il est continu partout. On a \(P(-1)=2\), \(P(1)=-2\) et les limites \(-\infty\) à gauche, \(+\infty\) à droite.

Pour le niveau \(2\), une factorisation exacte confirme le compte : \[P(x)=2\Longleftrightarrow x^3-3x-2=(x-2)(x+1)^2=0.\] Il y a donc deux solutions réelles distinctes, \(2\) et \(-1\). Le carré indique une multiplicité algébrique ; il ne crée pas une seconde abscisse égale à \(-1\).

Pour le niveau \(1\), strictement compris entre \(-2\) et \(2\), chaque branche continue et strictement monotone le prend exactement une fois. Les solutions sont respectivement dans \(]-\infty;-1[\), \(]-1;1[\) et \(]1;+\infty[\), donc distinctes : il y en a trois. Chaque existence vient de la continuité et des valeurs ou limites aux bornes ; la monotonie apporte l’unicité dans la branche. Reprise : images et nombre de solutions.

12. L’ordre des crochets suit les images atteintes. Sur \(]-2;-1]\), le carré est continu et strictement décroissant : sa dérivée \(2x\) y est négative. À droite, la borne \(-1\) est incluse et donne l’image \(1\). À gauche, la borne \(-2\) est exclue ; la limite vaut \(4\), sans être atteinte dans le domaine. Le TVI et la stricte monotonie donnent donc l’image \[\boxed{[1;4[.}\] Contrôle algébrique : \(x^2=4\) aurait les solutions \(x=-2\) ou \(x=2\) ; aucune n’appartient à \(]-2;-1]\). Le niveau \(4\) n’est donc pas pris. Le crochet fermé du côté droit du domaine s’est traduit ici par le crochet fermé du côté gauche de l’image, car la fonction décroît.

Corrections expliquées — Questions 13 à 18

13. Largeur ou erreur : choisir avant de calculer. La largeur initiale vaut \(1\) et chaque bisection la divise par \(2\). Après \(n\) bissections, elle vaut donc \(2^{-n}\). Demander \(2^{-n}\le1/100\) équivaut à \(2^n\ge100\) ; or \[2^6=64<100\le128=2^7.\] Sept bissections sont ainsi le plus petit nombre qui garantit la largeur demandée. Si l’on choisit le milieu comme approximation, la distance à une racine encadrée est au plus la moitié de la largeur, soit \(2^{-(n+1)}\). Six bissections garantissent alors une erreur au plus \(1/100\), puisque \(2^7\ge100\) ; cinq ne donnent pas cette garantie. Cette borne sur l’erreur ne certifie pas à elle seule un arrondi. Reprise : largeur et erreur du milieu.

14. Un seuil d’arrondi à examiner exactement. Le seuil entre les arrondis \(0{,}1\) et \(0{,}2\) est \(0{,}15\). L’encadrement proposé le chevauche : par exemple \(0{,}14995\) et \(0{,}15005\) respectent tous deux les bornes, mais s’arrondissent différemment. Il ne certifie donc pas un arrondi unique.

Si l’on prouve en plus \(20\alpha-3=0\), alors \(\alpha=3/20=0{,}15\) exactement. Ce nombre est à égale distance de \(0{,}1\) et de \(0{,}2\) ; la convention annoncée choisit \(0{,}2\). Une suite d’encadrements qui continuerait à chevaucher le seuil ne suffirait pas à trancher cette égalité exacte. Un test exact au seuil peut, lui, la décider ; ici \(0{,}15\) est d’ailleurs le milieu des deux bornes proposées. Reprise : certifier un arrondi.

15. Deux itérations exactes qui révèlent un cycle. La formule de Newton est \(x_{n+1}=x_n-G(x_n)/G'(x_n)\) lorsqu’elle est définie. Ici \(G'(x)=3x^2-2\). En \(0\), \(G(0)=2\) et \(G'(0)=-2\ne0\), donc \[x_1=0-\frac2{-2}=1.\] En \(1\), \(G(1)=1\) et \(G'(1)=1\ne0\), donc \(x_2=1-1/1=0\). La règle repart ainsi du même état initial : par répétition, tous les termes pairs valent \(0\), tous les termes impairs valent \(1\). Ces deux suites extraites ont des limites différentes ; la suite entière ne converge pas. De plus ni \(0\) ni \(1\) n’est une racine de \(G\).

Ce calcul réfute une convergence automatique de Newton à partir de tout point autorisé. Les diviseurs non nuls rendent les étapes possibles ; ils n’assurent pas leur convergence. Reprise facultative : les méthodes rapides et leurs limites.

16. Le signe d’une fonction n’est pas son sens de variation. Pour tout réel \(x\), \(e^x>0\), donc \((1+e^x)^2>0\). Par conséquent \(F'(x)\) a le signe de \(H(x)\). La décroissance de \(H\) renseigne sur l’ordre de ses valeurs, pas directement sur leur signe.

Par exemple, si \(H(x)=1-x\), alors \(H\) est strictement décroissante, mais positive pour \(x<1\) et négative pour \(x>1\). Dans la relation donnée, \(F\) serait donc croissante avant \(1\) puis décroissante après \(1\). Il faut déterminer le signe de \(H\), éventuellement grâce à son zéro et à ses variations, puis reporter ce signe sur \(F'\). Si un zéro n’est pas calculable exactement, continuité et stricte monotonie de \(H\) peuvent en établir l’existence et l’unicité ; il faut vérifier ces deux hypothèses dans le problème.

17. D’abord les rationnels, puis le passage justifié à un irrationnel. Par additivité, additionner cinq fois \(2/5\) donne \[5f(2/5)=f(2)=f(1+1)=2f(1)=-6,\] d’où \(f(2/5)=-6/5\). Plus généralement, l’additivité donne \(f(p)=pf(1)=-3p\) pour tout entier \(p\) et, pour tout entier \(q>0\), \(qf(p/q)=f(p)\) ; ainsi \(f(p/q)=-3p/q\). Le cas des entiers négatifs utilise \(f(-x)=-f(x)\), obtenu à partir de \(f(0)=0\).

Choisissons ensuite une suite de rationnels \(q_n\) convergeant vers \(\sqrt2\). Ses termes et sa limite sont dans le domaine \(\mathbb{R}\). Les égalités rationnelles donnent \(f(q_n)=-3q_n\), donc \(f(q_n)\to-3\sqrt2\). La continuité en \(\sqrt2\) donne aussi \(f(q_n)\to f(\sqrt2)\). L’unicité de la limite entraîne \[\boxed{f(\sqrt2)=-3\sqrt2.}\] Le passage aux irrationnels n’est pas une conséquence d’un simple remplacement de symbole : il repose sur cette continuité. Reprise facultative : rigidité d’une fonction additive continue.

18. Deux valeurs de bornes ne décrivent pas toute l’image. Prenons \(f(x)=x^2\), continue sur \([-1;1]\). Elle vérifie bien \(f(-1)=f(1)=1\), mais \(f(0)=0\) ; elle n’est donc pas constante. Pour déterminer son image, établir les deux inclusions : si \(x\in[-1;1]\), alors \(0\le x^2\le1\) ; réciproquement, tout \(y\in[0;1]\) est obtenu en prenant \(x=\sqrt y\in[0;1]\subset[-1;1]\). Ainsi \[f([-1;1])=[0;1]\ne\{1\}.\] Le TVI appliqué seulement aux images égales des deux bornes n’énumère pas les autres valeurs prises à l’intérieur. Une égalité d’images de bornes ne signifie pas constance.

Réparer une dimension, puis refaire sans la correction

Domaine oublié, questions 2 ou 10. Reprendre \(x/x\), défini seulement pour \(x\ne0\) : la simplification en \(1\) ne rend pas rétroactivement \(0\) autorisé. Nouvel essai : peut-on appliquer le TVI à \(1/(x-3)\) sur \([2;4]\) ? Non, car \(3\) coupe le segment, même avec des signes opposés aux bornes. Revenir ensuite au domaine de la question manquée et écrire ses exclusions avant tout théorème.

Convergence supposée, question 6. Reprendre \(u_{n+1}=1-u_n\) avec \(u_0=1/4\). Les termes alternent entre \(1/4\) et \(3/4\) ; la suite n’a pas de limite, malgré le point fixe unique \(1/2\). Revenir à la preuve effective de convergence, par exemple bornes et monotonie, pas seulement à l’équation limite. Le problème 7 de l’entraînement donne aussi une suite non monotone qui converge, grâce à un encadrement de son erreur : l’absence de monotonie ne suffit donc pas à conclure à une divergence.

Existence et unicité confondues, questions 7 à 11. Le saut \(s(x)=-1\) pour \(x<0\) et \(s(x)=1\) sinon ne s’annule jamais : il manque la continuité au raccord. En revanche \(x^2=1\) a deux solutions sur \([-2;2]\) : une existence n’est pas une unicité. Nouvel essai : \(x^3+x=2\). La différence \(h(x)=x^3+x-2\) est continue sur \(\mathbb{R}\), \(h'(x)=3x^2+1>0\) et \(h(1)=0\). Il existe donc la solution \(1\), par vérification directe, et elle est unique par stricte croissance. Sur le segment \([0;1]\), elle est à la borne : ne pas annoncer une solution intérieure. Revenir ensuite à la question manquée et nommer séparément la justification de chaque conclusion.

Largeur et erreur confondues, questions 13–14. Refaire le calcul pour une largeur initiale \(2\). Après \(n\) bissections, largeur \(2/2^n\), erreur du milieu au plus \(1/2^n\). Pour la tolérance \(1/100\), \(n=8\) garantit la largeur et \(n=7\) garantit l’erreur du milieu. La différence d’un cran provient du facteur \(1/2\), pas d’un changement de fonction.

À reprendre plus tard, avant de relire

Trois reprises à traiter sur une nouvelle feuille, avant de lire les corrections ci-dessous.

  1. \(f(x)=x^2\) pour \(x\ne1\) et \(f(1)=0\). Étudier puis réparer la continuité en \(1\).

  2. Montrer que \(e^x+x=4\) possède une unique solution réelle et la localiser dans un segment.

  3. Étudier \(v_0=0\), \(v_{n+1}=(v_n+3)/4\) : bonne définition, bornes, convergence et limite. Contrôler ensuite la limite à l’aide de \(1-v_n\).

Petits indices, si nécessaire. En (a), calculer séparément la limite et la valeur. En (b), soustraire \(4\) et chercher deux signes opposés. En (c), commencer par \([0;1]\) et calculer \(v_{n+1}-v_n\) après avoir établi les bornes.

Correction expliquée et contrôle.

a. Le polynôme donne \(\lim_{x\to1}f(x)=1\), alors que \(f(1)=0\). La fonction n’est pas continue en \(1\). Le domaine contient déjà ce point ; remplacer uniquement sa valeur par \(1\) rend limite et valeur égales. C’est la seule valeur possible pour réparer la continuité en gardant tous les autres points.

b. Posons \(g(x)=e^x+x-4\), continue sur \(\mathbb{R}\) comme somme de fonctions continues. On a \(g'(x)=e^x+1>0\), donc une stricte croissance sur \(\mathbb{R}\). De plus \(g(0)=-3<0\) et \(g(4)=e^4>0\) ; ces deux signes sont exacts, sans approximation décimale. Le TVI sur \([0;4]\) donne une solution dans \(]0;4[\), et la stricte croissance sur tout \(\mathbb{R}\) donne son unicité réelle. Il n’est pas nécessaire de disposer d’une formule exacte pour cette solution.

c. La fonction affine \(\varphi(x)=(x+3)/4\) est définie sur \(\mathbb{R}\). Pour \(0\le x\le1\), on a \(3/4\le\varphi(x)\le1\), donc \([0;1]\) est stable. Comme \(v_0=0\in[0;1]\), une récurrence donne \(0\le v_n\le1\) pour tout \(n\) : le premier terme appartient au segment et chaque terme dans ce segment y envoie le suivant.

On peut alors utiliser les bornes pour signer la différence : \[v_{n+1}-v_n=\frac{v_n+3-4v_n}{4} =\frac{3(1-v_n)}4\ge0.\] La suite est croissante et majorée par \(1\), donc converge vers un réel \(\ell\in[0;1]\). La continuité de \(\varphi\) en \(\ell\) et l’égalité de limite des suites \((v_n)\) et \((v_{n+1})\) donnent \(\ell=(\ell+3)/4\), soit \(3\ell=3\) et \(\ell=1\).

Pour contrôler, calculons \(1-v_{n+1}=(1-v_n)/4\). Puisque \(1-v_0=1\), une récurrence donne \(1-v_n=4^{-n}\) pour tout \(n\). Cette expression tend vers \(0\), ce qui confirme \(v_n\to1\) et fournit même l’erreur exacte \(|v_n-1|=4^{-n}\).

Je dois savoir faire seul

  • Conditions et sens : séparer limite, valeur, domaine et côté accessible (1–5,10,12).

  • Calcul et justification : reconstruire raccord, dérivée et passage à la limite (3,6,9,11,17).

  • Choix et contrôle : distinguer existence, unicité, compte exhaustif et précision (7–16).

  • Réparation et transfert : nommer la première erreur, essayer les nouvelles données puis revenir au problème initial.

  • Stabilité des acquis : refaire une tâche différée avant de relire ; constater les étapes réellement produites, sans déduire une réussite du simple fait que la correction est comprise.

Si un obstacle persiste, présenter à un enseignant l’énoncé, la tentative, la première ligne incertaine et le rappel déjà essayé : cette demande complète le travail écrit, elle ne remplace pas les aides disponibles ici.