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Sommes de variables aléatoires — Cours en autonomie — Terminale spécialité
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Sommes de variables aléatoires — Cours en autonomie — Terminale spécialité
Terminale spécialité · Cours en autonomie
Sommes de variables aléatoires
Faire les 2k\(\pi\)
SOMMES DE VARIABLES
ALÉATOIRES
Comprendre un total, mesurer une dispersion
Terminale générale · Spécialité mathématiques
Cours en autonomie
La question du chapitre. Un total peut être difficile à décrire exactement. Faut-il pourtant connaître toute sa loi pour prévoir sa moyenne ? Pourquoi deux quantités de même loi peuvent-elles donner des totaux très différents ? Et pourquoi la moyenne de nombreuses observations est-elle moins dispersée qu’une observation isolée ?
Lecture. Les mêmes observations servent à construire un total puis une moyenne. Le centre du total est multiplié par n ; celui de la moyenne reste inchangé. Sous indépendance et même loi, la variance de la moyenne est divisée par n. Le chapitre explique les objets, les conditions et les démonstrations derrière ces formules.
Comment travailler. Pour chaque « À toi » , recopie d’abord la consigne et tente une réponse avant de lire les indices et la correction. Compare les étapes, pas seulement la dernière valeur. Si tu bloques, utilise la reprise ciblée puis le nouvel essai. Les tâches « à reprendre plus tard » permettent de retester le raisonnement avant relecture.
Repères de lecture. Une définition fixe le sens d’un objet ; elle n’est pas un théorème à démontrer. Une propriété, une proposition et un théorème sont des résultats, avec la même exigence de justesse. Un lemme aide à établir un autre résultat ; un corollaire en découle. Les preuves sont annoncées comme telles ; une intuition ou une simulation n’en tient pas lieu.
Périmètre. Variables à valeurs finies ; cours de Terminale 2026–2027. La concentration et la loi des grands nombres constituent un chapitre suivant, au programme, qui n’est pas développé ici. Les rares compléments hors programme sont signalés et ne sont jamais nécessaires au parcours principal.
1. Lire une loi : moyenne et dispersion
Objectif. Passer d’une expérience à une loi de probabilité, puis calculer et interpréter une espérance, une variance et un écart type.
Pour commencer : ce que tu sais déjà
À toi 1.1 — Repérage avant lecture
Sans calculatrice, réponds à ces trois questions.
Un tableau annonce deux probabilités \(0{,}3\) et \(0{,}8\). Peut-il décrire une loi complète ?
Une variable vaut \(0\) avec probabilité \(\frac34\) et \(4\) avec probabilité \(\frac14\). Sa moyenne théorique est-elle \(2\) ou \(1\) ?
Un écart à une moyenne vaut \(-3\) cm. Quel est son carré ? Quelle est l’unité du résultat ?
Correction expliquée 1.2 — Correction et point d’entrée
1. Non : \(0{,}3+0{,}8=1{,}1\), alors que la somme des probabilités de toutes les valeurs doit être \(1\). Si cette vérification t’échappe, commence par les définitions de loi et le premier exemple.
2. La moyenne est pondérée : \(0\times\frac34+4\times\frac14=0+1=1\). Le calcul \((0+4)/2=2\) attribuerait le même poids aux deux valeurs, ce qui n’est pas le modèle donné. Reprends la définition de l’espérance si tu avais choisi \(2\).
3. \((-3)^2=(-3)\times(-3)=9\) : le résultat vaut \(9\ \text{cm}^2\). Le carré concerne le nombre avec son signe, d’où les parenthèses. Si tu avais répondu \(-9\), reprends le tableau des écarts de l’exemple sur le capteur.
Une expérience, des issues et une variable
Définition 1.3 — Univers fini et variable aléatoire réelle
Une issue est un résultat possible de l’expérience. L’univers, noté \(\Omega\), est l’ensemble de ses issues. Dans ce cours, il est fini.
Une variable aléatoire réelle \(X\) associe un nombre réel à chaque issue de l’expérience. Si l’issue est notée \(\omega\), ce nombre est noté \(X(\omega)\). La règle de calcul de \(X\) est fixée ; c’est l’issue observée qui est aléatoire.
Notation 1.4 — Lire les trois écritures sans les confondre
\(X\) désigne la variable ; \(x\) désigne un nombre ; \(\{X=x\}\) désigne l’événement regroupant les issues pour lesquelles \(X\) vaut \(x\). On écrit simplement \(\mathbb{P}(X=x)\) pour sa probabilité.
Une variable peut donner la même valeur à plusieurs issues. Une valeur n’est donc pas toujours une issue.
Définition 1.5 — Loi de probabilité
Déterminer la loi de probabilité de \(X\), c’est indiquer toutes ses valeurs distinctes \(x_1,\ldots,x_r\) et leurs probabilités respectives \(p_1=\mathbb{P}(X=x_1),\ldots,p_r=\mathbb{P}(X=x_r)\). \[\begin{array}{c|cccc} \text{Valeur de }X&x_1&x_2&\cdots&x_r\\ \hline \text{Probabilité}&p_1&p_2&\cdots&p_r \end{array} \qquad p_i\geq0,\quad p_1+\cdots+p_r=1.\] L’indice \(i\) sert uniquement à numéroter les colonnes : \(x_i\) est une valeur, \(p_i\) le poids de cette valeur. Un tableau de loi ne répète pas deux fois une même valeur.
Propriété 1.6 — Regrouper les issues donnant une même valeur
La probabilité \(\mathbb{P}(X=x)\) est la somme des probabilités des issues qui donnent la valeur \(x\).
Démonstration. Les événements « obtenir telle issue » sont deux à deux disjoints : une expérience ne réalise qu’une issue. Leur réunion, lorsqu’on conserve exactement celles qui donnent \(x\), est l’événement \(\{X=x\}\). L’addition des probabilités d’événements disjoints donne le résultat. En regroupant toutes les valeurs, on retrouve toutes les issues, d’où une somme totale égale à \(1\).
Exemple de référence 1.7 — Du signal du capteur à l’erreur de position
Un capteur fournit l’un des quatre signaux \(A,B,C,D\), supposés équiprobables. L’erreur de position \(X\), exprimée en millimètres, est donnée par : \[\begin{array}{c|rrrr} \text{Signal}&A&B&C&D\\ \hline \text{Erreur }X&-2&0&0&6\\ \text{Probabilité du signal}&\frac14&\frac14&\frac14&\frac14 \end{array}\] Le signe négatif indique une erreur dans un sens ; le signe positif, une erreur dans l’autre sens. Il ne signifie pas une probabilité négative.
L’événement \(\{X=0\}\) rassemble les signaux \(B\) et \(C\). Comme ils sont disjoints, \[\mathbb{P}(X=0)=\mathbb{P}(\{B\})+\mathbb{P}(\{C\})=\frac14+\frac14=\frac12.\] Les deux autres valeurs correspondent chacune à un seul signal. La loi est donc : \[\begin{array}{c|rrr} x&-2&0&6\\ \hline \mathbb{P}(X=x)&\frac14&\frac12&\frac14 \end{array}\] Contrôle : \(\frac14+\frac12+\frac14=\frac14+\frac24+\frac14=\frac44=1\). Les quatre signaux sont équiprobables, mais pas les trois valeurs de l’erreur.
L’espérance : une moyenne pondérée
Définition 1.8 — Espérance d’une variable finie
Pour une variable de valeurs \(x_1,\ldots,x_r\) et de probabilités \(p_1,\ldots,p_r\), son espérance est le nombre \[\boxed{\operatorname{E}(X)=x_1p_1+x_2p_2+\cdots+x_rp_r.}\] Chaque valeur est multipliée par sa probabilité, puis on additionne tous les produits. L’espérance est une moyenne théorique ; elle a la même unité que \(X\).
Intuition et représentation 1.9 — Les probabilités jouent le rôle de poids
Imagine des masses de poids \(p_1,\ldots,p_r\) placées aux positions \(x_1,\ldots,x_r\) sur une règle. Leur masse totale vaut \(1\) ; leur point d’équilibre se situe à l’abscisse \(\operatorname{E}(X)\).
Cette représentation explique pourquoi une valeur très probable attire davantage la moyenne. Elle ne prétend pas que l’expérience déplace réellement des masses et ne donne pas une valeur certaine de la prochaine observation.
Proposition 1.10 — L’espérance reste entre les valeurs extrêmes
Si toutes les valeurs de \(X\) appartiennent à \([a;b]\), alors \(a\leq\operatorname{E}(X)\leq b\).
Démonstration. Pour chaque colonne, \(a\leq x_i\leq b\) et \(p_i\geq0\). Multiplier par \(p_i\) ne change donc pas le sens des inégalités : \(ap_i\leq x_ip_i\leq bp_i\). En additionnant colonne par colonne, \[a(p_1+\cdots+p_r)\leq x_1p_1+\cdots+x_rp_r\leq b(p_1+\cdots+p_r).\] Puisque \(p_1+\cdots+p_r=1\), on obtient \(a\leq\operatorname{E}(X)\leq b\).
Question que tu peux te poser 1.11 — L’espérance est-elle une valeur que l’on va obtenir ?
Pas nécessairement. Pour le capteur, les valeurs sont \(-2,0,6\), mais \[\operatorname{E}(X)=(-2)\times\frac14+0\times\frac12+6\times\frac14 =-\frac24+0+\frac64=\frac44=1.\] L’erreur moyenne théorique est donc \(1\) mm, alors qu’aucune observation ne vaut \(1\) mm.
Dans des répétitions indépendantes du même modèle, les moyennes observées ont tendance à se rapprocher de cette valeur lorsque le nombre de répétitions augmente ; cela ne garantit pas leur égalité avec elle, même après beaucoup d’essais. La justification de cette stabilisation appartient au chapitre sur les grands nombres. Ici, l’espérance est définie par la somme pondérée.
La variance et l’écart type : mesurer la dispersion
Définition 1.12 — Variance et écart type
On note \(m=\operatorname{E}(X)\). La variance est la moyenne pondérée des carrés des écarts à \(m\) : \[\boxed{\operatorname{V}(X)=(x_1-m)^2p_1+\cdots+(x_r-m)^2p_r.}\] Chaque carré et chaque probabilité étant positifs ou nuls, \(\operatorname{V}(X)\geq0\). L’écart type est la racine carrée positive de la variance : \[\boxed{\sigma(X)=\sqrt{\operatorname{V}(X)}.}\] Si \(X\) est exprimée en millimètres, sa variance est exprimée en millimètres carrés et son écart type en millimètres.
Remarque 1.13 — Pourquoi prendre les carrés ?
Les écarts signés peuvent se compenser. Leur moyenne pondérée vaut en effet \[(x_1-m)p_1+\cdots+(x_r-m)p_r =\underbrace{x_1p_1+\cdots+x_rp_r}_{m} -m\underbrace{(p_1+\cdots+p_r)}_{1}=m-m=0.\] Cette moyenne ne mesurerait donc pas l’étalement. Le carré empêche les compensations et donne davantage de poids aux grands écarts. La racine carrée permet ensuite de revenir à l’unité initiale.
Exemple de référence 1.14 — Calculer complètement la dispersion du capteur
Pour \(X\) de loi \((-2,0,6)\) avec probabilités \((\frac14,\frac12,\frac14)\), on a \(m=1\) mm. \[\begin{array}{c|rrr} x&-2&0&6\\ \hline x-m&-2-1=-3&0-1=-1&6-1=5\\ (x-m)^2&(-3)^2=9&(-1)^2=1&5^2=25\\ \mathbb{P}(X=x)&\frac14&\frac12&\frac14 \end{array}\] On pondère les carrés, et non les écarts : \[\begin{aligned} \operatorname{V}(X) &=9\times\frac14+1\times\frac12+25\times\frac14\\ &=\frac94+\frac12+\frac{25}4 =\frac94+\frac24+\frac{25}4 =\frac{36}4=9. \end{aligned}\] Dans le passage au dénominateur \(4\), on a multiplié le numérateur et le dénominateur de \(\frac12\) par \(2\) : \(\frac12=\frac{1\times2}{2\times2}=\frac24\). Ainsi \(\operatorname{V}(X)=9\ \text{mm}^2\) et \(\sigma(X)=\sqrt9=3\) mm.
L’écart type fournit une mesure globale de dispersion autour de \(1\) mm. Il ne dit pas que toutes les observations sont à moins de \(3\) mm de cette moyenne : l’observation \(6\) mm est à \(5\) mm de la moyenne.
Lecture. Les probabilités des valeurs \(-2,0,6\) sont \(\frac14,\frac12,\frac14\). La moyenne est \(1\) mm. Les écarts signés sont \(-3,-1,+5\) mm, et les distances à la moyenne sont donc \(3,1,5\) mm.
Caractérisation 1.15 — Quand la variance est-elle nulle ?
\(\operatorname{V}(X)=0\) si et seulement si \(X=\operatorname{E}(X)\) avec probabilité \(1\).
Démonstration. Si \(X=m\) avec probabilité \(1\), tous les écarts de probabilité non nulle sont nuls, donc leur moyenne au carré vaut \(0\).
Réciproquement, supposons \(\operatorname{V}(X)=0\). C’est une somme de termes \((x_i-m)^2p_i\) tous positifs ou nuls. Aucun de ces termes ne peut être strictement positif, sinon leur somme le serait. Pour chaque valeur de probabilité \(p_i>0\), on a donc \((x_i-m)^2=0\), d’où \(x_i=m\). Ainsi \(X=m\) avec probabilité \(1\). Les éventuelles issues de probabilité nulle ne changent pas ce résultat.
Exemple de référence 1.16 — Une variable constante et une variable centrée
Si \(C\) vaut toujours \(5\), sa loi comporte une seule valeur de probabilité \(1\) : \(\operatorname{E}(C)=5\times1=5\), \(\operatorname{V}(C)=(5-5)^2\times1=0\) et \(\sigma(C)=0\).
En revanche, si \(T\) vaut \(-2\) ou \(2\) avec probabilité \(\frac12\) chacune, alors \[\operatorname{E}(T)=(-2)\times\frac12+2\times\frac12=-1+1=0, \qquad \operatorname{V}(T)=(-2-0)^2\times\frac12+(2-0)^2\times\frac12=2+2=4.\] Donc \(\sigma(T)=2\). Une espérance nulle ne signifie ni une variable nulle, ni une absence de dispersion.
Une deuxième voie de calcul : la formule de König–Huygens
Notation 1.17 — La variable carrée et le carré d’un nombre
\(X^2\) est la variable qui vaut \(X(\omega)^2\) sur l’issue \(\omega\). On distingue : \[\operatorname{E}(X^2)\quad\text{moyenne des carrés} \qquad\text{et}\qquad \bigl(\operatorname{E}(X)\bigr)^2\quad\text{carré de la moyenne}.\] Ces deux nombres ne sont généralement pas égaux.
Lemme 1.18 — Calculer la moyenne des carrés sans refaire une loi
Avec la loi \((x_i,p_i)\) de \(X\), on a \[\operatorname{E}(X^2)=x_1^2p_1+\cdots+x_r^2p_r.\]
Démonstration. Il peut arriver que deux valeurs distinctes, par exemple \(-2\) et \(2\), aient le même carré. Dans la loi de \(X^2\), on doit alors additionner leurs probabilités. Leur contribution à l’espérance est \(4(p_i+p_j)=4p_i+4p_j\). Plus généralement, regrouper toutes les colonnes donnant le même carré, puis multiplier ce carré par la somme des probabilités, donne exactement la même somme que garder toutes les contributions séparées. On obtient donc la formule annoncée, même lorsque des carrés coïncident.
Théorème 1.19 — Formule de König–Huygens
Pour toute variable aléatoire réelle sur un univers fini, \[\boxed{\operatorname{V}(X)=\operatorname{E}(X^2)-\bigl(\operatorname{E}(X)\bigr)^2.}\]
Démonstration. Posons \(m=\operatorname{E}(X)\). Pour une valeur quelconque \(x_i\), développons tous les produits avant de réduire : \[\begin{aligned} (x_i-m)^2 &=(x_i-m)(x_i-m)\\ &=x_i\times x_i+x_i\times(-m)+(-m)\times x_i+(-m)\times(-m)\\ &=x_i^2-mx_i-mx_i+m^2\\ &=x_i^2-2mx_i+m^2. \end{aligned}\] On applique cette identité à chaque terme de la définition de la variance : \[\operatorname{V}(X)=(x_1^2-2mx_1+m^2)p_1+\cdots+(x_r^2-2mx_r+m^2)p_r.\] Dans chaque parenthèse, la multiplication par \(p_i\) donne \(x_i^2p_i-2mx_ip_i+m^2p_i\). On regroupe les termes de même nature : \[\begin{aligned} \operatorname{V}(X) ={}&(x_1^2p_1+\cdots+x_r^2p_r)\\ &-2m(x_1p_1+\cdots+x_rp_r) +m^2(p_1+\cdots+p_r). \end{aligned}\] Le lemme identifie la première parenthèse à \(\operatorname{E}(X^2)\). La deuxième vaut \(m\) par définition de l’espérance, et la troisième vaut \(1\) parce qu’il s’agit de la somme des probabilités. Ainsi \[\operatorname{V}(X)=\operatorname{E}(X^2)-2m\times m+m^2\times1 =\operatorname{E}(X^2)-2m^2+m^2 =\operatorname{E}(X^2)-m^2.\] Enfin \(m=\operatorname{E}(X)\), ce qui donne la formule. Aucune hypothèse d’équiprobabilité ni d’indépendance n’a été utilisée.
Exemple de référence 1.20 — Contrôler le résultat par une autre méthode
Reprenons la loi \((-2,0,6)\) de probabilités \((\frac14,\frac12,\frac14)\), d’espérance \(1\) : \[\operatorname{E}(X^2)=(-2)^2\times\frac14+0^2\times\frac12+6^2\times\frac14 =4\times\frac14+0+36\times\frac14=1+9=10.\] Donc \(\operatorname{V}(X)=10-1^2=10-1=9\), en accord avec le calcul par les écarts. Attention : \(\operatorname{E}(X^2)=10\) alors que \((\operatorname{E}(X))^2=1\). Les confondre ferait disparaître à tort toute dispersion.
Méthode 1.21 — Lire une loi, calculer et contrôler ses trois indicateurs
Identifier la variable et son unité. Ne pas commencer par une formule si l’on ignore ce qui est mesuré.
Vérifier la loi. Valeurs distinctes, probabilités positives ou nulles, somme égale à \(1\) ; regrouper les valeurs répétées si nécessaire.
Calculer \(m=\operatorname{E}(X)\). Écrire chaque valeur multipliée par sa probabilité. Garder la valeur exacte de \(m\).
Choisir une voie pour la variance. Les écarts au carré montrent le sens ; König–Huygens est souvent plus rapide. Dans cette seconde voie, calculer d’abord \(\operatorname{E}(X^2)\), puis retrancher \(m^2\).
Prendre la racine positive pour obtenir \(\sigma(X)\) ; arrondir seulement à la fin.
Contrôler et interpréter. L’espérance reste entre les extrêmes ; la variance et l’écart type sont positifs ou nuls ; les unités sont cohérentes.
Un contrôle réussi ne prouve pas à lui seul que tous les calculs sont corrects, mais un contrôle échoué impose de rechercher une erreur.
Point de vigilance 1.22 — Trois raccourcis qui changent le calcul
Diviser la somme des valeurs par leur nombre suppose des valeurs équiprobables ; ce n’est pas une règle générale.
Remplacer \((x-m)^2\) par \(x^2-m^2\) oublie le terme \(-2mx\) et donne un mauvais signe au terme \(m^2\). Le développement correct est \(x^2-2mx+m^2\).
Une petite variance négative affichée après des arrondis prématurés n’est pas valable. Reprends le calcul avec les valeurs exactes ou une précision suffisante.
S’entraîner, expliquer, réparer et retrouver
À toi 1.23 — Essai guidé : compter des messages
Le nombre \(Y\) de messages reçus pendant une courte période a pour loi : \[\begin{array}{c|rrr} y&0&2&4\\ \hline \mathbb{P}(Y=y)&\frac14&\frac12&\frac14 \end{array}\]
Vérifie la loi, puis écris les trois produits donnant \(\operatorname{E}(Y)\).
Complète la ligne des écarts \(y-\operatorname{E}(Y)\), puis celle de leurs carrés.
Calcule \(\operatorname{V}(Y)\) et \(\sigma(Y)\) ; interprète l’espérance sans annoncer un résultat certain.
Indice : le tableau est symétrique autour de \(2\), ce qui offre un contrôle de l’espérance, mais n’exonère pas de la calculer.
Correction expliquée 1.24 — Correction de l’essai guidé
Les probabilités sont positives et \(\frac14+\frac12+\frac14=1\). \[\operatorname{E}(Y)=0\times\frac14+2\times\frac12+4\times\frac14=0+1+1=2.\] Les écarts sont \(0-2=-2\), \(2-2=0\) et \(4-2=2\), puis les carrés \(4,0,4\). Ainsi \[\operatorname{V}(Y)=4\times\frac14+0\times\frac12+4\times\frac14=1+0+1=2, \qquad \sigma(Y)=\sqrt2\approx1{,}414.\] Le nombre moyen théorique est de \(2\) messages par période, sans garantie d’en recevoir exactement \(2\) pendant une période particulière. La variance s’exprime en « messages au carré » et l’écart type en messages.
À toi 1.25 — Tentative sans consultation : un ajustement signé
Un ajustement \(Z\), en grammes, vaut \(-1\), \(1\) ou \(3\) avec probabilités respectives \(\frac12\), \(\frac14\), \(\frac14\). Sans relire les exemples, détermine sa loi, son espérance, sa variance et son écart type exact. Donne un arrondi de l’écart type au millième.
À consulter seulement en cas de blocage : écris séparément les trois produits pour \(\operatorname{E}(Z)\) et les trois produits pour \(\operatorname{E}(Z^2)\) ; le carré d’une valeur négative est positif. N’arrondis pas \(\operatorname{E}(Z)\) avant de la mettre au carré.
Correction expliquée 1.26 — Correction de la tentative
Le tableau comporte les trois valeurs distinctes \(-1,1,3\), avec des probabilités positives de somme \(\frac12+\frac14+\frac14=1\). \[\begin{aligned} \operatorname{E}(Z) &=(-1)\times\frac12+1\times\frac14+3\times\frac14\\ &=-\frac12+\frac14+\frac34 =-\frac24+\frac14+\frac34 =\frac24=\frac12. \end{aligned}\] La moyenne des carrés est \[\operatorname{E}(Z^2)=(-1)^2\times\frac12+1^2\times\frac14+3^2\times\frac14 =\frac12+\frac14+\frac94 =\frac24+\frac14+\frac94=\frac{12}4=3.\] Donc \[\operatorname{V}(Z)=3-\left(\frac12\right)^2=3-\frac14 =\frac{12}4-\frac14=\frac{11}4, \qquad \sigma(Z)=\sqrt{\frac{11}4}=\frac{\sqrt{11}}2\approx1{,}658\ \text{g}.\] La variance vaut \(\frac{11}4\ \text{g}^2\). Pour vérifier par les écarts, ceux-ci sont \(-\frac32,\frac12,\frac52\) : \[\frac94\times\frac12+\frac14\times\frac14+\frac{25}4\times\frac14 =\frac98+\frac1{16}+\frac{25}{16} =\frac{18+1+25}{16}=\frac{44}{16}=\frac{11}4.\] La moyenne \(\frac12\) est bien entre \(-1\) et \(3\), et la variance est positive.
À toi 1.27 — Justification personnelle
Un camarade affirme : « L’espérance doit être une valeur de la variable, et un écart type de \(3\) signifie qu’aucune valeur ne s’éloigne de plus de \(3\) de la moyenne. » Rédige une réfutation précise en utilisant la loi du capteur : valeurs \(-2,0,6\), probabilités \(\frac14,\frac12,\frac14\), moyenne \(1\) et écart type \(3\). Ta réponse doit distinguer une moyenne, une observation et une mesure de dispersion.
Correction expliquée 1.28 — Une réponse possible et ses critères
« La moyenne théorique est \(1\) mm, alors que les observations possibles sont seulement \(-2,0,6\) mm : elle n’est donc pas obligatoirement observable. L’écart type est \(3\) mm, mais la valeur \(6\) mm est à \(6-1=5\) mm de la moyenne. L’écart type n’est donc pas un écart maximal : il est la racine de la moyenne des carrés des écarts. » Une justification suffisante comporte les valeurs concrètes, le contre-exemple à chacune des affirmations et la signification correcte de l’écart type. Écrire seulement « c’est faux » ou réciter la formule sans l’utiliser ne suffit pas.
À toi 1.29 — Variation : même moyenne, même régularité ?
Le dispositif A fournit toujours la valeur \(2\). Le dispositif B fournit \(0\) ou \(4\), avec probabilité \(\frac12\) pour chacune. Compare leurs espérances et leurs variances. Lequel est le plus régulier ? Cette question change le modèle, pas seulement les nombres.
Correction expliquée 1.30 — Correction de la variation
Pour A, la loi est « \(2\) avec probabilité \(1\) » , donc \(\operatorname{E}(A)=2\) et \(\operatorname{V}(A)=(2-2)^2=0\).
Pour B, \(\operatorname{E}(B)=0\times\frac12+4\times\frac12=2\) et \[\operatorname{V}(B)=(0-2)^2\times\frac12+(4-2)^2\times\frac12 =4\times\frac12+4\times\frac12=2+2=4.\] Les moyennes sont identiques, mais A est parfaitement régulier tandis que B varie. Une moyenne seule ne décrit donc pas la dispersion d’une loi.
À toi 1.31 — Boucle de réparation : une moyenne non pondérée
Première erreur à analyser. Pour une variable \(R\) valant \(0\) avec probabilité \(\frac34\) et \(6\) avec probabilité \(\frac14\), un élève écrit \(\operatorname{E}(R)=(0+6)/2=3\). Explique l’erreur avant de regarder l’aide.
Rappel ciblé. Chaque valeur doit recevoir le poids de sa probabilité. On ne divise pas automatiquement par le nombre de colonnes.
Exemple plus simple corrigé. Si \(H\) vaut \(0\) avec probabilité \(\frac34\) et \(2\) avec probabilité \(\frac14\), alors \(\operatorname{E}(H)=0\times\frac34+2\times\frac14=\frac12\), et non \(1\). On a aussi \(\operatorname{E}(H^2)=0+4\times\frac14=1\), donc \(\operatorname{V}(H)=1-(\frac12)^2=\frac34\).
Nouvel essai. Une variable \(K\) vaut \(1\) avec probabilité \(\frac34\) et \(5\) avec probabilité \(\frac14\). Calcule \(\operatorname{E}(K)\) puis \(\operatorname{V}(K)\) avant de poursuivre.
Correction expliquée 1.32 — Nouvel essai corrigé et retour à la première erreur
Pour le nouvel essai, \[\operatorname{E}(K)=1\times\frac34+5\times\frac14=\frac34+\frac54=\frac84=2.\] Puis \(\operatorname{E}(K^2)=1^2\times\frac34+5^2\times\frac14=\frac34+\frac{25}4=7\). Donc \(\operatorname{V}(K)=7-2^2=7-4=3\).
Revenons maintenant à \(R\). La probabilité de \(0\) est trois fois celle de \(6\) ; le calcul non pondéré les traitait à tort de la même façon. Le calcul corrigé est \[\operatorname{E}(R)=0\times\frac34+6\times\frac14=\frac64=\frac32.\] Si l’on calcule aussi la dispersion, \(\operatorname{E}(R^2)=0+36\times\frac14=9\), puis \(\operatorname{V}(R)=9-(\frac32)^2=\frac{36}4-\frac94=\frac{27}4\). Le retour est réussi si tu sais expliquer le poids \(\frac14\), et pas seulement annoncer \(\frac32\).
À toi 1.33 — À reprendre plus tard, avant de relire
Demain ou après une autre unité, repars de cette seule donnée : une variable \(W\), en minutes, vaut \(-2,1,4\) avec probabilités \(\frac15,\frac35,\frac15\).
Retrouve \(\operatorname{E}(W)\), \(\operatorname{V}(W)\) et \(\sigma(W)\). Explique en une phrase pourquoi les probabilités doivent être utilisées et en une autre pourquoi la variance n’est pas exprimée en minutes.
Indice de secours : commence par les trois produits de l’espérance. Pour la variance, la valeur centrale de la loi peut rendre le calcul des écarts particulièrement simple.
Correction expliquée 1.34 — Correction de la reprise
La somme des probabilités est \(\frac15+\frac35+\frac15=1\). \[\operatorname{E}(W)=(-2)\times\frac15+1\times\frac35+4\times\frac15 =-\frac25+\frac35+\frac45=\frac55=1\ \text{min}.\] Les écarts à \(1\) sont \(-3,0,3\), dont les carrés sont \(9,0,9\) : \[\operatorname{V}(W)=9\times\frac15+0\times\frac35+9\times\frac15 =\frac{18}5\ \text{min}^2, \qquad \sigma(W)=\sqrt{\frac{18}5}\approx1{,}897\ \text{min}.\] Les poids ne sont pas égaux, donc une moyenne non pondérée n’est pas la méthode justifiée, même si la symétrie donne ici fortuitement le même résultat. La variance est la moyenne des carrés d’écarts en minutes, d’où l’unité \(\text{min}^2\). Tu peux contrôler par \(\operatorname{E}(W^2)=\frac45+\frac35+\frac{16}5=\frac{23}5\), puis \(\frac{23}5-1=\frac{18}5\).
Synthèse 1.35 — À retenir pour poursuivre
Une loi relie des valeurs distinctes à des probabilités. L’espérance est une moyenne pondérée, la variance une moyenne pondérée de carrés d’écarts, et l’écart type sa racine positive. \[\operatorname{E}(X)=x_1p_1+\cdots+x_rp_r,\qquad \operatorname{V}(X)=\operatorname{E}(X^2)-(\operatorname{E}(X))^2,\qquad \sigma(X)=\sqrt{\operatorname{V}(X)}.\] Toujours conserver les conditions, contrôler la somme des probabilités et annoncer les unités. Une moyenne ne résume pas à elle seule une loi.
2. Construire une somme et déterminer sa loi
Objectif. Définir un total sur une même expérience, organiser ses issues et regrouper leurs probabilités sans supposer à tort une indépendance.
Les outils nécessaires, disponibles ici
Rappel 2.1 — Variables, lois et chemins
Une variable aléatoire associe un nombre à chaque issue d’une expérience. Sa loi indique ses valeurs distinctes et leurs probabilités, dont la somme vaut \(1\).
Pour des événements disjoints, on additionne les probabilités. Sur un arbre, on multiplie les probabilités le long d’un chemin, puis on additionne celles des chemins disjoints qui réalisent l’événement recherché.
Une probabilité placée au second niveau d’un arbre se lit « probabilité sachant ce qui a déjà été obtenu » . Si \(\mathbb{P}(A)>0\), la règle du chemin est \[\mathbb{P}(A\cap B)=\mathbb{P}(A)\times\mathbb{P}_A(B),\] où \(\mathbb{P}_A(B)\) désigne la probabilité de \(B\) sachant \(A\). Si les deux épreuves sont indépendantes, la probabilité de la seconde ne dépend pas du résultat de la première.
À toi 2.2 — Repérage : un total n’est pas une issue
Deux modules donnent chacun un signal \(0\) ou \(1\). Une issue complète est le couple ordonné des deux signaux.
Les issues \((0;1)\) et \((1;0)\) sont-elles identiques ? Donnent-elles le même total ?
Si quatre couples sont équiprobables, la somme a-t-elle automatiquement des valeurs équiprobables ?
Après un tirage sans remise, peut-on garder automatiquement les probabilités de départ au deuxième tirage ?
Correction expliquée 2.3 — Correction et orientation
1. Les issues diffèrent : le premier signal n’est pas le même. Pourtant leurs totaux valent tous deux \(1\). Si cette distinction n’est pas claire, lis d’abord la définition point par point et la grille des couples.
2. Non. Il faut compter combien de couples donnent chaque somme, puis additionner leurs probabilités. La somme \(1\) provient ici de deux couples.
3. Non. Sans remise, le contenu disponible change : il faut le décrire avant de compléter la deuxième étape de l’arbre. L’exemple des jetons montre précisément ce changement.
Une même expérience, plusieurs mesures
Définition 2.4 — Somme de deux variables aléatoires
Soient \(X\) et \(Y\) deux variables définies sur le même univers \(\Omega\). Leur somme, notée \(S=X+Y\), est la variable définie, pour chaque issue \(\omega\), par \[\boxed{S(\omega)=X(\omega)+Y(\omega).}\] On réalise l’expérience une fois, on calcule les deux nombres correspondant à cette même issue, puis on les additionne. Aucune indépendance n’est nécessaire pour définir une somme.
Exemple de référence 2.5 — Lire deux composantes d’une même issue
On relève les signaux \(0\) ou \(1\) de deux modules. L’univers des couples possibles est \(\Omega=\{(0;0),(0;1),(1;0),(1;1)\}\). La variable \(X\) lit la première composante, \(Y\) la seconde et \(S\) leur total : \[\begin{array}{c|rrrr} \omega&(0;0)&(0;1)&(1;0)&(1;1)\\ \hline X(\omega)&0&0&1&1\\ Y(\omega)&0&1&0&1\\ S(\omega)&0+0=0&0+1=1&1+0=1&1+1=2 \end{array}\] À ce stade, le tableau définit les variables sans donner leurs probabilités. La relation \(S=X+Y\) est vraie sur chacune des quatre colonnes.
Les variables \(X\) et \(Y\) ont deux noms parce qu’elles lisent deux composantes différentes ; ce n’est pas une preuve d’indépendance. Cette dernière doit venir du modèle de l’expérience.
Définition 2.6 — Multiple, différence, total et moyenne
Si \(a\) est un réel, la variable \(aX\) vaut \(aX(\omega)\) sur l’issue \(\omega\). De même, \(X-Y\) vaut \(X(\omega)-Y(\omega)\).
Pour \(n\geq1\) variables \(X_1,\ldots,X_n\) définies sur la même expérience, on pose \[S_n=X_1+\cdots+X_n,\qquad M_n=\frac{X_1+\cdots+X_n}{n}.\] \(S_n\) est leur total et \(M_n\) leur moyenne. L’indice \(k\) dans \(X_k\) repère une composante ou une étape ; ce n’est ni une puissance ni une multiplication par \(k\).
Remarque 2.7 — Additionner des grandeurs qui ont un sens ensemble
Pour additionner deux durées, on les exprime dans la même unité. Ajouter un nombre de minutes à un nombre d’euros ne définit pas un total physique interprétable sans préciser un modèle de conversion.
Lorsque l’expérience comporte plusieurs étapes, on peut choisir pour issue la liste complète des résultats : les variables mesurant chaque étape sont alors bien définies sur la même expérience.
Contre-exemple 2.8 — Pourquoi deux observations ne sont pas le double d’une seule
Dans le tableau des signaux, prenons l’issue \(\omega=(0;1)\). On obtient \[(X+Y)(\omega)=0+1=1, \qquad (2X)(\omega)=2\times0=0.\] Les variables \(X+Y\) et \(2X\) ne sont donc pas égales : une seule issue où elles diffèrent suffit à le montrer.
En revanche, si deux quantités sont exactement le même nombre sur chaque issue, leur somme est bien son double. Par exemple, si l’on choisit au hasard un modèle de carnet et qu’on achète deux exemplaires au même prix \(X\), le prix payé est \(2X\) ; ce ne sont pas deux choix indépendants de carnet.
Obtenir la loi d’une somme
Proposition 2.9 — Regrouper les couples donnant le même total
Pour déterminer \(\mathbb{P}(X+Y=s)\), on cherche tous les couples \((x;y)\) effectivement possibles qui vérifient \(x+y=s\), puis on additionne leurs probabilités : \[\mathbb{P}(X+Y=s) =\text{somme des }\mathbb{P}(\{X=x\}\cap\{Y=y\})\text{ pour ces couples}.\]
Démonstration. À chaque issue, les deux variables prennent un seul couple de valeurs. Les événements correspondant à deux couples distincts sont donc disjoints. Leur réunion, lorsque les sommes valent \(s\), est exactement l’événement \(\{X+Y=s\}\). La règle d’addition des probabilités d’événements disjoints s’applique.
Vocabulaire 2.10 — Probabilités conjointes et lois marginales
Une probabilité conjointe, telle que \(\mathbb{P}(\{X=x\}\cap\{Y=y\})\), décrit ce qui arrive aux deux variables ensemble.
Les lois de \(X\) seul et de \(Y\) seul sont parfois appelées leurs lois marginales. Le mot rappelle que, dans un tableau à double entrée de probabilités conjointes, on obtient ces lois en additionnant les lignes ou les colonnes, puis en plaçant les totaux dans les marges.
Ce vocabulaire aide à lire un tableau ; il ne remplace pas la description de l’expérience.
Remarque 2.11 — Utiliser l’indépendance lorsqu’elle vient du modèle
Dans une expérience composée de deux épreuves indépendantes, une variable observant la première épreuve et une variable observant la seconde sont dites indépendantes. La probabilité d’obtenir le couple \((x;y)\) est alors \[\mathbb{P}(\{X=x\}\cap\{Y=y\})=\mathbb{P}(X=x)\times\mathbb{P}(Y=y).\] La raison est celle du produit le long d’un chemin : la seconde probabilité reste la même quel que soit le résultat de la première épreuve.
Dans le parcours principal, l’indépendance provient de la manière dont l’expérience est réalisée ou d’une hypothèse du modèle. On ne l’invente pas parce que deux variables ont des noms différents ou parce que leur addition semble commode.
Exemple de référence 2.12 — Deux signaux indépendants : une somme non équiprobable
Reprenons deux modules donnant chacun \(0\) ou \(1\) avec probabilité \(\frac12\), et supposons les modules indépendants. Le total est \(S=X+Y\). \[\begin{array}{c|cc|c} &Y=0&Y=1&\text{Total de ligne}\\ \hline X=0&\frac12\times\frac12=\frac14&\frac12\times\frac12=\frac14&\frac12\\ X=1&\frac12\times\frac12=\frac14&\frac12\times\frac12=\frac14&\frac12\\ \hline \text{Total de colonne}&\frac12&\frac12&1 \end{array}\] Pour \(S=0\), seul le couple \((0;0)\) convient, donc \(\mathbb{P}(S=0)=\frac14\). Pour \(S=2\), seul le couple \((1;1)\) convient, donc \(\mathbb{P}(S=2)=\frac14\). Pour \(S=1\), deux couples disjoints conviennent : \[\{S=1\}=\{\text{couple }(0;1)\}\cup\{\text{couple }(1;0)\}, \qquad \mathbb{P}(S=1)=\frac14+\frac14=\frac12.\] La loi est donc \[\begin{array}{c|rrr} s&0&1&2\\ \hline \mathbb{P}(S=s)&\frac14&\frac12&\frac14 \end{array}\] Les quatre couples sont équiprobables, mais les trois sommes ne le sont pas. Le contrôle \(\frac14+\frac12+\frac14=1\) confirme que tous les cas ont été regroupés.
Lecture. Chaque case de la grille a la probabilité \(\frac14\). Les cases \((0;1)\) et \((1;0)\) donnent toutes deux le total \(1\) ; leurs probabilités s’additionnent et donnent \(\frac12\).
Exemple de référence 2.13 — Sans remise : suivre ce qui reste avant de calculer
Une boîte contient deux jetons bleus et un jeton orange. On tire deux jetons successivement sans remise, au hasard parmi les jetons restants. On note \(X\) puis \(Y\) les scores des deux tirages : un bleu vaut \(1\), un orange vaut \(0\). Le total \(S=X+Y\) compte les bleus obtenus.
Au premier tirage, \(\mathbb{P}(B)=\frac23\) et \(\mathbb{P}(O)=\frac13\). Après un bleu, il reste un bleu et un orange : les probabilités du second tirage sont \(\frac12\) et \(\frac12\). Après un orange, il ne reste que deux bleus : la probabilité d’un bleu est \(1\) et celle d’un orange \(0\).
Les chemins possibles ont donc les probabilités \[\mathbb{P}(BB)=\frac23\times\frac12=\frac13,\quad \mathbb{P}(BO)=\frac23\times\frac12=\frac13,\quad \mathbb{P}(OB)=\frac13\times1=\frac13.\] Le chemin \(OO\) est impossible : il n’existe qu’un seul jeton orange, qui n’est pas remis.
Le total vaut \(2\) sur \(BB\) et \(1\) sur \(BO\) ou \(OB\). Ainsi \[\begin{array}{c|rr} s&1&2\\ \hline \mathbb{P}(S=s)&\frac13+\frac13=\frac23&\frac13 \end{array}\] La deuxième épreuve dépend de la première : ses probabilités changent selon le premier résultat. Multiplier \(\frac23\) par \(\frac23\) pour calculer \(\mathbb{P}(BB)\) aurait conservé à tort la composition initiale.
Lecture. Après un bleu, il reste un jeton de chaque couleur. Après un orange, il ne reste que des bleus. Les chemins \(BB\), \(BO\) et \(OB\) ont chacun la probabilité \(\frac13\) ; \(OO\) est impossible.
Question que tu peux te poser 2.14 — Le deuxième tirage a-t-il pourtant la même loi que le premier ?
Oui, dans l’exemple sans remise. Au deuxième tirage, un bleu est obtenu sur \(BB\) ou \(OB\), donc \(\mathbb{P}(Y=1)=\frac13+\frac13=\frac23\). Un orange est obtenu seulement sur \(BO\), donc \(\mathbb{P}(Y=0)=\frac13\).
Les variables \(X\) et \(Y\) ont ainsi la même loi, mais la seconde épreuve n’est pas indépendante de la première. Même loi signifie mêmes probabilités pour les valeurs prises séparément ; indépendance concerne la façon dont les deux résultats sont liés.
Ce que les lois séparées ne disent pas
Contre-exemple 2.15 — Trois liaisons, les mêmes lois séparées, trois lois de somme
Dans les trois modèles suivants, \(X\) et \(Y\) valent chacune \(0\) ou \(1\) avec probabilité \(\frac12\).
Modèle A : on réalise deux choix indépendants.
Modèle B : on réalise un choix pour \(X\), puis on recopie exactement ce résultat : \(Y=X\).
Modèle C : on réalise un choix pour \(X\), puis on prend l’autre valeur : \(Y=1-X\).
Voici les probabilités des couples : \[\begin{array}{c|rrrr} \text{Couple }(X;Y)&(0;0)&(0;1)&(1;0)&(1;1)\\ \hline \text{Modèle A}&\frac14&\frac14&\frac14&\frac14\\ \text{Modèle B}&\frac12&0&0&\frac12\\ \text{Modèle C}&0&\frac12&\frac12&0 \end{array}\] Par exemple, dans le modèle C, la probabilité que \(Y=0\) vaut \(\frac12\), car cela correspond au seul couple \((1;0)\). Chaque modèle redonne donc bien les lois séparées annoncées.
En regroupant les couples selon leur somme, on obtient : \[\begin{array}{c|rrr} \text{Valeur }s\text{ de }S=X+Y&0&1&2\\ \hline \text{Modèle A}&\frac14&\frac12&\frac14\\ \text{Modèle B}&\frac12&0&\frac12\\ \text{Modèle C}&0&1&0 \end{array}\] Les lois marginales sont identiques d’un modèle à l’autre, mais les lois de la somme diffèrent. Elles ne suffisent donc pas, à elles seules, pour déterminer celle de \(X+Y\).
Point de vigilance 2.16 — Valeurs candidates et valeurs effectivement réalisables
Si \(X\) et \(Y\) peuvent chacune prendre \(0\) et \(1\), les sommes candidates sont \(0,1,2\). Mais dans le modèle C, seule la valeur \(1\) est effectivement réalisée ; les deux autres ont une probabilité nulle.
Écrire toutes les sommes \(x+y\) possibles arithmétiquement constitue un début de recherche, pas une preuve que chaque couple existe dans l’expérience.
Méthode 2.17 — Construire une loi de somme
Décrire une issue complète. Que sait-on après une réalisation de toutes les étapes ?
Définir chaque variable et écrire le total recherché. Vérifier la relation sur une issue concrète.
Choisir une représentation. Un tableau convient à deux listes de valeurs ; un arbre est pratique quand les probabilités changent après la première étape.
Calculer les probabilités conjointes. Produit des probabilités si l’indépendance vient du modèle ; produit de probabilités conditionnelles sinon. Si aucune information ne permet ces calculs, dire que les données sont insuffisantes.
Regrouper les mêmes totaux. Plusieurs couples peuvent donner une même valeur ; additionner leurs probabilités, sans les compter deux fois.
Contrôler. Probabilités positives ou nulles, total \(1\), absence de valeur incompatible avec les règles, cohérence des unités.
Pour connaître seulement une espérance, on pourra parfois éviter cette construction complète grâce à la linéarité. Mais cette méthode donne la loi entière, qui contient davantage d’informations qu’une moyenne.
Le parcours pour maîtriser la construction
À toi 2.18 — Essai guidé : deux contributions de même taille
Deux opérations indépendantes apportent chacune \(0\) ou \(2\) points. Pour la première, \(X=0\) et \(X=2\) sont équiprobables. Pour la seconde, \(\mathbb{P}(Y=0)=\frac13\) et \(\mathbb{P}(Y=2)=\frac23\). On étudie \(S=X+Y\).
Fais un tableau à deux lignes \(X=0,2\) et deux colonnes \(Y=0,2\).
Écris la probabilité et la somme associées à chaque case.
Regroupe les cases de somme \(2\), puis donne la loi de \(S\).
Indice : le total \(2\) peut venir d’une contribution nulle suivie d’une contribution de \(2\), ou de l’ordre inverse. Ces deux probabilités ne sont pas égales ici.
Correction expliquée 2.19 — Correction de l’essai guidé
L’indépendance autorise les produits suivants : \[\begin{array}{c|cc} &Y=0&Y=2\\ \hline X=0&\mathbb{P}=\frac12\times\frac13=\frac16,\ S=0& \mathbb{P}=\frac12\times\frac23=\frac13,\ S=2\\ X=2&\mathbb{P}=\frac12\times\frac13=\frac16,\ S=2& \mathbb{P}=\frac12\times\frac23=\frac13,\ S=4 \end{array}\] Pour \(S=2\), on additionne les deux cases : \(\mathbb{P}(S=2)=\frac13+\frac16=\frac26+\frac16=\frac36=\frac12\). La loi est \[\begin{array}{c|rrr} s&0&2&4\\ \hline \mathbb{P}(S=s)&\frac16&\frac12&\frac13 \end{array}\] Le contrôle donne \(\frac16+\frac12+\frac13=\frac16+\frac36+\frac26=1\). Même s’il y a trois totaux possibles, leurs probabilités ne valent pas toutes \(\frac13\).
À toi 2.20 — Tentative sans consultation : des retards liés
Une transmission peut subir un retard \(X\) de \(0\) ou \(2\) secondes au premier poste, avec probabilités \(\frac34\) et \(\frac14\). Au second poste, le retard \(Y\) vaut \(0\) ou \(3\) secondes :
après un premier retard nul, la probabilité que \(Y=3\) est \(\frac15\) ;
après un premier retard de \(2\) secondes, la probabilité que \(Y=3\) est \(\frac35\).
Détermine la loi du retard total \(S=X+Y\). Justifie les probabilités des chemins et contrôle le tableau obtenu.
Indice de secours : les probabilités que \(Y=0\) sont les compléments à \(1\) de celles données, et dépendent elles aussi de la première branche.
Correction expliquée 2.21 — Correction de la tentative
Après \(X=0\), la probabilité de \(Y=0\) est \(1-\frac15=\frac45\). Après \(X=2\), elle est \(1-\frac35=\frac25\). On calcule alors, chemin par chemin : \[\begin{array}{c|c|c} \text{Couple}&\text{Probabilité du chemin}&\text{Total}\\ \hline (0;0)&\frac34\times\frac45=\frac{12}{20}=\frac35&0\\ (0;3)&\frac34\times\frac15=\frac3{20}&3\\ (2;0)&\frac14\times\frac25=\frac2{20}=\frac1{10}&2\\ (2;3)&\frac14\times\frac35=\frac3{20}&5 \end{array}\] Ici, les quatre totaux sont distincts : aucun regroupement supplémentaire n’est nécessaire. En les rangeant dans l’ordre croissant, \[\begin{array}{c|rrrr} s&0&2&3&5\\ \hline \mathbb{P}(S=s)&\frac35&\frac1{10}&\frac3{20}&\frac3{20} \end{array}\] Le contrôle est \(\frac{12}{20}+\frac2{20}+\frac3{20}+\frac3{20}=\frac{20}{20}=1\). On n’a pas utilisé l’indépendance : les probabilités conditionnelles étaient explicitement données et différentes selon le premier retard. Les totaux sont exprimés en secondes, comme les deux contributions.
À toi 2.22 — Justification personnelle : que manque-t-il ?
On te donne seulement : « \(X\) et \(Y\) valent chacune \(0\) ou \(1\) avec probabilité \(\frac12\). » Un élève conclut : « \(\mathbb{P}(X+Y=1)=\frac12\), puisque l’on multiplie toujours les probabilités des deux valeurs. » Explique pourquoi cette conclusion n’est pas imposée par les données. Donne deux expériences compatibles avec les lois séparées et qui produisent deux réponses différentes.
Correction expliquée 2.23 — Réponse possible et critères
Si les deux choix sont indépendants, les couples \((0;1)\) et \((1;0)\) ont chacun la probabilité \(\frac14\), d’où \(\mathbb{P}(X+Y=1)=\frac12\). Mais si l’on tire seulement \(X\), puis recopie sa valeur pour définir \(Y=X\), les lois séparées restent les mêmes et la somme vaut seulement \(0\) ou \(2\). On a alors \(\mathbb{P}(X+Y=1)=0\).
Les données ne décrivent pas la liaison entre \(X\) et \(Y\). Le produit des probabilités marginales n’est pas une règle générale : il convient au modèle indépendant.
Une réponse complète donne deux modèles, vérifie qu’ils gardent les mêmes lois séparées, puis montre que la probabilité de la somme change. Le simple mot « dépendance » sans exemple ne démontre pas l’insuffisance des données.
À toi 2.24 — Variation de condition : remettre ou ne pas remettre
Une boîte contient deux jetons bleus de score \(1\) et un orange de score \(0\). On effectue cette fois deux tirages avec remise, en mélangeant avant chaque tirage. On suppose les tirages indépendants.
Détermine la loi du total, puis compare-la au modèle sans remise, dont la loi est \(\mathbb{P}(S=1)=\frac23\), \(\mathbb{P}(S=2)=\frac13\). Quel total auparavant impossible devient possible ?
Correction expliquée 2.25 — Correction de la variation
La remise reconstitue la boîte initiale. À chaque tirage, les probabilités sont donc \(\frac23\) pour un bleu et \(\frac13\) pour un orange, quel que soit le premier résultat. \[\mathbb{P}(BB)=\frac23\times\frac23=\frac49,\qquad \mathbb{P}(BO)=\frac23\times\frac13=\frac29,\] \[\mathbb{P}(OB)=\frac13\times\frac23=\frac29,\qquad \mathbb{P}(OO)=\frac13\times\frac13=\frac19.\] Le total \(0\) correspond à \(OO\), le total \(1\) à \(BO\) ou \(OB\), le total \(2\) à \(BB\). La loi est \[\begin{array}{c|rrr} s&0&1&2\\ \hline \mathbb{P}(S=s)&\frac19&\frac49&\frac49 \end{array}\] On vérifie \(\frac19+\frac49+\frac49=1\). Le total \(0\) devient possible parce que le jeton orange a été remis après le premier tirage. La loi du total a changé, alors que les lois séparées de chacun des deux tirages sont les mêmes dans les deux modèles.
À toi 2.26 — Boucle de réparation : trois totaux, donc un tiers chacun ?
Première erreur. Deux signaux indépendants valent chacun \(0\) ou \(1\) avec probabilité \(\frac12\). Un élève écrit : « La somme vaut \(0,1,2\), donc chaque probabilité vaut \(\frac13\). » Localise l’erreur.
Rappel ciblé. L’équiprobabilité concerne les issues décrites par le modèle, pas automatiquement les valeurs de la somme. Plusieurs issues peuvent produire une même valeur.
Exemple plus simple corrigé. On tire au hasard une carte parmi quatre cartes distinctes portant les nombres \(0,1,1,2\). Les cartes sont équiprobables ; le nombre \(1\) apparaît sur deux cartes. Sa probabilité vaut donc \(\frac24=\frac12\), et non \(\frac13\).
Nouvel essai. Le premier signal vaut \(0\) ou \(1\) avec probabilité \(\frac12\) ; le second, indépendant, vaut \(0\) avec probabilité \(\frac14\) et \(1\) avec probabilité \(\frac34\). Détermine la loi du total avant de lire la correction.
Correction expliquée 2.27 — Nouvel essai corrigé et retour à l’erreur
Les probabilités des couples sont : \[\begin{array}{c|rrrr} \text{Couple}&(0;0)&(0;1)&(1;0)&(1;1)\\ \hline \text{Probabilité}&\frac12\times\frac14=\frac18& \frac12\times\frac34=\frac38& \frac12\times\frac14=\frac18& \frac12\times\frac34=\frac38 \end{array}\] Le total \(1\) provient de deux couples, donc \(\mathbb{P}(S=1)=\frac38+\frac18=\frac48=\frac12\). La loi est \((0,1,2)\) avec probabilités \((\frac18,\frac12,\frac38)\) ; leur somme est \(\frac18+\frac48+\frac38=1\).
Revenons aux deux signaux équiprobables de la première erreur. Les quatre couples ont chacun la probabilité \(\frac14\). Il y a une façon d’obtenir \(0\), deux d’obtenir \(1\) et une d’obtenir \(2\), d’où les probabilités \(\frac14,\frac12,\frac14\). L’erreur était de donner le même poids à des totaux qui ne regroupent pas le même nombre d’issues équiprobables.
À toi 2.28 — À reprendre plus tard : changer de représentation
Après une pause ou demain, sans relire les tableaux, considère trois modules indépendants donnant chacun \(0\) ou \(1\) avec probabilité \(\frac12\). On note \(X_1,X_2,X_3\) les trois signaux et \(T=X_1+X_2+X_3\).
Énumère les issues complètes, détermine leur probabilité, puis trouve la loi de \(T\). Explique pourquoi \(T\) n’est pas la variable \(3X_1\).
Indice de secours : une issue est un triplet ordonné. Pour chaque choix des deux premiers signaux, le troisième possède deux possibilités. Tu dois trouver huit triplets, pas seulement quatre totaux.
Correction expliquée 2.29 — Correction de la reprise
Les huit triplets sont \[\begin{gathered} (0;0;0),\ (0;0;1),\ (0;1;0),\ (0;1;1),\\ (1;0;0),\ (1;0;1),\ (1;1;0),\ (1;1;1). \end{gathered}\] Chaque triplet a la probabilité \(\frac12\times\frac12\times\frac12=\frac18\), grâce à l’indépendance. Le total \(0\) provient de \((0;0;0)\) ; le total \(3\) de \((1;1;1)\). Le total \(1\) provient de \((0;0;1),(0;1;0),(1;0;0)\), soit une probabilité \(\frac18+\frac18+\frac18=\frac38\). Le total \(2\) provient des trois autres triplets : \[\begin{array}{c|rrrr} t&0&1&2&3\\ \hline \mathbb{P}(T=t)&\frac18&\frac38&\frac38&\frac18 \end{array}\] On contrôle \(\frac18+\frac38+\frac38+\frac18=1\). Enfin, sur l’issue \((0;1;0)\), on a \(T=1\) mais \(3X_1=3\times0=0\). Les deux variables ne sont donc pas égales.
Synthèse 2.30 — À retenir avant de calculer les moments d’un total
Une somme se définit sur une même expérience, sans condition d’indépendance. Pour obtenir sa loi, il faut connaître les probabilités des couples ou des chemins, puis regrouper ceux qui donnent le même total.
Les lois séparées ne suffisent pas toujours ; la dépendance compte. L’indépendance permet des produits de probabilités marginales lorsqu’elle vient du modèle. Enfin, additionner plusieurs observations n’est pas multiplier une seule observation par leur nombre.
3. Linéarité de l’espérance : calculer une moyenne sans trouver toute la loi
Objectif. Reconnaître une somme ou une transformation affine, calculer son espérance et expliquer pourquoi l’indépendance n’est pas nécessaire.
Le point de départ : une moyenne pondérée
Rappel 3.1 — Les outils nécessaires pour lire cette unité
Une variable aléatoire finie \(X\) associe un nombre à chaque issue d’une expérience. Si ses valeurs distinctes sont \(x_1,\ldots,x_r\), de probabilités \(q_1,\ldots,q_r\), alors \[q_1+\cdots+q_r=1 \qquad\text{et}\qquad \operatorname{E}(X)=x_1q_1+\cdots+x_rq_r.\] L’espérance est donc une moyenne pondérée par les probabilités, pas nécessairement une valeur prise par \(X\). Si \(X\) est un gain en euros, son espérance s’exprime en euros.
La variable \(X+Y\) prend, sur chaque issue, la valeur obtenue en ajoutant les valeurs de \(X\) et de \(Y\) sur cette même issue. Les deux variables doivent ainsi être définies dans un même modèle : si l’on réalise deux expériences, une issue du modèle complet enregistre les deux résultats.
Enfin, la distributivité donne \(a(u+v)=au+av\). On peut lire la même égalité de droite à gauche pour factoriser : \(au+av=a(u+v)\).
À toi 3.2 — Repérage : qu’est-ce qui bloque ?
Avant de poursuivre, réponds à ces trois questions.
\(X\) vaut \(2\) avec la probabilité \(3/4\) et \(6\) avec la probabilité \(1/4\). Calculer \(\operatorname{E}(X)\).
Un gain vaut toujours \(5\) euros. Quelle est son espérance ?
Si \(\operatorname{E}(X)=3\) et \(\operatorname{E}(Y)=1\), penses-tu que l’on puisse calculer \(\operatorname{E}(X+Y)\) sans connaître l’indépendance de \(X\) et de \(Y\) ? Formule une hypothèse ; sa justification arrive dans la démonstration.
Correction expliquée 3.3 — Correction et orientation
\(\operatorname{E}(X)=2\times\dfrac34+6\times\dfrac14=\dfrac64+\dfrac64=\dfrac{12}{4}=3\). On multiplie chaque valeur par sa probabilité, puis on additionne. Si tu as obtenu \(4\), tu as probablement calculé la moyenne non pondérée de \(2\) et \(6\) : relis le rappel précédent.
Une variable constante égale à \(5\) prend cette valeur avec la probabilité \(1\). Son espérance vaut donc \(5\times1=5\). Le nombre de fois où l’on écrit cette constante dans un tableau ne change pas cette moyenne.
Oui : on obtiendra \(3+1=4\), que les variables soient indépendantes ou non. Si tu avais pensé que l’indépendance était indispensable, garde cette réponse à l’esprit : le théorème de cette unité explique exactement pourquoi elle ne l’est pas pour une espérance.
Pourquoi peut-on additionner les espérances ?
Exemple de référence 3.4 — Passer des issues à la loi sans changer la moyenne
Une expérience a trois issues \(\omega_1,\omega_2,\omega_3\) de probabilités respectives \(1/4\), \(1/2\), \(1/4\). La variable \(X\) vaut respectivement \(2\), \(2\), \(6\).
| Issue | \(\omega_1\) | \(\omega_2\) | \(\omega_3\) |
|---|---|---|---|
| Probabilité | \(1/4\) | \(1/2\) | \(1/4\) |
| Valeur de \(X\) | \(2\) | \(2\) | \(6\) |
La valeur \(2\) provient de deux issues disjointes : \[\mathbb{P}(X=2)=\frac14+\frac12=\frac14+\frac24=\frac34.\] Ainsi, avec la loi de \(X\), \[\operatorname{E}(X)=2\times\frac34+6\times\frac14 =\frac64+\frac64=\frac{12}{4}=3.\] Le calcul par issues donne exactement la même somme après regroupement : \[2\times\frac14+2\times\frac12+6\times\frac14 =2\left(\frac14+\frac12\right)+6\times\frac14=3.\] Ce qui change : on regroupe les issues qui donnent la même valeur. Ce qui ne change pas : leur contribution totale à la moyenne.
Lecture. Les deux premières issues, de probabilités un quart et un demi, donnent toutes deux la valeur 2 : leur probabilité totale est trois quarts. La troisième issue donne 6 avec la probabilité un quart. Les deux lectures de la moyenne donnent 3.
Lemme 3.5 — Calculer l’espérance directement sur les issues
Dans un univers fini \(\Omega=\{\omega_1,\ldots,\omega_m\}\), on note \(p_j=\mathbb{P}(\{\omega_j\})\) la probabilité de l’issue \(\omega_j\). Alors, pour toute variable aléatoire \(X\), \[\operatorname{E}(X)=X(\omega_1)p_1+\cdots+X(\omega_m)p_m.\] Ici, \(X(\omega_j)\) signifie « valeur de \(X\) lorsque l’issue \(\omega_j\) se réalise » . Ces valeurs ne sont pas nécessairement distinctes, et les probabilités ne sont pas nécessairement égales.
Démonstration. Regroupons, dans la somme de droite, tous les termes pour lesquels \(X\) prend une même valeur \(x\). Si cette valeur provient, par exemple, des issues \(\omega_2\), \(\omega_5\) et \(\omega_8\), leur contribution vaut \[xp_2+xp_5+xp_8=x(p_2+p_5+p_8).\] Les issues étant disjointes, \(p_2+p_5+p_8=\mathbb{P}(X=x)\). Ce groupe de termes vaut donc \(x\mathbb{P}(X=x)\).
On procède de même pour chaque valeur distincte de \(X\). Chaque issue appartient à un seul groupe, donc aucun terme n’est omis ni compté deux fois. On retrouve exactement la somme qui définit \(\operatorname{E}(X)\) à partir de la loi de \(X\). Cela démontre le lemme, y compris si certaines issues ont une probabilité nulle.
Théorème 3.6 — Linéarité de l’espérance
Soient \(X,Y\) deux variables aléatoires finies définies sur un même univers, et \(a,b\) deux nombres réels fixés. Alors \[\boxed{\operatorname{E}(aX+bY)=a\operatorname{E}(X)+b\operatorname{E}(Y).}\] En particulier, \[\operatorname{E}(X+Y)=\operatorname{E}(X)+\operatorname{E}(Y),\qquad \operatorname{E}(X-Y)=\operatorname{E}(X)-\operatorname{E}(Y),\qquad \operatorname{E}(aX)=a\operatorname{E}(X).\] Aucune hypothèse d’indépendance n’est nécessaire.
Démonstration. Notons les issues \(\omega_1,\ldots,\omega_m\), leurs probabilités \(p_1,\ldots,p_m\), et posons \(x_j=X(\omega_j)\), \(y_j=Y(\omega_j)\). Sur l’issue \(\omega_j\), la variable \(aX+bY\) vaut \(ax_j+by_j\). D’après le lemme de regroupement, \[\begin{align*} \operatorname{E}(aX+bY) &=(ax_1+by_1)p_1+\cdots+(ax_m+by_m)p_m\\ &=ax_1p_1+by_1p_1+\cdots+ax_mp_m+by_mp_m\\ &=a(x_1p_1+\cdots+x_mp_m) +b(y_1p_1+\cdots+y_mp_m)\\ &=a\operatorname{E}(X)+b\operatorname{E}(Y). \end{align*}\] La deuxième ligne distribue chaque probabilité ; la troisième regroupe séparément les termes contenant \(a\) et ceux contenant \(b\) ; la dernière applique de nouveau le lemme. On n’a utilisé que des sommes finies et la distributivité : l’indépendance n’intervient à aucune étape.
Les cas particuliers s’obtiennent en prenant respectivement \((a,b)=(1,1)\), \((1,-1)\) et \((a,0)\).
Intuition et représentation 3.7 — La moyenne d’un total
Imagine un tableau dans lequel chaque ligne représente une issue, avec deux colonnes de gains \(X\) et \(Y\) et une colonne de probabilités. On peut soit additionner les deux gains de chaque ligne, puis calculer la moyenne pondérée, soit calculer les deux moyennes pondérées et les additionner. La distributivité garantit le même résultat.
Cette image aide à comprendre la preuve parce que les deux colonnes utilisent les mêmes lignes et les mêmes poids. Elle ne dit pas que les gains sont indépendants, ni qu’une somme observée sera toujours égale à sa moyenne. Elle ne permet pas non plus de remplacer une moyenne de carrés par le carré d’une moyenne.
Corollaire 3.8 — Espérance d’une constante, d’une transformation affine et d’une somme finie
Si \(c\) est un réel fixé, la variable constante égale à \(c\) a pour espérance \(c\). Par conséquent, pour \(a,c\in\mathbb{R}\), \[\boxed{\operatorname{E}(aX+c)=a\operatorname{E}(X)+c.}\] Plus généralement, pour un entier \(n\ge1\), des variables \(X_1,\ldots,X_n\) sur un même univers et des réels fixés \(a_1,\ldots,a_n\), \[\operatorname{E}(a_1X_1+\cdots+a_nX_n+c) =a_1\operatorname{E}(X_1)+\cdots+a_n\operatorname{E}(X_n)+c.\] Là encore, l’indépendance n’est pas requise.
Démonstration. Une constante vaut \(c\) avec la probabilité \(1\), donc son espérance est \(c\times1=c\). On applique alors le théorème à \(aX\) et à cette constante pour obtenir la première formule.
Pour trois variables, par exemple, \[\operatorname{E}(X_1+X_2+X_3) =\operatorname{E}(X_1+X_2)+\operatorname{E}(X_3) =\operatorname{E}(X_1)+\operatorname{E}(X_2)+\operatorname{E}(X_3).\] En ajoutant une variable à la fois, le même raisonnement prouve l’égalité pour tout nombre fini de termes. On applique ensuite la règle \(\operatorname{E}(a_iX_i)=a_i\operatorname{E}(X_i)\) à chacun d’eux, puis la règle de la constante.
Des applications où la structure compte plus que la loi
Exemple de référence 3.9 — Deux gains dépendants : l’espérance s’additionne tout de même
Une seule expérience produit le tableau suivant ; les gains sont en euros.
| Issue | \(\omega_1\) | \(\omega_2\) | \(\omega_3\) |
|---|---|---|---|
| Probabilité | \(1/4\) | \(1/2\) | \(1/4\) |
| \(X\) | \(2\) | \(2\) | \(6\) |
| \(Y\) | \(4\) | \(0\) | \(0\) |
| \(X+Y\) | \(6\) | \(2\) | \(6\) |
Ces variables ne sont pas indépendantes : savoir que \(X=6\) exclut le gain \(Y=4\), alors que ce gain est possible avant de connaître \(X\).
On calcule néanmoins \[\operatorname{E}(X)=2\times\frac14+2\times\frac12+6\times\frac14=3, \qquad \operatorname{E}(Y)=4\times\frac14+0\times\frac12+0\times\frac14=1.\] Ainsi, sans chercher la loi de la somme, \[\operatorname{E}(X+Y)=\operatorname{E}(X)+\operatorname{E}(Y)=3+1=4.\] Contrôle par une autre voie. La somme vaut \(6\) avec la probabilité \(1/4+1/4=1/2\), et \(2\) avec la probabilité \(1/2\). Donc son espérance vaut aussi \[6\times\frac12+2\times\frac12=3+1=4.\] Le contrôle confirme le calcul sur cet exemple ; c’est la démonstration du théorème, et non cet exemple seul, qui établit la règle générale.
Exemple de référence 3.10 — Un gain transformé et un coût fixe
On sait que \(\operatorname{E}(X)=3\) et l’on définit le gain \(G=5X-4\), en euros. Alors \[\operatorname{E}(G)=5\operatorname{E}(X)-4=5\times3-4=15-4=11.\] Le terme \(-4\) est une variable constante : il vaut \(-4\) sur chaque issue et son espérance est \((-4)\times1=-4\). On ne le multiplie ni par le nombre de valeurs de \(X\) ni par \(\operatorname{E}(X)\).
Interprétation. Le gain moyen théorique est \(11\) euros par partie. Cela ne signifie ni que chaque partie rapporte \(11\) euros, ni que \(G\) prend nécessairement cette valeur. Si \(X\) suit la loi du premier exemple, \(G\) prend les valeurs \(6\) et \(26\), et \[6\times\frac34+26\times\frac14 =\frac{18}{4}+\frac{26}{4}=\frac{44}{4}=11.\] Cette vérification fait bien apparaître un gain moyen qui n’est jamais réalisé sur une seule partie.
Exemple de référence 3.11 — Deux expériences indépendantes : une hypothèse vraie mais inutile ici
Deux postes de travail indépendants produisent des nombres de pièces \(A\) et \(B\) pendant une durée fixée. On sait \(\operatorname{E}(A)=3{,}4\) et \(\operatorname{E}(B)=1{,}7\). La valeur nette, en euros, est \(R=3A-2B-5\). \[\begin{align*} \operatorname{E}(R)&=3\operatorname{E}(A)-2\operatorname{E}(B)-5\\ &=3\times3{,}4-2\times1{,}7-5\\ &=10{,}2-3{,}4-5\\ &=6{,}8-5=1{,}8. \end{align*}\] La valeur nette moyenne est donc \(1{,}8\) euro. Le calcul resterait valable si les postes étaient dépendants, à condition de conserver les mêmes espérances. L’indépendance sera importante pour certaines variances, mais elle n’est pas une justification à ajouter artificiellement à une application de la linéarité.
Définition 3.12 — Une variable indicatrice : coder un événement par 0 ou 1
Pour un événement \(A\), on peut définir une variable \(I\) qui vaut \(1\) si \(A\) se réalise et \(0\) sinon. Elle est appelée variable indicatrice de \(A\). C’est un outil de codage : elle signale si l’événement s’est produit.
Proposition 3.13 — L’espérance d’une indicatrice est une probabilité
Si \(I\) vaut \(1\) sur \(A\) et \(0\) sur son contraire, alors \[\boxed{\operatorname{E}(I)=\mathbb{P}(A).}\]
Démonstration. En posant \(p=\mathbb{P}(A)\), on a \(\mathbb{P}(I=1)=p\) et \(\mathbb{P}(I=0)=1-p\). Donc \[\operatorname{E}(I)=1\times p+0\times(1-p)=p+0=p.\] Le calcul reste valable pour \(p=0\) et \(p=1\).
Exemple de référence 3.14 — Passer d’un événement à un gain moyen
Un jeu coûte \(2\) euros. Il rapporte \(8\) euros avant déduction du prix si un événement \(A\) se produit, de probabilité \(0{,}3\), et rien sinon. Avec l’indicatrice \(I\) de \(A\), le gain net est \(G=8I-2\) : il vaut \(6\) euros en cas de succès et \(-2\) euros sinon. \[\operatorname{E}(G)=8\operatorname{E}(I)-2=8\times0{,}3-2=2{,}4-2=0{,}4.\] Le contrôle par les deux gains donne \[6\times0{,}3+(-2)\times0{,}7=1{,}8-1{,}4=0{,}4.\] Le prix doit être soustrait une seule fois dans le gain net, que l’on gagne ou que l’on perde.
Contre-exemple 3.15 — La linéarité ne s’étend pas à toutes les opérations
Soit \(X\) qui vaut \(-1\) ou \(1\) avec la probabilité \(1/2\) pour chaque valeur. Alors \[\operatorname{E}(X)=(-1)\times\frac12+1\times\frac12=0.\] Mais \(X^2\) vaut toujours \(1\), donc \[\operatorname{E}(X^2)=1\qquad\text{tandis que}\qquad [\operatorname{E}(X)]^2=0^2=0.\] Ainsi, \(\operatorname{E}(X^2)=[\operatorname{E}(X)]^2\) est une règle fausse en général. Pour un produit \(XY\), on ne dispose pas non plus d’une règle de linéarité : c’est une autre opération, qui demande d’autres informations. Les sommes et les multiplications par des constantes sont les opérations traitées ici.
Méthode 3.16 — Calculer une espérance en exploitant l’écriture de la variable
Indices. L’énoncé donne des espérances, des gains élémentaires, une dépense fixe, ou un événement à coder par \(0\) et \(1\).
Premier geste : écrire précisément la variable cherchée, par exemple \(G=4X-3Y+2\). Les coefficients \(4,-3,2\) doivent être des constantes.
Écrire la relation entre espérances avant de remplacer les données : \(\operatorname{E}(G)=4\operatorname{E}(X)-3\operatorname{E}(Y)+2\).
Substituer chaque donnée ; effectuer les produits, puis les additions et soustractions. Une constante additive reste inchangée.
Interpréter dans l’unité du problème. Si le tableau des valeurs est simple, contrôler par une moyenne pondérée directe.
Conditions et limites. Les variables sont finies et définies dans un même modèle. Il n’est pas nécessaire qu’elles soient indépendantes. En revanche, la connaissance de leurs seules espérances ne permet pas de calculer automatiquement une espérance de carré, de produit ou de quotient.
S’entraîner, choisir et justifier
À toi 3.17 — Essai guidé : une recette et des frais
Une activité utilise deux nombres aléatoires \(A\) et \(B\), avec \(\operatorname{E}(A)=2{,}5\) et \(\operatorname{E}(B)=1{,}5\). Le résultat net est \(H=4A+2B-7\), en euros.
Compléter : \(\operatorname{E}(H)=4\ldots+2\ldots-\ldots\).
Calculer les deux produits séparément, puis l’espérance de \(H\).
Faut-il connaître l’indépendance de \(A\) et de \(B\) ? Que signifie la réponse obtenue ?
Indice. Le coût fixe \(7\) euros est payé une fois ; son espérance vaut donc \(7\).
Correction expliquée 3.18 — Correction de l’essai guidé
La variable est déjà écrite comme somme de deux multiples de variables et d’une constante. Par linéarité, \[\begin{align*} \operatorname{E}(H)&=4\operatorname{E}(A)+2\operatorname{E}(B)-7\\ &=4\times2{,}5+2\times1{,}5-7\\ &=10+3-7=13-7=6. \end{align*}\] L’indépendance n’est pas nécessaire : le théorème utilisé n’en fait pas l’hypothèse. Le résultat net moyen théorique est \(6\) euros, et non un résultat garanti à chaque réalisation. Ne pas écrire \(4(2{,}5+2\times1{,}5-7)\) : cela multiplierait aussi les termes qui n’ont pas le coefficient \(4\) dans \(H\).
À toi 3.19 — À résoudre avant de lire : un lot de dix objets
Un lot contient toujours dix objets. Un nombre aléatoire \(X\) d’entre eux reçoit une étiquette spéciale ; les autres reçoivent une étiquette ordinaire. On sait seulement que \(\operatorname{E}(X)=4\).
Une étiquette spéciale coûte \(3\) euros, une étiquette ordinaire \(1\) euro, et la préparation du lot coûte \(2\) euros. Calculer le coût moyen d’un lot sans chercher la loi de \(X\). Dire si une hypothèse d’indépendance entre les deux nombres d’étiquettes est nécessaire.
Indice à consulter après une tentative. Le nombre d’étiquettes ordinaires vaut \(10-X\). Écris d’abord le coût total comme une variable aléatoire.
Correction expliquée 3.20 — Correction : construire la variable avant de calculer
Chaque objet reçoit une étiquette, donc le nombre d’étiquettes ordinaires est \(10-X\). Le coût total \(C\), en euros, est \[C=3X+1(10-X)+2.\] En distribuant le coefficient \(1\), puis en regroupant, \[C=3X+10-X+2=(3-1)X+(10+2)=2X+12.\] On en déduit \[\operatorname{E}(C)=2\operatorname{E}(X)+12=2\times4+12=8+12=20.\] Une seconde écriture, sans simplifier la variable au départ, permet le contrôle : \[\operatorname{E}(C)=3\operatorname{E}(X)+\operatorname{E}(10-X)+2 =3\times4+(10-4)+2=12+6+2=20.\] Le coût moyen est \(20\) euros. Aucune indépendance n’est requise. D’ailleurs, ici, connaître \(X\) détermine exactement le nombre \(10-X\) : demander une indépendance entre ces nombres serait une mauvaise piste.
Question que tu peux te poser 3.21 — Justifier avec ses propres mots
Un camarade affirme : « On ne peut pas additionner les espérances si les variables ne sont pas indépendantes. » Réponds en deux ou trois phrases, en expliquant la raison mathématique ; ne te limite pas à dire qu’il a tort.
Réponse possible. L’espérance est une somme pondérée des valeurs sur les issues. Dans l’espérance de \(X+Y\), on distribue les mêmes probabilités sur les valeurs de \(X\) et de \(Y\), puis on regroupe les deux sommes. Cette distributivité fonctionne que les variables soient indépendantes ou non.
Critères pour vérifier ta justification : mention d’une moyenne ou somme pondérée ; explication du regroupement ; absence de condition d’indépendance. Un exemple dépendant peut illustrer la réponse, mais ne remplace pas cette raison générale.
À toi 3.22 — Variation : données suffisantes ou insuffisantes ?
On sait seulement \(\operatorname{E}(X)=0\). Pour chacune des deux quantités suivantes, dire si elle est déterminée et justifier : \[\operatorname{E}(5X+2)\qquad\text{et}\qquad\operatorname{E}(X^2).\] Pour montrer qu’une donnée est insuffisante, chercher deux variables qui satisfont cette donnée mais donnent des réponses différentes.
Correction expliquée 3.23 — Correction : reconnaître la limite du théorème
La première espérance est déterminée, car la transformation est affine : \[\operatorname{E}(5X+2)=5\operatorname{E}(X)+2=5\times0+2=2.\] Pour la seconde, considérons d’abord la variable constante \(X=0\) : son espérance est \(0\) et celle de son carré aussi. Considérons ensuite une variable valant \(-1\) et \(1\), chacun avec la probabilité \(1/2\) : son espérance est encore \(0\), mais son carré vaut toujours \(1\), donc son espérance vaut \(1\).
Les deux variables satisfont \(\operatorname{E}(X)=0\) et ne donnent pas la même valeur de \(\operatorname{E}(X^2)\). La seule espérance de \(X\) ne suffit donc pas. Ce n’est pas une difficulté de calcul : il manque une information mathématique.
Réparer une erreur, puis revenir au problème
À toi 3.24 — Un coût fixe mal placé
Première erreur. Sachant \(\operatorname{E}(X)=2\), un élève écrit \[\operatorname{E}(4X-3)=4(2-3)=-4.\] Ne corrige pas seulement le nombre final : repère ce qui a été multiplié à tort.
Rappel utile. Dans \(aX+c\), seul \(X\) porte le coefficient \(a\). Le terme \(c\) est ajouté après cette multiplication.
Exemple plus simple corrigé. Si \(\operatorname{E}(Z)=1\) et \(T=2Z-3\), alors \[\operatorname{E}(T)=2\operatorname{E}(Z)-3=2\times1-3=2-3=-1.\] Écrire \(2(1-3)\) correspondrait à \(2Z-6\), qui n’est pas la variable \(T\).
Nouvel essai. Si \(\operatorname{E}(W)=4\), calcule \(\operatorname{E}(3W-5)\), en écrivant une ligne littérale avant la substitution. Puis reviens à la première erreur.
Correction expliquée 3.25 — Correction du nouvel essai et retour
Pour le nouvel essai, \[\operatorname{E}(3W-5)=3\operatorname{E}(W)-5=3\times4-5=12-5=7.\] La constante \(-5\) n’est pas multipliée par \(3\). Au retour au problème initial, \[\operatorname{E}(4X-3)=4\operatorname{E}(X)-3=4\times2-3=8-3=5.\] L’écriture erronée \(4(2-3)=4\times2-4\times3\) remplace en fait le coût \(3\) par le coût \(12\). La comparaison des expressions avant calcul permet de localiser l’erreur : elle se situe dans la modélisation de la constante, pas dans la soustraction finale.
À toi 3.26 — À reprendre plus tard, avant toute relecture
Après une pause ou le lendemain, résous cette tâche sans ouvrir les exemples : un score est défini par \(R=2A+B-6\), avec \(\operatorname{E}(A)=7{,}5\) et \(\operatorname{E}(B)=4\). On ne sait rien de l’indépendance.
Calculer le score moyen et justifier le choix de la méthode.
Peut-on, avec les mêmes seules données, calculer \(\operatorname{E}(A^2)\) ? Justifier la réponse.
Aide si nécessaire. Distingue une somme de multiples de variables d’un carré de variable. Dans le premier cas, commence par une égalité entre espérances.
Correction expliquée 3.27 — Correction de la reprise différée
L’expression \(R\) est une combinaison linéaire de \(A,B\), plus une constante. La linéarité s’applique sans indépendance : \[\operatorname{E}(R)=2\operatorname{E}(A)+\operatorname{E}(B)-6 =2\times7{,}5+4-6=15+4-6=13.\] Le score moyen est \(13\) points. En revanche, \(\operatorname{E}(A^2)\) n’est pas déterminée par \(\operatorname{E}(A)\) seule. Par exemple, \(A\) constante égale à \(7{,}5\) donne \(\operatorname{E}(A^2)=56{,}25\). Une variable valant \(6{,}5\) et \(8{,}5\) chacun avec la probabilité \(1/2\) a aussi pour espérance \(7{,}5\), mais \[\operatorname{E}(A^2)=\frac{6{,}5^2+8{,}5^2}{2} =\frac{42{,}25+72{,}25}{2}=\frac{114{,}5}{2}=57{,}25.\] La différence des deux résultats montre précisément l’information manquante. Si tu avais appliqué la linéarité au carré, refais la variation précédente avant de reprendre cette tâche.
Synthèse 3.28 — À retenir et à contrôler
\[\operatorname{E}(aX+bY+c)=a\operatorname{E}(X)+b\operatorname{E}(Y)+c.\] Pour des variables finies, cette égalité est valable sans indépendance. On reconnaît d’abord la variable étudiée, puis on écrit la formule littérale, on substitue et on interprète. Une constante a pour espérance elle-même. Une indicatrice a pour espérance la probabilité de l’événement qu’elle code. La linéarité ne donne pas une règle générale pour les carrés, les produits ou les quotients.
4. Transformer une variable : moyenne, variance et écart type
Objectif. Calculer les effets de \(aX+b\), comprendre le carré du coefficient et éviter les erreurs de signe ou d’unité.
Les outils à remettre en place
Rappel 4.1 — Centre et dispersion d’une variable finie
Si \(X\) prend les valeurs \(x_1,\ldots,x_r\) de probabilités \(p_1,\ldots,p_r\), on note \(\mu=\operatorname{E}(X)\) sa moyenne théorique. Alors \[\mu=x_1p_1+\cdots+x_rp_r,\] \[\operatorname{V}(X)=(x_1-\mu)^2p_1+\cdots+(x_r-\mu)^2p_r, \qquad \sigma(X)=\sqrt{\operatorname{V}(X)}.\] La variance est la moyenne des carrés des écarts à la moyenne. L’écart type est la racine carrée positive ou nulle de la variance. Ainsi, une variance et un écart type ne sont jamais négatifs.
Si \(X\) est une longueur en centimètres, \(\operatorname{E}(X)\) et \(\sigma(X)\) sont en centimètres, tandis que \(\operatorname{V}(X)\) est en centimètres carrés. La variance n’est ni une longueur moyenne ni une probabilité.
Une somme pondérée peut aussi être écrite sur toutes les issues : lorsque plusieurs issues donnent la même valeur, on regroupe simplement leurs probabilités. Cette lecture reste valable même si les valeurs ainsi listées se répètent.
Définition 4.2 — Transformation affine d’une variable
Soient \(a,b\) deux nombres réels fixés. La variable \(Y=aX+b\) associe, à chaque issue où \(X\) vaut \(x\), le nombre \(ax+b\).
Le coefficient \(a\) multiplie les valeurs ; la constante \(b\) les décale. Lorsque \(a=0\), \(Y\) est la variable constante égale à \(b\). On ne suppose donc pas \(a\ne0\) dans les propriétés qui suivent.
À toi 4.3 — Repérage : trois gestes à vérifier
Calculer \((-3)^2\) et \(\sqrt{(-3)^2}\).
Une variable est toujours égale à \(7\). Quelle est sa moyenne ? Quelle est sa variance ?
Développer seulement les signes dans \((2x+5)-(2\mu+5)\), puis simplifier.
Correction expliquée 4.4 — Correction et orientation
\((-3)^2=(-3)\times(-3)=9\), puis \(\sqrt9=3\), et non \(-3\). Une racine carrée désigne le nombre positif ou nul dont le carré est le nombre considéré. Si ce signe te surprend, garde le lemme sur la valeur absolue comme point de reprise.
La moyenne vaut \(7\times1=7\). L’écart à la moyenne est toujours \(7-7=0\) ; son carré est \(0\), donc la variance vaut \(0\). Un grand niveau de valeur n’implique pas une grande dispersion.
Le signe moins devant la seconde parenthèse change les deux signes : \[(2x+5)-(2\mu+5)=2x+5-2\mu-5=2x-2\mu=2(x-\mu).\] Les constantes \(+5\) et \(-5\) se compensent. Cette compensation est le mécanisme essentiel de la démonstration de la variance affine.
Les propriétés et leurs démonstrations
Propriété 4.5 — La moyenne se transforme comme les valeurs
Si \(Y=aX+b\), alors \[\operatorname{E}(Y)=a\operatorname{E}(X)+b.\]
Démonstration. À partir de la loi de \(X\), ou des issues si certaines valeurs de \(Y\) se confondent, on obtient \[\begin{align*} \operatorname{E}(Y) &=(ax_1+b)p_1+\cdots+(ax_r+b)p_r\\ &=ax_1p_1+bp_1+\cdots+ax_rp_r+bp_r\\ &=a(x_1p_1+\cdots+x_rp_r)+b(p_1+\cdots+p_r)\\ &=a\operatorname{E}(X)+b\times1=a\operatorname{E}(X)+b. \end{align*}\] On a seulement distribué et regroupé les termes ; le total des probabilités vaut \(1\). Pour \(a=0\), les valeurs de \(Y\) sont toutes \(b\) et le même calcul donne bien \(\operatorname{E}(Y)=b\).
Propriété 4.6 — Variance d’une transformation affine
Pour toute variable aléatoire finie \(X\) et tous réels \(a,b\), \[\boxed{\operatorname{V}(aX+b)=a^2\operatorname{V}(X).}\] En particulier, \(\operatorname{V}(aX)=a^2\operatorname{V}(X)\) et \(\operatorname{V}(X+b)=\operatorname{V}(X)\).
Démonstration. Posons \(\mu=\operatorname{E}(X)\) et \(Y=aX+b\). D’après la propriété précédente, la moyenne de \(Y\) est \(a\mu+b\).
Sur une issue où \(X\) vaut \(x\), l’écart de \(Y\) à sa propre moyenne est \[\begin{align*} (ax+b)-(a\mu+b) &=ax+b-a\mu-b\\ &=ax-a\mu\\ &=a(x-\mu). \end{align*}\] Le carré de cet écart vaut donc \[[a(x-\mu)]^2 =[a(x-\mu)]\,[a(x-\mu)] =a^2(x-\mu)^2.\] Si les valeurs de \(X\) sont \(x_1,\ldots,x_r\), de probabilités \(p_1,\ldots,p_r\), on prend la moyenne pondérée de ces carrés : \[\begin{align*} \operatorname{V}(Y) &=a^2(x_1-\mu)^2p_1+\cdots+a^2(x_r-\mu)^2p_r\\ &=a^2\bigl[(x_1-\mu)^2p_1+\cdots+(x_r-\mu)^2p_r\bigr]\\ &=a^2\operatorname{V}(X). \end{align*}\] La constante \(b\) a disparu avant la mise au carré : une translation ne modifie pas les écarts à la moyenne. Le coefficient \(a\) a été mis au carré parce que la variance porte sur les carrés de ces écarts. Aucune division par \(a\) n’a eu lieu : la preuve inclut donc \(a=0\).
Lemme 4.7 — La racine du carré d’un réel
Pour tout réel \(a\), \(\sqrt{a^2}=|a|\), où \(|a|\) désigne la distance de \(a\) à \(0\).
Démonstration. Si \(a\ge0\), le nombre \(a\) est positif ou nul et son carré vaut \(a^2\), donc \(\sqrt{a^2}=a=|a|\).
Si \(a<0\), le nombre \(-a\) est positif et \((-a)^2=a^2\), donc \(\sqrt{a^2}=-a=|a|\). Dans les deux cas, c’est bien la racine positive ou nulle qui est retenue.
Corollaire 4.8 — Écart type d’une transformation affine
Pour tous réels \(a,b\), \[\boxed{\sigma(aX+b)=|a|\sigma(X).}\]
Démonstration. La variance \(\operatorname{V}(X)\) est positive ou nulle. On peut donc appliquer la règle de la racine d’un produit de nombres positifs ou nuls, puis le lemme : \[\sigma(aX+b) =\sqrt{\operatorname{V}(aX+b)} =\sqrt{a^2\operatorname{V}(X)} =\sqrt{a^2}\sqrt{\operatorname{V}(X)} =|a|\sigma(X).\] La valeur absolue est indispensable si \(a<0\). L’égalité reste vraie lorsque \(a=0\) ou lorsque \(\operatorname{V}(X)=0\) : les deux côtés valent alors \(0\).
Intuition et représentation 4.9 — Déplacer ou étirer un nuage de valeurs
Imagine les valeurs possibles de \(X\) placées sur une droite, avec des masses proportionnelles à leurs probabilités. La moyenne joue le rôle de point d’équilibre.
Ajouter \(b\) déplace toutes les valeurs et leur moyenne de la même quantité. Les distances à la moyenne ne changent pas.
Multiplier par \(a\) multiplie toutes ces distances par \(|a|\). Si \(a<0\), l’ordre des valeurs est en plus inversé : il y a une réflexion.
Les distances au carré sont multipliées par \(a^2\), d’où la règle pour la variance.
Cette représentation décrit le déplacement des valeurs et du centre ; elle ne modifie pas les probabilités associées aux issues. Si \(a=0\), toutes les valeurs arrivent au même point et leurs probabilités se regroupent. L’image aide à lire les formules ; la démonstration précédente les établit.
Exemples de référence et cas limites
Exemple de référence 4.10 — Un coefficient négatif : vérifier par la loi et par la formule
La variable \(X\) prend les valeurs \(0\), \(2\), \(4\) avec les probabilités \(1/4\), \(1/2\), \(1/4\). On pose \(Y=6-2X\).
1. Calculer les caractéristiques de \(X\). \[\operatorname{E}(X)=0\times\frac14+2\times\frac12+4\times\frac14=0+1+1=2.\] Les écarts à cette moyenne sont \(-2\), \(0\), \(2\). Donc \[\begin{align*} \operatorname{V}(X)&=(0-2)^2\times\frac14+(2-2)^2\times\frac12+(4-2)^2\times\frac14\\ &=4\times\frac14+0\times\frac12+4\times\frac14=1+0+1=2. \end{align*}\] Ainsi \(\sigma(X)=\sqrt2\).
2. Reconnaître \(a\) et \(b\). On réécrit \(Y=(-2)X+6\) : \(a=-2\) et \(b=6\). Les propriétés donnent \[\operatorname{E}(Y)=(-2)\times2+6=-4+6=2,\] \[\operatorname{V}(Y)=(-2)^2\times2=4\times2=8,\] \[\sigma(Y)=\sqrt8=\sqrt{4\times2}=2\sqrt2 =|-2|\sigma(X).\] 3. Contrôler directement.
| Valeur de \(X\) | \(0\) | \(2\) | \(4\) |
|---|---|---|---|
| Probabilité | \(1/4\) | \(1/2\) | \(1/4\) |
| Valeur de \(Y=6-2X\) | \(6\) | \(2\) | \(-2\) |
| Écart \(Y-\operatorname{E}(Y)\) | \(4\) | \(0\) | \(-4\) |
| Carré de l’écart | \(16\) | \(0\) | \(16\) |
La moyenne de \(Y\) vaut aussi \(6/4+2/2-2/4=2\). Sa variance vaut \(16/4+0+16/4=4+4=8\).
Le signe négatif inverse le sens des écarts, mais pas leur longueur. Écrire \(\sigma(Y)=-2\sqrt2\) donnerait un écart type négatif, ce qui est impossible.
Lecture. Pour \(X\), les valeurs 0, 2 et 4 ont pour moyenne 2 et pour écarts moins 2, 0, plus 2. Les valeurs correspondantes de \(Y\) sont 6, 2 et moins 2 ; leur moyenne reste ici 2, mais les écarts deviennent plus 4, 0, moins 4. Leurs longueurs ont doublé, la variance est multipliée par quatre.
Exemple de référence 4.11 — Ajouter un bonus ne crée pas de dispersion
Un score \(X\) a pour espérance \(12\) et pour variance \(9\). Tous les participants reçoivent un bonus fixe de \(5\) points. Le nouveau score est \(B=X+5\). \[\operatorname{E}(B)=12+5=17,\qquad \operatorname{V}(B)=1^2\times9=9,\qquad \sigma(B)=\sqrt9=3.\] La moyenne augmente de \(5\) points ; l’écart type reste \(3\) points. Si un score était à \(2\) points au-dessus de la moyenne, il reste à \(2\) points au-dessus de la nouvelle moyenne : \((x+5)-(12+5)=x-12\).
Exemple de référence 4.12 — Changer d’unité : le carré est aussi une question d’unité
Une longueur aléatoire \(L\) est exprimée en mètres, avec \(\operatorname{E}(L)=1{,}20\) et \(\operatorname{V}(L)=0{,}0004\). La même longueur en centimètres est \(C=100L\). \[\operatorname{E}(C)=100\times1{,}20=120\quad\text{centimètres},\] \[\operatorname{V}(C)=100^2\times0{,}0004=10\,000\times0{,}0004=4 \quad\text{centimètres carrés}.\] Comme \(0{,}02^2=0{,}0004\), on a \(\sigma(L)=0{,}02\) mètre. Puis \[\sigma(C)=100\times0{,}02=2\quad\text{centimètres}.\] Le contrôle \(\sqrt4=2\) retrouve cet écart type. Multiplier la variance seulement par \(100\) donnerait une conversion incohérente : une unité de longueur au carré reçoit le facteur \(100^2\).
Proposition 4.13 — Les cas particuliers ne sont pas des exceptions aux formules
Si \(a=0\), \(Y=b\) est constante : \(\operatorname{E}(Y)=b\), \(\operatorname{V}(Y)=0\) et \(\sigma(Y)=0\).
Si \(a=1\), une translation change la moyenne de \(b\), mais ne change ni la variance ni l’écart type.
Si \(a=-1\), \(Y=-X+b\) a la même variance et le même écart type que \(X\) ; sa moyenne est \(-\operatorname{E}(X)+b\).
Si \(\operatorname{V}(X)=0\), toute transformation affine de \(X\) a encore une variance nulle.
Démonstration. Il suffit de substituer, respectivement, \(a=0\), \(a=1\), \(a=-1\) ou \(\operatorname{V}(X)=0\) dans les propriétés démontrées. On utilise \(0^2=0\), \(1^2=(-1)^2=1\), \(|0|=0\) et \(|1|=|-1|=1\).
Proposition 4.14 — Ce que signifie une variance nulle
Pour une variable finie, \(\operatorname{V}(X)=0\) si et seulement si \(X\) prend la même valeur sur toutes les issues de probabilité strictement positive.
Démonstration. Si toutes ces issues donnent une même valeur \(c\), leur probabilité totale vaut \(1\), donc \(\operatorname{E}(X)=c\) et tous les écarts qui contribuent à la variance valent \(0\) : la variance est nulle.
Réciproquement, la variance est une somme de termes \((x-\mu)^2p\) positifs ou nuls. Une somme finie de tels termes ne peut être nulle que si chacun est nul. Pour une issue de probabilité \(p>0\), l’égalité \((x-\mu)^2p=0\) impose \((x-\mu)^2=0\), donc \(x=\mu\). Toutes les issues de probabilité positive donnent donc la même valeur \(\mu\).
Les valeurs éventuellement attachées à des issues de probabilité nulle ne changent aucun de ces calculs. Il serait donc trop fort d’exiger une égalité sur ces issues sans préciser cette nuance.
Contre-exemple 4.15 — La variance n’est pas une application linéaire
Prenons \(X\) valant \(-1\) ou \(1\) avec la probabilité \(1/2\) pour chaque valeur. Son espérance est \(0\) et sa variance vaut \[(-1-0)^2\times\frac12+(1-0)^2\times\frac12 =\frac12+\frac12=1.\] La variable \(2X+3\) vaut \(1\) ou \(5\), sa moyenne vaut \(3\) et sa variance vaut \[(1-3)^2\times\frac12+(5-3)^2\times\frac12 =4\times\frac12+4\times\frac12=4.\] Or \(2\operatorname{V}(X)+3=2\times1+3=5\). L’égalité \(\operatorname{V}(2X+3)=2\operatorname{V}(X)+3\) est donc fausse. La bonne règle donne \(2^2\times1=4\).
De même, \(X^2\) est constante égale à \(1\), donc \(\operatorname{V}(X^2)=0\), alors que \([\operatorname{V}(X)]^2=1\). La règle de transformation affine ne s’applique pas à un carré de variable.
Méthode 4.16 — Traiter une transformation affine sans confondre les trois formules
Indices. On multiplie toutes les valeurs par une constante, on change d’unité, on ajoute un coût ou un bonus fixe, ou l’énoncé donne explicitement \(Y=aX+b\).
Premier geste : mettre l’expression dans l’ordre \(aX+b\) et identifier \(a\) avec son signe. Par exemple, \(7-3X=(-3)X+7\).
Pour la moyenne, utiliser \(a\operatorname{E}(X)+b\). Pour la variance, utiliser \(a^2\operatorname{V}(X)\). Pour l’écart type, utiliser \(|a|\sigma(X)\).
Substituer les données dans la formule choisie. Si l’on connaît la variance, calculer d’abord la nouvelle variance, puis sa racine pour obtenir l’écart type.
Contrôler : variance et écart type positifs ou nuls ; translation sans effet sur la dispersion ; unités cohérentes. Avec une petite loi, vérifier directement à partir des valeurs transformées.
Conditions. \(a,b\) sont des constantes et \(X\) est finie. Aucune indépendance n’est à vérifier : il s’agit ici d’une seule variable transformée. Si le « coefficient » est lui-même aléatoire, cette méthode ne s’applique pas telle quelle.
Pratiquer et expliquer le choix de la formule
À toi 4.17 — Essai guidé : trois calculs différents
On sait \(\operatorname{E}(X)=10\) et \(\operatorname{V}(X)=9\). On pose \(Y=2X-4\).
Identifier \(a,b\) et calculer \(\operatorname{E}(Y)\).
Écrire \(\operatorname{V}(Y)=\ldots^2\times\ldots\), puis calculer.
En déduire \(\sigma(Y)\) ; vérifier avec \(\sigma(X)\).
Indice. Pour la variance et l’écart type, le \(-4\) ne figure pas dans la formule finale, mais le facteur \(2\) intervient différemment.
Correction expliquée 4.18 — Correction de l’essai guidé
On a \(a=2\) et \(b=-4\). Pour la moyenne, \[\operatorname{E}(Y)=2\operatorname{E}(X)-4=2\times10-4=20-4=16.\] Pour la variance, \[\operatorname{V}(Y)=2^2\operatorname{V}(X)=4\times9=36.\] Ainsi \(\sigma(Y)=\sqrt{36}=6\). Le contrôle par l’autre formule donne \(\sigma(X)=\sqrt9=3\), puis \(\sigma(Y)=|2|\times3=6\).
Le coefficient \(2\) double les distances à la moyenne, donc quadruple leurs carrés. Le décalage \(-4\) est appliqué aux valeurs et à leur moyenne : il ne reste pas dans les écarts. Ces deux raisons permettent de retrouver les formules si on les oublie.
À toi 4.19 — À résoudre avant de lire : changer la règle d’un score
Un score \(X\) vaut \(1\) avec la probabilité \(3/4\) et \(5\) avec la probabilité \(1/4\). Une nouvelle règle transforme chaque score en \(T=7-3X\).
Calculer l’espérance et la variance de \(X\).
Déterminer l’espérance, la variance et l’écart type de \(T\).
Vérifier au moins l’une de ces réponses à partir des deux valeurs possibles de \(T\).
Indice après une tentative. Le coefficient multiplicatif est \(-3\), et non \(7\). Les valeurs transformées sont \(7-3\times1\) et \(7-3\times5\).
Correction expliquée 4.20 — Correction : loi de départ, transformation, contrôle
La moyenne de \(X\) vaut \[\operatorname{E}(X)=1\times\frac34+5\times\frac14 =\frac34+\frac54=\frac84=2.\] On calcule les écarts à cette moyenne, puis leurs carrés : \[\begin{align*} \operatorname{V}(X)&=(1-2)^2\times\frac34+(5-2)^2\times\frac14\\ &=(-1)^2\times\frac34+3^2\times\frac14\\ &=1\times\frac34+9\times\frac14 =\frac34+\frac94=\frac{12}{4}=3. \end{align*}\] Dans \(T=(-3)X+7\), on a \(a=-3\), \(b=7\). Donc \[\operatorname{E}(T)=(-3)\times2+7=-6+7=1,\] \[\operatorname{V}(T)=(-3)^2\times3=9\times3=27, \qquad \sigma(T)=\sqrt{27}=\sqrt{9\times3}=3\sqrt3.\] Les deux valeurs possibles de \(T\) sont \(4\) et \(-8\), de probabilités \(3/4\) et \(1/4\). Elles donnent bien \[\operatorname{E}(T)=4\times\frac34+(-8)\times\frac14=3-2=1,\] et \[\begin{align*} \operatorname{V}(T)&=(4-1)^2\times\frac34+(-8-1)^2\times\frac14\\ &=3^2\times\frac34+(-9)^2\times\frac14\\ &=\frac{27}{4}+\frac{81}{4}=\frac{108}{4}=27. \end{align*}\] Le score peut être négatif, mais sa variance et son écart type ne le peuvent pas. Il ne faut donc pas confondre le signe des valeurs et le signe d’une dispersion.
Question que tu peux te poser 4.21 — Pourquoi le carré, mais pas le décalage ?
Explique sans citer seulement une formule pourquoi multiplier toutes les valeurs par \(a\) multiplie la variance par \(a^2\), et pourquoi ajouter \(b\) ne change pas cette variance.
Réponse possible. La moyenne se transforme aussi en \(a\mu+b\). L’écart d’une valeur transformée à cette moyenne est \((ax+b)-(a\mu+b)=a(x-\mu)\) : le décalage \(b\) s’annule. Le carré de chaque écart est donc multiplié par \(a^2\), et la moyenne de ces carrés l’est aussi.
Critères : identifier la nouvelle moyenne ; soustraire cette moyenne, pas l’ancienne ; montrer la compensation de \(b\) ; expliquer la mise au carré. Pour l’écart type, ajouter que la racine carrée retient le facteur positif \(|a|\).
À toi 4.22 — Variation : même dispersion, mêmes valeurs ?
On sait \(\operatorname{E}(X)=3\) et \(\operatorname{V}(X)=4\). On compare \(A=X+10\) et \(B=-X+10\).
Calculer l’espérance et l’écart type de chacune des deux variables.
L’égalité de leurs écarts types suffit-elle à dire qu’elles ont la même loi ?
Indice. Les coefficients de \(X\) sont \(1\) et \(-1\) ; leurs valeurs absolues sont égales, mais leurs signes ne le sont pas.
Correction expliquée 4.23 — Correction : séparer position et dispersion
On a \(\sigma(X)=\sqrt4=2\). Pour \(A\), \[\operatorname{E}(A)=3+10=13,\qquad \sigma(A)=|1|\times2=2.\] Pour \(B\), \[\operatorname{E}(B)=-3+10=7,\qquad \sigma(B)=|-1|\times2=2.\] Les deux écarts types sont égaux, mais les espérances sont différentes. Les lois ne peuvent donc pas être identiques : si leurs valeurs et probabilités étaient identiques, le calcul de leur espérance donnerait le même résultat. Une mesure de dispersion ne détermine pas à elle seule la position, ni toute la loi.
Une boucle de réparation sur les signes
À toi 4.24 — Un écart type annoncé négatif
Première erreur. Avec \(\operatorname{V}(X)=9\), un élève écrit \[\sigma(-2X+1)=-2\sqrt9=-6.\] Indique immédiatement le contrôle qui détecte l’erreur, puis cherche l’étape responsable.
Rappel. Un écart type est une racine carrée positive ou nulle. La racine de \(a^2\) est \(|a|\), pas toujours \(a\).
Exemple plus simple corrigé. Si \(\operatorname{V}(Z)=4\), alors \[\operatorname{V}(-Z)=(-1)^2\times4=4, \qquad \sigma(-Z)=\sqrt4=2.\] La réflexion des valeurs ne peut pas donner une longueur négative.
Nouvel essai. Avec \(\operatorname{V}(W)=16\), calculer la variance et l’écart type de \(Q=5-\dfrac12W\). Écrire d’abord le coefficient \(a\), puis son carré. Revenir ensuite au calcul initial.
Correction expliquée 4.25 — Correction du nouvel essai et retour à l’erreur
Le coefficient de \(W\) est \(a=-1/2\) et la constante est \(5\). On calcule \[a^2=\left(-\frac12\right)\left(-\frac12\right)=\frac{1}{4},\] puis \[\operatorname{V}(Q)=\frac14\times16=\frac{16}{4}=4, \qquad \sigma(Q)=\sqrt4=2.\] On vérifie aussi \(\sigma(Q)=|-1/2|\sqrt{16}=\frac12\times4=2\).
Au retour au problème initial, le bon calcul est \[\operatorname{V}(-2X+1)=(-2)^2\times9=4\times9=36,\] \[\sigma(-2X+1)=\sqrt{36}=6=|-2|\sqrt9.\] L’erreur ne vient pas de \(\sqrt9=3\), qui est exact. Elle vient de l’emploi du coefficient signé \(-2\) à la place de sa valeur absolue. Le contrôle « un écart type est positif ou nul » signale le défaut avant même de refaire le calcul.
À toi 4.26 — À reprendre plus tard : une longueur et une rallonge
Après une pause ou le lendemain, avant de relire les formules : une longueur aléatoire \(X\), exprimée en centimètres, a pour espérance \(50\) et pour variance \(9\). On lui ajoute une rallonge fixe de \(1\) mètre. La longueur totale exprimée en mètres est \[Y=\frac{X}{100}+1.\] Calculer l’espérance, la variance et l’écart type de \(Y\), avec leurs unités. Expliquer pourquoi le \(+1\) ne contribue pas à la dispersion.
Aide si nécessaire. Le coefficient multiplicatif est \(1/100\). Son carré vaut \(1/10\,000\). Il faut convertir la longueur avant de lui ajouter une longueur exprimée en mètres.
Correction expliquée 4.27 — Correction de la reprise différée
On a \(a=1/100\) et \(b=1\). Pour la moyenne, \[\operatorname{E}(Y)=\frac{\operatorname{E}(X)}{100}+1 =\frac{50}{100}+1=0{,}5+1=1{,}5\ \text{mètre}.\] Pour la variance, le facteur est le carré de \(1/100\) : \[\operatorname{V}(Y)=\left(\frac1{100}\right)^2\times9 =\frac1{10\,000}\times9 =\frac9{10\,000}=0{,}0009\ \text{mètre carré}.\] L’écart type est \[\sigma(Y)=\sqrt{\frac9{10\,000}} =\frac3{100}=0{,}03\ \text{mètre},\] car \((3/100)^2=9/10\,000\) et \(3/100\ge0\). Il correspond bien à \(3\) centimètres, l’écart type initial. La rallonge fixe ajoute la même quantité à toutes les longueurs et à leur moyenne ; elle disparaît dans leur différence. Aucune condition \(X\ne0\) n’est nécessaire : le seul dénominateur utilisé est la constante non nulle \(100\).
Synthèse 4.28 — Les trois effets de \(Y=aX+b\)
| Grandeur | Formule | Rôle du décalage \(b\) |
|---|---|---|
| Espérance | \(\operatorname{E}(Y)=a\operatorname{E}(X)+b\) | Il déplace la moyenne. |
| Variance | \(\operatorname{V}(Y)=a^2\operatorname{V}(X)\) | Aucun effet. |
| Écart type | \(\sigma(Y)=|a|\sigma(X)\) | Aucun effet. |
Le coefficient \(a\) peut être positif, négatif ou nul. Les formules portent sur des constantes \(a,b\) ; elles ne supposent aucune indépendance. Pour retrouver les facteurs, partir de l’écart \(a(x-\mu)\), puis de son carré. Pour contrôler une réponse : signe, unité et effet d’une translation.
5. Additionner des variances : les bonnes conditions
Objectif. Calculer la dispersion d’une somme, d’une différence ou d’une combinaison pondérée, en repérant exactement où l’indépendance intervient.
Les outils nécessaires, disponibles ici
Rappel 5.1 — Espérance, variance et changement d’échelle
Une variable aléatoire attribue un nombre à chaque issue d’une expérience. Pour additionner deux variables \(X\) et \(Y\), on les définit sur la même expérience globale : sur une issue donnée, \(X+Y\) vaut la somme des deux nombres obtenus.
L’espérance est une moyenne pondérée. La variance est la moyenne des carrés des écarts à cette espérance. Si les valeurs de \(X\) sont \(x_1,\ldots,x_r\), de probabilités \(p_1,\ldots,p_r\), alors \[\operatorname{E}(X)=x_1p_1+\cdots+x_rp_r, \qquad \operatorname{V}(X)=(x_1-\operatorname{E}(X))^2p_1+\cdots+(x_r-\operatorname{E}(X))^2p_r.\] L’écart-type est \(\sigma(X)=\sqrt{\operatorname{V}(X)}\). Il est positif ou nul et possède la même unité que \(X\) ; la variance possède l’unité au carré.
On utilise les résultats suivants, démontrés dans les unités sur l’espérance et les transformations : pour tous réels \(a\) et \(b\), \[\operatorname{E}(aX+b)=a\operatorname{E}(X)+b,\quad \operatorname{V}(aX+b)=a^2\operatorname{V}(X),\quad \sigma(aX+b)=|a|\sigma(X).\] Une constante déplace toutes les valeurs de la même quantité : elle déplace aussi leur moyenne et ne change donc pas les écarts à cette moyenne. Enfin, \(\operatorname{E}(X+Y)=\operatorname{E}(X)+\operatorname{E}(Y)\) ne demande aucune indépendance.
À toi 5.2 — Repérage avant de commencer
On sait que \(\operatorname{V}(X)=9\) et \(\operatorname{V}(Y)=4\).
Calculer \(\operatorname{V}(2X)\) et \(\sigma(2X)\).
Peut-on affirmer, avec ces seules données, que \(\operatorname{V}(X+Y)=13\) ?
Si \(\operatorname{E}(X)=5\) et \(\operatorname{E}(Y)=2\), faut-il l’indépendance pour calculer \(\operatorname{E}(X+Y)\) ?
Correction expliquée 5.3 — Correction et orientation
Le coefficient \(2\) est élevé au carré dans la variance : \[\operatorname{V}(2X)=2^2\operatorname{V}(X)=4\times9=36, \qquad \sigma(2X)=\sqrt{36}=6.\] Si tu as trouvé \(18\), reprends le changement d’échelle : doubler un écart multiplie son carré par quatre.
Non. Les variances individuelles ne décrivent pas la façon dont les deux valeurs se produisent ensemble. L’indépendance, lorsqu’elle est donnée par le modèle, permettra le calcul \(9+4\).
Non : la linéarité suffit. \(\operatorname{E}(X+Y)=5+2=7\), que les variables soient indépendantes ou non. Si tu as utilisé la même condition aux questions 2 et 3, repère bien les deux colonnes « espérance » et « variance » de la synthèse de cette unité.
1. Ce que l’indépendance permet d’affirmer
Vocabulaire 5.4 — Variables issues d’épreuves indépendantes
Dans les modèles étudiés ici, deux épreuves sont supposées indépendantes : connaître le résultat de l’une ne modifie pas les probabilités des résultats de l’autre. Une variable \(X\) décrit la première épreuve et une variable \(Y\) décrit la seconde ; on dit alors que \(X\) et \(Y\) sont indépendantes.
Par exemple, on peut modéliser deux lancers séparés d’un dé par des épreuves indépendantes. En revanche, lors de deux tirages sans remise dans une petite urne, la composition de l’urne après le premier tirage dépend du résultat obtenu : l’indépendance ne doit pas être supposée.
Dans le parcours principal, l’indépendance est fournie ou justifiée par la description du modèle d’épreuves indépendantes. On ne te demande pas de démontrer un critère général d’indépendance de variables.
Rappel 5.5 — Conséquence pour deux valeurs précises
Si \(X\) et \(Y\) sont indépendantes, pour toutes valeurs possibles \(x\) et \(y\), \[\mathbb{P}\bigl((X=x)\cap(Y=y)\bigr)=\mathbb{P}(X=x)\mathbb{P}(Y=y).\] C’est la règle du produit pour deux événements indépendants. Elle permet de calculer les probabilités des couples. Pour obtenir ensuite la probabilité d’une somme donnée, on additionne les probabilités des couples distincts donnant cette somme.
Ne pas confondre : « indépendante » ne veut pas dire « de même loi ». Deux épreuves indépendantes peuvent avoir des résultats et des probabilités très différents. Et deux variables de même loi peuvent être complètement liées.
Théorème 5.6 — Variance d’une somme de variables indépendantes
Si \(X\) et \(Y\) sont deux variables aléatoires indépendantes, alors \[\boxed{\operatorname{V}(X+Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y).}\] Plus généralement, pour des variables \(X_1,\ldots,X_n\) issues de \(n\) épreuves indépendantes, \[\operatorname{V}(X_1+\cdots+X_n)=\operatorname{V}(X_1)+\cdots+\operatorname{V}(X_n).\] Les variables n’ont pas besoin d’avoir la même loi.
Statut de la preuve. Ce résultat est admis dans le parcours principal. Une démonstration complète dans le cadre des variables finies est proposée dans l’unité facultative sur le produit et la variance d’une somme. La lecture de cette preuve n’est pas nécessaire pour utiliser correctement le théorème ici.
Corollaire 5.7 — Sommes pondérées, différences et constantes
Si \(X\) et \(Y\) sont indépendantes et si \(a,b,c\) sont des réels, alors \[\boxed{\operatorname{V}(aX+bY+c)=a^2\operatorname{V}(X)+b^2\operatorname{V}(Y).}\] En particulier, \[\operatorname{V}(X-Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y),\qquad \sigma(X+Y)=\sqrt{\sigma(X)^2+\sigma(Y)^2}.\]
Démonstration. Transformer séparément les résultats des deux épreuves indépendantes ne les relie pas : \(aX\) dépend seulement de la première et \(bY\) seulement de la seconde. Ces deux variables restent indépendantes dans ce modèle. La constante ne change pas la variance, puis le théorème précédent et la règle du carré donnent \[\begin{aligned} \operatorname{V}(aX+bY+c) &=\operatorname{V}(aX+bY)\\ &=\operatorname{V}(aX)+\operatorname{V}(bY)\\ &=a^2\operatorname{V}(X)+b^2\operatorname{V}(Y). \end{aligned}\] Pour la différence, \(a=1\) et \(b=-1\) : \[\operatorname{V}(X-Y)=1^2\operatorname{V}(X)+(-1)^2\operatorname{V}(Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y).\] Pour l’écart-type, on prend la racine carrée positive de la variance, puis on utilise \(\operatorname{V}(X)=\sigma(X)^2\) et \(\operatorname{V}(Y)=\sigma(Y)^2\).
Point de vigilance 5.8 — Le signe moins n’enlève pas une variance
Le nombre \(X-Y\) peut être négatif, mais sa variance est positive ou nulle. Soustraire \(Y\) inverse le signe de ses écarts ; le carré de ces écarts ne change pas. C’est pourquoi \((-1)^2=1\) apparaît dans le calcul.
Les écarts-types, eux, ne s’additionnent pas : si \(\sigma(X)=2\) et \(\sigma(Y)=3\), l’indépendance donne \(\sigma(X+Y)=\sqrt{4+9}=\sqrt{13}\), et non \(2+3=5\).
2. Des exemples de référence, avec les décisions expliquées
Exemple de référence 5.9 — Deux durées indépendantes et une pause fixe
Un programme effectue deux opérations indépendantes. La durée \(X\), en secondes, de la première vaut \(4\) ou \(8\), chacune avec probabilité \(1/2\). La durée \(Y\) de la seconde vaut \(1\) avec probabilité \(2/3\) et \(4\) avec probabilité \(1/3\). Une pause fixe de \(2\) secondes sépare les opérations. La durée totale est \[T=X+Y+2.\] Calculer les moments des composantes. Pour la première opération, \[\operatorname{E}(X)=4\times\frac12+8\times\frac12=2+4=6,\] \[\operatorname{V}(X)=(4-6)^2\frac12+(8-6)^2\frac12 =4\times\frac12+4\times\frac12=2+2=4.\] Pour la seconde, \[\operatorname{E}(Y)=1\times\frac23+4\times\frac13 =\frac23+\frac43=\frac63=2,\] \[\operatorname{V}(Y)=(1-2)^2\frac23+(4-2)^2\frac13 =1\times\frac23+4\times\frac13 =\frac23+\frac43=2.\] Passer à la durée totale. La linéarité donne \[\operatorname{E}(T)=\operatorname{E}(X)+\operatorname{E}(Y)+2=6+2+2=10\ \text{s}.\] Les deux durées sont indépendantes, et la pause ne change pas la dispersion : \[\operatorname{V}(T)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)=4+2=6\ \text{s}^2, \qquad \sigma(T)=\sqrt6\ \text{s}\approx2{,}45\ \text{s}.\] Contrôler autrement. Les quatre couples \((4;1)\), \((4;4)\), \((8;1)\) et \((8;4)\) donnent les durées \(7\), \(10\), \(11\) et \(14\), de probabilités \(1/3\), \(1/6\), \(1/3\) et \(1/6\). Leur moyenne pondérée vaut \[\frac73+\frac{10}6+\frac{11}3+\frac{14}6 =\frac{14+10+22+14}{6}=\frac{60}{6}=10.\] Ce contrôle retrouve l’espérance. Il montre aussi pourquoi construire toute la loi du total n’était pas indispensable à la méthode principale.
Exemple de référence 5.10 — Un coefficient négatif et une constante
On suppose \(X\) et \(Y\) indépendantes, avec \[\operatorname{E}(X)=5,\quad\operatorname{E}(Y)=3,\quad\operatorname{V}(X)=4,\quad\operatorname{V}(Y)=9.\] On étudie \(D=2X-Y+7\). La formule d’espérance donne \[\operatorname{E}(D)=2\operatorname{E}(X)-\operatorname{E}(Y)+7 =2\times5-3+7=10-3+7=14.\] Pour la variance, on repère les coefficients \(2\) et \(-1\) avant de les élever au carré. Les transformations séparées \(2X\) et \(-Y\) restent issues des deux épreuves indépendantes ; la constante \(7\) ne change pas les écarts à la moyenne. Ainsi \[\begin{aligned} \operatorname{V}(D)&=2^2\operatorname{V}(X)+(-1)^2\operatorname{V}(Y)\\ &=4\times4+1\times9\\ &=16+9=25, \end{aligned} \qquad \sigma(D)=\sqrt{25}=5.\] Le signe moins ne conduit donc pas à soustraire les variances : les écarts sont élevés au carré.
Méthode 5.11 — Choisir et contrôler une formule de variance
Écrire la variable cherchée. Par exemple \(T=3X-2Y+5\). Ne commence pas par une formule où les variables n’ont pas de sens.
Isoler les constantes et les coefficients. Ici, les coefficients sont \(3\) et \(-2\) ; \(5\) est une constante.
Examiner les conditions. Une transformation d’une seule variable ne demande pas d’indépendance. Une somme de variables distinctes demande une information supplémentaire pour additionner les variances.
Écrire la formule littérale, puis remplacer. Sous indépendance : \(\operatorname{V}(T)=3^2\operatorname{V}(X)+(-2)^2\operatorname{V}(Y)=9\operatorname{V}(X)+4\operatorname{V}(Y)\).
Contrôler. Une variance négative signale une erreur. Pour un écart-type, prendre la racine seulement après le calcul de la variance. Vérifier l’unité et l’ordre de grandeur.
Si l’indépendance n’est pas donnée, ne l’invente pas : une loi conjointe ou un autre renseignement sur la dépendance peut permettre un calcul direct. À défaut, explique ce qui reste indéterminé.
3. Comprendre pourquoi les conditions ne sont pas décoratives
Contre-exemple 5.12 — Doubler une même variable ou additionner deux copies indépendantes
\(X\) prend les valeurs \(0\) et \(1\) avec probabilité \(1/2\) chacune. Alors \[\operatorname{E}(X)=\frac12, \qquad \operatorname{V}(X)=\left(0-\frac12\right)^2\frac12+ \left(1-\frac12\right)^2\frac12 =\frac18+\frac18=\frac14.\] Une seule réalisation doublée. \(2X\) vaut \(0\) ou \(2\), chacune avec probabilité \(1/2\). Sa variance est \[\operatorname{V}(2X)=2^2\operatorname{V}(X)=4\times\frac14=1.\] Deux réalisations indépendantes. \(Y\) suit la même loi que \(X\) et est indépendante de \(X\). Les quatre couples \((0;0)\), \((0;1)\), \((1;0)\) et \((1;1)\) ont chacun la probabilité \(1/4\). Leur somme vaut \(0\), \(1\) et \(2\) avec les probabilités \(1/4\), \(1/2\) et \(1/4\). Ainsi \[\operatorname{V}(X+Y)=\frac14+\frac14=\frac12.\] Les deux variables \(2X\) et \(X+Y\) ont la même espérance \(1\), mais pas la même loi, ni la même variance. La valeur intermédiaire \(1\) est possible pour \(X+Y\) parce que les deux résultats peuvent se compenser ; elle est impossible pour \(2X\).
Lecture. Pour \(2X\), les probabilités sont concentrées en \(0\) et \(2\). Pour \(X+Y\), avec deux copies indépendantes, la somme vaut aussi \(1\), avec probabilité \(1/2\). Les variances sont respectivement \(1\) et \(1/2\).
Contre-exemple 5.13 — Une somme constante de variables non constantes
\(X\) vaut \(2\) ou \(4\) avec probabilité \(1/2\). On pose \(Y=6-X\). Si \(X=2\), alors \(Y=4\) ; si \(X=4\), alors \(Y=2\). Les deux variables ont chacune espérance \(3\) et variance \(1\) : \[\operatorname{V}(X)=(2-3)^2\frac12+(4-3)^2\frac12=1, \qquad \operatorname{V}(Y)=1.\] Pourtant \(X+Y=6\) à chaque issue, donc \(\operatorname{V}(X+Y)=0\). La formule \(\operatorname{V}(X+Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)\) donnerait \(2\) et serait fausse : son hypothèse d’indépendance n’est pas satisfaite.
La linéarité, elle, reste correcte : \(\operatorname{E}(X+Y)=6=3+3\).
Question que tu peux te poser 5.14 — Deux variables de même loi sont-elles interchangeables dans une somme ?
Elles ont les mêmes valeurs possibles avec les mêmes probabilités, donc les mêmes moments individuels. Mais cela ne dit pas comment leurs valeurs s’associent sur chaque issue. Dans le contre-exemple précédent, connaître \(X\) détermine entièrement \(Y\) ; dans deux expériences indépendantes, ce n’est pas le cas. Pour une variance de somme, la relation entre les variables compte autant que leurs variances individuelles.
4. Essayer, expliquer et varier la situation
À toi 5.15 — Essai guidé : une combinaison pondérée
\(X\) et \(Y\) sont indépendantes. On connaît \(\operatorname{E}(X)=12\), \(\operatorname{E}(Y)=4\), \(\operatorname{V}(X)=9\) et \(\operatorname{V}(Y)=1\). On pose \(T=3X+2Y-5\).
Repère les deux coefficients et la constante.
Calcule \(\operatorname{E}(T)\), puis \(\operatorname{V}(T)\) et \(\sigma(T)\).
Explique pourquoi la constante n’intervient pas de la même manière dans les deux premiers calculs.
Indice. Écris d’abord \(\operatorname{V}(T)=3^2\operatorname{V}(X)+2^2\operatorname{V}(Y)\) ; la formule n’est utilisable ici que parce que l’indépendance est donnée.
Correction expliquée 5.16 — Correction de l’essai guidé
Les coefficients sont \(3\) devant \(X\) et \(2\) devant \(Y\) ; la constante vaut \(-5\). \[\operatorname{E}(T)=3\operatorname{E}(X)+2\operatorname{E}(Y)-5 =3\times12+2\times4-5=36+8-5=39.\] Pour la variance, les carrés portent sur les coefficients, pas sur les variances : \[\operatorname{V}(T)=3^2\times9+2^2\times1 =9\times9+4\times1=81+4=85.\] Ainsi \(\sigma(T)=\sqrt{85}\approx9{,}22\). On peut contrôler l’ordre de grandeur : \(9^2=81<85<100=10^2\), donc l’écart-type doit être entre \(9\) et \(10\).
Ajouter \(-5\) à chaque valeur ajoute \(-5\) à la moyenne. Mais chaque écart devient \((t-5)-(\mu-5)=t-\mu\) : les écarts, leurs carrés et leur moyenne sont inchangés. C’est pour cela que \(-5\) apparaît dans l’espérance et disparaît dans la variance.
À toi 5.17 — Tentative avant consultation
Deux mesures indépendantes \(A\) et \(B\), exprimées en millimètres, vérifient \[\operatorname{E}(A)=7,\quad\operatorname{E}(B)=2,\quad\operatorname{V}(A)=1{,}44,\quad\operatorname{V}(B)=0{,}25.\] Un indicateur de réglage est \(R=A-2B+6\), où la constante est également exprimée en millimètres. Détermine son espérance, sa variance et son écart-type. Explique le rôle de l’indépendance dans ta rédaction.
Indice à n’utiliser qu’après une tentative. Le coefficient de \(B\) est \(-2\) ; son carré vaut \(4\), et non \(-4\).
Correction expliquée 5.18 — Correction de la tentative
La relation qui définit l’indicateur est une combinaison affine des deux mesures. Pour l’espérance, la linéarité donne, sans utiliser l’indépendance, \[\operatorname{E}(R)=\operatorname{E}(A)-2\operatorname{E}(B)+6 =7-2\times2+6=7-4+6=9\ \text{mm}.\] L’indépendance est maintenant utile : elle permet d’additionner les variances des deux composantes transformées. \[\operatorname{V}(R)=1^2\operatorname{V}(A)+(-2)^2\operatorname{V}(B) =1{,}44+4\times0{,}25 =1{,}44+1=2{,}44\ \text{mm}^2.\] L’écart-type est donc \(\sqrt{2{,}44}\ \text{mm}\approx1{,}56\ \text{mm}\). On a bien une grandeur positive dans la même unité que les mesures. Soustraire \(B\) dans l’indicateur n’autorise pas à soustraire sa contribution à la variance.
À toi 5.19 — Justifier avec tes propres mots
Explique à un camarade pourquoi, pour des variables indépendantes, \[\operatorname{V}(X-Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)\] mais pourquoi il serait incorrect de remplacer systématiquement \(Y\) par \(X\) dans ce raisonnement pour obtenir \(\operatorname{V}(2X)=2\operatorname{V}(X)\).
Correction expliquée 5.20 — Une réponse possible et ses critères
La différence \(X-Y\) est la somme de \(X\) et de \(-Y\). Les deux composantes restent issues des deux épreuves indépendantes. La variance de \(-Y\) est \((-1)^2\operatorname{V}(Y)=\operatorname{V}(Y)\) : le signe est perdu dans le carré. L’additivité donne donc la formule annoncée.
Dans \(X+X\), on additionne deux fois le même résultat, pas deux réalisations indépendantes. Si \(\operatorname{V}(X)>0\), la formule correcte est \(\operatorname{V}(2X)=4\operatorname{V}(X)\). Lorsque \(X\) est constante, toutes ces variances sont nulles ; ce cas particulier ne justifie pas la formule erronée en général.
Critères de contenu. Ta réponse doit identifier \(X-Y=X+(-Y)\), faire apparaître \((-1)^2\), nommer l’hypothèse utilisée et distinguer deux copies indépendantes d’une même variable répétée. Un simple « ce n’est pas la bonne formule » ne suffit pas.
À toi 5.21 — Variation : les mêmes moments individuels suffisent-ils ?
\(X\) prend les valeurs \(-2\) et \(2\) avec probabilité \(1/2\) chacune. \(Y\) prend les valeurs \(-3\) et \(3\) avec probabilité \(1/2\) chacune.
Détermine \(\operatorname{E}(X+Y)\) avec ces seules informations.
Calcule la variance de la somme dans trois modèles : les variables sont indépendantes ; leurs signes sont toujours les mêmes ; leurs signes sont toujours opposés.
Que montre cette comparaison ?
Correction expliquée 5.22 — Une variation de condition, pas seulement de nombres
Les deux lois sont symétriques : \(\operatorname{E}(X)=0\) et \(\operatorname{E}(Y)=0\). Par exemple \((-2)/2+2/2=0\). La linéarité donne donc \(\operatorname{E}(X+Y)=0\) dans les trois modèles.
Les variances individuelles valent \(\operatorname{V}(X)=4\) et \(\operatorname{V}(Y)=9\), car les carrés des écarts à \(0\) valent respectivement \(4\) et \(9\) sur chaque issue.
Sous indépendance, \(\operatorname{V}(X+Y)=4+9=13\).
Si les signes sont identiques, les couples sont \((-2;-3)\) et \((2;3)\), chacun avec probabilité \(1/2\). La somme vaut \(-5\) ou \(5\) ; sa moyenne vaut \(0\) et sa variance vaut \(25/2+25/2=25\).
Si les signes sont opposés, les couples sont \((-2;3)\) et \((2;-3)\). La somme vaut \(1\) ou \(-1\) ; sa variance vaut \(1/2+1/2=1\).
Les lois individuelles sont restées identiques d’un modèle à l’autre. Elles fixent l’espérance de la somme, mais ne suffisent pas à fixer sa variance. C’est la manière d’associer les valeurs qui a changé.
5. Réparer un obstacle puis vérifier qu’il est dépassé
À toi 5.23 — Une erreur, un rappel, puis un nouvel essai
Première erreur. Sachant \(\operatorname{V}(X)=4\), un élève écrit : \[\operatorname{V}(3X-2)=3\operatorname{V}(X)-2=10.\] Avant de lire la correction, repère deux endroits où l’espérance et la variance ont été confondues.
Correction expliquée 5.24 — Rappel, modèle plus simple et retour au calcul
Rappel utile. Dans une transformation affine, la constante ne change pas les écarts, tandis que le coefficient les multiplie. Leur carré est donc multiplié par le carré du coefficient.
Exemple plus simple. Une variable \(U\) vaut \(0\) ou \(2\) avec probabilité \(1/2\). Sa moyenne est \(1\) et sa variance \(1\). La variable \(2U+5\) vaut \(5\) ou \(9\), de moyenne \(7\). Les écarts sont \(-2\) et \(2\), donc sa variance vaut \[(-2)^2\frac12+2^2\frac12=2+2=4=2^2\operatorname{V}(U).\] La translation \(+5\) ne figure pas dans le résultat final.
Nouvel essai, à faire avant de poursuivre. Si \(\operatorname{V}(Y)=0{,}25\), calcule la variance et l’écart-type de \(W=-4Y+3\).
Correction du nouvel essai. \(\operatorname{V}(W)=(-4)^2\operatorname{V}(Y)=16\times0{,}25=4\) ; donc \(\sigma(W)=\sqrt4=2\). Le coefficient négatif a été mis au carré et la constante a été écartée pour une raison précise.
Retour à la première erreur. Il faut écrire \(\operatorname{V}(3X-2)=3^2\operatorname{V}(X)=9\times4=36\), et non \(10\). Le coefficient devait être mis au carré ; la constante ne devait pas être soustraite. Pour l’espérance, en revanche, la formule \(\operatorname{E}(3X-2)=3\operatorname{E}(X)-2\) serait correcte.
À toi 5.25 — À reprendre plus tard, avant toute relecture
Quatre variables \(X_1,X_2,X_3,X_4\) sont issues d’épreuves indépendantes. Chacune a pour espérance \(2\) et pour variance \(1/2\). On définit \[R=X_1+X_2+X_3+X_4,\qquad A=\frac{R}{2},\qquad B=2X_1.\] Compare les espérances et les variances de \(A\) et de \(B\). Explique pourquoi une même espérance ne suffit pas à les confondre.
Aide locale. Une somme indépendante additionne les variances ; multiplier une variable par \(1/2\) multiplie sa variance par \((1/2)^2=1/4\).
Correction expliquée 5.26 — Correction de la reprise différée
La somme de quatre espérances égales à \(2\) vaut \(\operatorname{E}(R)=2+2+2+2=8\). L’indépendance permet de calculer \[\operatorname{V}(R)=\frac12+\frac12+\frac12+\frac12=2.\] Pour \(A=R/2\), on obtient \[\operatorname{E}(A)=\frac12\times8=4,\qquad \operatorname{V}(A)=\left(\frac12\right)^2\times2=\frac14\times2=\frac12.\] Pour \(B=2X_1\), les formules sont \[\operatorname{E}(B)=2\times2=4,\qquad \operatorname{V}(B)=2^2\times\frac12=4\times\frac12=2.\] Les deux moyennes attendues sont égales, mais la variance de \(B\) est quatre fois celle de \(A\). L’une des variables rassemble quatre résultats indépendants avant de les réduire ; l’autre agrandit un seul résultat. Leurs mécanismes aléatoires ne sont pas les mêmes.
Synthèse 5.27 — Ce qui doit rester disponible rapidement
| Toujours, pour des variables définies ensemble | Sous indépendance des composantes |
|---|---|
| \(\operatorname{E}(aX+bY+c)=a\operatorname{E}(X)+b\operatorname{E}(Y)+c\) | \(\operatorname{V}(aX+bY+c)=a^2\operatorname{V}(X)+b^2\operatorname{V}(Y)\) |
| \(\operatorname{V}(aX+c)=a^2\operatorname{V}(X)\) | \(\operatorname{V}(X-Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)\) |
| \(\sigma(aX+c)=|a|\sigma(X)\) | \(\sigma(X+Y)=\sqrt{\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)}\) |
Avant une variance de somme, écris la condition. Avant un calcul numérique, écris les coefficients au carré. Avant l’interprétation, retrouve l’unité. Et ne remplace jamais deux réalisations indépendantes par deux fois la même réalisation.
6. Compter des succès : indicatrices et loi binomiale
Objectif. Décomposer un comptage en variables simples, puis démontrer et utiliser les formules d’espérance, de variance et d’écart-type de la loi binomiale.
Les outils nécessaires, disponibles ici
Rappel 6.1 — Lois finies et sommes de variables
Une variable aléatoire prend une valeur numérique sur chaque issue d’une expérience. Sa loi indique les probabilités de ces valeurs. Pour une loi finie, l’espérance est la somme des produits « valeur \(\times\) probabilité » ; la variance est la somme des produits « carré de l’écart à l’espérance \(\times\) probabilité ».
On dispose de la linéarité, valable sans indépendance : \[\operatorname{E}(X_1+\cdots+X_n)=\operatorname{E}(X_1)+\cdots+\operatorname{E}(X_n).\] Pour des variables issues d’épreuves indépendantes, l’additivité de la variance, admise dans le parcours principal, donne \[\operatorname{V}(X_1+\cdots+X_n)=\operatorname{V}(X_1)+\cdots+\operatorname{V}(X_n).\] Enfin, pour tous réels \(a,b\), \[\operatorname{E}(aX+b)=a\operatorname{E}(X)+b,\quad \operatorname{V}(aX+b)=a^2\operatorname{V}(X),\quad \sigma(X)=\sqrt{\operatorname{V}(X)}.\] Le point essentiel de cette unité sera de construire les variables à additionner, pas seulement de reconnaître une formule.
À toi 6.2 — Repérage : une épreuve ou un comptage ?
Une expérience réussit avec probabilité \(0{,}3\). Une variable vaut \(1\) si elle réussit et \(0\) sinon. Quelle est sa loi ? Quelle est son espérance, en utilisant directement les deux valeurs ?
On répète dix fois l’expérience dans les mêmes conditions et indépendamment. Le nombre de réussites prend-il seulement les valeurs \(0\) et \(1\) ?
On recommence une expérience jusqu’à la première réussite. Est-ce automatiquement un schéma de Bernoulli comportant dix essais ?
Correction expliquée 6.3 — Correction et orientation
La loi attribue \(0{,}7\) à \(0\) et \(0{,}3\) à \(1\). Son espérance est \(0\times0{,}7+1\times0{,}3=0{,}3\). On appelle cette loi une loi de Bernoulli de paramètre \(0{,}3\).
Non. Le nombre total de réussites peut être n’importe quel entier entre \(0\) et \(10\). Ce compteur n’est pas la variable \(0/1\) d’une seule épreuve : il additionne dix variables de ce type.
Non. Dans une expérience arrêtée à la première réussite, le nombre d’essais n’est pas fixé d’avance à dix. Si tu as seulement repéré les mots « succès » et « échec », reprends les quatre conditions du schéma de Bernoulli ci-dessous.
1. L’indicatrice : compter un événement avec zéro ou un
Définition 6.4 — Indicatrice d’un événement et loi de Bernoulli
Soit \(A\) un événement de probabilité \(p\), avec \(0\leq p\leq1\). Sa variable indicatrice est la variable \(I\) définie par \[I=\begin{cases}1&\text{si l'événement }A\text{ se réalise},\\0&\text{sinon}.\end{cases}\] Sa loi est appelée loi de Bernoulli de paramètre \(p\) : \[\begin{array}{c|cc} i&0&1\\\hline \mathbb{P}(I=i)&1-p&p \end{array}\] Le mot « succès » désigne simplement l’événement que l’on choisit de compter. Il ne signifie pas forcément une situation favorable : on peut appeler succès la présence d’un défaut.
Proposition 6.5 — Espérance et variance d’une indicatrice
Pour une indicatrice \(I\) de paramètre \(p\), \[\boxed{\operatorname{E}(I)=p,\qquad \operatorname{V}(I)=p(1-p),\qquad \sigma(I)=\sqrt{p(1-p)}.}\]
Démonstration. La moyenne pondérée des deux valeurs est \[\operatorname{E}(I)=0\times(1-p)+1\times p=0+p=p.\] Les écarts à cette moyenne valent \(0-p=-p\) en cas d’échec et \(1-p\) en cas de succès. Par définition, \[\begin{aligned} \operatorname{V}(I) &=(0-p)^2(1-p)+(1-p)^2p\\ &=p^2(1-p)+p(1-p)^2. \end{aligned}\] Pour mettre \(p(1-p)\) en facteur, on fait apparaître le facteur restant dans chacun des termes : \[p^2(1-p)=p(1-p)\times p,\qquad p(1-p)^2=p(1-p)\times(1-p).\] Ainsi \[\begin{aligned} \operatorname{V}(I) &=p(1-p)\bigl[p+(1-p)\bigr]\\ &=p(1-p)(p+1-p)\\ &=p(1-p)\times1=p(1-p). \end{aligned}\] L’écart-type est la racine carrée positive de cette variance. On n’a divisé par aucun facteur : le calcul reste valable pour \(p=0\) et pour \(p=1\).
Lemme 6.6 — Un compteur est une somme d’indicatrices
On considère \(n\) événements \(A_1,\ldots,A_n\) et leurs indicatrices \(I_1,\ldots,I_n\). Le nombre \(N\) d’événements qui se réalisent vérifie \[\boxed{N=I_1+\cdots+I_n.}\] Cette égalité ne demande pas que les événements soient indépendants.
Démonstration. Fixons une issue de l’expérience globale. Chaque événement réalisé apporte exactement un terme égal à \(1\) ; chacun des autres apporte \(0\). La somme compte donc exactement les événements réalisés sur cette issue. Le même raisonnement vaut pour toutes les issues : c’est une égalité de variables aléatoires.
Corollaire 6.7 — Espérance d’un comptage, même avec dépendance
Si \(\mathbb{P}(A_i)=p_i\) pour chaque entier \(i\) de \(1\) à \(n\), alors \[\operatorname{E}(N)=p_1+\cdots+p_n.\]
Démonstration. Le lemme précédent donne \(N=I_1+\cdots+I_n\). Par linéarité, \[\operatorname{E}(N)=\operatorname{E}(I_1)+\cdots+\operatorname{E}(I_n)=p_1+\cdots+p_n.\] Les probabilités peuvent être différentes, et aucune indépendance n’a été utilisée. Cela ne fournit pas, à lui seul, la loi complète ou la variance de \(N\).
Exemple de référence 6.8 — Deux conditions liées, mais une espérance simple
On choisit au hasard un entier entre \(1\) et \(6\), chacun avec probabilité \(1/6\). Un indicateur \(I\) vaut \(1\) si cet entier est au moins \(4\) ; un indicateur \(J\) vaut \(1\) s’il est au moins \(5\). On compte les conditions satisfaites : \(N=I+J\).
La première condition est satisfaite pour trois nombres, donc \(\operatorname{E}(I)=3/6=1/2\). La seconde est satisfaite pour deux nombres, donc \(\operatorname{E}(J)=2/6=1/3\). Par linéarité, \[\operatorname{E}(N)=\frac12+\frac13 =\frac36+\frac26=\frac56.\] Les conditions ne sont pas indépendantes : si la seconde est satisfaite, la première l’est nécessairement. Cela ne gêne pas le calcul de l’espérance.
Contrôle par la loi. \(N=0\) pour les nombres \(1,2,3\), \(N=1\) pour le nombre \(4\), et \(N=2\) pour \(5,6\). On retrouve \[\operatorname{E}(N)=0\times\frac12+1\times\frac16+2\times\frac13 =0+\frac16+\frac46=\frac56.\] Cet exemple montre aussi qu’une somme de variables \(0/1\) n’est pas automatiquement un compteur binomial.
2. Le schéma de Bernoulli et sa loi de comptage
Définition 6.9 — Schéma de Bernoulli et loi binomiale
Un schéma de Bernoulli de paramètres \(n\) et \(p\) comporte un nombre fixé \(n\geq1\) d’épreuves vérifiant quatre points :
le nombre d’épreuves est fixé avant leur réalisation ;
chaque épreuve est décrite par deux catégories : succès et échec ;
les épreuves sont indépendantes ;
la probabilité du succès est la même, \(p\), à chaque épreuve.
La variable \(X\) qui compte les succès suit la loi binomiale de paramètres \(n\) et \(p\), notée \(\mathcal{B}(n;p)\). Elle prend ses valeurs parmi les entiers \(0,1,\ldots,n\).
En notant \(I_i\) l’indicatrice du succès à la \(i\)-ème épreuve, on a \[X=I_1+\cdots+I_n,\] où les \(I_i\) sont indépendantes et suivent toutes une loi de Bernoulli de paramètre \(p\). Elles ont la même loi, mais ne prennent pas nécessairement la même valeur sur une réalisation.
Lecture. Les six valeurs \(1,0,1,0,0,1\) correspondent aux succès des première, troisième et sixième épreuves. Leur somme vaut \(3\) : c’est le nombre de succès, pas le nombre d’épreuves.
Propriété 6.10 — Rappel justifié de la loi binomiale
Si \(X\) suit \(\mathcal{B}(n;p)\) avec \(0<p<1\), pour tout entier \(k\) compris entre \(0\) et \(n\), \[\mathbb{P}(X=k)=\binom{n}{k}p^k(1-p)^{n-k}.\] Le coefficient \(\binom{n}{k}\) compte les choix de \(k\) positions parmi les \(n\) positions des épreuves. Il vaut \(n!/[k!(n-k)!]\) : pour un entier \(j\geq1\), \(j!=1\times2\times\cdots\times j\), avec la convention \(0!=1\). Cette expression du coefficient est un résultat du dénombrement ; ici, c’est son sens de nombre de choix qui intervient dans la preuve.
Démonstration. Une suite précisément fixée de \(k\) succès et \(n-k\) échecs a pour probabilité \(p^k(1-p)^{n-k}\), par indépendance. Il existe \(\binom{n}{k}\) choix des positions des succès. Les événements correspondants sont disjoints : une réalisation ne peut pas avoir simultanément deux suites de résultats différentes. En additionnant leurs probabilités égales, on obtient la formule.
Cas limites. Si \(p=0\), aucun succès ne peut se produire : \(\mathbb{P}(X=0)=1\). Si \(p=1\), tous les essais réussissent : \(\mathbb{P}(X=n)=1\). On traite ces cas directement, sans manipuler une expression ambiguë comme \(0^0\).
Théorème 6.11 — Moments de la loi binomiale : démonstration centrale
Si \(X\) suit la loi \(\mathcal{B}(n;p)\), alors \[\boxed{\operatorname{E}(X)=np,\qquad \operatorname{V}(X)=np(1-p),\qquad \sigma(X)=\sqrt{np(1-p)}.}\]
Démonstration. On considère un schéma de Bernoulli correspondant à cette loi. Pour chaque entier \(i\) compris entre \(1\) et \(n\), \(I_i\) vaut \(1\) en cas de succès à l’épreuve \(i\) et \(0\) sinon. À chaque réalisation, la somme ajoute exactement un par succès : \[X=I_1+I_2+\cdots+I_n.\] Si l’on part seulement de la loi de \(X\), on peut réaliser un compteur de cette même loi dans un tel schéma : ses moments sont les mêmes, puisqu’ils ne dépendent que de la loi.
Espérance. Chaque \(I_i\) suit une loi de Bernoulli de paramètre \(p\), donc \(\operatorname{E}(I_i)=p\). La linéarité donne \[\operatorname{E}(X)=\operatorname{E}(I_1)+\cdots+\operatorname{E}(I_n) =\underbrace{p+\cdots+p}_{n\text{ termes}}=np.\] L’indépendance n’est pas nécessaire à cette étape : elle fait partie du modèle binomial, mais ce calcul de moyenne utilise seulement la linéarité et le paramètre commun.
Variance. Les essais sont indépendants, donc leurs indicatrices le sont dans ce modèle. On peut alors additionner leurs variances. La proposition précédente a établi \(\operatorname{V}(I_i)=p(1-p)\), d’où \[\begin{aligned} \operatorname{V}(X) &=\operatorname{V}(I_1)+\cdots+\operatorname{V}(I_n)\\ &=\underbrace{p(1-p)+\cdots+p(1-p)}_{n\text{ termes}}\\ &=np(1-p). \end{aligned}\] Écart-type. Par définition, \(\sigma(X)=\sqrt{\operatorname{V}(X)}=\sqrt{np(1-p)}\). Le nombre sous la racine est positif ou nul puisque \(n\geq1\) et \(0\leq p\leq1\).
Pour \(p=0\), on trouve espérance \(0\) et variance \(0\) : \(X=0\) avec probabilité \(1\). Pour \(p=1\), on trouve espérance \(n\) et variance \(0\) : \(X=n\) avec probabilité \(1\). Les formules des moments couvrent donc également les deux cas limites.
Remarque 6.12 — Ce que signifie le nombre \(np\)
\(np\) est une moyenne théorique, pas un nombre de succès annoncé pour la prochaine série. Il peut ne pas être entier. Par exemple, pour \(n=7\) et \(p=0{,}3\), \(\operatorname{E}(X)=2{,}1\) alors que chaque réalisation de \(X\) est entière. Il n’y a aucune contradiction : une moyenne n’est pas nécessairement une valeur possible.
La variance et l’écart-type décrivent la dispersion du compteur. Ils ne donnent pas directement une probabilité telle que \(\mathbb{P}(X\geq k)\) ; pour cela, on utilise la loi ou un outil probabiliste supplémentaire.
3. Utiliser les moments sans reconstruire toute la loi
Exemple de référence 6.13 — Un comptage dont la loi possède de nombreuses valeurs
Un dispositif émet \(40\) messages. Dans le modèle retenu, chaque message est reçu avec probabilité \(0{,}65\), indépendamment des autres. \(X\) compte les messages reçus.
Il y a un nombre fixé d’essais, deux catégories reçu/non reçu, indépendance et probabilité constante : \(X\) suit \(\mathcal{B}(40;0{,}65)\). On définit localement l’échec par « message non reçu », de probabilité \(1-0{,}65=0{,}35\). \[\operatorname{E}(X)=40\times0{,}65=26,\] \[\operatorname{V}(X)=40\times0{,}65\times0{,}35 =26\times0{,}35=9{,}1, \qquad \sigma(X)=\sqrt{9{,}1}\approx3{,}02.\] La moyenne attendue est donc de \(26\) messages reçus sur une série de \(40\). Une série particulière peut en comporter un autre nombre. La loi possède \(41\) valeurs possibles ; il n’a pas été nécessaire de calculer leurs \(41\) probabilités pour obtenir ces moments.
Exemple de référence 6.14 — Transformer un compteur en score
Lors de \(12\) essais indépendants, la probabilité de réussir un essai est \(1/4\). Chaque réussite rapporte \(4\) points et un coût fixe de \(6\) points est retranché à la fin. Si \(X\) compte les réussites, le score est \[G=4X-6.\] \(X\) suit \(\mathcal{B}(12;1/4)\), donc \[\operatorname{E}(X)=12\times\frac14=3,\] \[\operatorname{V}(X)=12\times\frac14\times\left(1-\frac14\right) =3\times\frac34=\frac94.\] Le score n’est pas le compteur : on applique ensuite les formules de transformation. \[\operatorname{E}(G)=4\operatorname{E}(X)-6=4\times3-6=6\ \text{points},\] \[\operatorname{V}(G)=4^2\operatorname{V}(X)=16\times\frac94 =\frac{16\times9}{4}=4\times9=36\ \text{points}^2.\] Ainsi \(\sigma(G)=6\) points. La constante retranchée intervient dans l’espérance mais pas dans la variance. Le score peut être négatif, ce qui ne rend ni sa variance ni son écart-type négatifs.
Méthode 6.15 — Du texte au calcul de moments
Définir le succès et la variable qui compte les succès.
Vérifier séparément les quatre conditions du modèle binomial. « On répète une expérience » ne suffit pas.
Identifier \(n\) et \(p\), puis calculer \(1-p\).
Écrire \(\operatorname{E}(X)=np\) et \(\operatorname{V}(X)=np(1-p)\) avec les valeurs substituées ; prendre ensuite la racine pour l’écart-type.
Si la question porte sur un score, un coût ou une proportion, écrire cette nouvelle variable en fonction de \(X\) avant de transformer les moments.
Contrôler : \(0\leq\operatorname{E}(X)\leq n\), variance positive ou nulle, unité cohérente. Une probabilité, une espérance et un nombre d’essais sont des objets différents.
Méthode 6.16 — Application facultative : retrouver des paramètres
On affirme qu’une variable suit une loi binomiale et l’on connaît exactement sa moyenne \(\mu>0\) et sa variance \(v\). Les formules imposent \[\mu=np,\qquad v=np(1-p)=\mu(1-p).\] Comme \(\mu\ne0\), on peut diviser les deux membres de la deuxième égalité par \(\mu\) : \[\frac{v}{\mu}=1-p.\] On ajoute \(p\) aux deux membres, puis on retranche \(v/\mu\) aux deux membres : \[\frac v\mu+p=1-p+p=1, \qquad \frac v\mu+p-\frac v\mu=1-\frac v\mu, \quad\text{donc }p=1-\frac v\mu.\] Puis, si \(p>0\), diviser \(\mu=np\) par \(p\) donne \(\mu/p=np/p=n\), donc \(n=\mu/p\). On doit contrôler que \(p\) appartient à \(]0;1]\) et que \(n\) est un entier au moins égal à \(1\).
Exemple. Pour \(\mu=8\) et \(v=4{,}8\), \[p=1-\frac{4{,}8}{8}=1-0{,}6=0{,}4, \qquad n=\frac8{0{,}4}=20.\] La vérification donne \(20\times0{,}4=8\) et \(20\times0{,}4\times0{,}6=4{,}8\).
Essai : sous la même hypothèse binomiale, retrouve les paramètres lorsque \(\mu=6\) et \(v=4{,}5\). Correction : \(p=1-4{,}5/6=1-0{,}75=0{,}25\), puis \(n=6/0{,}25=24\). On contrôle \(24\times0{,}25=6\) et \(24\times0{,}25\times0{,}75=4{,}5\) ; \(24\) est bien un entier positif et \(0{,}25\) une probabilité.
Limites. Ces calculs déterminent des paramètres si le modèle binomial est déjà établi ; deux moments ne prouvent pas à eux seuls qu’une loi est binomiale. Si \(\mu=0\), on ne divise pas par \(\mu\) : pour \(n\geq1\), le cas binomial est alors \(p=0\), et la moyenne ne permet pas de retrouver \(n\). Des données empiriques arrondies ne sont pas des moments exacts.
4. Pratique autonome et justification
À toi 6.17 — Essai guidé : définir avant de calculer
On contrôle \(30\) pièces. Le modèle suppose que chaque pièce a un défaut avec probabilité \(0{,}2\), indépendamment des autres. On note \(X\) le nombre de pièces défectueuses.
Quel est le succès choisi ici ? Définis une indicatrice \(I_i\) pour la pièce numéro \(i\).
Justifie le modèle binomial, puis calcule \(\operatorname{E}(X)\), \(\operatorname{V}(X)\) et \(\sigma(X)\).
Explique pourquoi l’espérance n’annonce pas exactement le nombre de défauts dans le lot contrôlé.
Indice. Le succès est l’événement que l’on compte, même s’il est indésirable. Le nombre d’essais est \(30\), et non \(0{,}2\).
Correction expliquée 6.18 — Correction de l’essai guidé
Le succès est « la pièce est défectueuse ». Pour \(i\) de \(1\) à \(30\), \(I_i\) vaut \(1\) si cette pièce est défectueuse et \(0\) sinon. Ainsi \(X=I_1+\cdots+I_{30}\).
Le nombre de pièces est fixé ; chaque contrôle a deux catégories ; les résultats sont indépendants dans le modèle ; le paramètre \(p=0{,}2\) est commun. Donc \(X\) suit \(\mathcal{B}(30;0{,}2)\). \[\operatorname{E}(X)=30\times0{,}2=6,\] \[\operatorname{V}(X)=30\times0{,}2\times(1-0{,}2) =6\times0{,}8=4{,}8,\] \[\sigma(X)=\sqrt{4{,}8}\approx2{,}19.\] L’espérance \(6\) décrit une moyenne théorique sur des lots fabriqués selon ce modèle. Pour le lot qui sera effectivement contrôlé, \(X\) reste aléatoire. Dire « il y aura exactement six pièces défectueuses » remplacerait une moyenne par une certitude, sans justification.
À toi 6.19 — Tentative avant consultation : compter puis transformer
Un élève répond à \(25\) questions indépendantes dans un modèle où chaque réponse est juste avec probabilité \(0{,}8\). On note \(X\) le nombre de réponses justes, \(F\) le nombre de réponses fausses, et \(G=2X-30\) le score.
Écris \(F\) en fonction de \(X\).
Calcule l’espérance et la variance de \(X\), de \(F\) et de \(G\).
Calcule l’écart-type du score. Explique pourquoi le nombre de réponses fausses a la même variance que le nombre de réponses justes.
Indice après recherche. Le total des réponses justes et fausses est toujours \(25\). Pour la variance de \(F\), le coefficient devant \(X\) vaut donc \(-1\).
Correction expliquée 6.20 — Correction complète
Chaque question est soit juste soit fausse, donc \(X+F=25\) et \(F=25-X\). Le nombre \(X\) suit \(\mathcal{B}(25;0{,}8)\), d’où \[\operatorname{E}(X)=25\times0{,}8=20, \qquad \operatorname{V}(X)=25\times0{,}8\times0{,}2=20\times0{,}2=4.\] Les transformations donnent \[\operatorname{E}(F)=25-\operatorname{E}(X)=25-20=5, \qquad \operatorname{V}(F)=(-1)^2\operatorname{V}(X)=1\times4=4.\] Pour le score, \[\operatorname{E}(G)=2\operatorname{E}(X)-30=2\times20-30=10,\] \[\operatorname{V}(G)=2^2\operatorname{V}(X)=4\times4=16, \qquad \sigma(G)=\sqrt{16}=4.\] Le nombre de réponses fausses est le reflet du nombre de réponses justes autour d’une constante : ses écarts à sa moyenne ont les signes opposés, mais les mêmes carrés. Les deux compteurs ont donc la même variance. Ils ne sont pas indépendants : connaître l’un détermine l’autre. Aucune indépendance entre \(F\) et \(X\) n’était nécessaire pour utiliser la transformation affine.
À toi 6.21 — Justification personnelle de la formule \(np\)
Sans utiliser directement la formule binomiale des probabilités, démontre que le nombre de succès de \(n\) épreuves de probabilité commune \(p\) a pour espérance \(np\). Indique ensuite ce qu’il faut ajouter au raisonnement pour obtenir sa variance \(np(1-p)\).
Correction expliquée 6.22 — Réponse possible et critères
Pour l’épreuve \(i\), je définis \(I_i=1\) en cas de succès et \(I_i=0\) sinon. Son espérance vaut \(0(1-p)+1p=p\). Le compteur est \(X=I_1+\cdots+I_n\), car chaque succès apporte exactement un.
Par linéarité, \(\operatorname{E}(X)=p+\cdots+p=np\). Pour passer à la variance, je dois disposer de l’indépendance des épreuves, donc des indicatrices de ce modèle. Je peux alors additionner leurs variances, chacune égale à \(p(1-p)\), et obtenir \(np(1-p)\).
Critères. Définir les indicatrices ; expliquer l’égalité des variables ; calculer l’espérance d’une indicatrice ; distinguer le rôle de la probabilité commune et celui de l’indépendance. Une répétition de la formule à démontrer n’est pas une démonstration.
À toi 6.23 — Variation : la probabilité de succès change
Trois essais sont indépendants, mais leurs probabilités de succès sont respectivement \(0{,}2\), \(0{,}4\) et \(0{,}6\). \(N\) compte les succès.
Peut-on appliquer directement le modèle \(\mathcal{B}(3;0{,}4)\) parce que la moyenne des trois probabilités est \(0{,}4\) ?
Calcule néanmoins \(\operatorname{E}(N)\) et \(\operatorname{V}(N)\) au moyen des indicatrices.
Compare la variance obtenue à celle de \(\mathcal{B}(3;0{,}4)\).
Correction expliquée 6.24 — Garder les outils même quand un modèle ne convient pas
Le paramètre n’est pas le même pour les trois essais : une condition du schéma de Bernoulli manque. Remplacer les trois probabilités par leur moyenne ne conserve pas automatiquement la loi.
Les indicatrices \(I_1,I_2,I_3\) ont pour espérances leurs paramètres respectifs. Comme \(N=I_1+I_2+I_3\), \[\operatorname{E}(N)=0{,}2+0{,}4+0{,}6=1{,}2.\] Les essais sont indépendants, donc \[\begin{aligned} \operatorname{V}(N) &=0{,}2(1-0{,}2)+0{,}4(1-0{,}4)+0{,}6(1-0{,}6)\\ &=0{,}2\times0{,}8+0{,}4\times0{,}6+0{,}6\times0{,}4\\ &=0{,}16+0{,}24+0{,}24=0{,}64. \end{aligned}\] Une variable suivant \(\mathcal{B}(3;0{,}4)\) aurait la même espérance \(3\times0{,}4=1{,}2\), mais la variance \(3\times0{,}4\times0{,}6=0{,}72\). Les variances différentes prouvent que les deux lois ne sont pas les mêmes. Les indicatrices restent utiles même quand le nom « loi binomiale » ne convient pas.
5. Réparer la confusion entre \(nI\) et une somme de \(n\) indicatrices
À toi 6.25 — Première erreur à analyser
Un élève souhaite démontrer la variance du nombre de succès. Il écrit : « Toutes les indicatrices suivent la même loi, donc \(X=nI_1\). Alors \(\operatorname{V}(X)=n^2p(1-p)\). » Où se trouve la première égalité injustifiée ?
Correction expliquée 6.26 — Rappel, exemple plus simple, nouvel essai et retour
Rappel. Avoir la même loi signifie avoir les mêmes valeurs avec les mêmes probabilités. Cela n’impose pas la même valeur à la même réalisation.
Exemple plus simple. Pour deux essais indépendants de probabilité \(1/2\), les couples d’indicatrices sont \((0;0)\), \((0;1)\), \((1;0)\) et \((1;1)\), chacun de probabilité \(1/4\). Le compteur \(I_1+I_2\) vaut parfois \(1\) ; \(2I_1\) ne peut valoir que \(0\) ou \(2\). Ce ne sont donc pas les mêmes variables. Leurs variances sont respectivement \(1/4+1/4=1/2\) et \(2^2\times1/4=1\).
Nouvel essai. On compte les succès de trois essais indépendants de probabilité \(1/3\). Calcule la variance du compteur \(N\), puis celle de \(3I_1\).
Correction du nouvel essai. Chaque indicatrice a pour variance \[\frac13\left(1-\frac13\right)=\frac13\times\frac23=\frac29.\] Donc \(\operatorname{V}(N)=3\times2/9=2/3\), alors que \(\operatorname{V}(3I_1)=3^2\times2/9=2\). Le facteur \(3\) de la première formule vient de trois variances additionnées ; le facteur \(3^2\) de la seconde vient d’une seule variable multipliée par \(3\).
Retour à l’erreur. L’égalité correcte est \(X=I_1+\cdots+I_n\), et non \(X=nI_1\). On peut remplacer les espérances des \(I_i\) par une même valeur \(p\) et leurs variances par une même valeur \(p(1-p)\) ; on ne peut pas remplacer toutes les variables par une seule réalisation commune.
À toi 6.27 — À reprendre plus tard, sans relire le cours d’abord
Une expérience est répétée huit fois indépendamment, avec probabilité de succès \(1/4\) à chaque essai. \(X\) compte les succès et \(H=3X+1\).
Justifie la loi de \(X\) et calcule ses moments.
Calcule l’espérance et l’écart-type de \(H\).
Calcule \(\mathbb{P}(X=0)\). Pourquoi ce nombre n’est-il ni \(\operatorname{E}(X)\) ni \(\operatorname{V}(X)\) ?
Aide locale. Un échec a pour probabilité \(3/4\). Pour zéro succès, les huit essais doivent tous être des échecs. Pour les moments, additionne les moments des huit indicatrices.
Correction expliquée 6.28 — Correction de la reprise différée
Les huit essais forment un schéma de Bernoulli : nombre fixé, deux catégories, indépendance et paramètre commun. Donc \(X\) suit \(\mathcal{B}(8;1/4)\). \[\operatorname{E}(X)=8\times\frac14=2,\] \[\operatorname{V}(X)=8\times\frac14\times\frac34 =2\times\frac34=\frac32, \qquad \sigma(X)=\sqrt{\frac32}.\] Pour la variable transformée, \[\operatorname{E}(H)=3\times2+1=7, \qquad \operatorname{V}(H)=3^2\times\frac32=\frac{27}{2}.\] Ainsi \(\sigma(H)=\sqrt{27/2}=3\sqrt{3/2}\approx3{,}67\).
L’événement \(X=0\) exige huit échecs indépendants : \[\mathbb{P}(X=0)=\left(\frac34\right)^8=\frac{6561}{65536}\approx0{,}1001.\] C’est la probabilité d’un événement précis, donc un nombre entre \(0\) et \(1\). L’espérance \(2\) est une moyenne de nombres de succès ; la variance \(3/2\) est une moyenne de carrés d’écarts. Ces trois quantités ne répondent pas à la même question.
Synthèse 6.29 — La preuve à savoir reconstruire
\[\boxed{\text{Un succès compte }1\quad\Longrightarrow\quad X=I_1+\cdots+I_n.}\] Chaque indicatrice a pour espérance \(p\) et pour variance \(p(1-p)\). La linéarité donne \(np\) ; l’indépendance autorise la somme des variances et donne \(np(1-p)\) ; l’écart-type est leur racine carrée positive.
Avant d’utiliser une loi binomiale, vérifie ses quatre conditions. Après le calcul, distingue compteur, score éventuel, espérance et probabilité. Deux indicatrices de même loi ne sont pas nécessairement égales sur une réalisation.
7. Somme et moyenne d’un échantillon
Objectif. Comprendre pourquoi un total et une moyenne ne se dispersent pas de la même manière, et dimensionner un échantillon à partir d’un objectif d’écart-type.
Les outils nécessaires, disponibles ici
Rappel 7.1 — Les moments et les règles que l’on utilise
Pour une variable aléatoire finie \(X\), son espérance \(\operatorname{E}(X)\) est la moyenne pondérée de ses valeurs et sa variance \(\operatorname{V}(X)\) est la moyenne des carrés des écarts à cette espérance. L’écart-type est \(\sigma(X)=\sqrt{\operatorname{V}(X)}\).
Dans cette unité, on notera parfois \[\mu=\operatorname{E}(X),\qquad v=\operatorname{V}(X),\qquad \sigma=\sigma(X)=\sqrt v.\] Ces trois lettres désignent des nombres fixes, pas les résultats d’un échantillon particulier.
Les outils sont la linéarité de l’espérance et, sous indépendance, l’additivité de la variance : \[\operatorname{E}(X_1+\cdots+X_n)=\operatorname{E}(X_1)+\cdots+\operatorname{E}(X_n),\] \[\operatorname{V}(X_1+\cdots+X_n)=\operatorname{V}(X_1)+\cdots+\operatorname{V}(X_n) \quad\text{si les variables sont indépendantes.}\] L’additivité de la variance est admise dans le noyau du cours ; sa preuve finie est proposée dans l’unité facultative correspondante. Une transformation par un réel \(a\) vérifie \[\operatorname{E}(aX)=a\operatorname{E}(X),\qquad \operatorname{V}(aX)=a^2\operatorname{V}(X).\] Le carré du coefficient dans la variance explique toute la différence entre une somme et une moyenne.
À toi 7.2 — Repérage : de quoi prend-on la moyenne ?
Une mesure aléatoire \(X\) a pour espérance \(6\) et pour écart-type \(4\). On effectue quatre mesures indépendantes suivant cette même loi.
La somme des mesures et leur moyenne ont-elles la même espérance ?
Si l’on recopie quatre fois une seule mesure obtenue, a-t-on réalisé quatre mesures indépendantes ?
L’espérance \(6\) signifie-t-elle que chaque moyenne observée sera égale à \(6\) ?
Correction expliquée 7.3 — Correction et orientation
Non. L’espérance de la somme est \(6+6+6+6=24\). La moyenne est cette somme divisée par \(4\) ; son espérance vaut donc \(24/4=6\).
Non. Quatre copies du même nombre ne fournissent pas quatre informations aléatoires indépendantes. Si le résultat initial est \(x\), la moyenne des quatre copies est \((x+x+x+x)/4=x\) : elle n’est pas plus précise que le résultat initial.
Non. L’espérance est une moyenne théorique. La moyenne d’un échantillon particulier est une réalisation aléatoire et peut être différente de \(6\).
Si les mots « même loi », « quatre copies » et « quatre mesures » te semblent équivalents, commence par la définition qui suit et son exemple. Si le facteur \(4\) de la première réponse t’a gêné, garde séparées les lignes « somme » et « moyenne » dans tes calculs.
1. Une loi, un échantillon et une réalisation
Définition 7.4 — Échantillon de taille \(n\) d’une loi de probabilité
Soit \(n\) un entier au moins égal à \(1\). Un échantillon de taille \(n\) de la loi suivie par \(X\) est une liste de variables aléatoires \[(X_1,X_2,\ldots,X_n)\] qui sont indépendantes et de même loi que \(X\).
Le mot « indépendantes » décrit la relation entre les expériences ; « de même loi » signifie que les mêmes valeurs ont les mêmes probabilités dans chacune. On rencontre l’abréviation « i.i.d. » pour « indépendantes et identiquement distribuées », c’est-à-dire de même loi. Elle ne signifie jamais que les résultats sont identiques.
Après réalisation des expériences, on obtient des nombres \(x_1,x_2,\ldots,x_n\) : c’est une réalisation de l’échantillon. Les majuscules désignent les variables avant l’observation ; les minuscules peuvent désigner leurs valeurs observées.
Exemple de référence 7.5 — Des résultats de même loi, mais pas forcément égaux
Une mesure simplifiée \(X\) vaut \(2\) ou \(10\), chacune avec probabilité \(1/2\). Quatre mesures indépendantes de cette loi peuvent donner la réalisation \[(2,10,2,2).\] Les variables \(X_1,X_2,X_3,X_4\) ont toutes la même loi, mais leurs valeurs ne sont pas toutes les mêmes. La somme observée est \(16\) et la moyenne observée est \(16/4=4\).
La moyenne théorique d’une mesure vaut pourtant \[\operatorname{E}(X)=2\times\frac12+10\times\frac12=1+5=6.\] Il n’y a pas de contradiction : la réalisation choisie est une possibilité parmi d’autres. Deux réalisations indépendantes peuvent aussi coïncider ; l’indépendance n’interdit pas les égalités de résultats.
Définition 7.6 — Somme et moyenne de l’échantillon
Pour un échantillon \((X_1,\ldots,X_n)\), on définit les variables \[\boxed{S_n=X_1+\cdots+X_n,\qquad M_n=\frac{X_1+\cdots+X_n}{n}=\frac{S_n}{n}.}\] \(S_n\) est la somme et \(M_n\) la moyenne de l’échantillon. Elles sont aléatoires, puisqu’elles dépendent des résultats qui seront obtenus. Leur construction est valable pour \(n\geq1\) ; on ne divise pas par une taille d’échantillon nulle.
2. Les formules et leurs démonstrations
Théorème 7.7 — Moments de la somme d’un échantillon
Si \((X_1,\ldots,X_n)\) est un échantillon de la loi de \(X\), alors \[\boxed{\operatorname{E}(S_n)=n\operatorname{E}(X),\quad \operatorname{V}(S_n)=n\operatorname{V}(X),\quad \sigma(S_n)=\sqrt n\,\sigma(X).}\] Avec les notations \(\mu,v,\sigma\), ces formules s’écrivent \(n\mu\), \(nv\) et \(\sqrt n\,\sigma\).
Démonstration. Espérance. Comme chaque variable suit la loi de \(X\), chacune a la même espérance \(\mu\). La linéarité donne \[\operatorname{E}(S_n)=\operatorname{E}(X_1)+\cdots+\operatorname{E}(X_n) =\underbrace{\mu+\cdots+\mu}_{n\text{ termes}}=n\mu.\] La même loi explique les termes égaux ; l’indépendance n’est pas nécessaire à ce premier calcul.
Variance. Ici l’indépendance est utilisée : elle permet d’additionner les variances. Comme les lois sont identiques, ces variances sont toutes égales à \(v\). Ainsi \[\operatorname{V}(S_n)=\operatorname{V}(X_1)+\cdots+\operatorname{V}(X_n) =\underbrace{v+\cdots+v}_{n\text{ termes}}=nv.\] Écart-type. \(n\) est positif et \(v\) est positif ou nul, donc \[\sigma(S_n)=\sqrt{nv}=\sqrt n\sqrt v=\sqrt n\,\sigma.\] La racine porte sur le produit \(nv\) ; on ne multiplie donc pas l’écart-type individuel par \(n\).
Théorème 7.8 — Moments de la moyenne d’un échantillon
Sous les mêmes hypothèses, \[\boxed{\operatorname{E}(M_n)=\operatorname{E}(X),\quad \operatorname{V}(M_n)=\frac{\operatorname{V}(X)}{n},\quad \sigma(M_n)=\frac{\sigma(X)}{\sqrt n}.}\] Autrement dit : \(\operatorname{E}(M_n)=\mu\), \(\operatorname{V}(M_n)=v/n\) et \(\sigma(M_n)=\sigma/\sqrt n\).
Démonstration. Puisque \(n\geq1\), le réel \(1/n\) est défini et \(M_n=(1/n)S_n\).
Espérance. On utilise le coefficient \(1/n\) : \[\operatorname{E}(M_n)=\operatorname{E}(\frac 1nS_n) =\frac1n\operatorname{E}(S_n) =\frac1n\times n\mu =\frac{n\mu}{n}=\mu.\] La simplification par \(n\) est permise parce que \(n\ne0\).
Variance. On utilise cette fois le carré du coefficient : \[\begin{aligned} \operatorname{V}(M_n) &=\operatorname{V}(\frac 1nS_n)\\ &=\left(\frac1n\right)^2\operatorname{V}(S_n)\\ &=\frac1{n^2}\times nv\\ &=\frac{nv}{n\times n}=\frac vn. \end{aligned}\] On simplifie un seul facteur \(n\) : il reste un facteur \(n\) au dénominateur. C’est le passage à ne pas sauter.
Écart-type. Avec \(v\geq0\) et \(n>0\), \[\sigma(M_n)=\sqrt{\frac vn} =\frac{\sqrt v}{\sqrt n} =\frac{\sigma}{\sqrt n}.\] Si \(n=1\), on retrouve les moments de la variable initiale. Si \(v=0\), les variances des sommes et des moyennes sont toutes nulles : aucune dispersion ne peut être réduite davantage.
Intuition et représentation 7.9 — Totaliser et moyenner ne répondent pas au même besoin
Imagine \(n\) mesures indépendantes d’une même grandeur. Le total ajoute aussi bien leurs valeurs centrales que leurs écarts ; sa dispersion absolue augmente en général. La moyenne ramène le total à l’échelle d’une seule mesure en le divisant par \(n\) : son écart-type est donc divisé par \(n\) par rapport à celui du total.
Cette représentation explique le passage \(\sqrt n\,\sigma\) vers \((\sqrt n\,\sigma)/n=\sigma/\sqrt n\). Elle ne dit pas que les écarts se compensent parfaitement dans chaque échantillon, ni que chaque nouvelle mesure rapproche forcément la moyenne de \(\mu\).
Exemple de référence 7.10 — Un lot : masse totale et masse moyenne
Dans un modèle simplifié, la masse \(X\) d’un composant, en grammes, vaut \(198\), \(200\) ou \(202\) avec les probabilités \(1/4\), \(1/2\) et \(1/4\). Un lot est constitué de \(50\) composants dont les masses sont supposées indépendantes et de cette même loi.
Commencer par un seul composant. \[\operatorname{E}(X)=198\times\frac14+200\times\frac12+202\times\frac14 =\frac{198+400+202}{4}=\frac{800}{4}=200\ \text{g}.\] Les écarts à cette moyenne sont \(-2\), \(0\) et \(2\), donc \[\operatorname{V}(X)=(-2)^2\frac14+0^2\frac12+2^2\frac14 =1+0+1=2\ \text{g}^2.\] L’écart-type individuel vaut \(\sqrt2\) g.
Pour la masse totale \(S_{50}\). \[\operatorname{E}(S_{50})=50\times200=10\,000\ \text{g},\] \[\operatorname{V}(S_{50})=50\times2=100\ \text{g}^2, \qquad \sigma(S_{50})=\sqrt{100}=10\ \text{g}.\] Pour la masse moyenne \(M_{50}\). \[\operatorname{E}(M_{50})=200\ \text{g}, \qquad \operatorname{V}(M_{50})=\frac2{50}=0{,}04\ \text{g}^2, \qquad \sigma(M_{50})=\sqrt{0{,}04}=0{,}2\ \text{g}.\] Une dispersion de \(10\) g pour le lot n’est donc pas une dispersion de \(10\) g pour sa masse moyenne. On peut contrôler le lien : \(M_{50}=S_{50}/50\), donc son écart-type est \(10/50=0{,}2\) g.
Si le carton d’emballage a une masse fixe de \(300\) g, la masse totale emballée vaut \(S_{50}+300\). Son espérance est \(10\,300\) g, mais son écart-type reste \(10\) g : la masse fixe ne crée pas de dispersion supplémentaire.
3. Taille d’échantillon et précision : ce que les formules disent
Corollaire 7.11 — Multiplier la taille par quatre divise l’écart-type par deux
À loi individuelle inchangée, si l’on multiplie la taille \(n\) par un entier positif \(k\), alors \[\sigma(M_{kn})=\frac{\sigma(M_n)}{\sqrt k}.\]
Démonstration. La formule de l’écart-type de la moyenne donne \[\sigma(M_{kn})=\frac{\sigma}{\sqrt{kn}} =\frac{\sigma}{\sqrt k\sqrt n} =\frac1{\sqrt k}\times\frac{\sigma}{\sqrt n} =\frac{\sigma(M_n)}{\sqrt k}.\] Pour \(k=4\), \(\sqrt k=2\) ; pour \(k=9\), \(\sqrt k=3\). Diviser l’écart-type par trois demande donc de multiplier la taille par neuf, pas par trois. L’espérance de la moyenne, elle, ne change pas.
Lecture. La loi individuelle a pour espérance \(6\) et pour écart-type \(4\). Pour \(n=1,4,16,64\), l’écart-type de la moyenne vaut respectivement \(4,2,1,0{,}5\). Les segments représentent seulement une échelle d’écart-type autour de \(6\) ; ils ne sont pas des intervalles garantissant la présence des résultats.
Méthode 7.12 — Trouver une taille minimale pour un objectif d’écart-type
On connaît l’écart-type individuel \(\sigma\geq0\) et l’on souhaite \(\sigma(M_n)<\varepsilon\), où \(\varepsilon>0\) est fixé.
Écrire la bonne grandeur : \(\sigma(M_n)=\sigma/\sqrt n\), et non \(\sigma/n\).
Résoudre l’inéquation en justifiant les opérations sur des quantités positives.
Chercher le plus petit entier admissible. Une inégalité stricte exclut l’égalité à la frontière.
Vérifier la taille retenue et, si l’on annonce un minimum, vérifier pourquoi l’entier précédent ne convient pas.
Pour \(\sigma>0\), le résultat général est \[\frac{\sigma}{\sqrt n}<\varepsilon \quad\Longleftrightarrow\quad n>\left(\frac{\sigma}{\varepsilon}\right)^2.\] Si l’objectif est \(\sigma(M_n)\leq\varepsilon\), le signe final devient \(\geq\). Si \(\sigma=0\), toute taille \(n\geq1\) convient déjà à l’objectif strict, puisque \(\varepsilon>0\).
Exemple de référence 7.13 — Résoudre un seuil strict sans perdre un entier
L’écart-type individuel vaut \(3\). On souhaite que l’écart-type de la moyenne soit strictement inférieur à \(0{,}5\). \[\frac3{\sqrt n}<0{,}5.\] Comme \(n\geq1\), on a \(\sqrt n>0\). Multiplier les deux membres par ce nombre positif conserve le sens : \[3<0{,}5\sqrt n.\] On divise les deux membres par \(0{,}5>0\) : \[\frac3{0{,}5}<\frac{0{,}5\sqrt n}{0{,}5}, \qquad 6<\sqrt n.\] Les deux membres sont positifs ; la fonction carré est croissante sur les nombres positifs. Donc \[36<n.\] Le plus petit entier admissible est 37. Pour \(n=36\), l’écart-type vaut \(3/6=0{,}5\) et ne satisfait pas le signe strict. Pour \(n=37\), \(\sqrt{37}>6\), donc \(3/\sqrt{37}<0{,}5\) ; numériquement, il vaut environ \(0{,}493\).
Si la consigne avait dit « inférieur ou égal à \(0{,}5\) », la taille minimale aurait été \(36\).
Point de vigilance 7.14 — Un objectif d’écart-type n’est pas une garantie de proximité
L’inégalité \(\sigma(M_n)<0{,}5\) ne signifie pas que chaque moyenne observée est à moins de \(0{,}5\) de \(\mu\). Elle ne donne pas non plus, à elle seule, une probabilité de \(95\,\%\) ou de \(99\,\%\).
L’écart-type résume une dispersion par une moyenne de carrés. Passer à une borne sur une probabilité demande un théorème supplémentaire. Les inégalités de concentration et la loi des grands nombres appartiennent à un autre chapitre du programme ; elles ne sont pas supposées connues pour les calculs de cette unité.
Contre-exemple 7.15 — Une moyenne observée ne se rapproche pas forcément à chaque étape
On effectue des mesures indépendantes valant \(0\) ou \(2\) avec probabilité \(1/2\). L’espérance individuelle est \(1\).
Si les trois premières valeurs sont \(0,2,2\), la moyenne des deux premières est \((0+2)/2=1\), exactement égale à l’espérance. La moyenne des trois premières est \((0+2+2)/3=4/3\), qui s’en éloigne de \(1/3\).
Cette réalisation est possible. Pourtant la formule théorique donne bien une variance de moyenne plus petite pour la taille \(3\) que pour la taille \(2\). La formule compare les distributions des moyennes, pas la distance de deux moyennes particulières à \(\mu\).
Question que tu peux te poser 7.16 — Une moyenne plus stable corrige-t-elle une erreur systématique ?
Pas nécessairement. Si chaque mesure est remplacée par \(X_i+b\) avec la même erreur fixe \(b\), leur moyenne devient \(M_n+b\). Son espérance est \(\mu+b\), tandis que sa variance reste \(v/n\). Augmenter \(n\) réduit la dispersion autour de la valeur décalée ; cela ne supprime pas le décalage fixe \(b\).
4. Deux applications à distinguer soigneusement
Corollaire 7.17 — Fréquence d’un succès dans des essais indépendants
Une indicatrice de succès vaut \(1\) si le succès se produit et \(0\) sinon. Si sa probabilité de succès est \(p\in[0;1]\), elle suit la loi de Bernoulli de paramètre \(p\) : son espérance vaut \(0(1-p)+1p=p\), son carré a la même loi, et sa variance vaut \(p-p^2=p(1-p)\). Si \(X_1,\ldots,X_n\) sont les indicatrices de succès indépendants de probabilité commune \(p\), le nombre de succès est \(S_n\) et leur fréquence est \[F_n=\frac{S_n}{n}=M_n.\] La fréquence prend ses valeurs entre \(0\) et \(1\). Comme chaque indicatrice a pour espérance \(p\) et pour variance \(p(1-p)\), \[\boxed{\operatorname{E}(F_n)=p,\qquad \operatorname{V}(F_n)=\frac{p(1-p)}n,\qquad \sigma(F_n)=\sqrt{\frac{p(1-p)}n}.}\]
Démonstration. Il s’agit exactement des formules du théorème sur \(M_n\), appliquées à la loi de Bernoulli. Le compteur et la fréquence ne doivent pas être confondus : on a divisé le compteur par \(n\), donc sa variance par \(n^2\).
Propriété 7.18 — Une borne d’écart-type qui ne dépend pas de \(p\)
Pour \(0\leq p\leq1\), \[p(1-p)\leq\frac14, \qquad\text{donc}\qquad \sigma(F_n)\leq\frac1{2\sqrt n}.\]
Démonstration. Le carré \((p-1/2)^2\) est positif ou nul. En affichant les quatre produits de son développement, \[\left(p-\frac12\right)^2 =p\times p-p\times\frac12-\frac12\times p+\frac12\times\frac12 =p^2-p+\frac14\geq0.\] En ajoutant \(p-p^2\) aux deux membres, on obtient \(1/4\geq p-p^2=p(1-p)\). La division par \(n>0\) puis la racine carrée, croissante sur les nombres positifs, donnent \[\sqrt{\frac{p(1-p)}n}\leq\sqrt{\frac1{4n}} =\frac1{2\sqrt n}.\] Cette borne porte sur un écart-type, pas sur une probabilité de proximité.
Exemple de référence 7.19 — Fréquence et points de pourcentage
Pour \(n=400\) essais indépendants et \(p=0{,}3\), \[\sigma(F_{400})=\sqrt{\frac{0{,}3\times0{,}7}{400}} =\sqrt{\frac{0{,}21}{400}}\approx0{,}0229.\] La fréquence est exprimée entre \(0\) et \(1\). En la multipliant par \(100\) pour l’exprimer en pourcentage, son écart-type devient environ \(2{,}29\) points de pourcentage.
Sans connaître \(p\), la borne précédente donnerait \(1/(2\sqrt{400})=1/40=0{,}025\), soit \(2{,}5\) points de pourcentage. Ce nombre n’est pas une marge garantie pour chaque échantillon.
Exemple de référence 7.20 — Un échantillon dont chaque variable est déjà un comptage
Une série comporte \(20\) essais indépendants, de probabilité de succès \(0{,}6\). Le nombre \(X\) de succès dans une série suit \(\mathcal{B}(20;0{,}6)\) : c’est la loi binomiale qui compte les succès de ces \(20\) essais. Ce compteur est la somme de \(20\) indicatrices indépendantes, d’espérance \(0{,}6\) et de variance \(0{,}6\times0{,}4\) chacune. En additionnant leurs espérances et leurs variances, on obtient \[\operatorname{E}(X)=20\times0{,}6=12, \qquad \operatorname{V}(X)=20\times0{,}6\times0{,}4=4{,}8.\] On réalise ensuite \(25\) séries indépendantes selon ce même modèle. La moyenne \(M_{25}\) est le nombre moyen de succès par série, et non la fréquence par essai. \[\operatorname{E}(M_{25})=12, \qquad \operatorname{V}(M_{25})=\frac{4{,}8}{25}=0{,}192, \qquad \sigma(M_{25})=\sqrt{0{,}192}\approx0{,}438.\] Le nombre \(20\) intervient dans la loi de chaque variable ; le nombre \(25\) est la taille de l’échantillon de ces variables. Les deux rôles ne sont pas interchangeables. La somme \(S_{25}\) compte tous les succès : son espérance est \(25\times12=300\) et sa variance \(25\times4{,}8=120\).
5. S’exercer avec des corrections entièrement exploitables
Méthode 7.21 — Organiser un problème de somme ou de moyenne
Définir une variable individuelle \(X\) et calculer ou identifier \(\mu\), \(v\) et \(\sigma\).
Identifier la taille \(n\) et vérifier « indépendantes et de même loi » dans le modèle.
Écrire la variable finale : \(S_n\), \(M_n\), ou une transformation affine de l’une des deux.
Faire deux calculs séparés, un pour l’espérance et un pour la variance. Une mise en colonne évite de transporter le facteur \(n\) à la mauvaise ligne.
Passer à l’écart-type, garder l’unité et interpréter la grandeur réellement demandée.
Si seules les lois sont identiques sans indépendance, la formule de l’espérance de la moyenne reste valable, mais la réduction \(v/n\) de sa variance n’est pas acquise.
À toi 7.22 — Essai guidé : partir d’une loi complète
\(X\) vaut \(1\), \(3\) ou \(5\) avec les probabilités \(1/4\), \(1/2\) et \(1/4\). On considère un échantillon de taille \(16\) de cette loi.
Calcule \(\operatorname{E}(X)\) et \(\operatorname{V}(X)\).
Détermine les moments de \(S_{16}\), puis de \(M_{16}\).
Vérifie l’écart-type de la moyenne en divisant celui de la somme par \(16\).
Indice. Les écarts à l’espérance individuelle sont symétriques. Écris séparément \(\operatorname{V}(M_{16})=(1/16)^2\operatorname{V}(S_{16})\).
Correction expliquée 7.23 — Correction de l’essai guidé
La moyenne individuelle est \[\operatorname{E}(X)=1\times\frac14+3\times\frac12+5\times\frac14 =\frac{1+6+5}{4}=3.\] Les écarts valent \(-2\), \(0\) et \(2\) : \[\operatorname{V}(X)=4\times\frac14+0\times\frac12+4\times\frac14=1+0+1=2.\] L’écart-type individuel est donc \(\sqrt2\). Pour la somme, \[\operatorname{E}(S_{16})=16\times3=48, \qquad\operatorname{V}(S_{16})=16\times2=32, \qquad\sigma(S_{16})=\sqrt{32}=4\sqrt2.\] Pour la moyenne, l’espérance vaut \(48/16=3\). La variance se calcule avec le carré du coefficient : \[\operatorname{V}(M_{16})=\left(\frac1{16}\right)^2\times32 =\frac{32}{256}=\frac18.\] On retrouve \(\operatorname{V}(X)/16=2/16=1/8\). L’écart-type vaut \(\sqrt{1/8}=\sqrt2/4\). Le contrôle demandé donne aussi \[\frac{\sigma(S_{16})}{16}=\frac{4\sqrt2}{16}=\frac{\sqrt2}{4}.\] Les deux calculs concordent, et l’écart-type de la moyenne est quatre fois plus petit que celui d’une variable individuelle.
À toi 7.24 — Tentative avant consultation : choisir la bonne grandeur
Les masses de \(36\) objets sont supposées indépendantes et de même loi. Une masse individuelle a pour espérance \(150\) g et pour écart-type \(6\) g. L’emballage vide a une masse fixe de \(200\) g.
Calcule l’espérance et l’écart-type de la masse totale des objets.
Calcule l’espérance et l’écart-type de leur masse moyenne.
Calcule ces deux grandeurs pour la masse totale emballée.
Indice après recherche. L’écart-type individuel est fourni, pas la variance. Pour utiliser une formule de variance, commence par \(v=6^2=36\).
Correction expliquée 7.25 — Correction et contrôle des unités
La variance individuelle vaut \(36\) g\(^2\). Pour la somme \(S_{36}\), \[\operatorname{E}(S_{36})=36\times150=5\,400\ \text{g},\] \[\operatorname{V}(S_{36})=36\times36=1\,296\ \text{g}^2, \qquad\sigma(S_{36})=\sqrt{1\,296}=36\ \text{g}.\] On peut contrôler directement : \(\sqrt{36}\times6=6\times6=36\) g.
Pour la moyenne, \[\operatorname{E}(M_{36})=150\ \text{g}, \qquad\operatorname{V}(M_{36})=\frac{36}{36}=1\ \text{g}^2, \qquad\sigma(M_{36})=1\ \text{g}.\] La masse emballée est \(T=S_{36}+200\). On ne divise pas l’emballage par \(36\), car on demande ici une masse totale. On obtient \[\operatorname{E}(T)=5\,400+200=5\,600\ \text{g}, \qquad\sigma(T)=36\ \text{g}.\] La masse fixe ajoute \(200\) g à chaque réalisation et à l’espérance ; elle ne change pas la dispersion.
À toi 7.26 — Justification personnelle : pourquoi diviser la variance par \(n\) ?
Un camarade affirme : « On divise la somme par \(n\), donc on divise sa variance par \(n\) ; finalement la variance de la moyenne est celle d’une seule variable. » Explique précisément les deux opérations qu’il a confondues et reconstruis le calcul correct.
Correction expliquée 7.27 — Réponse possible et critères de contenu
La variance de la somme indépendante est \(\operatorname{V}(S_n)=nv\) : cela vient de l’addition de \(n\) variances égales à \(v\).
Mais le passage de \(S_n\) à \(M_n=S_n/n\) est une transformation d’une seule variable par le coefficient \(1/n\). Sa variance est donc multipliée par \((1/n)^2\), pas par \(1/n\) : \[\operatorname{V}(M_n)=\frac1{n^2}\times nv=\frac{nv}{n\times n}=\frac vn.\] Les deux facteurs \(n\) ne jouent pas le même rôle : l’un vient du nombre de composantes additionnées, l’autre du carré du diviseur de la moyenne.
Critères. Ta réponse doit écrire \(M_n=(1/n)S_n\), faire apparaître \((1/n)^2\), rappeler où l’indépendance est utilisée et justifier la simplification avec \(n\geq1\). Une phrase « c’est la formule » ne répare pas la confusion.
À toi 7.28 — Variation : répéter une mesure ou répéter son écriture ?
Une variable \(X\) a pour espérance \(3\) et pour variance \(2\). On définit \(16\) variables en posant toutes \(X_i=X\) : elles représentent seize copies de la même réalisation.
Ont-elles la même loi ? Forment-elles l’échantillon indépendant de la définition ?
Calcule la somme \(S\) et la moyenne \(M\) de ces seize copies.
Compare leurs variances à celles d’un véritable échantillon indépendant de taille \(16\) de la même loi.
Correction expliquée 7.29 — L’hypothèse qui permet réellement de réduire la dispersion
Les variables ont la même loi puisqu’elles sont même égales. Mais elles ne sont pas indépendantes : une fois le premier résultat connu, les quinze autres le sont aussi. La variance \(2>0\) exclut le cas d’une variable constante.
La somme est \(S=16X\) et la moyenne \(M=(16X)/16=X\). Par transformation affine, \[\operatorname{V}(S)=16^2\operatorname{V}(X)=256\times2=512, \qquad\operatorname{V}(M)=\operatorname{V}(X)=2.\] Pour un véritable échantillon indépendant de même loi et de taille \(16\), on aurait \[\operatorname{V}(S_{16})=16\times2=32, \qquad\operatorname{V}(M_{16})=\frac2{16}=\frac18.\] Dans les deux modèles, les espérances seraient \(48\) pour la somme et \(3\) pour la moyenne. Ce sont les variances qui révèlent ici la différence de dépendance. Recopier une donnée ne crée pas les informations indépendantes nécessaires à la réduction de dispersion.
6. Une réparation complète et une reprise différée
À toi 7.30 — Première erreur : un seul facteur \(n\) au mauvais endroit
Pour un échantillon de taille \(25\), on sait que la variance individuelle vaut \(9\). Un élève calcule correctement \(\operatorname{V}(S_{25})=225\), puis écrit \(\operatorname{V}(M_{25})=225/25=9\). Repère l’opération à corriger.
Correction expliquée 7.31 — Rappel, exemple plus simple, nouvel essai, retour
Rappel. Diviser une variable par un nombre \(n\) multiplie chacun de ses écarts à la moyenne par \(1/n\). Les carrés des écarts sont donc multipliés par \(1/n^2\).
Exemple plus simple. Quatre variables indépendantes de variance \(1\) ont une somme de variance \(4\). Leur moyenne est le quart de cette somme : \[\operatorname{V}(M_4)=\left(\frac14\right)^2\times4=\frac4{16}=\frac14,\] et non \(4/4=1\).
Nouvel essai à effectuer. Neuf variables indépendantes de même loi ont chacune pour variance \(4\). Calcule la variance de leur moyenne et son écart-type.
Correction du nouvel essai. La variance de la somme vaut \(9\times4=36\). La moyenne est le neuvième de cette somme, donc \[\operatorname{V}(M_9)=\frac{36}{9^2}=\frac{36}{81}=\frac49, \qquad\sigma(M_9)=\sqrt{\frac49}=\frac23.\] On contrôle avec la formule directe \(\operatorname{V}(X)/9=4/9\).
Retour à la première erreur. Il faut diviser \(225\) par \(25^2=625\) : \[\operatorname{V}(M_{25})=\frac{225}{625}=\frac9{25}=0{,}36, \qquad\sigma(M_{25})=\sqrt{0{,}36}=0{,}6.\] Le calcul incorrect avait oublié le carré de \(1/25\) ; il annulait à tort tout le bénéfice de la moyenne.
À toi 7.32 — À reprendre plus tard, avant de consulter la réponse
Une variable individuelle a pour espérance \(8\) et pour écart-type \(3\). Les répétitions sont supposées indépendantes et de même loi.
Pour un échantillon de taille \(25\), calcule l’espérance et l’écart-type de la somme, puis ceux de la moyenne.
Quelle taille minimale rend l’écart-type de la moyenne strictement inférieur à \(0{,}3\) ?
La taille obtenue garantit-elle que chaque moyenne observée appartient à \(]7{,}7;8{,}3[\) ? Explique.
Aide locale. \(\sigma(S_n)=\sqrt n\,\sigma\) et \(\sigma(M_n)=\sigma/\sqrt n\). Pour un seuil strict, teste spécialement le cas où l’écart-type est égal au seuil.
Correction expliquée 7.33 — Correction de la reprise différée
Pour la somme de taille \(25\), \[\operatorname{E}(S_{25})=25\times8=200, \qquad\sigma(S_{25})=\sqrt{25}\times3=5\times3=15.\] Pour la moyenne, \[\operatorname{E}(M_{25})=8, \qquad\sigma(M_{25})=\frac3{\sqrt{25}}=\frac35=0{,}6.\] On cherche maintenant \(3/\sqrt n<0{,}3\). Multiplier par \(\sqrt n>0\), puis diviser par \(0{,}3>0\), donne \[3<0{,}3\sqrt n, \qquad 10<\sqrt n.\] Les deux côtés étant positifs, on élève au carré : \(100<n\). Le minimum entier est donc \(101\).
Le réflexe « diviser l’écart-type par deux, donc multiplier la taille par quatre » donne ici la taille \(4\times25=100\), pour laquelle l’écart-type vaut exactement \(0{,}3\). Elle ne convient pas à une demande strictement inférieure ; il faut une mesure de plus.
Enfin, l’objectif portait sur l’écart-type, pas sur toutes les réalisations possibles. La taille \(101\) ne garantit pas l’appartenance de chaque moyenne à l’intervalle proposé. Aucun pourcentage de couverture n’a été démontré par ce seul calcul.
Synthèse 7.34 — Trois objets proches en écriture, différents en sens
Pour des variables \(X_1,\ldots,X_n\) indépendantes de même loi que \(X\), avec \(\operatorname{E}(X)=\mu\), \(\operatorname{V}(X)=v\) et \(\sigma(X)=\sigma\) :
| Objet | Espérance | Variance | Écart-type |
|---|---|---|---|
| \(S_n=X_1+\cdots+X_n\) | \(n\mu\) | \(nv\) | \(\sqrt n\,\sigma\) |
| \(M_n=S_n/n\) | \(\mu\) | \(v/n\) | \(\sigma/\sqrt n\) |
| \(nX\) : une seule variable multipliée | \(n\mu\) | \(n^2v\) | \(n\sigma\) |
Même loi ne signifie pas même réalisation. Une moyenne d’échantillon est une variable, son espérance est un nombre fixe. L’indépendance permet la réduction \(v/n\) ; le signe strict d’un seuil décide parfois d’une unité dans la taille minimale. Une réduction d’écart-type n’est pas, à elle seule, une garantie probabiliste.
8. Simuler des sommes et des moyennes
Objectif. Construire une simulation fidèle, suivre ses variables et distinguer une observation numérique d’une preuve.
Rappel 8.1 — Ce qu’une simulation doit reproduire
Une variable aléatoire associe un nombre à chaque issue d’une expérience. Sa loi indique les valeurs possibles et leurs probabilités. Pour une loi finie, l’espérance est la somme des produits « valeur \(\times\) probabilité » . La variance est \(\operatorname{V}(X)=\operatorname{E}(X^2)-\operatorname{E}(X)^2\) et l’écart type est \(\sqrt{\operatorname{V}(X)}\). Un échantillon de taille \(n\geq1\) est une liste de \(n\) variables indépendantes de même loi. Si la loi a pour espérance \(\mu\) et variance \(v\), sa somme \(S_n\) a pour espérance \(n\mu\) et variance \(nv\) ; sa moyenne \(M_n=S_n/n\) a pour espérance \(\mu\) et variance \(v/n\). Ces formules portent sur les variables avant observation, pas sur une liste particulière déjà obtenue.
Avant de programmer : nommer les deux répétitions
À toi 8.2 — Repérage
On simule \(200\) groupes de \(12\) observations. Combien d’observations contient un groupe ? Combien de moyennes obtient-on ? Combien d’observations faut-il produire au total ?
Correction expliquée 8.3 — Deux nombres, deux rôles
La taille d’un groupe est \(n=12\). Le nombre de groupes est \(N=200\) : on obtient donc \(200\) moyennes et \(200\times12=2\,400\) observations. Si ces rôles se confondent, écris sur papier un groupe de trois cases, puis deux lignes de ce groupe. Les cases d’une ligne correspondent à \(n\), les lignes à \(N\). On n’obtient pas une seule moyenne de \(2\,400\) observations : on conserve ici les \(200\) moyennes séparément pour étudier leur dispersion.
Exemple de référence 8.4 — Une durée à trois valeurs
Une opération dure \(1\), \(3\) ou \(7\) minutes, avec probabilités respectives \(1/4\), \(1/2\) et \(1/4\). On suppose les opérations indépendantes. Les probabilités totalisent \(1/4+1/2+1/4=1/4+2/4+1/4=4/4=1\). Avant tout programme, calculons les valeurs de référence : \[\begin{aligned} \mu&=1\times\frac14+3\times\frac12+7\times\frac14 =\frac14+\frac64+\frac74=\frac{14}{4}=\frac72,\\ \operatorname{E}(X^2)&=1^2\times\frac14+3^2\times\frac12+7^2\times\frac14 =\frac14+\frac{18}{4}+\frac{49}{4}=\frac{68}{4}=17,\\ v&=17-\left(\frac72\right)^2 =\frac{68}{4}-\frac{49}{4}=\frac{19}{4}. \end{aligned}\] Ainsi \(\mu=3{,}5\) minutes et \(\sigma=\sqrt{19}/2\approx2{,}179\) minutes. Pour \(n=4\), la moyenne des quatre durées a pour variance \((19/4)/4=19/16\) et écart type \(\sqrt{19}/4\approx1{,}090\) minute. Pour \(n=16\), son écart type est \(\sqrt{19}/8\approx0{,}545\) minute. Il est divisé par deux lorsque la taille est multipliée par quatre.
Méthode 8.5 — Passer de la loi au tirage simulé
Je reconnais : une loi finie dont je veux reproduire les probabilités. Premier geste : partager l’intervalle \([0;1[\) en morceaux de longueurs égales aux probabilités. Ici, \([0;0{,}25[\) représente la valeur \(1\) ; \([0{,}25;0{,}75[\) représente \(3\) ; \([0{,}75;1[\) représente \(7\). Les longueurs sont \(0{,}25\), \(0{,}50\), \(0{,}25\). Le générateur random() renvoie un nombre pseudo-aléatoire dans \([0;1[\). On l’utilise pour simuler un tirage uniforme et de nouveaux appels pour simuler les répétitions indépendantes. C’est un outil de simulation ; ce n’est pas une preuve physique d’indépendance.
Lecture. Les trois bandes couvrent \([0;1[\) sans se chevaucher. La bande centrale est deux fois plus longue que chacune des bandes extérieures ; la valeur 3 doit donc apparaître environ deux fois plus souvent sur un grand nombre de tirages. Les frontières appartiennent toujours à la bande située à droite.
Algorithme 8.6 — Une observation et un échantillon
Les entrées admises sont des entiers \(n\geq1\). Le programme renvoie une liste contenant les valeurs obtenues, leur somme et leur moyenne.
from random import random
def observation():
u = random()
if u < 0.25:
return 1
if u < 0.75:
return 3
return 7
def echantillon(n):
valeurs = []
total = 0
for i in range(n):
x = observation()
valeurs.append(x)
total = total + x
return [valeurs, total, total / n]
Dans la deuxième condition, on sait déjà que \(u\geq0{,}25\) : sinon le premier return aurait terminé la fonction. Une boucle range(n) effectue exactement \(n\) tours. L’indice informatique commence à \(0\) ; il ne désigne pas ici une valeur de la variable aléatoire. append(x) ajoute la nouvelle observation à la fin de la liste. L’affectation total = total + x n’est pas une équation : on lit l’ancienne valeur à droite, on additionne \(x\), puis on remplace le contenu de total à gauche.
Exemple de référence 8.7 — Dérouler les états, pas seulement lire le code
Pour \(n=4\), supposons que les nombres générés soient successivement \(0{,}10\), \(0{,}80\), \(0{,}40\), \(0{,}60\). Ce sont des données de démonstration du fonctionnement, pas un résultat imposé à un véritable tirage.
| Tour | \(u\) | \(x\) | Liste après ajout | Total après ajout |
|---|---|---|---|---|
| 1 | \(0{,}10\) | 1 | \([1]\) | \(0+1=1\) |
| 2 | \(0{,}80\) | 7 | \([1,7]\) | \(1+7=8\) |
| 3 | \(0{,}40\) | 3 | \([1,7,3]\) | \(8+3=11\) |
| 4 | \(0{,}60\) | 3 | \([1,7,3,3]\) | \(11+3=14\) |
La sortie est \([[1,7,3,3],14,3{,}5]\), car \(14/4=3{,}5\). La moyenne coïncide ici avec l’espérance ; ce n’est pas obligatoire. Par exemple la liste \([1,1,1,1]\) donnerait une moyenne de \(1\). Elle est possible, de probabilité \((1/4)^4=1/256\) sous le modèle indépendant.
Proposition 8.8 — Pourquoi l’accumulation calcule la bonne somme
Après \(j\) tours de la boucle, la liste contient les \(j\) observations produites et total vaut leur somme.
Démonstration. Avant le premier tour, la liste est vide et le total vaut \(0\), somme de zéro terme. Supposons l’affirmation vraie après \(j\) tours : total vaut \(x_1+\cdots+x_j\). Le tour suivant produit \(x_{j+1}\) ; l’ajout à la liste conserve les valeurs précédentes et place celle-ci à la fin. La mise à jour remplace le total par \((x_1+\cdots+x_j)+x_{j+1}\). L’affirmation est donc vraie après ce tour. Par récurrence, elle est vraie après les \(n\) tours. Comme \(n\geq1\), diviser le total par \(n\) est permis et donne la moyenne des \(n\) valeurs.
Algorithme 8.9 — Répéter les échantillons puis mesurer leur dispersion
On prend deux entiers \(n\geq1\) et \(N\geq1\).
def moyennes(n, N):
resultats = []
for r in range(N):
tirage = echantillon(n)
resultats.append(tirage[2])
return resultats
def resume(liste):
N = len(liste)
centre = sum(liste) / N
carres = 0
for y in liste:
carres = carres + (y - centre)**2
ecart_type = (carres / N)**0.5
return [centre, ecart_type]
La liste passée à resume doit être non vide. tirage[2] désigne le troisième élément de la sortie, donc la moyenne, et non la troisième observation. resume calcule la moyenne et l’écart type des valeurs simulées ; la division par \(N\) correspond à la définition descriptive de la variance d’une série. Il ne s’agit pas ici d’introduire un estimateur corrigé avec \(N-1\). Comparer resume(moyennes(16,1000)) aux valeurs théoriques \(3{,}5\) et \(\sqrt{19}/8\) aide à repérer une anomalie. Aucune sortie aléatoire particulière n’est garantie, même pour \(1\,000\) échantillons.
À toi 8.10 — Essai guidé puis tentative avant consultation
a. Pour \(n=3\) et les nombres \(u=0{,}24\) ; \(0{,}25\) ; \(0{,}75\), complète les observations et les totaux successifs, puis donne la moyenne. b. Sans reprendre le tableau précédent, fais de même pour \(u=0{,}90\) ; \(0{,}10\) ; \(0{,}30\) ; \(0{,}20\). Indice : l’égalité \(u=0{,}25\) ne vérifie pas \(u<0{,}25\) ; la deuxième condition est alors examinée.
Correction expliquée 8.11 — Frontières et mises à jour
a. \(0{,}24<0{,}25\) donne \(1\). Pour \(0{,}25\), la première condition est fausse, mais \(0{,}25<0{,}75\) est vraie : on obtient \(3\). Pour \(0{,}75\), les deux conditions strictes sont fausses : on obtient \(7\). Les totaux sont \(0+1=1\), \(1+3=4\), puis \(4+7=11\). La moyenne est \(11/3\approx3{,}667\). b. Les quatre observations sont \(7\), \(1\), \(3\), \(1\). Les totaux successifs sont \(7\), \(8\), \(11\), \(12\). La moyenne est \(12/4=3\). Pour contrôler, \(7+1+3+1=12\) et toutes les valeurs appartiennent à \(\{1,3,7\}\). Une valeur simulée extérieure à cet ensemble signalerait une erreur de programme ou de lecture.
À toi 8.12 — Justifier le choix d’un programme
Pour \(n\geq2\), un élève propose de tirer \(x\) une seule fois, puis de renvoyer \([x,x,\ldots,x]\) avec \(n\) copies. Pourquoi n’obtient-il pas l’échantillon indépendant recherché ? Que devient la moyenne de sa liste ?
Correction expliquée 8.13 — Même loi ne suffit pas
Chaque position a bien la loi de \(X\), mais toutes les positions sont égales : connaître la première révèle toutes les autres. Pour \(n\geq2\), ce modèle ne reproduit donc pas des répétitions indépendantes. Sa moyenne vaut \((x+\cdots+x)/n=nx/n=x\), puisque \(n\neq0\). La variable moyenne obtenue est \(X\), de variance \(19/4\), au lieu de \(19/(4n)\). Pour \(n=1\), il n’y a qu’une observation : les deux procédés coïncident et la question de la dépendance entre plusieurs positions ne se pose pas. Critères : distinguer la loi d’une seule observation et la dépendance entre les positions ; identifier le tirage unique ; calculer la moyenne et expliquer pourquoi sa dispersion ne diminue pas avec \(n\).
Point de vigilance 8.14 — Réparer un total qui n’est pas remis à zéro
Première erreur : garder le total d’un échantillon au début du suivant. Pour deux échantillons \([1,7]\) puis \([3,1]\), le premier total est \(8\). Si l’on repart de \(8\), le second devient \(8+3+1=12\) et la moyenne annoncée est \(6\) ; c’est faux : \((3+1)/2=2\). Rappel ciblé : le total décrit un groupe précis. Au début d’un nouveau groupe, aucun de ses éléments n’a encore été ajouté : son total doit être \(0\). L’appel de echantillon(n) réinitialise bien total à chaque groupe. Exemple plus simple : pour le groupe \([3]\), initialiser à \(0\) donne \(0+3=3\), moyenne \(3/1=3\). Nouvel essai : traite \([7,3]\) puis \([1,1]\) en écrivant la réinitialisation. Correction : premier groupe : \(0+7=7\), \(7+3=10\), moyenne \(10/2=5\). Deuxième groupe : on repart de \(0\), puis \(0+1=1\), \(1+1=2\), moyenne \(2/2=1\). En revenant à \([3,1]\), repartir de \(0\) redonne \(0+3+1=4\), puis \(4/2=2\) : l’erreur initiale est réparée.
Méthode 8.15 — Variante : suivre les mêmes états dans un tableur
Pour observer les calculs sans programmer une boucle, on peut réserver une ligne à chaque observation. Voici une écriture usuelle avec des noms français de fonctions ; selon le logiciel, les noms ou séparateurs peuvent être traduits. La logique des cellules reste la même.
| Cellule | Contenu ou formule |
|---|---|
| A2 | =ALEA() |
| B2 | =SI(A2<0,25;1;SI(A2<0,75;3;7)) |
| C2 | =B2 |
| A3 | =ALEA() |
| B3 | =SI(A3<0,25;1;SI(A3<0,75;3;7)) |
| C3 | =C2+B3 |
Les colonnes A, B et C contiennent respectivement le nombre simulé, la durée correspondante et le total cumulé. Recopier la troisième ligne jusqu’à la cinquième construit quatre observations : A2 à A5, B2 à B5. Dans C4, la formule devient =C3+B4 ; dans C5, elle devient =C4+B5. La moyenne du groupe est =C5/4 : il y a quatre observations, même si la dernière ligne porte le numéro 5. Essai : remplace temporairement les quatre nombres de A par \(0{,}10\) ; \(0{,}80\) ; \(0{,}40\) ; \(0{,}60\). Que doivent contenir B2 à B5 puis C2 à C5 ? Correction : B contient \(1,7,3,3\) ; C contient successivement \(1\), \(1+7=8\), \(8+3=11\), \(11+3=14\). La moyenne est \(14/4=3{,}5\). Ce test déterministe contrôle les références des cellules ; remettre ensuite les formules aléatoires permet de simuler. Attention : une feuille peut recalculer ses tirages quand on la modifie. Pour examiner une réalisation précise, on conserve ses valeurs avant de les commenter. Pour un nouveau groupe, le total doit repartir de zéro, et non prolonger la colonne du groupe précédent.
À toi 8.16 — À reprendre plus tard, avant de relire
Une loi prend les valeurs \(0\) et \(5\) avec probabilités \(0{,}6\) et \(0{,}4\). Écris la fonction de simulation d’une observation, puis explique les valeurs théoriques auxquelles comparer les moyennes de groupes indépendants de taille \(25\). Précise ce qu’une simulation proche de ces valeurs ne démontre pas.
Correction expliquée 8.17 — Une autre loi, les mêmes exigences
Indice : deux intervalles de longueurs \(0{,}6\) et \(0{,}4\) suffisent.
def observation_bis():
u = random()
if u < 0.6:
return 0
return 5
On a \(\mu=0\times0{,}6+5\times0{,}4=2\) et \(\operatorname{E}(X^2)=0^2\times0{,}6+5^2\times0{,}4=25\times0{,}4=10\). Donc \(\operatorname{V}(X)=10-2^2=10-4=6\). Pour une moyenne de \(25\) observations indépendantes de même loi, l’espérance vaut \(2\), la variance \(6/25\) et l’écart type \(\sqrt6/5\approx0{,}490\). Pour utiliser cette nouvelle loi dans le programme, remplace dans le corps de la fonction echantillon la ligne x = observation() par x = observation_bis(). Conserve les autres lignes. La fonction moyennes appellera alors cette boucle modifiée ; moyennes(25,1000) produira les moyennes de \(1\,000\) groupes de taille \(25\) pour la loi \(0/5\). Définir seulement observation_bis sans changer cet appel laisserait l’ancienne loi \(1/3/7\) active. Des résultats proches des valeurs théoriques rendent le programme plausible, mais ne prouvent ni une identité mathématique générale ni la qualité parfaite du générateur. Les formules sont justifiées par les théorèmes sur l’échantillon ; la simulation en donne des illustrations.
Synthèse 8.18 — Ce que je dois contrôler
Je vérifie les valeurs et probabilités simulées, la place des réinitialisations, le nombre de tours, l’indépendance voulue du modèle et la signification de la sortie. Je distingue \(n\), taille d’un échantillon, de \(N\), nombre d’échantillons. Une bonne simulation n’est pas une démonstration ; une mauvaise simulation peut cependant révéler un défaut concret de code.
9. Pour comprendre la preuve : produit, variance et covariance
Objectif. Démontrer la formule de variance admise dans le parcours principal et voir précisément ce qui change sans indépendance.
Remarque 9.1 — Une partie facultative, avec deux statuts distincts
La relation \(\operatorname{E}(XY)=\operatorname{E}(X)\operatorname{E}(Y)\) pour des variables indépendantes, puis son application à la variance d’une somme, constituent un approfondissement possible du programme. Leur preuve n’est pas exigée pour appliquer la formule du parcours principal. La covariance, introduite dans la seconde moitié de cette unité, est un petit complément hors programme. Elle explique le terme qui manque en présence de dépendance. Aucun exercice du parcours principal ne nécessite cette notion.
Rappel 9.2 — Les seuls outils utilisés
Nous travaillons avec des variables à un nombre fini de valeurs. L’espérance d’une variable est la somme des valeurs multipliées par leurs probabilités. On peut calculer cette somme sur les issues détaillées, puis regrouper les issues donnant la même valeur : la distributivité conserve le résultat. La linéarité donne \(\operatorname{E}(aX+bY+c)=a\operatorname{E}(X)+b\operatorname{E}(Y)+c\), même sans indépendance. La variance est \(\operatorname{V}(X)=\operatorname{E}((X-\operatorname{E}(X))^2)\) et la formule de calcul est \(\operatorname{V}(X)=\operatorname{E}(X^2)-\operatorname{E}(X)^2\). Pour une constante réelle \(a\), on a aussi \(\operatorname{V}(aX)=a^2\operatorname{V}(X)\) : l’écart à l’espérance devient \(a(X-\operatorname{E}(X))\), son carré est donc multiplié par \(a^2\), puis l’espérance conserve ce facteur constant. Pour deux variables issues de deux expériences indépendantes, la probabilité d’un couple de valeurs est le produit des probabilités de ces valeurs. Enfin, une Bernoulli de paramètre \(p\in[0;1]\) vaut \(1\) avec probabilité \(p\) et \(0\) avec probabilité \(1-p\). Elle vérifie \(X^2=X\), donc \(\operatorname{E}(X)=0(1-p)+1p=p\) et \(\operatorname{V}(X)=\operatorname{E}(X^2)-p^2=p-p^2=p(1-p)\). Ce rappel suffit aux exemples et à la reprise différée de cette unité.
Définition 9.3 — Produit de deux variables
Si \(X\) et \(Y\) sont définies sur une même expérience, la variable \(XY\) associe à chaque issue le produit des deux nombres observés. Ainsi, pour une issue donnant \(X=-2\) et \(Y=3\), la valeur de \(XY\) est \(-6\). Cela ne signifie pas que son espérance est toujours le produit des espérances.
Exemple de référence 9.4 — Un produit indépendant, construit intégralement
On réalise deux expériences indépendantes. La première donne \(X=0\) avec probabilité \(1/4\) et \(X=2\) avec probabilité \(3/4\). La deuxième donne \(Y=-1\) ou \(Y=1\), chacune avec probabilité \(1/2\).
| Couple \((X,Y)\) | \((0,-1)\) | \((0,1)\) | \((2,-1)\) | \((2,1)\) |
|---|---|---|---|---|
| Probabilité | \(1/8\) | \(1/8\) | \(3/8\) | \(3/8\) |
| Valeur de \(XY\) | \(0\) | \(0\) | \(-2\) | \(2\) |
Par exemple, la probabilité du couple \((2,-1)\) est \((3/4)\times(1/2)=3/8\), grâce à l’indépendance. Les deux couples donnant zéro sont disjoints : \(\mathbb{P}(XY=0)=1/8+1/8=2/8=1/4\). On calcule \[\begin{aligned} \operatorname{E}(XY)&=(-2)\times\frac38+0\times\frac14+2\times\frac38 =-\frac68+0+\frac68=0,\\ \operatorname{E}(X)&=0\times\frac14+2\times\frac34=\frac32,\qquad \operatorname{E}(Y)=(-1)\times\frac12+1\times\frac12=0. \end{aligned}\] On trouve bien \(\operatorname{E}(XY)=0=(3/2)\times0=\operatorname{E}(X)\operatorname{E}(Y)\). Ce calcul vérifie l’exemple ; le résultat général exige l’argument suivant.
Lemme 9.5 — Espérance d’un produit indépendant
Si les variables finies \(X\) et \(Y\) sont indépendantes, alors \[\operatorname{E}(XY)=\operatorname{E}(X)\operatorname{E}(Y).\] Ce lemme sera utilisé immédiatement pour démontrer la variance d’une somme indépendante.
Démonstration. Notons \(x_1,\ldots,x_r\) les valeurs de \(X\), de probabilités \(p_1,\ldots,p_r\), et \(y_1,\ldots,y_s\) celles de \(Y\), de probabilités \(q_1,\ldots,q_s\). L’indépendance donne \(p_iq_j\) pour chaque couple \((x_i,y_j)\). Dans la ligne correspondant à \(x_1\), la contribution à l’espérance du produit vaut \[\begin{aligned} x_1y_1p_1q_1+\cdots+x_1y_sp_1q_s &=(x_1p_1)(y_1q_1)+\cdots+(x_1p_1)(y_sq_s)\\ &=x_1p_1(y_1q_1+\cdots+y_sq_s)\\ &=x_1p_1\operatorname{E}(Y). \end{aligned}\] Le facteur commun \(x_1p_1\) est mis en évidence par distributivité ; aucune division n’a été utilisée, donc il peut être nul. Les autres lignes donnent \(x_2p_2\operatorname{E}(Y),\ldots,x_rp_r\operatorname{E}(Y)\). En les additionnant, \[\begin{aligned} \operatorname{E}(XY)&=x_1p_1\operatorname{E}(Y)+\cdots+x_rp_r\operatorname{E}(Y)\\ &=(x_1p_1+\cdots+x_rp_r)\operatorname{E}(Y) =\operatorname{E}(X)\operatorname{E}(Y). \end{aligned}\] Si plusieurs couples donnent le même produit, ils doivent être réunis dans la loi de \(XY\). Calculer leurs contributions séparément ou les regrouper revient au même : pour une valeur \(z\), \(z\alpha+z\beta=z(\alpha+\beta)\). Les collisions de valeurs n’invalident donc pas la preuve.
Théorème 9.6 — Preuve de l’additivité de la variance indépendante
Si \(X\) et \(Y\) sont indépendantes, \(\operatorname{V}(X+Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)\).
Démonstration. Posons \(\mu=\operatorname{E}(X)\) et \(\nu=\operatorname{E}(Y)\). La linéarité donne \(\operatorname{E}(X+Y)=\mu+\nu\). Pour développer les carrés, écrivons d’abord tous les produits : \[\begin{aligned} (X+Y)^2&=(X+Y)(X+Y)=X^2+XY+YX+Y^2\\ &=X^2+2XY+Y^2,\\ (\mu+\nu)^2&=\mu^2+\mu\nu+\nu\mu+\nu^2 =\mu^2+2\mu\nu+\nu^2. \end{aligned}\] Appliquons la formule de calcul de la variance puis la linéarité : \[\begin{aligned} \operatorname{V}(X+Y) &=\operatorname{E}((X+Y)^2)-(\mu+\nu)^2\\ &=\operatorname{E}(X^2)+2\operatorname{E}(XY)+\operatorname{E}(Y^2) -\mu^2-2\mu\nu-\nu^2. \end{aligned}\] Le signe moins placé devant le second carré change le signe de chacun de ses trois termes. C’est maintenant, et seulement maintenant, que l’indépendance intervient : le lemme donne \(\operatorname{E}(XY)=\mu\nu\). Ainsi \(2\operatorname{E}(XY)-2\mu\nu=2\mu\nu-2\mu\nu=0\). Il reste \[\operatorname{V}(X+Y)=(\operatorname{E}(X^2)-\mu^2)+(\operatorname{E}(Y^2)-\nu^2) =\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y).\] La preuve ne suppose ni des lois identiques ni des espérances nulles.
Corollaire 9.7 — Extension à plusieurs épreuves indépendantes
Pour \(n\geq1\) variables finies \(X_1,\ldots,X_n\) issues de \(n\) épreuves indépendantes, \[\operatorname{V}(X_1+\cdots+X_n)=\operatorname{V}(X_1)+\cdots+\operatorname{V}(X_n).\]
Démonstration. Pour une seule variable, l’égalité est immédiate. Supposons la formule établie pour les \(r\) premières et posons \(S_r=X_1+\cdots+X_r\). Ce total dépend seulement des \(r\) premières épreuves, tandis que \(X_{r+1}\) dépend de la suivante. Les épreuves étant indépendantes ensemble, le bloc des \(r\) premières et la suivante sont indépendants. Ainsi \(S_r\) et \(X_{r+1}\) le sont dans ce modèle. Pour voir concrètement le regroupement, on additionne les probabilités de toutes les listes des \(r\) premiers résultats donnant un total \(s\) ; dans chaque produit, le facteur \(\mathbb{P}(X_{r+1}=x)\) est le même. Sa mise en facteur donne \(\mathbb{P}(S_r=s)\mathbb{P}(X_{r+1}=x)\). Le théorème pour deux variables donne alors \[\begin{aligned} \operatorname{V}(S_r+X_{r+1}) &=\operatorname{V}(S_r)+\operatorname{V}(X_{r+1})\\ &=\operatorname{V}(X_1)+\cdots+\operatorname{V}(X_r)+\operatorname{V}(X_{r+1}), \end{aligned}\] où la deuxième ligne utilise l’hypothèse de récurrence. La formule est donc vraie pour tout \(n\geq1\). On utilise ici l’indépendance du modèle complet des épreuves, pas une simple ressemblance de leurs lois.
À toi 9.8 — Refaire la preuve sur un exemple
Pour les variables indépendantes de l’exemple précédent, calcule \(\operatorname{V}(X)\), \(\operatorname{V}(Y)\) puis \(\operatorname{V}(X+Y)\). Vérifie ensuite par la loi de la somme. Indice : les quatre sommes sont \(-1,1,1,3\) ; les deux valeurs \(1\) doivent être réunies.
Correction expliquée 9.9 — Deux méthodes qui se contrôlent
On a \(\operatorname{E}(X)=3/2\), \(\operatorname{E}(X^2)=0^2\times(1/4)+2^2\times(3/4)=3\) ; donc \(\operatorname{V}(X)=3-9/4=12/4-9/4=3/4\). Pour \(Y\), \(\operatorname{E}(Y)=0\) et \(Y^2=1\) dans les deux cas ; donc \(\operatorname{V}(Y)=1-0^2=1\). L’indépendance autorise \(\operatorname{V}(X+Y)=3/4+1=7/4\). La loi de \(S=X+Y\) est \[\mathbb{P}(S=-1)=\frac18,\quad \mathbb{P}(S=1)=\frac18+\frac38=\frac12, \quad\mathbb{P}(S=3)=\frac38.\] Alors \(\operatorname{E}(S)=-1/8+1/2+9/8=(-1+4+9)/8=12/8=3/2\) et \(\operatorname{E}(S^2)=1/8+1/2+27/8=(1+4+27)/8=32/8=4\). On retrouve \(\operatorname{V}(S)=4-(3/2)^2=16/4-9/4=7/4\). Cette deuxième voie vérifie le calcul sur ce modèle fini.
Complément hors programme : le terme qui mesure la liaison
Définition 9.10 — Covariance de deux variables finies
La covariance de \(X\) et \(Y\) est le nombre \[\operatorname{Cov}(X,Y)=\operatorname{E}((X-\operatorname{E}(X))(Y-\operatorname{E}(Y))).\] On multiplie les deux écarts à leurs moyennes sur la même issue, puis on prend l’espérance de ces produits. Si les écarts tendent à avoir le même signe, les contributions sont positives ; s’ils ont des signes opposés, elles sont négatives. Cette description aide à lire le signe, mais une covariance nulle ne signifie pas absence de toute dépendance.
Proposition 9.11 — Formule de calcul de la covariance
Pour toutes variables finies \(X,Y\), \[\operatorname{Cov}(X,Y)=\operatorname{E}(XY)-\operatorname{E}(X)\operatorname{E}(Y).\]
Démonstration. Posons à nouveau \(\mu=\operatorname{E}(X)\) et \(\nu=\operatorname{E}(Y)\). Par les quatre produits de la distributivité, \[(X-\mu)(Y-\nu)=XY-X\nu-\mu Y+\mu\nu.\] Les nombres \(\mu,\nu\) sont constants. Par linéarité, \[\begin{aligned} \operatorname{E}((X-\mu)(Y-\nu)) &=\operatorname{E}(XY)-\nu\operatorname{E}(X)-\mu\operatorname{E}(Y)+\mu\nu\\ &=\operatorname{E}(XY)-\nu\mu-\mu\nu+\mu\nu\\ &=\operatorname{E}(XY)-\mu\nu. \end{aligned}\] Les trois termes constants ont pour coefficients \(-1-1+1=-1\).
Corollaire 9.12 — Variance d’une somme, sans hypothèse d’indépendance
Pour toutes variables finies \(X,Y\), \[\operatorname{V}(X+Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)+2\operatorname{Cov}(X,Y).\]
Démonstration. Reprenons le développement de la preuve précédente avant d’utiliser l’indépendance. En regroupant les termes, il donne \[\operatorname{V}(X+Y)=(\operatorname{E}(X^2)-\mu^2)+(\operatorname{E}(Y^2)-\nu^2) +2(\operatorname{E}(XY)-\mu\nu).\] Les deux premières parenthèses sont les variances ; la troisième est la covariance, d’après la proposition. C’est exactement la formule annoncée. Sous indépendance, le lemme sur le produit donne une covariance nulle et l’on retrouve l’additivité.
Exemple de référence 9.13 — Même loi, deux liaisons opposées
Soit \(X\) une Bernoulli de paramètre \(1/2\) : \(X=0\) ou \(1\), avec probabilités égales. Donc \(\operatorname{E}(X)=1/2\) et \(\operatorname{V}(X)=1/4\). Si \(Y=X\), alors \(XY=X^2=X\), donc \(\operatorname{Cov}(X,Y)=1/2-(1/2)(1/2)=2/4-1/4=1/4\). La formule donne \(\operatorname{V}(X+Y)=1/4+1/4+2\times(1/4)=1\). On retrouve \(\operatorname{V}(2X)=4\operatorname{V}(X)=1\). Si \(Y=1-X\), alors \(XY=0\) dans les deux cas. Les deux espérances valent \(1/2\), donc la covariance est \(0-1/4=-1/4\). La variance de la somme vaut \(1/4+1/4-2/4=0\), ce qui convient puisque \(X+Y=1\) est constant. Dans les deux situations, \(Y\) a la même loi de Bernoulli que \(X\). Les seules lois individuelles ne révèlent donc pas la liaison.
Contre-exemple 9.14 — Covariance nulle ne signifie pas indépendance
On choisit \(X\) dans \(\{-1,0,1\}\) avec probabilités \(1/3\) et l’on pose \(Y=X^2\). On a \(\operatorname{E}(X)=(-1+0+1)/3=0\) et \(\operatorname{E}(Y)=(1+0+1)/3=2/3\). Le produit \(XY\) vaut \(-1,0,1\), respectivement ; donc \(\operatorname{E}(XY)=0\). La covariance est ainsi \(0-0\times(2/3)=0\). Pourtant \(X\) et \(Y\) ne sont pas indépendantes : \[\mathbb{P}(X=0\text{ et }Y=0)=\frac13 \neq\mathbb{P}(X=0)\mathbb{P}(Y=0)=\frac13\times\frac13=\frac19.\] L’événement \(X=0\) impose ici \(Y=0\). L’égalité des variances \(\operatorname{V}(X+Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)\) peut donc être vraie sans indépendance. Cette étude formelle de dépendance appartient à ce complément ; elle n’est pas un objectif du parcours principal.
À toi 9.15 — Justifier et réparer une fausse réciproque
Affirmation à examiner : « J’ai trouvé \(\operatorname{E}(XY)=\operatorname{E}(X)\operatorname{E}(Y)\) ; donc les variables sont indépendantes. » Localise le problème logique, réfute l’affirmation, puis calcule \(\operatorname{V}(X)\), \(\operatorname{V}(Y)\) et \(\operatorname{V}(X+Y)\) pour le contre-exemple précédent.
Correction expliquée 9.16 — Une condition suffisante n’est pas une équivalence
Le lemme prouve « indépendance \(\Rightarrow\) égalité » , pas le sens inverse. Le contre-exemple donne l’égalité sans indépendance : il suffit à réfuter la prétendue réciproque. Ici \(\operatorname{E}(X^2)=2/3\), donc \(\operatorname{V}(X)=2/3\). La variable \(Y\) vaut \(0\) ou \(1\), avec probabilités \(1/3\) et \(2/3\) ; donc \(Y^2=Y\), puis \(\operatorname{V}(Y)=2/3-(2/3)^2=6/9-4/9=2/9\). Les valeurs de \(X+Y\) sont \(0,0,2\), donc \(\mathbb{P}(X+Y=0)=2/3\) et \(\mathbb{P}(X+Y=2)=1/3\). Son espérance vaut \(2/3\), son second moment \(4/3\), et sa variance \(4/3-4/9=12/9-4/9=8/9\). On retrouve \(2/3+2/9=6/9+2/9=8/9\). Critères : citer le sens prouvé du lemme, fournir un cas respectant l’égalité mais pas l’indépendance, et distinguer la vérification des moments de celle des probabilités conjointes.
Point de vigilance 9.17 — Si le terme croisé disparaît trop vite
Erreur : remplacer \((X+Y)^2\) par \(X^2+Y^2\). Rappel : un carré est le produit de deux parenthèses ; les termes \(XY\) et \(YX\) comptent tous les deux. Exemple simple : \((1+2)^2=3^2=9\), tandis que \(1^2+2^2=5\) ; le terme manquant est \(2\times1\times2=4\). Nouvel essai : développe \((X-Y)^2\) avant de lire la correction. Correction : \((X-Y)(X-Y)=X^2-XY-YX+Y^2=X^2-2XY+Y^2\). Avec \(\mu=\operatorname{E}(X)\) et \(\nu=\operatorname{E}(Y)\), on obtient \[\begin{aligned} \operatorname{V}(X-Y)&=\operatorname{E}(X^2)-2\operatorname{E}(XY)+\operatorname{E}(Y^2) -(\mu^2-2\mu\nu+\nu^2)\\ &=\operatorname{E}(X^2)-2\operatorname{E}(XY)+\operatorname{E}(Y^2)-\mu^2+2\mu\nu-\nu^2\\ &=(\operatorname{E}(X^2)-\mu^2)+(\operatorname{E}(Y^2)-\nu^2)-2(\operatorname{E}(XY)-\mu\nu)\\ &=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)-2\operatorname{Cov}(X,Y). \end{aligned}\] Le signe moins devant le carré change notamment \(-2\mu\nu\) en \(+2\mu\nu\). Sous indépendance, c’est encore la somme des variances. Le signe moins dans \(X-Y\) ne transforme pas \(\operatorname{V}(Y)\) en une variance négative.
À toi 9.18 — À reprendre plus tard
Soit \(X\) une Bernoulli de paramètre \(1/3\) et \(Y=2X\). Sans utiliser une hypothèse d’indépendance, calcule \(\operatorname{Cov}(X,Y)\) puis \(\operatorname{V}(X+Y)\). Indice : \(X^2=X\) et \(X+Y=3X\) fournissent un contrôle.
Correction expliquée 9.19 — Revenir à la définition
On a \(\operatorname{E}(X)=1/3\), \(\operatorname{E}(Y)=2/3\) et \(XY=2X^2=2X\), donc \(\operatorname{E}(XY)=2/3\). Ainsi \[\operatorname{Cov}(X,Y)=\frac23-\frac13\times\frac23 =\frac69-\frac29=\frac49.\] Comme \(\operatorname{V}(X)=(1/3)(2/3)=2/9\) et \(\operatorname{V}(Y)=4\operatorname{V}(X)=8/9\), la variance de la somme est \(2/9+8/9+2\times(4/9)=18/9=2\). Le contrôle donne directement \(\operatorname{V}(3X)=9\times(2/9)=2\). L’addition des seules variances aurait donné \(10/9\), pas \(2\).
Synthèse 9.20 — L’essentiel de ce détour
La formule \(\operatorname{V}(X+Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)\) ne vient pas d’une linéarité de la variance. Elle vient d’un terme croisé qui s’annule sous indépendance. La covariance permet de nommer ce terme ; son annulation n’est pas une caractérisation de l’indépendance.
10. Prolongement : additionner deux comptages binomiaux
Objectif. Reconnaître quand une somme reste binomiale et comprendre pourquoi des paramètres différents changent la conclusion.
Remarque 10.1 — Un complément facultatif de modélisation
Cette stabilité de la loi binomiale est un prolongement du chapitre. On la démontre avec les outils du lycée, mais elle n’est pas un nouvel attendu à mémoriser dans la section officielle « Sommes de variables aléatoires » . Elle n’est pas nécessaire aux unités précédentes.
Rappel 10.2 — Compter des succès
Une Bernoulli de paramètre \(p\in[0;1]\) vaut \(1\) avec probabilité \(p\) et \(0\) avec probabilité \(1-p\). Un nombre de succès dans \(n\) épreuves indépendantes de même paramètre suit la loi \(\mathcal{B}(n,p)\). Pour \(0<p<1\) et \(k\in\{0,\ldots,n\}\), \[\mathbb{P}(X=k)=\binom{n}{k} p^k(1-p)^{n-k}.\] Le coefficient \(\binom{n}{k}\) compte les choix de \(k\) positions de succès parmi les \(n\) positions. Ces choix donnent des événements disjoints de même probabilité, d’où la formule. Pour \(p=0\), le nombre de succès est toujours \(0\) ; pour \(p=1\), il est toujours \(n\). La binomiale a pour espérance \(np\) et variance \(np(1-p)\). Ces nombres résultent de l’addition des moments des \(n\) indicatrices indépendantes : chacune a espérance \(p\) et variance \(p-p^2=p(1-p)\).
Proposition 10.3 — Deux séries, le même paramètre
Soient \(n,m\geq1\) des entiers. Si \(X\) et \(Y\) sont indépendantes, \(X\sim\mathcal{B}(n,p)\) et \(Y\sim\mathcal{B}(m,p)\) avec le même \(p\), alors \[X+Y\sim\mathcal{B}(n+m,p).\]
Démonstration. Dans un modèle de deux séries de Bernoulli, on juxtapose les \(n\) épreuves de la première et les \(m\) de la seconde. Si toutes ces épreuves sont indépendantes et ont le même paramètre \(p\), leur ensemble forme un schéma de Bernoulli à \(n+m\) épreuves ; son nombre de succès est la somme des deux comptages.
Pour justifier l’énoncé dès que les deux lois et l’indépendance sont connues, sans supposer une décomposition sur l’univers d’origine, on peut calculer la probabilité d’une somme. Fixons \(k\) entre \(0\) et \(n+m\). Pour avoir \(X+Y=k\), les couples possibles sont \((i,k-i)\), avec \(0\leq i\leq n\) et \(0\leq k-i\leq m\). Ces événements sont disjoints. Sous indépendance, chacun a pour probabilité \[\begin{aligned} \mathbb{P}(X=i)\mathbb{P}(Y=k-i) &=\binom{n}{i} p^i(1-p)^{n-i}\binom{m}{k-i}p^{k-i}(1-p)^{m-k+i}\\ &=\binom{n}{i}\binom{m}{k-i}\,p^{i+k-i}(1-p)^{n-i+m-k+i}\\ &=\binom{n}{i}\binom{m}{k-i}\,p^k(1-p)^{n+m-k}. \end{aligned}\] Pour \(0<p<1\), les puissances sont bien définies et les exposants se simplifient comme indiqué. Le facteur \(p^k(1-p)^{n+m-k}\) est commun à tous les couples. Il reste à additionner les nombres \(\binom{n}{i}\binom{m}{k-i}\). Pour comprendre leur somme, comptons les choix de \(k\) positions parmi deux blocs de tailles \(n\) et \(m\). Si l’on choisit \(i\) positions dans le premier bloc, on doit en choisir \(k-i\) dans le second ; il y a \(\binom{n}{i}\binom{m}{k-i}\) choix. Les différents nombres \(i\) séparent tous les choix sans doublon. Leur somme est donc \(\binom{n+m}{k}\). Finalement, \[\mathbb{P}(X+Y=k)=\binom{n+m}{k} p^k(1-p)^{n+m-k},\] ce qui est la loi annoncée. Pour \(p=0\) ou \(1\), la conclusion découle directement des valeurs certaines des deux variables. Aucun cas limite n’est perdu.
Exemple de référence 10.4 — Deux séries de contrôles indépendantes
Une équipe contrôle \(4\) pièces et une autre \(6\) pièces. Les dix contrôles sont modélisés par des Bernoulli indépendantes, de probabilité de défaut \(p=0{,}1\). Les nombres de défauts \(X\) et \(Y\) suivent \(\mathcal{B}(4;0{,}1)\) et \(\mathcal{B}(6;0{,}1)\), et sont indépendants. Le nombre total \(T=X+Y\) suit donc \(\mathcal{B}(10;0{,}1)\). On a \(\operatorname{E}(T)=10\times0{,}1=1\) et \(\operatorname{V}(T)=10\times0{,}1\times0{,}9=0{,}9\). On peut contrôler par addition : \(0{,}4+0{,}6=1\) pour l’espérance et \(0{,}36+0{,}54=0{,}90\) pour la variance. La probabilité d’au moins un défaut se calcule par le complémentaire : \[\mathbb{P}(T\geq1)=1-\mathbb{P}(T=0)=1-0{,}9^{10} \approx0{,}6513.\] La loi de la somme apporte ici une probabilité que ses seuls deux moments ne donneraient pas.
Contre-exemple 10.5 — Des probabilités de succès différentes
Soient \(X\sim\mathcal{B}(1;1/4)\) et \(Y\sim\mathcal{B}(1;3/4)\) indépendantes. La somme \(S\) prend les valeurs \(0,1,2\) avec \[\begin{aligned} \mathbb{P}(S=0)&=\frac34\times\frac14=\frac3{16},\\ \mathbb{P}(S=2)&=\frac14\times\frac34=\frac3{16},\\ \mathbb{P}(S=1)&=\frac14\times\frac14+\frac34\times\frac34 =\frac1{16}+\frac9{16}=\frac{10}{16}. \end{aligned}\] Son espérance est \(1/4+3/4=1\). Si \(S\) suivait une loi \(\mathcal{B}(2,p)\), on aurait \(2p=1\), donc \(p=1/2\) en divisant les deux membres par \(2\). Mais une telle loi donnerait \(\mathbb{P}(S=0)=(1-1/2)^2=1/4=4/16\), alors que la vraie valeur est \(3/16\). C’est impossible. Même sous indépendance, additionner les tailles et « moyenner les paramètres » ne fournit pas en général la loi de la somme.
Contre-exemple 10.6 — Même paramètre, mais pas indépendance
Soit \(X\sim\mathcal{B}(1;1/2)\) et posons \(Y=X\). Les deux variables ont la même loi, mais \(X+Y=2X\) ne prend que les valeurs \(0\) et \(2\). Une variable de loi \(\mathcal{B}(2;1/2)\) prend la valeur \(1\) avec probabilité \(2\times(1/2)\times(1/2)=1/2\). La conclusion de la proposition serait donc fausse sans indépendance.
Méthode 10.7 — Choisir ce qu’il est possible d’affirmer
Premier geste : écrire les deux paramètres de chaque loi et l’information sur la dépendance.
Même \(p\) et indépendance : la somme est binomiale, avec addition des nombres d’épreuves.
\(p\) différents et indépendance : on additionne les espérances et les variances, mais on n’affirme pas une loi binomiale. Pour une probabilité, on peut énumérer les couples dont la somme convient.
Indépendance absente : la linéarité de l’espérance reste utilisable ; en général, la loi de la somme et sa variance ne sont pas déterminées par les seules lois individuelles. Des cas particuliers, par exemple une variable constante, peuvent toutefois suffire à les déterminer.
Le contrôle consiste à vérifier que la somme a des valeurs possibles compatibles, une espérance égale à la somme des espérances, et une variance compatible avec le modèle. Ces contrôles peuvent réfuter une loi proposée ; ils ne suffisent pas, à eux seuls, à l’identifier.
À toi 10.8 — Essai guidé et justification
Deux groupes indépendants effectuent respectivement \(3\) et \(5\) épreuves, toutes indépendantes, de probabilité de succès \(0{,}4\). Quel est le modèle du nombre total \(Z\) de succès ? Calcule ses moments et \(\mathbb{P}(Z=0)\). Justifie le rôle de chacune des hypothèses.
Correction expliquée 10.9 — Assembler sans perdre les conditions
Les \(3+5=8\) épreuves sont des Bernoulli indépendantes et ont toutes le même paramètre \(0{,}4\) ; le total suit \(\mathcal{B}(8;0{,}4)\). Ainsi \[\operatorname{E}(Z)=8\times0{,}4=3{,}2,\qquad \operatorname{V}(Z)=8\times0{,}4\times0{,}6=1{,}92, \quad\sigma(Z)=\sqrt{1{,}92}\approx1{,}386.\] Le seul moyen d’obtenir zéro succès est que les huit épreuves échouent : \(\mathbb{P}(Z=0)=0{,}6^8=0{,}01679616\). Réponse possible : le nombre total d’épreuves fixe la taille, le même paramètre permet un schéma de Bernoulli homogène, et l’indépendance permet d’utiliser le modèle binomial et de multiplier les probabilités d’échec. Critères : ne pas se contenter de « c’est une somme » ; nommer les trois conditions et préciser la variable comptée.
À toi 10.10 — À tenter sans consultation, puis à reprendre plus tard
On sait que \(A\sim\mathcal{B}(5;0{,}2)\) et \(B\sim\mathcal{B}(7;0{,}6)\) sont indépendantes. Un élève écrit \(A+B\sim\mathcal{B}(12;0{,}4)\). Repère la première erreur. Calcule néanmoins l’espérance et la variance du total, puis la probabilité qu’il soit nul.
Correction expliquée 10.11 — Réparer sans renoncer au calcul
Indice : la condition « même probabilité de succès » manque. La moyenne arithmétique \(0{,}4\) des deux paramètres n’est pas justifiée ; les groupes n’ont d’ailleurs pas la même taille. La bonne démarche ne nécessite pas de loi nommée pour le total : \[\begin{aligned} \operatorname{E}(A+B)&=5\times0{,}2+7\times0{,}6=1+4{,}2=5{,}2,\\ \operatorname{V}(A+B)&=5\times0{,}2\times0{,}8+7\times0{,}6\times0{,}4\\ &=0{,}8+1{,}68=2{,}48. \end{aligned}\] La loi proposée donnerait une espérance \(12\times0{,}4=4{,}8\), ce qui la réfute déjà. Comme \(A,B\) sont positives ou nulles, \(A+B=0\) signifie \(A=0\) et \(B=0\). L’indépendance donne \(\mathbb{P}(A+B=0)=0{,}8^5\times0{,}4^7=0{,}000536870912\). Reprise ciblée : avec deux seules épreuves de paramètres \(1/4\) et \(3/4\), les trois probabilités sont \(3/16,10/16,3/16\), et non \(1/4,1/2,1/4\) ; ce petit exemple montre le mécanisme de l’erreur. Nouvel essai corrigé : si les deux groupes avaient cette fois \(p=0{,}2\), le total serait \(\mathcal{B}(12;0{,}2)\), d’espérance \(12\times0{,}2=2{,}4\) et de variance \(12\times0{,}2\times0{,}8=1{,}92\). Reviens ensuite à l’énoncé initial : c’est la différence des paramètres, pas une impossibilité d’additionner les variables, qui empêche la conclusion binomiale.
Synthèse 10.12 — Une formule de loi est plus exigeante qu’une formule d’espérance
Les espérances s’additionnent sans indépendance. Les variances s’additionnent sous indépendance. Pour que deux comptages binomiaux indépendants donnent encore une loi binomiale avec addition des tailles, on utilise en plus leur paramètre de succès commun. Chaque conclusion a donc ses propres conditions.
11. Choisir, vérifier, puis refaire seul
Objectif. Retrouver les outils essentiels et traiter des situations mélangées avec leurs conditions.
Le noyau du chapitre en une vue
Synthèse 11.1 — Objets et formules, avec leurs conditions
Les variables considérées ont un nombre fini de valeurs. Une loi donne les valeurs \(x_1,\ldots,x_r\) et leurs probabilités \(p_1,\ldots,p_r\), positives ou nulles, dont la somme est \(1\). \[\begin{aligned} \operatorname{E}(X)&=x_1p_1+\cdots+x_rp_r=\mu,\\ \operatorname{V}(X)&=(x_1-\mu)^2p_1+\cdots+(x_r-\mu)^2p_r =\operatorname{E}(X^2)-\mu^2,\\ \sigma(X)&=\sqrt{\operatorname{V}(X)}. \end{aligned}\] Pour deux variables définies sur la même expérience et des constantes réelles \(a,b,c\), \[\operatorname{E}(aX+bY+c)=a\operatorname{E}(X)+b\operatorname{E}(Y)+c.\] Aucune indépendance n’est nécessaire pour cette espérance. Pour une seule variable, \[\operatorname{V}(aX+c)=a^2\operatorname{V}(X),\qquad \sigma(aX+c)=|a|\sigma(X).\] Si, de plus, \(X\) et \(Y\) sont indépendantes, alors \[\operatorname{V}(aX+bY+c)=a^2\operatorname{V}(X)+b^2\operatorname{V}(Y).\] En particulier, \(\operatorname{V}(X-Y)=\operatorname{V}(X)+\operatorname{V}(Y)\) sous indépendance : une différence de variables ne conduit pas à soustraire leurs variances.
Synthèse 11.2 — Échantillons et comptages
Un échantillon \((X_1,\ldots,X_n)\), \(n\geq1\), est constitué de variables indépendantes et de même loi. Si cette loi a pour espérance \(\mu\) et écart type \(\sigma\), alors :
| Variable | Espérance | Variance | Écart type |
|---|---|---|---|
| \(S_n=X_1+\cdots+X_n\) | \(n\mu\) | \(n\sigma^2\) | \(\sqrt n\,\sigma\) |
| \(M_n=S_n/n\) | \(\mu\) | \(\sigma^2/n\) | \(\sigma/\sqrt n\) |
Le nombre de succès dans \(n\) épreuves est la somme de \(n\) indicatrices \(I_i\), valant \(1\) en cas de succès et \(0\) sinon. Si les épreuves sont indépendantes et de même paramètre \(p\in[0;1]\), leur somme suit \(\mathcal{B}(n,p)\), d’espérance \(np\), variance \(np(1-p)\) et écart type \(\sqrt{np(1-p)}\). Sans indépendance ou avec des paramètres différents, la décomposition en indicatrices reste utile pour l’espérance, mais on ne conclut pas automatiquement à une loi binomiale.
Méthode 11.3 — Je vois, je pense, je vérifie, je fais
| Je vois… | Je pense, je vérifie, puis je fais… |
|---|---|
| Un total dont je veux la loi | Je liste les couples réalisables, calcule leurs probabilités, puis regroupe ceux donnant la même somme. Je contrôle le total \(1\). |
| Une espérance de total | Je cherche une décomposition en variables simples ; je peux utiliser la linéarité sans indépendance. |
| Une variance de total | Je vérifie l’indépendance du modèle. Si elle manque, les variances individuelles ne suffisent pas en général. |
| Un coefficient devant une variable | Je distingue \(a\) pour l’espérance, \(a^2\) pour la variance, \(|a|\) pour l’écart type. |
| Un nombre d’événements réalisés | Je définis les indicatrices sur chaque issue ; une somme de probabilités donne l’espérance du comptage. |
| Une moyenne de répétitions | Je définis d’abord le total, puis je divise par \(n\) ; dans la variance, ce coefficient devient \(1/n^2\). |
| Une contrainte sur la dispersion | Je résous l’inégalité sur \(\sigma/\sqrt n\) avec \(n\geq1\), puis vérifie le plus petit entier et son voisin. |
| Une simulation | Je distingue une observation, un groupe de taille \(n\) et \(N\) groupes ; je vérifie chaque réinitialisation. |
Point de vigilance 11.4 — Les cinq raccourcis à refuser
Une espérance n’est ni un résultat certain ni nécessairement une valeur possible.
Des couples équiprobables ne donnent pas forcément des sommes équiprobables.
Des variables de même loi ne sont pas nécessairement égales, ni indépendantes.
\(nX\) répète le même résultat ; \(X_1+\cdots+X_n\) additionne des résultats qui peuvent être différents.
Une simulation, un dessin ou une égalité de moments ne prouvent pas à eux seuls une loi ou une indépendance.
Mini-test : des consignes à tenter avant la correction
Tu peux utiliser une calculatrice pour les racines et les arrondis. Les résultats exacts, les définitions des variables et les conditions restent nécessaires. Pour travailler le choix de méthode, recopie seulement les consignes suivantes, couvre le guide et les corrections, puis indique ton premier geste avant de calculer. Ce dispositif propose une tentative ; il ne suppose pas que tu l’as déjà effectuée.
À toi 11.5 — Situation 1
La variable \(U\), exprimée en points, prend les valeurs \(-1\), \(2\), \(5\) avec probabilités \(1/4\), \(1/2\), \(1/4\). Calcule son espérance, sa variance et son écart type. Pour \(G=3-2U\), donne les mêmes caractéristiques. Explique l’effet du nombre \(3\) et du coefficient \(-2\).
À toi 11.6 — Situation 2
Deux expériences indépendantes donnent \(X=-1\) ou \(1\), avec probabilités \(1/2\) chacune, et \(Y=0\) ou \(2\), avec probabilités \(3/4\) et \(1/4\). Construis la loi de \(T=X+Y\) puis calcule son espérance et sa variance de deux façons. Explique pourquoi ses trois valeurs possibles ne sont pas équiprobables.
À toi 11.7 — Situation 3
On lance un dé équilibré à six faces. On reçoit un point si le résultat est pair et un autre point si le résultat est au moins \(4\). Définis deux variables 0/1 permettant d’écrire le score \(R\) comme une somme. Calcule \(\operatorname{E}(R)\) sans chercher d’abord sa loi. Puis construis cette loi et vérifie la variance. Peut-on additionner les deux variances sans examiner la dépendance ?
À toi 11.8 — Situation 4
Un appareil reçoit deux sous-ensembles assemblés indépendamment. Leurs coûts aléatoires \(A\) et \(B\), en euros, ont pour espérances \(20\) et \(15\) et pour variances \(4\) et \(9\). Le coût facturé est \(F=2A-B+8\). Calcule ses trois caractéristiques. Si l’indépendance n’était plus indiquée, quelle partie de ta réponse resterait justifiée ?
À toi 11.9 — Situation 5
Un échantillon est constitué de \(n\) mesures indépendantes de même loi, d’espérance \(50\) mm et d’écart type \(3\) mm. Calcule les caractéristiques du total et de la moyenne pour \(n=36\). Détermine ensuite le plus petit entier \(n\) pour lequel l’écart type de la moyenne est strictement inférieur à \(0{,}4\) mm. Cela garantit-il que chaque moyenne observée est à moins de \(0{,}4\) mm de \(50\) ?
À toi 11.10 — Situation 6
Une série comporte \(15\) essais indépendants, chacun ayant probabilité de succès \(0{,}4\). Le gain est \(5\) euros par succès et une dépense fixe de \(12\) euros est payée pour la série. Définis le nombre de succès, démontre son espérance et sa variance à l’aide des indicatrices, puis calcule l’espérance et l’écart type du gain net.
À toi 11.11 — Situation 7
Une mesure \(Z\) a une variance de \(9\). On compare deux procédés : A : obtenir une mesure puis la répéter quatre fois sur une feuille ; B : obtenir quatre mesures indépendantes de même loi. Quelle est la variance de la moyenne des quatre nombres dans chacun des procédés ? Explique précisément la différence.
À toi 11.12 — Situation 8
On veut calculer la moyenne d’une liste de \(n\geq1\) observations. Un programme initialise total = 0, puis, pour chaque valeur x, exécute total = x ; il renvoie enfin total / n. Que renvoie-t-il sur \([2,5,8]\) ? Quelle instruction faut-il corriger ? Décris les états du programme corrigé et explique pourquoi le résultat est alors la moyenne.
Indices et corrections détaillées
Correction expliquée 11.13 — Situation 1 : poids, carré et transformation
Indice : calcule d’abord la moyenne pondérée, puis le second moment. Les probabilités totalisent \(1/4+2/4+1/4=1\). \[\begin{aligned} \operatorname{E}(U)&=(-1)\times\frac14+2\times\frac12+5\times\frac14 =-\frac14+\frac44+\frac54=\frac84=2,\\ \operatorname{E}(U^2)&=(-1)^2\times\frac14+2^2\times\frac12+5^2\times\frac14\\ &=\frac14+\frac84+\frac{25}{4}=\frac{34}{4}=\frac{17}{2},\\ \operatorname{V}(U)&=\frac{17}{2}-2^2=\frac{17}{2}-\frac82=\frac92. \end{aligned}\] Donc \(\sigma(U)=\sqrt{9/2}=3/\sqrt2=3\sqrt2/2\approx2{,}121\) points. On peut vérifier avec les écarts à \(2\) : \((-1-2)^2/4+(2-2)^2/2+(5-2)^2/4=9/4+0+9/4=9/2\). Pour \(G=3-2U\), la linéarité donne \(\operatorname{E}(G)=3-2\times2=-1\). Sa variance vaut \((-2)^2\times(9/2)=4\times(9/2)=18\), et son écart type vaut \(|-2|\times(3\sqrt2/2)=2\times(3\sqrt2/2)=3\sqrt2\approx4{,}243\) points. Le nombre \(3\) translate toutes les valeurs et leur centre du même montant : il ne modifie pas les écarts au centre. Le coefficient \(-2\) inverse leur sens et double leur taille ; leurs carrés sont multipliés par \(4\). Critères : poids appliqués aux bonnes valeurs, carré de \(-1\) positif, distinction variance/écart type et valeur absolue pour le facteur d’échelle.
Correction expliquée 11.14 — Situation 2 : regrouper les couples
Indice : construis les quatre couples avant de réunir les sommes égales.
| Couple | \((-1,0)\) | \((-1,2)\) | \((1,0)\) | \((1,2)\) |
|---|---|---|---|---|
| Probabilité | \(3/8\) | \(1/8\) | \(3/8\) | \(1/8\) |
| Somme | \(-1\) | \(1\) | \(1\) | \(3\) |
Les probabilités sont des produits grâce à l’indépendance. Par exemple \((1/2)\times(3/4)=3/8\). Les couples donnant la somme \(1\) sont disjoints, donc leurs probabilités s’ajoutent : \(1/8+3/8=4/8=1/2\). La loi de \(T\) est ainsi \((-1,1,3)\) avec probabilités \((3/8,1/2,1/8)\) ; leur somme est \(3/8+4/8+1/8=1\). Il n’y a aucune raison pour que trois sommes candidates soient équiprobables. Depuis la loi : \[\begin{aligned} \operatorname{E}(T)&=-\frac38+\frac12+\frac38=\frac12,\\ \operatorname{E}(T^2)&=\frac38+\frac12+\frac98=\frac{3+4+9}{8}=2,\\ \operatorname{V}(T)&=2-\left(\frac12\right)^2=\frac84-\frac14=\frac74. \end{aligned}\] Depuis les variables simples : \(\operatorname{E}(X)=0\), \(\operatorname{E}(X^2)=1\), donc \(\operatorname{V}(X)=1\). On a \(\operatorname{E}(Y)=0\times(3/4)+2\times(1/4)=1/2\) ; son second moment vaut \(4\times(1/4)=1\), donc \(\operatorname{V}(Y)=1-1/4=3/4\). La linéarité donne \(\operatorname{E}(T)=0+1/2=1/2\). L’indépendance donne \(\operatorname{V}(T)=1+3/4=7/4\). Les deux méthodes concordent. Critères : produit pour un couple, somme pour les couples disjoints, valeurs égales regroupées, conditions différentes pour les deux formules de moments.
Correction expliquée 11.15 — Situation 3 : compter sans supposer l’indépendance
Indice : une indicatrice vaut \(1\) si sa condition est satisfaite et \(0\) sinon. Soit \(I\) l’indicatrice de « résultat pair » et \(J\) celle de « résultat au moins 4 » . Sur chaque issue, le score vaut \(R=I+J\). Chacun des deux événements a probabilité \(3/6=1/2\). Une Bernoulli de paramètre \(p\) a espérance \(0(1-p)+1p=p\) : donc \(\operatorname{E}(R)=\operatorname{E}(I)+\operatorname{E}(J)=1/2+1/2=1\) point, sans hypothèse d’indépendance.
| Face | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| \(I\) | 0 | 1 | 0 | 1 | 0 | 1 |
| \(J\) | 0 | 0 | 0 | 1 | 1 | 1 |
| \(R\) | 0 | 1 | 0 | 2 | 1 | 2 |
Le score prend donc \(0,1,2\) avec probabilités \(1/3\) chacune. Son espérance est \((0+1+2)/3=1\) ; son second moment est \((0^2+1^2+2^2)/3=5/3\) ; sa variance est \(5/3-1=2/3\). L’addition des variances individuelles donnerait à tort \(1/4+1/4=1/2\). Les deux récompenses proviennent du même lancer et ne sont pas des répétitions indépendantes données par le modèle. Le calcul direct de la loi convient, sans qu’une démonstration formelle d’indépendance soit nécessaire. Critères : définir les deux branches 0/1, vérifier \(R=I+J\) sur les faces, utiliser la linéarité, ne pas transférer sans condition la règle de variance.
Correction expliquée 11.16 — Situation 4 : chaque coefficient a son rôle
Indice : l’expression \(F=2A-B+8\) est déjà une décomposition exploitable. La linéarité donne \[\operatorname{E}(F)=2\operatorname{E}(A)-\operatorname{E}(B)+8=2\times20-15+8=33\text{ euros}.\] Grâce à l’indépendance, la variance est \[\operatorname{V}(F)=2^2\operatorname{V}(A)+(-1)^2\operatorname{V}(B) =4\times4+1\times9=16+9=25\text{ euros}^2.\] Le nombre \(8\) est constant : sa variance est nulle. L’écart type est \(\sqrt{25}=5\) euros. Sans indépendance, l’espérance \(33\) euros resterait justifiée, mais ni la variance \(25\) ni l’écart type \(5\) ne seraient déductibles des seules données. Critères : carré des coefficients, signe positif de chaque contribution de variance, unités différentes, séparation de ce qui dépend ou non de l’hypothèse.
Correction expliquée 11.17 — Situation 5 : total, moyenne et borne entière
Indice : la variance d’une seule mesure est \(3^2=9\) mm\(^2\). Pour \(n=36\), \[\operatorname{E}(S_{36})=36\times50=1\,800\text{ mm},\quad \operatorname{V}(S_{36})=36\times9=324\text{ mm}^2,\quad \sigma(S_{36})=\sqrt{324}=18\text{ mm}.\] Pour la moyenne, on divise le total par \(36\), donc sa variance est divisée par \(36^2\) : \[\operatorname{E}(M_{36})=50\text{ mm},\qquad \operatorname{V}(M_{36})=\frac9{36}=\frac14\text{ mm}^2, \qquad\sigma(M_{36})=\frac3{\sqrt{36}}=\frac12\text{ mm}.\] La contrainte demandée est \(3/\sqrt n<0{,}4\). Comme \(\sqrt n>0\), multiplier les deux membres par \(\sqrt n\) ne change pas le sens : \(3<0{,}4\sqrt n\). Diviser les deux membres par \(0{,}4>0\) donne \(7{,}5<\sqrt n\). Les deux membres étant positifs, on peut les élever au carré sans changer le sens : \(56{,}25<n\). Le plus petit entier admissible est donc \(57\). Vérification exacte aux deux voisins : \(9/56>4/25\) car \(9\times25=225>224=4\times56\) ; donc \(3/\sqrt{56}>2/5=0{,}4\). En revanche \(9/57<4/25\) car \(225<228\) ; donc \(3/\sqrt{57}<0{,}4\). Cette borne porte sur l’écart type théorique. Elle ne garantit pas que chaque moyenne sera à moins de \(0{,}4\) mm du centre. Relier une tolérance à un risque probabiliste demanderait un autre résultat, étudié dans le chapitre de concentration. Critères : indépendance et même loi, distinction \(n\)/\(n^2\), signes des opérations, inégalité stricte, contrôle des voisins et interprétation sans garantie abusive.
Correction expliquée 11.18 — Situation 6 : des indicatrices au gain net
Indice : sépare le compteur de succès et la somme d’argent. Pour \(i=1,\ldots,15\), \(I_i\) vaut \(1\) au succès de l’essai \(i\) et \(0\) à l’échec. Le nombre de succès est \(K=I_1+\cdots+I_{15}\). Chaque \(I_i\) suit une Bernoulli de paramètre \(0{,}4\), donc \[\operatorname{E}(I_i)=0\times0{,}6+1\times0{,}4=0{,}4, \qquad \operatorname{V}(I_i)=\operatorname{E}(I_i^2)-\operatorname{E}(I_i)^2 =0{,}4-0{,}16=0{,}24.\] On a utilisé \(I_i^2=I_i\), puisque \(0^2=0\) et \(1^2=1\). La linéarité donne \(\operatorname{E}(K)=15\times0{,}4=6\). Les épreuves sont indépendantes : leurs indicatrices le sont dans le modèle, et \(\operatorname{V}(K)=15\times0{,}24=3{,}6\). Le gain net est \(H=5K-12\), donc \[\operatorname{E}(H)=5\times6-12=18\text{ euros},\qquad \operatorname{V}(H)=5^2\times3{,}6=25\times3{,}6=90\text{ euros}^2,\] puis \(\sigma(H)=\sqrt{90}=3\sqrt{10}\approx9{,}487\) euros. L’espérance positive décrit un gain moyen théorique, pas une garantie de bénéfice sur une série. Critères : écrire les indicatrices et leur somme, démontrer les moments de chaque terme, repérer l’usage de l’indépendance, distinguer gain reçu et gain net.
Correction expliquée 11.19 — Situation 7 : répéter l’écriture n’est pas répéter l’expérience
Indice : écris la moyenne comme une variable, avant d’appliquer une formule. Dans le procédé A, la moyenne vaut \((Z+Z+Z+Z)/4=4Z/4=Z\). Sa variance est donc \(9\). On pourrait aussi écrire \(\operatorname{V}(4Z/4)=(1/16)\operatorname{V}(4Z)=(1/16)\times16\operatorname{V}(Z)=9\). Dans le procédé B, les quatre variables \(Z_1,Z_2,Z_3,Z_4\) sont indépendantes de même loi. La variance de leur somme vaut \(4\times9=36\) ; la moyenne divise cette somme par \(4\), donc sa variance vaut \((1/4)^2\times36=36/16=9/4\). Les écarts types des deux moyennes sont respectivement \(3\) et \(3/2\). Le deuxième procédé bénéficie de quatre observations indépendantes, alors que le premier ne contient qu’une information répétée quatre fois. Critères : modèle écrit avant calcul, absence d’indépendance fictive entre copies du même résultat, facteur \(1/16\) justifié.
Correction expliquée 11.20 — Situation 8 : une affectation remplace une valeur
Indice : suivre la valeur mémorisée après chaque instruction suffit à localiser le défaut. Avec total = x, les valeurs mémorisées sont \(2\), puis \(5\), puis \(8\). Le programme oublie les précédentes ; il renvoie \(8/3\), et non la moyenne. Il faut écrire total = total + x. Dans le programme corrigé, on commence à \(0\), puis les états sont \(0+2=2\), \(2+5=7\), \(7+8=15\). La sortie est \(15/3=5\). À chaque tour, le total de toutes les observations déjà lues est augmenté de la nouvelle ; après \(n\) tours il contient donc leur somme, et sa division par \(n\) donne la moyenne. Critères : ancienne/nouvelle valeur distinguées, première instruction fautive localisée, états successifs visibles et lien avec la définition de la moyenne.
Une reprise ciblée, puis une nouvelle tentative
À toi 11.21 — Réparer une erreur de choix
Tu as écrit \(\operatorname{V}(3X-2Y)=3\operatorname{V}(X)-2\operatorname{V}(Y)\) pour deux variables indépendantes de variances \(1\) et \(4\). Reprise : dans une variance, les coefficients sont mis au carré ; le signe du coefficient \(-2\) ne rend pas une variance négative. Un exemple plus simple est \(\operatorname{V}(-2Y)=(-2)^2\operatorname{V}(Y)=4\times4=16\). Nouvel essai : calcule \(\operatorname{V}(X-2Y)\), puis reviens à \(3X-2Y\).
Correction expliquée 11.22 — Des carrés avant l’addition
Sous indépendance, \(\operatorname{V}(X-2Y)=1^2\times1+(-2)^2\times4=1+16=17\). Pour la ligne initiale, \(\operatorname{V}(3X-2Y)=3^2\times1+(-2)^2\times4=9+16=25\). L’expression erronée aurait donné \(3-8=-5\), valeur impossible pour une variance. Le contrôle de positivité détecte ici l’erreur, mais une valeur positive n’aurait pas suffi à prouver que le calcul était correct.
À toi 11.23 — À une séance suivante, avant toute relecture
Une boîte contient des objets de masse aléatoire \(Q\) : \(8\) g avec probabilité \(1/4\), \(10\) g avec probabilité \(1/2\), \(12\) g avec probabilité \(1/4\). On prépare \(16\) objets dont les masses sont supposées indépendantes de cette même loi. Donne l’espérance et l’écart type de la masse totale et de la masse moyenne. Un emballage de masse constante \(5\) g est ajouté au lot : que changent ses deux caractéristiques ? Justifie chaque choix.
Correction expliquée 11.24 — Réinvestir plusieurs outils ensemble
Indice : commence par une seule masse. On a \[\operatorname{E}(Q)=8\times\frac14+10\times\frac12+12\times\frac14=2+5+3=10\text{ g}.\] Les écarts à \(10\) sont \(-2\), \(0\), \(2\) ; la variance vaut \(4\times(1/4)+0\times(1/2)+4\times(1/4)=2\) g\(^2\), et l’écart type \(\sqrt2\) g. Pour le total \(S_{16}\), la linéarité donne \(\operatorname{E}(S_{16})=16\times10=160\) g. L’indépendance donne \(\operatorname{V}(S_{16})=16\times2=32\) g\(^2\), puis \(\sigma(S_{16})=\sqrt{32}=4\sqrt2\approx5{,}657\) g. Pour la moyenne \(M_{16}=S_{16}/16\), l’espérance vaut \(160/16=10\) g. La variance vaut \(32/16^2=32/256=1/8\) g\(^2\), et l’écart type \(\sqrt{1/8}=\sqrt2/4\approx0{,}354\) g. La masse emballée est \(S_{16}+5\) : son espérance est \(165\) g, mais son écart type reste \(4\sqrt2\) g. Ajouter une constante décale chaque total et son centre de \(5\) g, sans modifier les écarts au centre. Critères : une loi simple construite correctement, choix total/moyenne explicite, condition d’indépendance située au bon endroit, unités et rôle de la constante conservés.
Synthèse 11.25 — Je dois savoir faire seul
Nommer une variable, distinguer ses valeurs et leurs probabilités, calculer et interpréter ses moments.
Décomposer un total sur chaque issue ; construire sa loi lorsque c’est nécessaire, sans supposer ses valeurs équiprobables.
Choisir la linéarité pour une espérance et expliquer pourquoi elle n’exige pas l’indépendance.
Transformer espérance, variance et écart type en distinguant \(a\), \(a^2\) et \(|a|\).
Vérifier le modèle indépendant avant d’additionner des variances ; reconnaître les données insuffisantes.
Décomposer un comptage en indicatrices et démontrer les moments binomiaux.
Distinguer même loi, mêmes valeurs, somme et moyenne ; retrouver les facteurs \(n\) et \(1/n\) dans leurs variances.
Suivre une simulation, corriger ses mises à jour et préciser ce qu’elle illustre sans le démontrer.
Si une réponse manque, reviens à la première ligne que tu ne peux pas justifier, puis choisis la reprise correspondante. Une bonne réponse sans ses conditions ne suffit pas ; une erreur localisée indique un point précis à retravailler, pas une incapacité générale.
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Pour apprendre dans le bon ordre