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Orthogonalité et distances dans l’espace — Cours en classe — Terminale spécialité
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Orthogonalité et distances dans l’espace — Cours en classe — Terminale spécialité
Terminale spécialité · Cours en classe
Orthogonalité et distances dans l’espace
Faire les 2k\(\pi\)
Orthogonalité et distances
dans l’espace
Terminale générale — Spécialité mathématiques
Cours en classe · Année 2026–2027
Le fil conducteur. Traduire les directions et les distances par des vecteurs, choisir une méthode, calculer, puis revenir à la géométrie. Les exemples montrent une rédaction de référence ; les démonstrations expliquent pourquoi les méthodes fonctionnent.
Conventions. Les calculs de normes et de produits scalaires en coordonnées se font dans un repère orthonormé. Une figure en perspective ne conserve en général ni les angles ni les longueurs. Les résultats rappelés ou admis sont signalés ; une définition fixe le sens d’un objet et ne se démontre pas.
1. Repère orthonormé, vecteurs et longueurs
Définition — Repère orthonormé et norme
Un repère de l’espace est formé d’une origine \(O\) et de trois vecteurs non coplanaires \((\vec{i},\vec{j},\vec{k})\). Tout vecteur s’écrit d’une unique façon \(x\vec{i}+y\vec{j}+z\vec{k}\) : c’est la propriété antérieure des coordonnées dans une base. Le repère est orthonormé lorsque les trois vecteurs de base sont deux à deux orthogonaux et de norme \(1\).
La norme \(\left\lVert\vec{u}\right\rVert\) est la longueur d’un représentant de \(\vec{u}\). Ainsi \(\left\lVert\overrightarrow{AB}\right\rVert=AB\) ; une norme est positive ou nulle et ne vaut \(0\) que pour le vecteur nul.
Rappel — Calcul vectoriel. Dans un même repère, \[\overrightarrow{AB}=(x_B-x_A;y_B-y_A;z_B-z_A),\qquad \overrightarrow{AB}+\overrightarrow{BC}=\overrightarrow{AC}.\] On additionne les vecteurs et on les multiplie par un réel coordonnée par coordonnée. Ces règles viennent de Chasles et de l’unicité des coordonnées ; elles ne nécessitent pas un repère orthonormé.
Théorème — Calculer une norme et une distance
Dans un repère orthonormé, pour \(\vec{u}=(x;y;z)\), \[\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2=x^2+y^2+z^2,\qquad \left\lVert\vec{u}\right\rVert=\sqrt{x^2+y^2+z^2}.\] En particulier, \[AB=\sqrt{(x_B-x_A)^2+(y_B-y_A)^2+(z_B-z_A)^2}.\]
Démonstration.
Pour \(M(x;y;z)\), posons \(H(x;y;0)\). Dans le plan des deux premiers axes, Pythagore donne \(OH^2=x^2+y^2\). Une parallèle au troisième axe est perpendiculaire à ce plan : on utilise ici ce fait géométrique antérieur, avant le critère vectoriel droite–plan. Ainsi \(OM^2=OH^2+HM^2=x^2+y^2+z^2\). Les cas de déplacements nuls donnent la même égalité. Une longueur étant non négative, on prend la racine positive.
\(\square\)
Lecture. La diagonale horizontale \(OH\), puis la diagonale spatiale \(OM\), font intervenir deux triangles rectangles. Le dessin illustre le cas de coordonnées positives.
Méthode — Passer de deux points à leur distance
Vérifier le repère ; calculer arrivée moins départ ; additionner les carrés ; prendre une seule racine à la fin. Pour \(D(2;-1;4)\) et \(E(-1;3;6)\) : \[\overrightarrow{DE}=(-1-2;3-(-1);6-4)=(-3;4;2), \quad DE=\sqrt{9+16+4}=\sqrt{29}.\] Contrôle : \(25<29<36\), donc \(5<DE<6\).
Attention. \(DE^2=29\) n’est pas \(DE=29\). Dans une base seulement orthogonale, les vecteurs peuvent avoir des normes différentes de \(1\) : la formule précédente n’est alors plus applicable.
2. Comprendre et calculer le produit scalaire
Définition — Un produit dont le résultat est un nombre
Pour deux vecteurs non nuls \(\vec{u},\vec{v}\), on place des représentants à une même origine. Leur angle non orienté \(\theta\) appartient à \([0;\pi]\) et \[\boxed{\vec{u}\cdot\vec{v}=\left\lVert\vec{u}\right\rVert\,\left\lVert\vec{v}\right\rVert\cos\theta.}\] Si un vecteur est nul, le produit est défini égal à \(0\). Les deux représentants sont dans un même plan : cette définition étend celle du produit scalaire du plan à l’espace.
Propriétés — Symétrie et cas particuliers. \[\vec{u}\cdot\vec{v}=\vec{v}\cdot\vec{u},\qquad \vec{u}\cdot\vec{u}=\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2,\qquad \vec{u}\cdot(-\vec{u})=-\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2.\]
Démonstration.
Échanger les vecteurs conserve l’angle et le produit des longueurs. Pour deux représentants égaux, l’angle est \(0\) ; pour des représentants opposés, il est \(\pi\). On utilise \(\cos0=1\) et \(\cos\pi=-1\). Les cas nuls découlent de la définition.
\(\square\)
Exemple — Deux normes et un angle
Pour des normes \(4\) et \(3\) et un angle de \(120^\circ\), \(\vec{u}\cdot\vec{v}=4\times3\times(-1/2)=-6\). Le signe est cohérent avec l’angle obtus. Pour des vecteurs non nuls, le produit est positif pour un angle aigu, nul pour un angle droit, négatif pour un angle obtus.
Lemme — Relation d’Al-Kashi
Dans le plan de \(\overrightarrow{OA}=\vec{u}\) et \(\overrightarrow{OB}=\vec{v}\), non nuls, posons \(r=OA\), \(s=OB\) et \(\theta=\widehat{AOB}\). Alors \[AB^2=r^2+s^2-2rs\cos\theta.\]
Démonstration.
Dans un repère orthonormé de ce plan, orienté de \(O\) vers \(A\), les coordonnées sont \(A(r;0)\) et \(B(s\cos\theta;s\sin\theta)\), en orientant le second axe du côté de \(B\). Pythagore donne \[\begin{aligned} AB^2&=(s\cos\theta-r)^2+(s\sin\theta)^2\\ &=s^2\cos^2\theta-2rs\cos\theta+r^2+s^2\sin^2\theta\\ &=r^2+s^2-2rs\cos\theta, \end{aligned}\] car \(\cos^2\theta+\sin^2\theta=1\). Le calcul vaut aussi pour des points alignés.
\(\square\)
Théorème — Calculer un produit à l’aide de longueurs
Pour tous vecteurs, \[\vec{u}\cdot\vec{v}=\frac{\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2+\left\lVert\vec{v}\right\rVert^2-\left\lVert\vec{u}-\vec{v}\right\rVert^2}{2}.\] En particulier, \[\boxed{\overrightarrow{AB}\cdot\overrightarrow{AC}=\frac{AB^2+AC^2-BC^2}{2}.}\]
Démonstration.
Pour deux vecteurs non nuls, Al-Kashi donne \(\left\lVert\vec{u}-\vec{v}\right\rVert^2=\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2+\left\lVert\vec{v}\right\rVert^2-2\vec{u}\cdot\vec{v}\). Isoler le produit donne la formule. Si l’un des vecteurs est nul, le numérateur vaut \(0\) ; la formule subsiste. Enfin \(\overrightarrow{AB}-\overrightarrow{AC}=\overrightarrow{CB}\), de norme \(BC\).
\(\square\)
Exemple — Trois côtés connus
Si \(AB=5\), \(AC=4\), \(BC=\sqrt{13}\), alors \[\overrightarrow{AB}\cdot\overrightarrow{AC}=\frac{25+16-13}{2}=14.\] Le carré soustrait est celui du côté opposé à l’angle en \(A\). Il n’est pas nécessaire de calculer l’angle d’abord.
Théorème — Formule en coordonnées
Dans une base orthonormée, pour \(\vec{u}=(x;y;z)\) et \(\vec{v}=(x';y';z')\), \[\boxed{\vec{u}\cdot\vec{v}=xx'+yy'+zz'.}\]
Démonstration.
Appliquons la formule précédente et celle de la norme : \[2\vec{u}\cdot\vec{v}=x^2+y^2+z^2+x'^2+y'^2+z'^2 -\big((x-x')^2+(y-y')^2+(z-z')^2\big).\] En développant \((x-x')^2=x^2-2xx'+x'^2\), et de même pour les deux autres coordonnées, les carrés se compensent. Il reste \(2xx'+2yy'+2zz'\). La division par \(2\) conclut, sans supposer de coordonnée non nulle.
\(\square\)
Exemple — Coordonnées connues
Pour \(\vec{u}=(2;-1;3)\) et \(\vec{v}=(1;4;-2)\), \[\vec{u}\cdot\vec{v}=2\times1+(-1)\times4+3\times(-2)=2-4-6=-8.\] On associe les coordonnées correspondantes. Si des points sont donnés, on calcule d’abord les vecteurs. Contrôle par les longueurs : \(\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2=14\), \(\left\lVert\vec{v}\right\rVert^2=21\), \(\left\lVert\vec{u}-\vec{v}\right\rVert^2=51\) et \((14+21-51)/2=-8\).
Caractérisation — Vecteurs orthogonaux
Deux vecteurs non nuls sont orthogonaux si leur angle est droit. Par convention, le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur. Ainsi \[\boxed{\vec{u}\perp\vec{v}\quad\Longleftrightarrow\quad\vec{u}\cdot\vec{v}=0.}\]
Démonstration.
Si les deux vecteurs sont non nuls, leurs normes ont un produit strictement positif. Le produit scalaire est donc nul si et seulement si \(\cos\theta=0\), soit \(\theta=\pi/2\) dans \([0;\pi]\). Le cas nul est inclus par convention, sans attribuer un angle au vecteur nul.
\(\square\)
Attention. Un produit scalaire nul n’impose pas qu’un vecteur soit nul : \((1;0;0)\cdot(0;1;0)=0\). La règle du produit nul de deux nombres ne s’applique pas ainsi aux vecteurs.
Corollaire — Calculer avec un projeté déjà connu
Soit \(A\ne B\) et \(H\) le projeté de \(C\) sur la droite \((AB)\) dans leur plan. Si \(H\) est sur \([AB)\), alors \(\overrightarrow{AB}\cdot\overrightarrow{AC}=AB\times AH\) ; si \(H\) est de l’autre côté de \(A\), le produit vaut \(-AB\times AH\). Pour \(H=A\), il vaut \(0\).
Démonstration.
L’abscisse signée de \(H\) sur l’axe orienté vers \(B\) est \(AC\cos\widehat{BAC}\) : elle vaut \(AH\) ou \(-AH\). La définition du produit scalaire donne le résultat en multipliant par \(AB\). Le cas \(C=A\) donne directement \(0\).
\(\square\)
Exemple — Une hauteur utile
Si \(AB=4\) et si le pied \(H\) est à distance \(2\) de \(A\), du côté opposé à \(B\), le produit vaut \(-4\times2=-8\). Choisir sa voie : coordonnées dans une base orthonormée ; deux normes et l’angle ; trois côtés ; ou longueur projetée et son signe.
3. Développer et calculer un angle
Théorème — Bilinéarité
Pour tous vecteurs et tous réels \(\lambda,\mu\), \[\begin{aligned} \vec{u}\cdot(\vec{v}+\vec{w})&=\vec{u}\cdot\vec{v}+\vec{u}\cdot\vec{w},\\ (\vec{u}+\vec{v})\cdot\vec{w}&=\vec{u}\cdot\vec{w}+\vec{v}\cdot\vec{w},\\ (\lambda\vec{u})\cdot(\mu\vec{v})&=\lambda\mu(\vec{u}\cdot\vec{v}). \end{aligned}\]
Démonstration.
Dans une base orthonormée, écrivons \(\vec{u}=(x;y;z)\), \(\vec{v}=(a;b;c)\) et \(\vec{w}=(d;e;f)\). La formule en coordonnées, déjà prouvée sans bilinéarité, donne \[x(a+d)+y(b+e)+z(c+f) =(xa+yb+zc)+(xd+ye+zf).\] C’est la distributivité dans le second emplacement ; la symétrie donne celle du premier. De même, \((\lambda x)(\mu a)+(\lambda y)(\mu b)+(\lambda z)(\mu c) =\lambda\mu(xa+yb+zc)\). La factorisation n’impose pas \(\lambda\) ni \(\mu\) non nuls.
\(\square\)
Méthode — Décomposer les vecteurs, puis distribuer
Lorsque l’on connaît des normes ou des produits, exprimer les vecteurs à l’aide des mêmes directions, notamment avec Chasles. Si \(\left\lVert\vec{a}\right\rVert=3\), \(\left\lVert\vec{b}\right\rVert=2\), \(\vec{a}\cdot\vec{b}=1\) : \[\begin{aligned} (2\vec{a}-\vec{b})\cdot(\vec{a}+3\vec{b}) &=(2\vec{a})\cdot\vec{a}+(2\vec{a})\cdot(3\vec{b})\\ &\quad+(-\vec{b})\cdot\vec{a}+(-\vec{b})\cdot(3\vec{b})\\ &=2\left\lVert\vec{a}\right\rVert^2+6\vec{a}\cdot\vec{b}-\vec{b}\cdot\vec{a}-3\left\lVert\vec{b}\right\rVert^2\\ &=18+6-1-12=11. \end{aligned}\] Les quatre produits sont présents. Un produit d’un vecteur par lui-même donne le carré de sa norme.
Corollaire — Carrés de normes et polarisations
\[\begin{aligned} \left\lVert\vec{u}+\vec{v}\right\rVert^2&=\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2+2\vec{u}\cdot\vec{v}+\left\lVert\vec{v}\right\rVert^2,\\ \left\lVert\vec{u}-\vec{v}\right\rVert^2&=\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2-2\vec{u}\cdot\vec{v}+\left\lVert\vec{v}\right\rVert^2,\\ \vec{u}\cdot\vec{v}&=\frac{\left\lVert\vec{u}+\vec{v}\right\rVert^2-\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2-\left\lVert\vec{v}\right\rVert^2}{2}\\ &=\frac{\left\lVert\vec{u}+\vec{v}\right\rVert^2-\left\lVert\vec{u}-\vec{v}\right\rVert^2}{4}. \end{aligned}\]
Démonstration.
On développe \((\vec{u}+\vec{v})\cdot(\vec{u}+\vec{v})\) : les termes sont \(\vec{u}\cdot\vec{u}\), \(\vec{u}\cdot\vec{v}\), \(\vec{v}\cdot\vec{u}\), \(\vec{v}\cdot\vec{v}\). La symétrie regroupe les deux termes croisés. Remplacer \(\vec{v}\) par \(-\vec{v}\) donne la différence. Isoler le produit dans la première égalité, puis soustraire les deux premières égalités, donne les deux polarisations.
\(\square\)
Corollaire — Pythagore vectoriel. \(\left\lVert\vec{u}+\vec{v}\right\rVert^2=\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2+\left\lVert\vec{v}\right\rVert^2\) si et seulement si \(\vec{u}\perp\vec{v}\) : l’égalité équivaut à \(2\vec{u}\cdot\vec{v}=0\). On ne supprime donc pas un terme croisé sans justification.
Méthode — Retrouver un angle
Choisir les deux vecteurs non nuls représentant l’angle ; pour \(\widehat{ABC}\), utiliser \(\overrightarrow{BA}\) et \(\overrightarrow{BC}\). Puis calculer \[\cos\theta=\frac{\vec{u}\cdot\vec{v}}{\left\lVert\vec{u}\right\rVert\left\lVert\vec{v}\right\rVert}.\] Les normes strictement positives autorisent la division. Reconnaître un angle remarquable ou utiliser la touche \(\cos^{-1}\) (arccos), en vérifiant le mode degrés/radians. Arrondir à la fin. Contrôle : le quotient doit être dans \([-1;1]\) et le signe doit correspondre à la nature de l’angle.
Exemple — Deux diagonales de faces
Dans un cube d’arête \(1\), prenons le repère \((A;\overrightarrow{AB},\overrightarrow{AD},\overrightarrow{AE})\). Les points sont \(C(1;1;0)\) et \(F(1;0;1)\) ; ainsi \[\overrightarrow{AC}\cdot\overrightarrow{AF}=1,\qquad AC=AF=\sqrt2,\qquad \cos\widehat{CAF}=\frac1{\sqrt2\sqrt2}=\frac12.\] Donc \(\widehat{CAF}=60^\circ\). On contrôle aussi \(CF=\sqrt2\) : le triangle \(ACF\) est équilatéral.
Exemple — Un angle approché
Pour \(\vec{u}=(1;2;2)\) et \(\vec{v}=(2;0;1)\), le produit vaut \(4\) et les normes sont \(3\) et \(\sqrt5\). L’angle vaut \(\arccos(4/(3\sqrt5))\approx53{,}4^\circ\).
Attention. Changer un vecteur en son opposé remplace l’angle par son supplémentaire. Le plus petit angle de deux droites ne dépend pas du sens de leurs directeurs : on retient alors le plus petit des deux angles supplémentaires, et non automatiquement l’angle des vecteurs choisis.
4. Orthogonalité de droites et de plans
Définition — Orthogonales ou perpendiculaires ?
Deux droites de l’espace sont orthogonales lorsque leurs directions forment un angle droit. Elles sont perpendiculaires si elles sont à la fois orthogonales et sécantes.
Caractérisation. Pour des directeurs non nuls \(\vec{u},\vec{v}\), \(\mathcal{D}\perp\mathcal{D}'\) au sens de l’orthogonalité des directions si et seulement si \(\vec{u}\cdot\vec{v}=0\). Cela découle du critère vectoriel. Le choix des directeurs ne change rien : les remplacer par \(\lambda\vec{u},\mu\vec{v}\), avec \(\lambda\mu\ne0\), multiplie le produit par \(\lambda\mu\) et conserve sa nullité.
Exemple — Un contre-exemple essentiel
Les droites \((AB)\) et \((CD)\), avec \(A(0;0;0)\), \(B(1;0;0)\), \(C(0;0;1)\), \(D(0;1;1)\), ont les directeurs \((1;0;0)\) et \((0;1;0)\), de produit nul. Elles sont orthogonales, mais pas perpendiculaires : l’une est dans \(z=0\) et l’autre dans \(z=1\), donc elles ne se rencontrent pas.
Définition — Une droite orthogonale à un plan
Une droite est orthogonale à un plan lorsqu’elle est orthogonale à toute droite de ce plan.
Théorème — Le critère des deux directions
Une droite est orthogonale à un plan si et seulement si elle est orthogonale à deux droites sécantes de ce plan. Avec un directeur \(\vec{n}\ne\vec{0}\) de la droite et deux directions non colinéaires \(\vec{u},\vec{v}\) du plan : \[\mathcal{D}\perp\mathcal{P}\quad\Longleftrightarrow\quad \vec{n}\cdot\vec{u}=0\ \text{et}\ \vec{n}\cdot\vec{v}=0.\]
Démonstration.
Le sens direct vient de la définition. Pour la réciproque, toute direction \(\vec{w}\) du plan s’écrit \(\alpha\vec{u}+\beta\vec{v}\) : c’est la description vectorielle antérieure d’un plan. Par bilinéarité, \[\vec{n}\cdot\vec{w}=\alpha(\vec{n}\cdot\vec{u})+\beta(\vec{n}\cdot\vec{v})=0.\] La droite est donc orthogonale à toute droite du plan.
\(\square\)
Lecture. Deux directions non colinéaires décrivent le plan ; la troisième leur est orthogonale à toutes deux.
Attention. Deux directions colinéaires ne donnent qu’un seul test. Dans \(z=0\), \((0;1;0)\) est orthogonal à \((1;0;0)\), mais pas à tout le plan.
Méthode — Prouver une orthogonalité droite–plan
Calculer un directeur non nul de la droite et deux directions du plan ; vérifier leur non-colinéarité ; calculer les deux produits scalaires ; conclure en citant le critère. Un seul produit non nul suffit à réfuter l’orthogonalité.
Exemple — Une preuve en coordonnées
Soient \(A(1;0;0)\), \(B(2;1;0)\), \(C(1;1;1)\) et \(D(3;-2;2)\). On a \[\overrightarrow{AB}=(1;1;0),\quad \overrightarrow{AC}=(0;1;1),\quad \overrightarrow{AD}=(2;-2;2)\ne\vec{0}.\] Les deux premiers vecteurs ne sont pas colinéaires : \(\overrightarrow{AC}=\lambda\overrightarrow{AB}\) imposerait \(\lambda=0\) par la première coordonnée, puis \(1=0\) par la deuxième. Or \[\overrightarrow{AD}\cdot\overrightarrow{AB}=2-2+0=0,\qquad \overrightarrow{AD}\cdot\overrightarrow{AC}=0-2+2=0.\] Donc \((AD)\) est orthogonale au plan \((ABC)\).
Exemple — Une autre voie, sans coordonnées
Si les triangles \(SAB\) et \(TAB\) sont isocèles en \(S\) et \(T\), si \(I\) est le milieu de \([AB]\) et si \(S,I,T\) ne sont pas alignés, alors \((AB)\perp(SIT)\). En effet, les médianes \((SI)\) et \((TI)\) sont des hauteurs, d’après la propriété antérieure du triangle isocèle. Ces deux droites sécantes du plan \((SIT)\) sont perpendiculaires à \((AB)\) ; le critère s’applique.
5. Vecteurs normaux et équations de plans
Définition — Vecteur normal
Un vecteur normal à un plan est un vecteur non nul orthogonal à toutes les directions de ce plan. Il suffit de vérifier son orthogonalité à deux directions non colinéaires du plan.
Préalable géométrique admis. Tout plan de l’espace euclidien possède une direction normale. L’existence générale est admise ici ; le critère précédent permet de vérifier une normale proposée.
Propriété. Tout multiple non nul d’une normale est encore une normale : pour toute direction \(\vec{u}\) du plan, \((\lambda\vec{n})\cdot\vec{u}=\lambda(\vec{n}\cdot\vec{u})=0\). La condition \(\lambda\ne0\) empêche de perdre la direction.
Théorème — Équation cartésienne d’un plan
Dans un repère orthonormé, le plan passant par \(A(x_A;y_A;z_A)\) et de normale \(\vec{n}=(a;b;c)\ne\vec{0}\) est caractérisé par \[M(x;y;z)\in\mathcal{P} \quad\Longleftrightarrow\quad a(x-x_A)+b(y-y_A)+c(z-z_A)=0.\] Réciproquement, si \((a;b;c)\ne(0;0;0)\), l’équation \[\boxed{ax+by+cz+d=0}\] définit un plan de normale \((a;b;c)\).
Démonstration.
L’équation définit bien un plan. Si \(c\ne0\), on peut écrire \(z=-ax/c-by/c-d/c\). Avec \(A_0(0;0;-d/c)\), les points solutions sont exactement ceux qui vérifient \[\overrightarrow{A_0M}=x(1;0;-a/c)+y(0;1;-b/c).\] Les deux vecteurs sont non colinéaires ; ils décrivent donc un plan. Leurs produits avec \((a;b;c)\) sont respectivement \(a-a=0\) et \(b-b=0\) : ce vecteur non nul est une normale. Si \(c=0\) et \(b\ne0\), on isole \(y=-ax/b-d/b\) ; le point \((0;-d/b;0)\) et les directions \((1;-a/b;0),(0;0;1)\) donnent le même raisonnement. Si \(b=c=0\), alors \(a\ne0\) : \(x=-d/a\) est le plan dirigé par \((0;1;0),(0;0;1)\).
Le plan donné a cette équation. Posons \(d=-ax_A-by_A-cz_A\). Tout point \(M\) de \(\mathcal{P}\) vérifie \(\vec{n}\cdot\overrightarrow{AM}=0\), donc l’équation annoncée. Cette équation définit un plan \(\mathcal{Q}\), d’après la première partie. Il contient les points de \(\mathcal{P}\), donc trois points non alignés de \(\mathcal{P}\). L’unicité du plan passant par trois points non alignés donne \(\mathcal{P}=\mathcal{Q}\) : on a bien les deux sens de la caractérisation.
\(\square\)
Méthode — Un point et une normale
Pour \(M(x;y;z)\), écrire \(\vec{n}\cdot\overrightarrow{AM}=0\), développer, puis contrôler la normale et le point d’appui. Avec \(A(1;2;-1)\) et \(\vec{n}=(2;-1;3)\) : \[\begin{aligned} M\in\mathcal{P} &\Longleftrightarrow 2(x-1)-(y-2)+3(z+1)=0\\ &\Longleftrightarrow 2x-2-y+2+3z+3=0\\ &\Longleftrightarrow 2x-y+3z+3=0. \end{aligned}\] Les coefficients redonnent la normale \((2;-1;3)\) ; pour \(A\), \(2-2-3+3=0\).
Attention. La constante \(d\) ne fait pas partie du vecteur normal. Si \(a=b=c=0\), l’équation décrit tout l’espace lorsque \(d=0\), et l’ensemble vide lorsque \(d\ne0\) : jamais un plan. En revanche, un seul coefficient parmi \(a,b,c\) peut suffire à être non nul.
Corollaire — Directions d’un plan et normales
Si \(\vec{n}\) est normal à \(\mathcal{P}\), alors \(\vec{w}\) est une direction du plan au sens vectoriel si et seulement si \(\vec{n}\cdot\vec{w}=0\). Deux normales non nulles d’un même plan sont colinéaires.
Démonstration.
Pour \(A\in\mathcal{P}\), le premier énoncé vient de l’équation appliquée au point \(A+\vec{w}\). Pour deux normales \(\vec{n},\vec{m}\), posons \(\lambda=(\vec{m}\cdot\vec{n})/\left\lVert\vec{n}\right\rVert^2\), dont le dénominateur est strictement positif, et \(\vec{w}=\vec{m}-\lambda\vec{n}\). Alors \(\vec{n}\cdot\vec{w}=0\), donc \(\vec{w}\) est une direction du plan. Mais \(\vec{w}\), combinaison de normales, est aussi orthogonal à toutes ses directions, en particulier à lui-même. Ainsi \(\left\lVert\vec{w}\right\rVert^2=0\), donc \(\vec{w}=\vec{0}\) et \(\vec{m}=\lambda\vec{n}\).
\(\square\)
Position et direction. Une normale seule ne fixe pas le plan : \(z=0\) et \(z=2\) ont la même direction normale. Il faut aussi un point. Multiplier toute une équation de plan par un nombre non nul ne change pas ses solutions.
6. Paramétrer, intersecter et interpréter
Propriété — Représentation paramétrique d’une droite
La droite passant par \(A(x_A;y_A;z_A)\), de directeur \(\vec{u}=(u_1;u_2;u_3)\ne\vec{0}\), s’écrit \[\mathcal{D}:\quad \begin{cases} x=x_A+tu_1,\\y=y_A+tu_2,\\z=z_A+tu_3, \end{cases}\qquad t\in\mathbb{R}.\]
Démonstration.
\(M\in\mathcal{D}\) équivaut à l’existence de \(t\in\mathbb{R}\) tel que \(\overrightarrow{AM}=t\vec{u}\). L’égalité des trois coordonnées donne exactement les trois lignes du système. Chaque transformation est réversible.
\(\square\)
Exemple — Écrire ou lire la représentation
Pour \(A(1;-2;0)\), \(B(3;-1;-1)\), le directeur \(\overrightarrow{AB}=(2;1;-1)\) donne \(x=1+2t,\ y=-2+t,\ z=-t\). Les paramètres \(0\) et \(1\) redonnent \(A\) et \(B\). Inversement, \(x=4-3s,\ y=1,\ z=2+5s\) décrit la droite passant par \((4;1;2)\) et dirigée par \((-3;0;5)\). Attention. Le même paramètre doit convenir aux trois coordonnées. Une composante nulle est possible ; on ne divise pas par elle. Restreindre \(t\) à \([0;1]\) ne décrit plus la droite entière mais le segment de \(A\) à \(A+\vec{u}\).
Théorème — Les trois cas droite–plan
Soient \(\mathcal{D}\) passant par \(A\), de directeur \(\vec{u}\ne\vec{0}\), et \(\mathcal{P}:ax+by+cz+d=0\), de normale \(\vec{n}=(a;b;c)\ne\vec{0}\). Posons \(\alpha=\vec{n}\cdot\vec{u}\) et \(\beta=ax_A+by_A+cz_A+d\). L’intersection correspond aux solutions de \(\alpha t+\beta=0\).
\(\alpha\ne0\) : un unique point, obtenu pour \(t=-\beta/\alpha\).
\(\alpha=0,\ \beta=0\) : la droite est contenue dans le plan.
\(\alpha=0,\ \beta\ne0\) : aucun point ; la droite est strictement parallèle au plan.
Démonstration.
On substitue les coordonnées de \(\mathcal{D}\) dans l’équation de \(\mathcal{P}\) : \[a(x_A+tu_1)+b(y_A+tu_2)+c(z_A+tu_3)+d =\beta+t(au_1+bu_2+cu_3).\] Si le coefficient de \(t\) est non nul, on peut diviser et trouver une unique valeur. S’il est nul, l’égalité restante est soit toujours vraie, soit impossible. Le directeur non nul assure que les paramètres distincts représentent des points distincts.
\(\square\)
Convention. « Parallèle au plan » inclut ici la droite contenue ; « strictement parallèle » exclut l’inclusion.
Méthode — Calculer l’intersection d’une droite et d’un plan
Substituer les trois expressions avec le même paramètre ; réduire l’équation ; examiner le coefficient avant de diviser ; calculer le point si la solution est unique ; vérifier son appartenance au plan. Un paramètre est un nombre : la réponse géométrique attendue est un point, une droite entière ou l’ensemble vide.
Exemple — Un paramètre fractionnaire
Avec \(\mathcal{D}:x=1+2t,\ y=-2+t,\ z=-t\) et \(\mathcal{P}:x+2y-z-3=0\) : \[(1+2t)+2(-2+t)-(-t)-3=0 \quad\Longleftrightarrow\quad 5t-6=0.\] Comme \(5\ne0\), \(t=6/5\). Ainsi \[H\left(1+\frac{12}{5};-2+\frac65;-\frac65\right) =H\left(\frac{17}{5};-\frac45;-\frac65\right).\] Le contrôle donne \((17-8+6-15)/5=0\). La valeur \(t>1\) est possible sur la droite entière.
Deux autres issues. Pour la droite \((1+t;t;2)\) : dans \(x-y+z-3=0\), on obtient \(0=0\), donc toute la droite ; dans \(x-y+z-1=0\), on obtient \(2=0\), donc aucun point. Dans \(x+y+z-5=0\), on trouve \(2t-2=0\), donc le seul point \((2;1;2)\).
Piège — Ne pas inverser les critères
Pour un directeur non nul \(\vec{u}\) et une normale non nulle \(\vec{n}\) :
| \(\vec{u}\cdot\vec{n}=0\) | La droite est parallèle au plan, éventuellement contenue. |
| \(\vec{u},\vec{n}\) colinéaires | La droite est orthogonale au plan. |
La première ligne vient de la caractérisation des directions d’un plan ; la seconde de l’unicité de sa direction normale.
Propriété — Plans parallèles ou confondus
Deux plans sont parallèles, éventuellement confondus, si et seulement si leurs normales sont colinéaires. Pour distinguer les deux cas, tester un point ou comparer tous les coefficients, constante comprise.
Démonstration.
Si les normales sont colinéaires, multiplier une équation par un réel non nul permet de donner les mêmes coefficients à \(x,y,z\) dans les deux équations. Elles ont alors soit la même constante, donc le même plan, soit des constantes différentes, donc aucun point commun. Réciproquement, des plans parallèles ont la même direction : leurs normales sont normales à la même direction de plan, donc colinéaires.
\(\square\)
Exemple — La constante compte aussi
\(x-2y+z-1=0\) et \(-2x+4y-2z+2=0\) décrivent le même plan : le multiplicateur est \(-2\), constante comprise. Le plan \(2x-4y+2z+1=0\) lui est strictement parallèle : diviser par \(2\) donne une constante \(1/2\), pas \(-1\).
Méthode — Deux droites : deux paramètres indépendants
Pour tester leur intersection, égaler les trois coordonnées avec deux paramètres, puis vérifier les trois égalités. Avec \[\mathcal{D}:(1+2t;t;2-t),\qquad \mathcal{D}':(3+s;1-s;1+2s),\] les deux premières égalités donnent \(s=2t-2\) et \(t=1-s=3-2t\), donc \(t=1,\ s=0\). La troisième est bien \(2-1=1+2\times0\) : l’intersection est \((3;1;1)\). Si la troisième coordonnée de \(\mathcal{D}'\) était \(2+2s\), les deux premiers calculs resteraient identiques, mais la dernière égalité imposerait \(1=2\) : il n’y aurait aucun point commun.
7. Projeter sur un plan et calculer une distance
Définition — Le projeté sur un plan
Le projeté orthogonal de \(M\) sur \(\mathcal{P}\) est le point \(H\) vérifiant : \[H\in\mathcal{P}\quad\text{et}\quad \overrightarrow{MH}\ \text{colinéaire à une normale de }\mathcal{P}.\] Si \(M\notin\mathcal{P}\), la droite \((MH)\) est perpendiculaire au plan. Si \(M\in\mathcal{P}\), le pied est \(M\) lui-même ; on ne définit pas de droite \((MM)\).
Théorème — Existence et unicité
Tout point possède un unique projeté orthogonal sur un plan.
Démonstration.
Pour \(\mathcal{P}:ax+by+cz+d=0\), avec \(\vec{n}=(a;b;c)\ne\vec{0}\), les points de la normale issue de \(M\) sont \(H(x_M+ta;y_M+tb;z_M+tc)\). L’appartenance au plan équivaut à \[ax_M+by_M+cz_M+d+t(a^2+b^2+c^2)=0.\] Le coefficient \(a^2+b^2+c^2\) est strictement positif ; cette équation possède donc une unique solution. Le point obtenu satisfait les deux conditions. Si \(M\in\mathcal{P}\), le terme constant est nul, donc \(t=0\) et \(H=M\).
\(\square\)
Théorème — Le pied est le point le plus proche
Si \(H\) est le projeté de \(M\) sur \(\mathcal{P}\), alors, pour tout \(Q\in\mathcal{P}\), \[MQ\ge MH,\qquad MQ=MH\quad\Longleftrightarrow\quad Q=H.\] La distance de \(M\) au plan, notée \(d(M,\mathcal{P})\), est ce minimum : \(d(M,\mathcal{P})=MH\).
Démonstration.
Si \(M\ne H\) et \(Q\ne H\), le triangle \(MHQ\) est rectangle en \(H\) puisque \(MH\) est normal au plan. Pythagore donne \(MQ^2=MH^2+HQ^2>MH^2\), d’où \(MQ>MH\). Pour \(Q=H\), il y a égalité. Si \(M=H\), le minimum est \(0\), atteint uniquement pour \(Q=M=H\). Tous les cas, y compris le point déjà dans le plan, sont donc couverts.
\(\square\)
Lecture. \(H,Q\) appartiennent au plan ; \(MH\) suit une normale et \(HQ\) une direction du plan. Le dessin suggère le minimum ; Pythagore le démontre.
Méthode — Construire le pied, puis mesurer
Relever un normal non nul du plan.
Paramétrer la droite passant par \(M\) dans cette direction.
Chercher son intersection avec le plan ; en déduire les trois coordonnées de \(H\).
Vérifier séparément \(H\in\mathcal{P}\) et la direction de \(\overrightarrow{MH}\).
Calculer \(MH\) ; le théorème justifie qu’il s’agit de la distance au plan.
Exemple — Une projection complète
Projetons \(M(5;1;2)\) sur \(\mathcal{P}:2x-y+2z-3=0\). Une normale est \(\vec{n}=(2;-1;2)\) ; la droite normale issue de \(M\) est \[x=5+2t,\qquad y=1-t,\qquad z=2+2t.\] La substitution donne \[\begin{aligned} 2(5+2t)-(1-t)+2(2+2t)-3&=0\\ 10+4t-1+t+4+4t-3&=0\\ 10+9t&=0. \end{aligned}\] Donc \(t=-10/9\) et \[H\left(5-\frac{20}{9};1+\frac{10}{9};2-\frac{20}{9}\right) =H\left(\frac{25}{9};\frac{19}{9};-\frac29\right).\] Appartenance : \((50-19-4-27)/9=0\). Direction : \(\overrightarrow{MH}=(-20/9;10/9;-20/9)=(-10/9)\vec{n}\). Ainsi \(H\) est bien le pied et \[d(M,\mathcal{P})=MH=\sqrt{\frac{400+100+400}{81}}=\frac{10}{3}.\]
Autre voie si la figure s’y prête. Si un point connu est déjà démontré être le pied, calculer directement la longueur \(MH\), éventuellement avec Pythagore. Une appartenance seule ne prouve jamais qu’il s’agit du projeté.
8. Projeter sur une droite et calculer une distance
Définition — Le projeté sur une droite
Pour une droite \(\mathcal{D}\) de directeur \(\vec{u}\ne\vec{0}\), le projeté orthogonal de \(M\) est le point \(H\) vérifiant \[H\in\mathcal{D}\qquad\text{et}\qquad \overrightarrow{MH}\cdot\vec{u}=0.\] Si \(M\) appartient déjà à la droite, son projeté est \(M\).
Théorème — Existence et unicité du pied
Le projeté existe et il est unique. Pour le trouver, on peut écrire \(H=A+t\vec{u}\), où \(A\) est un point de \(\mathcal{D}\), puis imposer l’orthogonalité.
Démonstration.
Par Chasles, \(\overrightarrow{MH}=-\overrightarrow{AM}+t\vec{u}\). La condition d’orthogonalité devient \[-\overrightarrow{AM}\cdot\vec{u}+t\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2=0.\] Comme \(\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2>0\), on obtient l’unique valeur \(t=(\overrightarrow{AM}\cdot\vec{u})/\left\lVert\vec{u}\right\rVert^2\). Réciproquement, cette valeur fournit un point de la droite et annule le produit : les deux conditions sont satisfaites.
Si \(M=A+s\vec{u}\), l’équation retrouve \(t=s\), donc \(H=M\).
\(\square\)
À utiliser en exercice : repartir des deux conditions du pied ; le quotient précédent est leur conséquence, pas une formule supplémentaire à apprendre.
Théorème — Le point de la droite le plus proche
Pour tout \(Q\in\mathcal{D}\), \(MQ\ge MH\), avec égalité si et seulement si \(Q=H\). La distance à la droite est donc \(d(M,\mathcal{D})=MH\).
Démonstration.
Si \(M\ne H\) et \(Q\ne H\), le triangle \(MHQ\) est rectangle en \(H\) ; donc \(MQ^2=MH^2+HQ^2>MH^2\). Les cas \(Q=H\) et \(M=H\) donnent l’égalité exactement quand \(Q=H\), comme pour la projection sur un plan.
\(\square\)
Lecture. Le déplacement \(\overrightarrow{AM}\) se décompose en \(\overrightarrow{AH}\) le long de la droite et \(\overrightarrow{HM}\) perpendiculaire à celle-ci.
Méthode — Appartenance, puis produit scalaire nul
Poser \(H=A+t\vec{u}\), calculer \(\overrightarrow{MH}\), résoudre \(\overrightarrow{MH}\cdot\vec{u}=0\), puis calculer \(H\) et \(MH\). Contrôler l’appartenance avec un même paramètre et l’orthogonalité avec le directeur.
Exemple — Une droite oblique
Soient \(A(1;-1;2)\), \(\vec{u}=(2;1;-2)\), \(M(4;2;1)\). Pour la droite passant par \(A\) et dirigée par \(\vec{u}\), écrivons \[H(1+2t;-1+t;2-2t),\qquad \overrightarrow{MH}=(-3+2t;-3+t;1-2t).\] L’orthogonalité impose \[2(-3+2t)+(-3+t)-2(1-2t)=0 \quad\Longleftrightarrow\quad -11+9t=0.\] Donc \(t=11/9\) et \(H(31/9;2/9;-4/9)\). Le point est sur la droite par construction, et \[\overrightarrow{MH}=\left(-\frac59;-\frac{16}{9};-\frac{13}{9}\right), \qquad \overrightarrow{MH}\cdot\vec{u}=\frac{-10-16+26}{9}=0.\] Ainsi \[d(M,\mathcal{D})=MH=\sqrt{\frac{25+256+169}{81}} =\frac{\sqrt{450}}9=\frac{5\sqrt2}{3}.\]
Méthode — Une variante : le plan perpendiculaire
Le plan \(\mathcal{Q}\) passant par \(M\) et de normale \(\vec{u}\) coupe \(\mathcal{D}\) en son projeté. Dans l’exemple, son équation est \[2(x-4)+(y-2)-2(z-1)=0,\quad\text{soit }2x+y-2z-8=0.\] Substituer les coordonnées de \(\mathcal{D}\) redonne \(9t-11=0\) et le même pied. Cette variante est utile si l’énoncé demande ou fournit le plan perpendiculaire ; pour le seul pied, le produit scalaire direct est plus court.
Attention. Une droite n’est pas un segment. Le pied peut correspondre à un paramètre négatif ou supérieur à \(1\). Par exemple, le projeté de \((3;2;0)\) sur l’axe des abscisses est \((3;0;0)\), qui n’appartient pas au segment allant de \((0;0;0)\) à \((1;0;0)\).
9. Plan médiateur, hauteurs, aires et volumes
Un lieu géométrique : les points équidistants
Définition — Plan médiateur d’un segment
Pour deux points distincts \(A,B\), de milieu \(I\), le plan médiateur de \([AB]\) est le plan passant par \(I\) et de normale \(\overrightarrow{AB}\). Il est perpendiculaire à \((AB)\) en son milieu.
Lemme — Une différence de carrés
Pour tout point \(M\), si \(I\) est le milieu de \([AB]\), \[MA^2-MB^2=2\overrightarrow{IM}\cdot\overrightarrow{AB}.\]
Démonstration.
Chasles et le développement des carrés donnent \(MA^2=MI^2+2\overrightarrow{MI}\cdot\overrightarrow{IA}+IA^2\) et \(MB^2=MI^2+2\overrightarrow{MI}\cdot\overrightarrow{IB}+IB^2\). Comme \(IA^2=IB^2\), leur différence est \[2\overrightarrow{MI}\cdot(\overrightarrow{IA}-\overrightarrow{IB}) =2\overrightarrow{MI}\cdot\overrightarrow{BA} =2\overrightarrow{IM}\cdot\overrightarrow{AB}.\] Changer le signe des deux vecteurs conserve le produit scalaire.
\(\square\)
Théorème — Caractérisation par l’équidistance
Pour \(A\ne B\), le plan médiateur de \([AB]\) est exactement l’ensemble des points \(M\) tels que \(MA=MB\).
Démonstration.
Les distances étant non négatives, \(MA=MB\) équivaut à \(MA^2-MB^2=0\). Le lemme donne l’équivalence avec \(\overrightarrow{IM}\cdot\overrightarrow{AB}=0\), qui est l’équation du plan passant par \(I\) et de normale non nulle \(\overrightarrow{AB}\). Cette chaîne d’équivalences établit les deux sens.
\(\square\)
Attention. Si \(A=B\), tous les points sont équidistants : le lieu est l’espace entier. Pour caractériser un lieu, une seule inclusion ou un point testé ne suffisent pas.
Méthode — Reconnaître puis décrire le lieu entier
Devant \(MA=MB\) avec \(A,B\) fixes et distincts, calculer leur milieu \(I\), puis \(\overrightarrow{AB}\) ; écrire \(\overrightarrow{IM}\cdot\overrightarrow{AB}=0\). Une autre voie consiste à développer \(MA^2=MB^2\) : les termes \(x^2,y^2,z^2\) se compensent.
Exemple — Une équation obtenue de deux façons
Avec \(A(1;0;2)\) et \(B(3;4;0)\), \(I(2;2;1)\) et \(\overrightarrow{AB}=(2;4;-2)\). Le lieu est donc le plan \[2(x-2)+4(y-2)-2(z-1)=0 \quad\Longleftrightarrow\quad x+2y-z-5=0.\] Par la seconde voie, \[(x-1)^2+y^2+(z-2)^2=(x-3)^2+(y-4)^2+z^2\] donne, après développement et annulation des termes communs, \(4x+8y-4z-20=0\), soit la même équation. Le point \((1;3;2)\) la vérifie, et ses deux distances au carré valent \(9\) : c’est un contrôle, pas une preuve du lieu entier.
Utiliser la bonne hauteur
Rappels antérieurs — Grandeurs. \[\mathcal A_{\text{triangle}}=\frac{\text{base}\times\text{hauteur correspondante}}2, \qquad V_{\text{pyramide}}=\frac{\text{aire de base}\times\text{hauteur}}3.\] La hauteur d’un triangle est la distance du sommet à la droite portant le côté choisi. La hauteur d’une pyramide est la distance du sommet au plan de base. Ces formules antérieures sont rappelées sans démonstration par intégration.
Méthode. Choisir d’abord une base simple, puis déterminer sa hauteur par une projection justifiée. Calculer l’aire ou le volume, en conservant les valeurs exactes et les unités correspondantes.
Exemple — Un tétraèdre : volume, aire et angle
Dans un repère orthonormé, considérons \[O(0;0;0),\quad A(4;0;0),\quad B(0;3;0),\quad S(1;1;6).\]
1. Volume. \(\overrightarrow{OA}\cdot\overrightarrow{OB}=0\), donc le triangle \(OAB\) est rectangle en \(O\) et son aire vaut \(4\times3/2=6\). Son plan est \(z=0\). Le point \(H(1;1;0)\) appartient à ce plan et \(\overrightarrow{SH}=(0;0;-6)\) lui est normal : c’est le pied de la hauteur. Donc \(SH=6\) et \[V=\frac13\times6\times6=12.\] \(SO=\sqrt{38}\) n’est pas la hauteur.
Lecture. Le sommet n’est pas à la verticale de \(O\). La hauteur \(SH\) et l’arête oblique \(SO\) sont des segments différents.
2. Aire de la face \(ABS\). \(AB=\sqrt{16+9}=5\). Projetons \(S\) sur \((AB)\), de directeur \(\vec{u}=(-4;3;0)\). Posons \(K=A+t\vec{u}=(4-4t;3t;0)\). Alors \(\overrightarrow{SK}=(3-4t;3t-1;-6)\) et \[\overrightarrow{SK}\cdot\vec{u}=-4(3-4t)+3(3t-1)=-15+25t.\] L’orthogonalité impose \(t=3/5\), donc \(K(8/5;9/5;0)\). On contrôle \(\overrightarrow{SK}=(3/5;4/5;-6)\) et \((-4)(3/5)+3(4/5)=0\). Ainsi \[SK=\sqrt{\frac9{25}+\frac{16}{25}+36}=\sqrt{37}, \qquad \mathcal A_{ABS}=\frac{5\sqrt{37}}2.\]
3. Angle au sommet \(S\). On choisit les vecteurs partant de \(S\) : \(\overrightarrow{SA}=(3;-1;-6)\) et \(\overrightarrow{SB}=(-1;2;-6)\). Leur produit vaut \(-3-2+36=31\) et leurs normes sont \(\sqrt{46},\sqrt{41}\). Donc \[\cos\widehat{ASB}=\frac{31}{\sqrt{46}\sqrt{41}} =\frac{31}{\sqrt{1886}}, \qquad \widehat{ASB}\approx44{,}5^\circ.\] Le signe positif concorde avec l’angle aigu.
Attention. Une hauteur de pyramide utilise le plan support, même si son pied est extérieur à la face. La distance au plan n’est pas nécessairement la distance à la face triangulaire. Une aire s’exprime en unités carrées, un volume en unités cubes.
10. Lire un calcul de produit scalaire en Python
Le programme ci-dessous automatise la somme des trois produits de coordonnées. Il suppose un repère orthonormé et deux listes de trois nombres. Les positions \(0,1,2\) correspondent à \(x,y,z\).
def scalaire(u, v):
if len(u) != 3 or len(v) != 3:
raise ValueError("Trois coordonnees sont necessaires.")
total = 0
for i in range(3):
total = total + u[i] * v[i]
return total
Sens des instructions. Le test initial refuse les listes de longueur incorrecte. total = 0 initialise la somme. À chaque passage, Python calcule le membre de droite avec l’ancienne valeur de total, puis remplace celle-ci. range(3) donne \(0,1,2\) : la boucle s’arrête après trois passages. return renvoie le nombre obtenu.
Exemple — Suivre les états. Pour u = [1, -2, 2] et v = [3, 1, 4] :
i |
total avant |
produit ajouté | total après |
|---|---|---|---|
| 0 | 0 | \(1\times3=3\) | 3 |
| 1 | 3 | \((-2)\times1=-2\) | 1 |
| 2 | 1 | \(2\times4=8\) | 9 |
Le résultat est \(9\), conforme au calcul \(3-2+8=9\). Après chaque passage, la variable contient la somme des produits déjà parcourus. Réinitialiser total dans la boucle ferait perdre cette accumulation.
Attention. Le programme ne connaît pas le repère : il ne vérifie pas qu’il est orthonormé. Avec des nombres flottants, un résultat très proche de zéro ne prouve pas une égalité exacte. Un calcul automatique aide à contrôler une méthode ; il ne remplace pas la justification géométrique.
11. Synthèse : choisir la méthode et contrôler
| Question | Premier geste | Condition ou contrôle |
|---|---|---|
| Longueur | Calculer le vecteur puis sa norme (p. ). | Repère orthonormé ; distinguer norme et carré. |
| Produit scalaire | Choisir d’après les données : coordonnées, angle, côtés ou projection (p. ). | Le résultat est un nombre. Les directions donnent le signe. |
| Vecteurs décomposés | Utiliser Chasles et distribuer tous les produits (p. ). | Ne pas oublier les termes croisés. |
| Angle | Partir du bon sommet, calculer produit et normes (p. ). | Vecteurs non nuls ; quotient entre \(-1\) et \(1\) ; bon mode de calculatrice. |
| Orthogonalité | Tester les directeurs ; pour un plan, deux directions non colinéaires (p. ). | Deux droites orthogonales ne sont pas forcément sécantes. |
| Plan | Un point et une normale ; écrire \(\vec{n}\cdot\overrightarrow{AM}=0\) (p. ). | Normale non nulle ; tester direction et position. |
| Intersection | Substituer, résoudre puis interpréter (p. ). | Examiner le coefficient avant division ; donner des points, pas seulement des paramètres. |
| Projeté et distance | Imposer appartenance et orthogonalité ; calculer le pied puis \(MH\) (p. –). | Deux conditions à vérifier ; Pythagore justifie le minimum. |
| Lieu équidistant | Reconnaître le plan médiateur (p. ). | Deux points distincts ; prouver les deux sens. |
| Aire ou volume | Choisir la base puis la hauteur perpendiculaire (p. ). | Droite ou plan support ; unités carrées ou cubes. |
À retenir — La structure d’une rédaction solide
Objets et hypothèses → traduction géométrique → calcul → conclusion → contrôle.
Pour une orthogonalité, préciser les directions testées. Pour une projection, vérifier l’appartenance et l’orthogonalité. Pour un minimum, raisonner sur tout point du support. Pour un lieu géométrique, établir une équivalence. Une figure aide à comprendre ; la démonstration établit le résultat.
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