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Suites numériques et récurrence — Cours en classe — Terminale spécialité
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Suites numériques et récurrence — Cours en classe — Terminale spécialité
Terminale spécialité · Cours en classe
Suites numériques et récurrence
Terminale générale — Spécialité mathématiques
Suites numériques
et raisonnement
par récurrence
Cours en classe
Faire Les 2k\(\pi\)
Fil conducteur. Définir une suite, établir une propriété pour tous les rangs, étudier ses variations, puis démontrer et déterminer une limite. Les méthodes sont accompagnées d’exemples rédigés et les résultats sont identifiés par leur nature mathématique. Le statut des résultats admis est signalé au moment où ils sont énoncés.
Suites et raisonnement par récurrence
1. Définir une suite et retrouver les suites de référence
Une suite décrit une succession de valeurs : une quantité mesurée chaque semaine, les étapes d’un calcul ou les termes d’une liste définie par une règle. Il faut distinguer le numéro de l’étape, la valeur obtenue et la suite entière. Les rappels qui suivent permettront ensuite d’étudier les variations, les sommes et les limites.
Rangs, termes et modes de définition
Définition 1.1 — Suite réelle et terme
Une suite réelle associe à chaque entier d’un domaine précisé un unique nombre réel. Dans ce cours, le domaine est généralement l’ensemble des entiers \(n\ge n_0\).
Le nombre \(u_n\) est le terme de rang \(n\) ; \((u_n)_{n\ge n_0}\) désigne la suite entière.
Convention 1.2 — Premier rang et lecture des indices
On prend \(\mathbb N=\{0,1,2,\ldots\}\). Le rang initial doit être indiqué : si la suite commence au rang \(0\), le premier terme est \(u_0\) et le deuxième est \(u_1\).
\(u_{n+1}\) désigne le terme suivant ; \(u_n+1\) désigne la valeur de \(u_n\) augmentée de \(1\). De même, \(u_{2n}\) et \(2u_n\) ont des sens différents.
Définition 1.3 — Formule explicite et relation de récurrence
Une formule explicite donne directement \(u_n\) en fonction du rang \(n\), sans imposer le calcul des termes précédents.
Une définition par récurrence donne un ou plusieurs termes initiaux et une règle qui construit les termes suivants à partir des précédents. Par exemple, \(u_0=-1\) et \(u_{n+1}=\frac12u_n+1\) pour \(n\ge0\). Le terme initial fait partie de la définition.
Exemple 1.4 — Substituer un rang ou utiliser la valeur précédente
Pour \(a_n=\dfrac{2n+1}{n+2}\), \(n\ge0\), le dénominateur est positif. On remplace chaque occurrence du rang : \[a_3=\frac{2\times3+1}{3+2}=\frac75, \qquad a_{n+1}=\frac{2(n+1)+1}{(n+1)+2}=\frac{2n+3}{n+3}.\] Pour la récurrence \(u_0=-1\), \(u_{n+1}=\frac12u_n+1\), on utilise au contraire le terme déjà obtenu : \[u_1=\frac12(-1)+1=\frac12, \qquad u_2=\frac12\times\frac12+1=\frac54.\] Remplacer \(u_n\) par \(n\) changerait la règle de calcul.
Point de vigilance — Une définition doit pouvoir être poursuivie
L’expression \(1/(n-2)\) ne définit pas une suite réelle pour tous les \(n\ge0\), puisque le rang \(2\) donne une division par zéro. De même, \(z_0=2\), \(z_{n+1}=1/(z_n-1)\) donne \(z_1=1\), puis un calcul impossible pour \(z_2\). Il faut vérifier le domaine et les opérations autorisées ; quelques termes calculables ne suffisent pas.
Pour représenter une suite, on place les points \((n;u_n)\), avec des abscisses entières. Une liste ou un graphique permet de conjecturer une propriété ; une preuve doit porter sur tous les rangs concernés. Définir une suite par récurrence et démontrer une propriété par récurrence sont deux actions distinctes.
Suites arithmétiques : un ajout constant
Définition 1.5 — Suite arithmétique et raison
Une suite \((u_n)_{n\ge p}\) est arithmétique s’il existe un réel \(r\) tel que \(u_{n+1}=u_n+r\) pour tout \(n\ge p\). Le réel \(r\) est la raison.
Ainsi, pour reconnaître une suite arithmétique, on montre que \(u_{n+1}-u_n\) est une constante, et non seulement un nombre positif.
Proposition 1.6 — Terme général d’une suite arithmétique
Si \((u_n)\) est arithmétique de raison \(r\), alors, pour \(n\ge p\), \[\boxed{u_n=u_p+(n-p)r.}\] Réciproquement, cette formule définit une suite arithmétique de raison \(r\). En particulier, \[u_n=u_0+nr\quad(n\ge0),\qquad u_n=u_1+(n-1)r\quad(n\ge1).\]
Justification des formules rappelées
Du rang \(p\) au rang \(n\), on effectue \(n-p\) passages, chacun ajoutant \(r\). Le terme obtenu est donc \(u_p+(n-p)r\). Réciproquement, la différence de deux expressions consécutives vaut \[[u_p+(n+1-p)r]-[u_p+(n-p)r]=r.\] Les formules usuelles correspondent aux choix \(p=0\) et \(p=1\).
\(\square\)
Exemple 1.7 — Retrouver la raison à partir de deux termes
Une suite arithmétique vérifie \(u_3=11\) et \(u_8=-4\). Il y a cinq passages entre ces rangs, donc \[-4=11+5r,\qquad r=-3.\] Pour \(n\ge3\), \(u_n=11-3(n-3)=20-3n\). La formule redonne bien \(u_3=11\) et \(u_8=-4\). Plus généralement, pour deux rangs \(j>i\), \(r=(u_j-u_i)/(j-i)\).
Suites géométriques : une multiplication constante
Définition 1.8 — Suite géométrique et raison
Une suite \((u_n)_{n\ge p}\) est géométrique s’il existe un réel \(q\) tel que \(u_{n+1}=q u_n\) pour tout \(n\ge p\). Le réel \(q\) est la raison.
Cette définition n’exige aucune division. On ne peut utiliser \(u_{n+1}/u_n=q\) qu’aux rangs où \(u_n\ne0\).
Proposition 1.9 — Terme général et cas particuliers
Si \((u_n)\) est géométrique de raison \(q\), alors :
pour \(q\ne0\) et \(n\ge p\), \(\displaystyle\boxed{u_n=u_pq^{n-p}}\) ;
pour \(q=0\), le terme \(u_p\) est donné et tous les termes \(u_n\), \(n\ge p+1\), sont nuls ;
pour \(q=1\), tous les termes valent \(u_p\).
Réciproquement, ces expressions vérifient \(u_{n+1}=q u_n\). Si \(u_p=0\), la suite est identiquement nulle pour toute raison \(q\).
Démonstration.
Si \(q\ne0\), les \(n-p\) passages multiplient le terme initial par \(q^{n-p}\) ; au rang \(p\), \(q^0=1\). La réciproque résulte de \(u_pq^{n+1-p}=q(u_pq^{n-p})\). Pour \(q=0\), la relation donne directement \(u_{n+1}=0\). Pour \(q=1\), elle conserve la valeur précédente. Enfin, à partir de zéro, toute multiplication par \(q\) redonne zéro.
\(\square\)
Point de vigilance — Ne pas fabriquer \(0^0\)
Pour \(q=0\), on traite séparément le terme initial : \(u_0=7\), \(u_{n+1}=0u_n\) donne \(7,0,0,\ldots\). On n’attribue aucune valeur à \(0^0\). La suite identiquement nulle ne détermine pas une raison unique : \(0=q\times0\) pour tout réel \(q\).
Exemple 1.10 — Rang initial et signe de la raison
Pour \(a_1=12\), \(a_{n+1}=\frac12a_n\), \[a_1=12,\quad a_2=6,\quad a_3=3, \qquad a_n=12\left(\frac12\right)^{n-1}.\] Pour \(b_0=3\), \(b_{n+1}=-2b_n\), \[b_0=3,\quad b_1=-6,\quad b_2=12, \qquad b_n=3(-2)^n.\] Une raison négative fait alterner les signes lorsque le premier terme est non nul ; conserver les parenthèses autour de cette raison.
Sommes finies : compter avant de calculer
Notation 1.11 — Somme et nombre de termes
Pour deux rangs \(p\le m\), \[\sum_{k=p}^{m}u_k=u_p+u_{p+1}+\cdots+u_m.\] La lettre \(k\) parcourt les entiers de \(p\) à \(m\), bornes comprises. La somme contient \(N=m-p+1\) termes : \(m-p\) passages et le premier terme. Ainsi, de \(u_0\) à \(u_n\), il y a \(n+1\) termes ; de \(u_1\) à \(u_n\), il y en a \(n\).
Propriété 1.12 — Linéarité des sommes finies
Pour des suites réelles, un réel \(\lambda\) et des entiers \(p\le m\), \[\sum_{k=p}^{m}(u_k+v_k)=\sum_{k=p}^{m}u_k+\sum_{k=p}^{m}v_k, \qquad \sum_{k=p}^{m}\lambda u_k=\lambda\sum_{k=p}^{m}u_k.\] En particulier, \(\displaystyle\sum_{k=p}^{m}c=(m-p+1)c\).
Démonstration.
On développe les sommes, on regroupe les termes de même nature et on utilise la distributivité. Une somme constante additionne exactement \(m-p+1\) fois le même nombre.
\(\square\)
Théorème 1.13 — Somme de termes arithmétiques
Si \((u_n)\) est arithmétique et \(p\le m\), alors \[\boxed{\sum_{k=p}^{m}u_k=(m-p+1)\frac{u_p+u_m}{2}.}\] La somme est le nombre de termes multiplié par la moyenne du premier et du dernier terme.
Démonstration.
Notons \(S=u_p+\cdots+u_m\) et \(N=m-p+1\). Écrivons \(S\) une fois dans l’ordre croissant des indices et une fois dans l’ordre inverse. Chaque paire de termes superposés vaut \(u_p+u_m\), car \[u_{p+j}+u_{m-j} =[u_p+jr]+[u_p+(m-j-p)r]=u_p+u_m.\] En additionnant les deux écritures, on obtient \(2S=N(u_p+u_m)\), puis la formule en divisant par \(2\).
\(\square\)
Corollaire 1.14 — Somme des premiers entiers
Pour \(n\ge1\), \(\displaystyle 1+2+\cdots+n=\frac{n(n+1)}2\).
Démonstration.
Ce sont \(n\) termes arithmétiques, de premier terme \(1\) et de dernier terme \(n\) : le théorème donne \(n(1+n)/2\).
\(\square\)
Exemple 1.15 — Une somme qui commence au rang 2
Une suite arithmétique vérifie \(u_2=5\) et a pour raison \(3\). Pour calculer \(S=u_2+\cdots+u_8\), on repère le premier terme, le dernier terme et le nombre de termes : \[u_8=5+(8-2)\times3=23,\qquad N=8-2+1=7.\] Donc \(\displaystyle S=7\frac{5+23}{2}=98\). Le dernier terme \(23\) et le cumul \(98\) répondent à deux questions différentes.
Théorème 1.16 — Somme de termes géométriques
Si \((u_n)\) est géométrique de raison \(q\), \(p\le m\) et \(N=m-p+1\), alors \[\boxed{\sum_{k=p}^{m}u_k=u_p\frac{1-q^N}{1-q}\quad(q\ne1).}\] Pour \(q=1\), les \(N\) termes valent tous \(u_p\), donc la somme vaut \(Nu_p\). Pour \(q=0\), la somme vaut \(u_p\), ce que donne aussi la formule puisque \(N\ge1\).
Démonstration.
Pour \(q\ne0,1\), posons \(S=u_p+u_pq+\cdots+u_pq^{N-1}\). La multiplication par \(q\) décale les puissances : \[qS=u_pq+u_pq^2+\cdots+u_pq^N.\] En soustrayant, les termes intermédiaires disparaissent : \((1-q)S=u_p(1-q^N)\). On divise par \(1-q\ne0\). Les cas \(q=0\) et \(q=1\) se calculent directement, comme indiqué dans l’énoncé. La formule couvre aussi une somme réduite à un seul terme.
\(\square\)
Exemple 1.17 — Le nombre de termes fixe l’exposant de la somme
Pour \(v_n=12(1/2)^{n-1}\), \(n\ge1\), on additionne cinq termes : \[v_1+\cdots+v_5 =12\frac{1-(1/2)^5}{1-1/2} =24\frac{31}{32}=\frac{93}{4}.\] Le dernier terme contient \((1/2)^4\), mais la formule de la somme contient \((1/2)^5\). Pour \(q=1\), cette fraction serait interdite : on additionnerait directement des termes constants.
À retenir — Avant chaque calcul
Identifier le rang initial, la règle de définition et les opérations autorisées. Pour une suite de référence, justifier sa nature et sa raison. Pour une somme, identifier le premier terme réellement additionné, le nombre de termes et les conditions de la formule.
2. Démontrer par récurrence
Calculer dix termes ne permet pas de conclure pour une infinité de rangs. Le raisonnement par récurrence remplace cette vérification impossible par deux tâches : établir un premier cas, puis démontrer un passage valable d’un rang quelconque au suivant.
Le principe et sa rédaction
Définition 2.1 — Propriété dépendant d’un entier
\(P(n)\) désigne une affirmation portant sur un entier \(n\) d’un domaine précisé. Une fois ce rang fixé, elle est vraie ou fausse. Par exemple, \(P(n)\) peut être « \(2^n\ge n+1\) ».
« Pour tout \(n\ge n_0\) » signifie que chaque rang autorisé convient. « Il existe \(n\ge n_0\) » demande au moins un rang convenable.
Théorème 2.2 — Principe de récurrence — admis sur les entiers
Soit une propriété \(P(n)\) définie pour les entiers \(n\ge n_0\). Si l’on établit :
\(P(n_0)\) est vraie : c’est l’initialisation ;
pour un entier \(k\ge n_0\) quelconque, supposer \(P(k)\) vraie permet de démontrer \(P(k+1)\) : c’est l’hérédité ;
alors \(P(n)\) est vraie pour tout entier \(n\ge n_0\).
L’hérédité démontre une implication : « si \(P(k)\) est vraie, alors \(P(k+1)\) est vraie ». Elle ne suppose pas déjà la conclusion pour tous les entiers. Le rang \(k\) reste quelconque : le remplacer par quelques nombres ne prouverait pas cette transmission générale.
Méthode 2.3 — Les étapes d’une preuve par récurrence
Écrire la propriété \(P(n)\) et son domaine exact.
Vérifier \(P(n_0)\) au premier rang demandé.
Fixer \(k\ge n_0\) et supposer \(P(k)\) vraie. Écrire explicitement la cible \(P(k+1)\).
Partir d’une donnée établie, souvent la relation qui définit la suite. Utiliser \(P(k)\), puis justifier le calcul ou la comparaison qui aboutit à \(P(k+1)\).
Conclure, par le principe de récurrence, pour tous les entiers \(n\ge n_0\).
Au brouillon, préparer la cible aide à choisir les transformations. Dans la preuve, cette cible ne peut pas être utilisée comme une donnée.
Contre-exemple 2.4 — Le départ et la transmission sont tous deux nécessaires
Pour \(P(n)\) : « \(n\ge1\) », la transmission de \(k\) à \(k+1\) fonctionne, mais \(P(0)\) est fausse. On ne peut pas conclure pour tous les entiers \(n\ge0\).
Pour \(Q(n)\) : « \(n=0\) », le départ au rang \(0\) est vrai, mais le passage au rang \(1\) échoue. Le départ seul ne suffit pas.
Point de vigilance — Le domaine appartient à la conclusion
Une initialisation au rang \(2\), suivie d’une transmission de \(k\) à \(k+1\), ne prouve rien sur les rangs \(0\) et \(1\). Une transmission de \(k\) à \(k+2\), commencée en \(0\), n’atteint que les rangs pairs. Le principe précédent utilise bien un pas de \(1\).
Premier modèle : démontrer une formule explicite
Exemple 2.5 — Passer d’une relation à une formule
On définit \(u_0=2\) et \(u_{n+1}=3u_n-2\) pour \(n\ge0\). Les premiers termes sont \(2,4,10,28\). Leurs écarts à \(1\) sont \(1,3,9,27\), ce qui suggère \[u_n=1+3^n.\] Pour démontrer cette formule, la relation \(u_{k+1}=3u_k-2\) fournit le lien entre l’hypothèse au rang \(k\) et la cible au rang \(k+1\).
Une récurrence entièrement rédigée
Posons \(P(n)\) : « \(u_n=1+3^n\) », pour \(n\ge0\).
Initialisation. Au rang \(0\), \(1+3^0=2=u_0\). Donc \(P(0)\) est vraie.
Hérédité. Fixons \(k\ge0\) et supposons \(u_k=1+3^k\). Nous voulons prouver \(u_{k+1}=1+3^{k+1}\). Alors \[\begin{align*} u_{k+1} &=3u_k-2 &&\text{relation de définition}\\ &=3(1+3^k)-2 &&\text{hypothèse de récurrence}\\ &=1+3^{k+1}. &&\text{car }3\times3^k=3^{k+1} \end{align*}\] Nous avons obtenu exactement \(P(k+1)\).
Conclusion. Par récurrence, \(\boxed{u_n=1+3^n\text{ pour tout }n\ge0}\). Le contrôle \(u_2=1+9=10\) confirme un calcul particulier ; c’est la récurrence qui justifie la formule à tous les rangs.
\(\square\)
Deuxième modèle : transmettre un encadrement
Exemple 2.6 — Prouver ensemble l’existence et des bornes
On veut construire la suite \[u_0=1,\qquad u_{n+1}=\sqrt{u_n+6},\] et prouver \(1\le u_n\le3\) à tous les rangs. L’hypothèse isolée \(u_k\le3\) serait trop faible : elle n’empêcherait pas un nombre négatif sous la racine. On choisit la propriété complète : \[P(n):\quad\text{« \(u_n\) existe et \(1\le u_n\le3\) ».}\]
Existence et encadrement
Initialisation. Le terme \(u_0=1\) existe et appartient à \([1;3]\).
Hérédité. Fixons \(k\ge0\) et supposons que \(u_k\) existe, avec \(1\le u_k\le3\). En ajoutant \(6\), \[7\le u_k+6\le9.\] Le radicand est positif : \(u_{k+1}\) existe. La fonction racine carrée est croissante sur les nombres positifs ou nuls, donc \[\sqrt7\le u_{k+1}\le3.\] Comme \(\sqrt7\ge1\), on obtient \(1\le u_{k+1}\le3\). L’existence et les deux bornes se transmettent.
Conclusion. Par récurrence, tous les termes existent et appartiennent à \([1;3]\).
\(\square\)
La propriété conservée à chaque passage est un invariant du raisonnement. Ici, démontrer un encadrement plus riche permet aussi de justifier les calculs suivants. Cet encadrement ne prouve pas encore la convergence, ni le fait que la limite serait \(3\).
À retenir — Ce que doit montrer une récurrence
Une propriété précise, le premier rang, une hypothèse au rang \(k\), une cible au rang \(k+1\), un passage justifié et une conclusion sur le bon domaine. Pour une inégalité, contrôler les signes et les domaines des opérations ; pour l’existence des termes, ne pas utiliser avant sa preuve ce que l’on est précisément en train d’établir.
3. Étudier les variations et établir des bornes
Comparer deux termes consécutifs renseigne sur le sens de variation. Encadrer tous les termes par des constantes renseigne sur la bornitude. Ces deux questions sont distinctes ; elles prépareront les théorèmes de convergence.
Monotonie et rang de départ
Définition 3.1 — Sens de variation
Une suite \((u_n)_{n\ge p}\) est croissante si \(u_{n+1}\ge u_n\) pour tout \(n\ge p\), et décroissante si \(u_{n+1}\le u_n\) pour tout \(n\ge p\).
Elle est strictement croissante ou strictement décroissante si les inégalités correspondantes sont strictes à chaque rang. Elle est monotone si elle est croissante ou décroissante.
Une suite constante a tous ses termes égaux ; elle est à la fois croissante et décroissante. « Croissante à partir du rang \(N\) » signifie que la comparaison \(u_{n+1}\ge u_n\) est garantie pour tout \(n\ge N\).
Proposition 3.2 — Comparer des rangs éloignés
Une suite est croissante si et seulement si, pour tous ses rangs, \(i\le j\) entraîne \(u_i\le u_j\). Les versions décroissante et stricte s’obtiennent en adaptant les inégalités ; pour la version stricte, on prend \(i<j\).
Démonstration.
La croissance donne \(u_i\le u_{i+1}\le\cdots\le u_j\). Réciproquement, choisir \(i=n\) et \(j=n+1\) redonne la définition. Le même enchaînement justifie les autres versions.
\(\square\)
Méthode générale : le signe d’une différence
Propriété 3.3 — Critère de la différence
Pour toute suite réelle, \[u_{n+1}\ge u_n\quad\Longleftrightarrow\quad u_{n+1}-u_n\ge0.\] Les versions stricte et décroissante sont également valables. Aucune hypothèse sur le signe des termes n’est nécessaire.
Démonstration.
Soustraire le même réel \(u_n\) des deux membres conserve le sens de l’inégalité ; ajouter \(u_n\) permet de revenir en arrière.
\(\square\)
Méthode 3.4 — De l’expression au sens de variation
Écrire correctement \(u_{n+1}\), puis former \(u_{n+1}-u_n\) avec des parenthèses autour de toute l’expression soustraite. Réduire ou factoriser pour étudier le signe ; pour une fraction, contrôler aussi le dénominateur. Conclure en précisant le premier rang et le caractère strict éventuel.
Exemple 3.5 — Une suite qui change de sens au début
Pour \(u_n=n^2-4n\), \(n\ge0\), \[\begin{align*} u_{n+1}-u_n &=[(n+1)^2-4(n+1)]-(n^2-4n)\\ &=2n-3. \end{align*}\] Cette différence est négative pour les rangs entiers \(n=0,1\), puis positive pour \(n\ge2\). La suite baisse de \(u_0\) à \(u_2\), puis est strictement croissante à partir du rang \(2\). Elle n’est donc pas monotone sur tout son domaine.
On trouve \(u_0=0\), \(u_1=-3\), \(u_2=-4\), \(u_3=-3\). Le signe calculé en \(n=1\) concerne le passage de \(u_1\) à \(u_2\).
Exemple 3.6 — Une différence de fractions
Pour \(u_n=(3n+2)/(n+1)\), \(n\ge0\), les dénominateurs sont positifs. \[\begin{align*} u_{n+1}-u_n &=\frac{3n+5}{n+2}-\frac{3n+2}{n+1}\\ &=\frac{(3n+5)(n+1)-(3n+2)(n+2)}{(n+1)(n+2)}\\ &=\frac1{(n+1)(n+2)}>0. \end{align*}\] La suite est strictement croissante. La différence est adaptée ici : elle ramène la comparaison de deux fractions au signe d’une seule.
Le quotient : connaître d’abord le signe des termes
Proposition 3.7 — Critère du quotient pour des termes positifs
Si \(u_n>0\) à tous les rangs considérés, alors \[u_{n+1}\ge u_n\quad\Longleftrightarrow\quad \frac{u_{n+1}}{u_n}\ge1.\] Le même critère vaut avec \(>\), \(\le\) ou \(<\). Le quotient se compare à \(1\), pas à \(0\).
Démonstration.
Diviser une inégalité par \(u_n>0\) conserve son sens. Le quotient \(u_n/u_n\) vaut \(1\), d’où les équivalences.
\(\square\)
Exemple 3.8 — Simplifier des puissances
Pour \(u_n=3(1/4)^n\), tous les termes sont strictement positifs et \[\frac{u_{n+1}}{u_n} =\frac{3(1/4)^{n+1}}{3(1/4)^n}=\frac14<1.\] La suite est strictement décroissante.
Contre-exemple 3.9 — Le critère change si les termes sont négatifs
Pour \(v_n=-5\times2^n\), le quotient vaut \(2>1\), mais \[v_{n+1}-v_n=-5\times2^n<0.\] La suite est strictement décroissante. Diviser par un nombre négatif renverserait le sens de l’inégalité. S’il existe un terme nul, le quotient peut même être interdit : pour \(u_n=n\), \(u_1/u_0\) n’existe pas, alors que la différence vaut toujours \(1\).
Propriété 3.10 — Appliquer les critères aux suites de référence
Pour une suite arithmétique, \(u_{n+1}-u_n=r\) : le signe de \(r\) donne la croissance stricte, la constance ou la décroissance stricte.
Pour une suite géométrique, \[u_{n+1}-u_n=(q-1)u_n.\] Si \(q>0\) et le premier terme \(u_p\ne0\), le signe de cette différence est celui de \((q-1)u_p\). La raison seule ne suffit donc pas toujours.
Démonstration.
Les différences sont respectivement \(u_n+r-u_n=r\) et \(qu_n-u_n=(q-1)u_n\). Pour \(q>0\), la formule \(u_n=u_pq^{n-p}\) montre que tous les termes ont le signe de \(u_p\).
\(\square\)
Pour \(q<0\) et \(u_p\ne0\), les signes alternent : il y a des hausses et des baisses, donc la suite n’est pas monotone, même à partir d’un rang plus grand. Pour \(q=0\), tous les termes après le premier sont nuls. Pour \(q=1\), ou pour un premier terme nul, la suite est constante.
Utiliser une fonction associée sans confondre les deux situations
Proposition 3.11 — Le cas d’une formule \(u_n=f(n)\)
Si \(u_n=f(n)\) pour \(n\ge p\) et si \(f\) est croissante sur \([p;+\infty[\), alors \((u_n)\) est croissante. Les versions stricte et décroissante sont également valables.
Démonstration.
Comme \(n<n+1\), la croissance de \(f\) donne \(f(n)\le f(n+1)\), donc \(u_n\le u_{n+1}\). Les autres versions s’obtiennent de la même façon.
\(\square\)
Exemple 3.12 — Réutiliser une étude de fonction
Pour \(u_n=\sqrt{n+2}\), la croissance stricte de la racine carrée donne directement \(\sqrt{n+2}<\sqrt{n+3}\).
Pour \(u_n=(3n+2)/(n+1)\), on peut poser \(f(x)=(3x+2)/(x+1)\) sur \([0;+\infty[\). Elle est dérivable, et \[f'(x)=\frac{3(x+1)-(3x+2)}{(x+1)^2} =\frac1{(x+1)^2}>0.\] Le critère de dérivation, connu du cours de fonctions, montre que \(f\) est strictement croissante ; la suite \(u_n=f(n)\) l’est donc aussi. On choisit cette méthode lorsqu’une étude de fonction est déjà disponible ou qu’elle simplifie la comparaison.
Point de vigilance — \(u_n=f(n)\) et \(u_{n+1}=f(u_n)\)
Dans le premier cas, les entrées de \(f\) sont les rangs, déjà ordonnés. Dans le second, ce sont les termes, dont l’ordre reste à démontrer. Par exemple, \(f(x)=x/2\) est strictement croissante, mais \(u_0=4\), \(u_{n+1}=f(u_n)\) donne \(4,2,1,1/2,\ldots\), une suite strictement décroissante puisque \(u_n=4(1/2)^n\). Pour une suite itérée, on peut étudier \(f(u_n)-u_n\), ou transmettre une comparaison par récurrence sur un domaine approprié.
Contre-exemple 3.13 — Une suite croissante ne force pas sa fonction à l’être
Pour \(f(x)=x^2-x\), définie sur \([0;+\infty[\), et \(u_n=f(n)\) pour tout entier \(n\ge0\), \(u_{n+1}-u_n=2n\ge0\) : la suite est croissante. Pourtant \(f(0)=0>f(1/2)=-1/4\). La suite ne prélève que les valeurs aux rangs entiers ; elle ne renseigne pas sur toutes les variations entre ces entiers.
Majorants, minorants et bornitude
Définition 3.14 — Des bornes communes à tous les termes
Une suite est majorée s’il existe un réel \(M\) tel que \(u_n\le M\) pour tous les rangs ; elle est minorée s’il existe un réel \(m\) tel que \(m\le u_n\) pour tous les rangs. Elle est bornée si elle est à la fois minorée et majorée.
Les bornes \(m\) et \(M\) sont des constantes indépendantes de \(n\). Une inégalité telle que \(u_n\le n+1\) ne suffit pas à prouver que la suite est majorée.
Méthode 3.15 — Chercher une borne
Pour une formule explicite, chercher une réécriture faisant apparaître un carré, une fraction positive ou l’écart à une constante. Par exemple, démontrer \(u_n\le3\) revient à montrer \(3-u_n\ge0\). Pour une suite récurrente, vérifier le départ puis la transmission d’un encadrement, comme dans l’exemple
2.6. Une observation numérique suggère les bornes ; elle ne les démontre pas.
Exemple 3.16 — Réécrire pour encadrer
Pour \(u_n=(3n+2)/(n+1)\), on écrit \(u_n=3-1/(n+1)\). Puisque \(n\ge0\), \[0<\frac1{n+1}\le1 \quad\Longrightarrow\quad -1\le-\frac1{n+1}<0 \quad\Longrightarrow\quad \boxed{2\le u_n<3.}\] La suite est minorée par \(2\), majorée par \(3\) et bornée. Les nombres \(1\) et \(4\) seraient aussi des bornes, moins précises.
Définition 3.17 — Maximum et minimum : des bornes atteintes
Un maximum est un terme \(u_j\) tel que \(u_n\le u_j\) pour tous les rangs. Un minimum est un terme \(u_i\) tel que \(u_i\le u_n\) pour tous les rangs. Contrairement à un majorant ou un minorant quelconque, ces valeurs doivent être atteintes.
Dans l’exemple précédent, \(u_0=2\) est le minimum. Le majorant \(3\) n’est atteint par aucun terme. La suite n’a pas de maximum : pour chaque rang, le terme suivant est strictement plus grand.
Proposition 3.18 — La borne fournie par la monotonie
Une suite croissante dès son premier rang \(p\) est minorée par \(u_p\). Une suite décroissante dès ce rang est majorée par \(u_p\).
Démonstration.
Pour \(n\ge p\), la comparaison des rangs donne respectivement \(u_p\le u_n\) ou \(u_n\le u_p\).
\(\square\)
Contre-exemple 3.19 — Monotonie et bornitude sont deux propriétés différentes
La suite \(u_n=n\) est croissante et minorée par \(0\), mais non majorée : quel que soit \(M\), un entier \(n>M\) donne \(u_n>M\).
La suite \(v_n=(-1)^n\) est bornée par \(-1\) et \(1\), mais \(v_1<v_0\) et \(v_2>v_1\) : elle n’est pas monotone.
Proposition 3.20 — Deux outils pour la bornitude
Une suite est bornée si et seulement s’il existe \(K\ge0\) tel que \(|u_n|\le K\) pour tous les rangs.
Une suite encadrée par deux constantes à partir d’un certain rang est bornée sur tout son domaine, en élargissant éventuellement les bornes pour inclure les premiers termes.
Démonstration.
L’inégalité \(|u_n|\le K\) équivaut à \(-K\le u_n\le K\). Réciproquement, de \(m\le u_n\le M\), on déduit \(|u_n|\le K\) avec \(K=\max(|m|,|M|)\).
Si \(m\le u_n\le M\) seulement pour \(n\ge N>p\), on prend \[m'=\min(m,u_p,\ldots,u_{N-1}),\qquad M'=\max(M,u_p,\ldots,u_{N-1}).\] Ces deux constantes encadrent les premiers termes et tous les suivants. Si \(N=p\), les bornes sont déjà globales.
\(\square\)
À retenir — Choisir le critère et annoncer sa portée
La différence convient à toute suite réelle. Le quotient usuel demande des termes strictement positifs et se compare à \(1\). Une fonction associée monotone permet de conclure pour \(u_n=f(n)\), avec ses conditions de domaine. Une borne est une constante valable à tous les rangs concernés ; un extremum doit en outre être atteint. Toujours préciser le premier rang à partir duquel une variation ou un encadrement est établi.
Limites et comportement global
4. Limites et suites de référence
Une limite décrit le comportement des termes lorsque le rang devient arbitrairement grand. Elle ne décrit pas seulement les premières valeurs observées, et il n’existe pas de « dernier terme » d’une suite.
Se rapprocher définitivement d’un réel
Définition 4.1 — Convergence vers une limite finie
Une suite \((u_n)\) converge vers un réel \(L\) lorsque tout intervalle ouvert contenant \(L\) contient tous les termes de la suite à partir d’un certain rang. On écrit \[\lim_{n\to+\infty}u_n=L \qquad\text{ou}\qquad u_n\longrightarrow L.\] Cela revient à dire que, pour chaque précision \(\varepsilon>0\), il existe un rang entier \(N\) tel que, pour tout \(n\ge N\), \[|u_n-L|<\varepsilon, \qquad\text{c'est-à-dire}\qquad L-\varepsilon<u_n<L+\varepsilon.\] Le rang \(N\) peut dépendre de la précision demandée.
Deux exigences sont essentielles : la bande peut être aussi étroite que l’on veut ; tous les termes doivent y rester après le seuil. Atteindre la bande une seule fois ne suffit pas. Une limite peut être atteinte, comme pour une suite constante, ou ne jamais l’être.
Exemple 4.2 — Une limite et un premier seuil
Pour \(n\ge0\), posons \(u_n=2+\dfrac1{n+1}\). Le dénominateur est positif et \[|u_n-2|=\frac1{n+1}.\] Pour une précision quelconque \(\varepsilon>0\), choisissons un entier \(N\ge0\) tel que \(N+1>1/\varepsilon\). Pour tout \(n\ge N\), \[0<|u_n-2|=\frac1{n+1}\le\frac1{N+1}<\varepsilon.\] Ainsi \(u_n\to2\).
Pour la bande \(]1{,}9;2{,}1[\), la condition est \[\frac1{n+1}<\frac1{10} \quad\Longleftrightarrow\quad n>9.\] Le premier seuil est donc \(N=10\). Le terme \(u_9=2{,}1\) est sur la frontière exclue ; tous les termes suivants sont à l’intérieur. Un seuil plus grand convient aussi, mais ce n’est plus le premier.
Les points représentent des termes de rang entier. Les frontières pointillées ne font pas partie de la bande ouverte. Le terme \(u_0=3\) est hors de la fenêtre ; le graphique illustre le seuil démontré.
Limites infinies et divergence
Définition 4.3 — Tendre vers un infini
La suite \((u_n)\) tend vers \(+\infty\) lorsque, pour chaque réel \(A\), tous les termes sont supérieurs à \(A\) à partir d’un certain rang. On écrit \(\lim_{n\to+\infty}u_n=+\infty\).
Elle tend vers \(-\infty\) lorsque, pour chaque réel \(A\), tous les termes sont inférieurs à \(A\) à partir d’un certain rang. On écrit \(\lim_{n\to+\infty}u_n=-\infty\).
Le niveau \(A\) est une valeur ; le seuil \(N\) est un rang. On peut remplacer les inégalités strictes de ces définitions par des inégalités larges : pour retrouver \(u_n>A\), il suffit d’appliquer la version large au niveau \(A+1\). Pour \(-\infty\), on utilise le niveau \(A-1\).
Exemple 4.4 — Dépasser définitivement chaque niveau
Pour démontrer \(3n-7\to+\infty\), fixons un réel \(A\). Comme \(3>0\), \[3n-7>A\quad\Longleftrightarrow\quad n>\frac{A+7}{3}.\] Tout entier \(N\ge0\) strictement supérieur à \((A+7)/3\) garantit donc \(3n-7>A\) pour chaque \(n\ge N\). Pour le seul niveau \(50\), le premier seuil serait \(20\) ; la preuve de limite traite, elle, chaque niveau réel.
Définition 4.5 — Suite divergente
Une suite est divergente lorsqu’elle ne possède pas de limite réelle. Elle peut tendre vers \(+\infty\), tendre vers \(-\infty\), ou ne posséder aucune limite finie ni infinie.
Ainsi \(n\to+\infty\) et \(-n\to-\infty\). En revanche, \((-1)^n\) prend alternativement les valeurs \(1\) et \(-1\) : aucune bande de largeur inférieure à \(2\) ne contient définitivement ses termes. Cette suite n’a pas de limite réelle ; comme elle reste entre \(-1\) et \(1\), elle n’a pas non plus de limite infinie.
Propriétés fondamentales
Théorème 4.6 — Unicité, bornitude et ordre
Une suite possède au plus une limite réelle.
Toute suite convergente est bornée.
Si \(u_n\to L\), \(v_n\to M\), avec \(L,M\in\mathbb{R}\), et si \(u_n\le v_n\) à partir d’un certain rang, alors \(L\le M\). En particulier, si \(a\le u_n\le b\) assez loin et \(u_n\to L\), alors \(a\le L\le b\).
Démonstration.
Unicité. Si deux limites \(L<M\) existaient, prenons \(d=(M-L)/3>0\). Les bandes de rayon \(d\) autour de \(L\) et de \(M\) sont disjointes. Après le plus grand des deux seuils, un même terme devrait appartenir aux deux bandes : contradiction.
Bornitude. Si \(u_n\to L\), tous les termes après un rang \(N\) sont dans \(]L-1;L+1[\), donc leur valeur absolue est inférieure à \(|L|+1\). Les termes précédant \(N\) forment une liste finie. Une borne \(B\) plus grande que \(|L|+1\) et que toutes leurs valeurs absolues donne \(|u_n|\le B\) à tous les rangs.
Ordre. Si \(L>M\), posons \(d=(L-M)/3\). Assez loin, les convergences imposeraient \[u_n>L-d>M+d>v_n,\] en contradiction avec \(u_n\le v_n\). Ainsi \(L\le M\). Appliquer ce résultat aux suites constantes \(a\) et \(b\) donne la conclusion sur les bornes.
\(\square\)
Point de vigilance — Les hypothèses et le sens de l’implication comptent
Une suite bornée ne converge pas nécessairement : \((-1)^n\) en est un contre-exemple. Le passage à la limite dans un ordre suppose les convergences et ne conserve pas forcément le caractère strict : \(0<1/n\), mais \(1/n\to0\).
Propriété 4.7 — Début de suite, décalage et signe
Modifier un nombre fini de termes ne change pas le comportement limite. Les suites \((u_n)\) et \((u_{n+1})\) ont également le même comportement limite.
Si \(u_n\to L\ne0\), alors, à partir d’un certain rang, \(u_n\) a le même signe que \(L\) et \(|u_n|\ge |L|/2>0\).
Démonstration.
Pour le début et le décalage, il suffit de choisir un seuil au-delà des termes modifiés ou de décaler ce seuil d’un rang. Pour le signe, la bande \(]L-|L|/2;L+|L|/2[\) reste du même côté de zéro que \(L\). La convergence place tous les termes assez loin dans cette bande.
\(\square\)
Une limite nulle ne détermine pas le signe : \(1/(n+1)\) et \(-1/(n+1)\) tendent toutes deux vers \(0\).
Propriété 4.8 — Premières limites usuelles
Lorsque \(n\to+\infty\), \[n\to+\infty,\qquad n^2\to+\infty,\qquad\sqrt n\to+\infty, \qquad\frac1n\to0\quad(n\ge1).\] Les suites \(-n\) et \(-n^2\) tendent vers \(-\infty\).
Démonstration.
Pour dépasser un niveau \(A\ge0\), choisir respectivement un entier \(N>A\), \(N>\sqrt A\) ou \(N>A^2\). Un niveau négatif est déjà dépassé par ces quantités positives ou nulles. Pour \(1/n\), une précision \(\varepsilon>0\) est garantie dès que \(n\ge N>1/\varepsilon\). Enfin, \(-n<A\) équivaut à \(n>-A\), et de même pour \(-n^2\).
\(\square\)
De Bernoulli aux limites géométriques
Théorème 4.9 — Inégalité de Bernoulli
Pour tout réel \(x\ge-1\) et tout entier \(n\ge1\), \[(1+x)^n\ge1+nx.\] Si \(x>-1\), l’énoncé vaut aussi en \(n=0\). Pour \(x=-1\), on commence au rang \(1\) afin de ne pas employer \(0^0\).
Démonstration.
Fixons \(x\ge-1\). La propriété \(P(n)\) est « \((1+x)^n\ge1+nx\) ».
Initialisation. Au rang \(1\), les deux membres valent \(1+x\).
Hérédité. Fixons \(k\ge1\) et supposons \(P(k)\) vraie. Comme \(1+x\ge0\), multiplier par \(1+x\) conserve l’ordre : \[\begin{align*} (1+x)^{k+1} &\ge(1+kx)(1+x)\\ &=1+(k+1)x+kx^2\\ &\ge1+(k+1)x, \end{align*}\] car \(kx^2\ge0\). Ainsi \(P(k+1)\) est vraie.
Conclusion. Par récurrence, l’inégalité est vraie pour tout entier \(n\ge1\).
\(\square\)
Exemple 4.10 — Une borne après trois baisses
Trois baisses successives de \(10\,\%\) laissent la proportion \((0{,}9)^3\). Bernoulli, avec \(x=-0{,}1\), donne \((0{,}9)^3\ge0{,}7\). La valeur exacte est \(0{,}729\) : l’inégalité donne une borne, pas une égalité.
Théorème 4.11 — Limites de \(q^n\), pour toute raison réelle
On considère \(q^n\) pour \(n\ge1\), afin d’inclure \(q=0\) sans attribuer de valeur à \(0^0\).
| Valeur de \(q\) | Comportement de \(q^n\) |
|---|---|
| \(q<-1\) | Aucune limite finie ni infinie |
| \(q=-1\) | Aucune limite ; alternance \(1,-1\) |
| \(-1<q<0\) | Limite \(0\), avec alternance de signe |
| \(q=0\) | Termes nuls, limite \(0\) |
| \(0<q<1\) | Limite \(0\), termes positifs |
| \(q=1\) | Suite constante, limite \(1\) |
| \(q>1\) | Limite \(+\infty\) |
Démonstration.
Si \(q>1\). Posons \(x=q-1>0\). Bernoulli donne \(q^n\ge1+n(q-1)\). Pour tout niveau réel \(A\), choisissons \(N\ge1\) tel que \(N>(A-1)/(q-1)\). Pour tout \(n\ge N\), \[q^n\ge1+n(q-1)\ge1+N(q-1)>A.\] Ainsi \(q^n\to+\infty\).
Si \(0<q<1\). Posons \(r=1/q>1\). Bernoulli donne \[0<q^n=\frac1{r^n}\le\frac1{1+n(r-1)}.\] Pour \(\varepsilon>0\), choisissons \(N\ge1\) tel que \(1+N(r-1)>1/\varepsilon\). Alors \(0<q^n<\varepsilon\) pour tout \(n\ge N\), donc \(q^n\to0\).
Si \(-1<q<0\). On a \(|q^n|=|q|^n\), avec \(0<|q|<1\). La distance de \(q^n\) à \(0\) tend donc vers \(0\), ce qui établit directement la convergence.
Pour \(q=0,1,-1\). Les deux premiers cas sont des suites constantes sur \(n\ge1\). Le cas \(q=-1\) a déjà été justifié par l’alternance entre deux valeurs distinctes.
Si \(q<-1\). Posons \(r=-q>1\). Les termes pairs \(q^{2p}=(r^2)^p\) tendent vers \(+\infty\), tandis que les termes impairs \(q^{2p+1}=-r(r^2)^p\) tendent vers \(-\infty\). La suite n’est pas bornée, donc n’a pas de limite réelle. Des termes négatifs subsistent après chaque rang : la limite \(+\infty\) est impossible. Les termes pairs positifs excluent de même \(-\infty\).
\(\square\)
Exemple 4.12 — Une raison très proche de \(1\)
Pour \(q=1{,}001\), Bernoulli donne \((1{,}001)^n\ge1+0{,}001n\). Ainsi \(n\ge99001\) suffit à garantir \((1{,}001)^n>100\). Ce seuil suffisant n’est pas annoncé comme le premier. Même une croissance initialement lente peut conduire à \(+\infty\).
Le lien avec l’exponentielle
Rappel utile — Les propriétés de Première utilisées
La fonction \(\exp\) est strictement positive et strictement croissante, \(\exp(0)=1\), et \(\exp(x+y)=\exp(x)\exp(y)\). On note \(\mathrm{e}=\exp(1)>1\).
Propriété 4.13 — Limites de l’exponentielle
Pour tout entier \(n\ge0\), \(\exp(n)=\mathrm{e}^n\). De plus, \[\lim_{x\to+\infty}\exp(x)=+\infty, \qquad \lim_{x\to-\infty}\exp(x)=0.\]
Démonstration.
L’identité entière se démontre par récurrence : elle est vraie en \(0\), et \(\exp(k)=\mathrm{e}^k\) entraîne \(\exp(k+1)=\exp(k)\exp(1)=\mathrm{e}^{k+1}\).
Comme \(\mathrm{e}>1\), on a \(\mathrm{e}^n\to+\infty\). Fixons un réel \(A\). Il existe un entier \(N\) tel que \(\exp(N)>A\). Pour tout réel \(x\ge N\), la croissance donne \(\exp(x)\ge\exp(N)>A\). C’est la première limite.
Enfin, \(\exp(x)\exp(-x)=1\). Pour une précision \(\varepsilon>0\), la première limite assure \(\exp(-x)>1/\varepsilon\) dès que \(-x\) est assez grand. On obtient alors \(0<\exp(x)=1/\exp(-x)<\varepsilon\). Cela établit la limite en \(-\infty\).
\(\square\)
Corollaire 4.14 — Exponentielle d’un multiple du rang
Pour un réel constant \(a\), la suite \(\exp(an)\) tend vers \(+\infty\) si \(a>0\), vaut constamment \(1\) si \(a=0\), et tend vers \(0\) si \(a<0\).
Démonstration.
Par récurrence, \(\exp(an)=(\exp(a))^n\). La croissance de l’exponentielle permet de comparer cette raison positive à \(\exp(0)=1\). On applique alors le théorème sur \(q^n\).
\(\square\)
Par exemple, \(\exp(2n)\to+\infty\) et \(\exp(-2n)\to0\).
À retenir — Ce que doit contenir une justification de limite
Une précision ou un niveau arbitraire, puis un seuil valable pour tous les rangs suivants. Pour \(q^n\), comparer la raison à \(-1\), \(0\) et \(1\) ; une raison négative demande de regarder à la fois le signe et l’amplitude. « Divergente » ne signifie pas nécessairement « de limite infinie ».
5. Calculer et comparer des limites
Le premier geste consiste à vérifier que l’expression est définie, puis à identifier les limites de ses constituants. Une règle de calcul s’applique seulement lorsque ses hypothèses sont satisfaites.
Les opérations autorisées
Théorème 5.1 — Opérations sur les limites finies — admis
Supposons \(u_n\to L\) et \(v_n\to M\), avec \(L,M\in\mathbb{R}\). Pour un réel \(a\) et un entier \(p\ge1\), tous deux fixés, \[\begin{align*} u_n+v_n&\longrightarrow L+M, & u_n-v_n&\longrightarrow L-M,\\ a u_n&\longrightarrow aL, &u_nv_n&\longrightarrow LM,\\ (u_n)^p&\longrightarrow L^p, &|u_n|&\longrightarrow |L|. \end{align*}\] Si \(M\ne0\), les termes \(v_n\) sont non nuls assez loin et \[\frac1{v_n}\longrightarrow\frac1M, \qquad \frac{u_n}{v_n}\longrightarrow\frac LM.\] Si \(u_n\ge0\) aux rangs étudiés, alors \(L\ge0\) et \(\sqrt{u_n}\to\sqrt L\).
Ces résultats sont admis dans le cours en classe. Une limite ne rend pas définis des termes qui ne le seraient pas : les éventuels premiers dénominateurs nuls doivent être exclus ou traités séparément. L’exposant de la règle de puissance est fixe ; cette règle ne permet pas de conclure directement sur \((1+1/n)^n\).
Exemple 5.2 — Nommer la condition du quotient
Pour \(n\ge0\), considérons \[w_n=\frac{3-\frac2{n+1}}{2+\frac1{n+1}}.\] Le dénominateur est supérieur à \(2\), donc le quotient est défini. Comme \(1/(n+1)\to0\), le numérateur tend vers \(3\) et le dénominateur vers \(2\ne0\). Ainsi \(w_n\to3/2\).
Notation 5.3 — Tendre vers zéro avec un signe
\(v_n\to0^+\) signifie que \(v_n\to0\) et que \(v_n>0\) à partir d’un certain rang. La notation \(v_n\to0^-\) ajoute de même un signe négatif définitif. La limite réelle reste \(0\).
Théorème 5.4 — Opérations avec l’infini — admises
Somme. Ajouter une suite de limite finie à une suite de limite \(+\infty\) donne \(+\infty\) ; avec \(-\infty\), on obtient \(-\infty\). La somme de deux suites de même limite infinie garde cette limite.
Produit. Si un facteur tend vers un infini et l’autre vers un réel non nul ou un infini, le produit a une limite infinie. Des signes définitifs identiques donnent \(+\infty\) ; des signes opposés donnent \(-\infty\).
Inverse d’une quantité de module infini. Si \(|v_n|\to+\infty\), alors \(1/v_n\to0\). Plus généralement, si \((u_n)\) est bornée, \(u_n/v_n\to0\).
Inverse d’une quantité de limite nulle. Si \(v_n\to0^+\), alors \(1/v_n\to+\infty\). Si \(v_n\to0^-\), alors \(1/v_n\to-\infty\).
Les inverses et quotients sont considérés aux rangs où ils sont définis. Pour un quotient, écrire \(u_n/v_n=u_n\times(1/v_n)\), puis appliquer les règles précédentes en conservant les signes.
Exemple 5.5 — Pourquoi le signe du dénominateur est indispensable
Pour \(n\ge1\), \[\frac1{1/n}=n\to+\infty, \qquad \frac1{-1/n}=-n\to-\infty.\] Les deux dénominateurs tendent pourtant vers \(0\). Si le dénominateur est \((-1)^n/n\), son inverse vaut \((-1)^n n\) : les termes pairs tendent vers \(+\infty\) et les impairs vers \(-\infty\). Ce troisième inverse n’a aucune limite.
Reconnaître et lever une indétermination
Définition 5.6 — Forme indéterminée
Une forme indéterminée est une situation dans laquelle les seules limites des constituants ne déterminent pas la limite de l’expression. Les quatre formes usuelles sont \[\infty-\infty,\qquad 0\times\infty, \qquad \frac00,\qquad\frac\infty\infty.\] Ces symboles décrivent des comportements ; ils ne sont pas des calculs entre nombres réels. Une transformation exacte ou une comparaison est nécessaire.
Par exemple, pour \(n\ge1\), les produits \((1/n)n=1\) et \((1/n^2)n=1/n\to0\) ont la même forme \(0\times\infty\), mais des limites différentes. Une indétermination n’impose donc ni une limite particulière, ni l’absence de limite.
Méthode 5.7 — Normaliser un quotient de polynômes
Lorsque les limites séparées donnent \(\infty/\infty\), diviser tout le numérateur et tout le dénominateur par une même puissance de \(n\), non nulle sur les rangs retenus. Faire ainsi apparaître des constantes et des termes de limite nulle comme \(1/n\) ou \(1/n^2\).
Si les degrés diffèrent, factoriser les puissances dominantes peut laisser un facteur \(n\), \(n^2\), etc. Son signe et celui du facteur restant doivent être conservés. On transforme les expressions par des égalités ; on n’efface pas des termes.
Exemple 5.8 — Trois comparaisons de degrés
Même degré. Pour \(n\ge0\), le dénominateur de \(a_n=(2n^2-3n+1)/(n^2+4)\) est positif. Sur \(n\ge1\), la division par \(n^2\ne0\) donne \[a_n=\frac{2-\frac3n+\frac1{n^2}}{1+\frac4{n^2}} \longrightarrow\frac21=2.\] Le nouveau dénominateur tend vers \(1\ne0\). Le terme \(a_0\) existe, même si la réécriture n’est utilisée qu’à partir de \(1\).
Degré plus petit au numérateur. Pour \(n\ge1\), \[\frac{3n-1}{2n^2+5} =\frac{\frac3n-\frac1{n^2}}{2+\frac5{n^2}} \longrightarrow0,\] car le numérateur transformé tend vers \(0\) et le dénominateur vers \(2\ne0\).
Degré plus grand au numérateur. Pour \(n\ge1\), \[\frac{-2n^3+n}{n^2+1} =n\,\frac{-2+\frac1{n^2}}{1+\frac1{n^2}}.\] Le quotient final tend vers \(-2<0\), tandis que \(n\to+\infty\). Le produit tend donc vers \(-\infty\).
Exemple 5.9 — Une différence de racines : utiliser le conjugué
Pour \(n\ge1\), posons \(a_n=\sqrt{n^2+n}-n\). Les deux termes tendent vers \(+\infty\), donc leur différence est indéterminée.
Le premier geste est de multiplier par le conjugué \(\sqrt{n^2+n}+n\), strictement positif. L’identité \((A-B)(A+B)=A^2-B^2\) donne \[\begin{align*} a_n &=\frac{(\sqrt{n^2+n}-n)(\sqrt{n^2+n}+n)}{\sqrt{n^2+n}+n}\\ &=\frac n{\sqrt{n^2+n}+n}\\ &=\frac1{\sqrt{1+\frac1n}+1}. \end{align*}\] La dernière ligne utilise \(n>0\), donc \(\sqrt{n^2}=|n|=n\), puis divise haut et bas par \(n\). Le radicand tend vers \(1\) en restant positif. Le dénominateur tend vers \(2\ne0\), d’où \(a_n\to1/2\).
Une comparaison pour une limite infinie
Théorème 5.10 — Comparaisons vers les infinis
Si \(u_n\ge v_n\) à partir d’un certain rang et si \(v_n\to+\infty\), alors \(u_n\to+\infty\).
Si \(u_n\le v_n\) à partir d’un certain rang et si \(v_n\to-\infty\), alors \(u_n\to-\infty\).
Pour \(+\infty\), on cherche donc un minorant qui tend vers \(+\infty\) ; pour \(-\infty\), un majorant qui tend vers \(-\infty\).
Démonstration.
Fixons un réel \(A\). Dans le premier cas, il existe un rang \(N_1\) après lequel \(v_n>A\). La comparaison est vraie après un rang \(N_0\). Pour chaque \(n\ge\max(N_0,N_1)\), on a \(u_n\ge v_n>A\). C’est la définition de \(u_n\to+\infty\).
Dans le second cas, \(v_n<A\) assez loin. Après un rang où les deux conditions sont réunies, \(u_n\le v_n<A\). Chaque niveau est donc définitivement franchi vers le bas : \(u_n\to-\infty\).
\(\square\)
Exemple 5.11 — Construire la borne dans le bon sens
Pour \(n\ge0\), le quotient \((2n+1)/(n+3)\) est positif, donc \[u_n=n^2+\frac{2n+1}{n+3}\ge n^2.\] Comme \(n^2\to+\infty\), on obtient \(u_n\to+\infty\). Il n’est pas nécessaire de calculer la limite du quotient.
Pour \(v_n=-n^2+(-1)^n\), on utilise cette fois \[v_n\le -n^2+1\longrightarrow-\infty.\] Ainsi \(v_n\to-\infty\), même si le terme oscillant n’a pas de limite.
Point de vigilance — Une borne vraie peut être placée du mauvais côté
De \(u_n\le n\), on ne peut pas conclure \(u_n\to+\infty\) : la suite constante \(u_n=0\) satisfait cette inégalité pour \(n\ge0\). Une comparaison n’est utilisable qu’avec la direction indiquée par le théorème.
Deux bornes pour une limite finie
Théorème 5.12 — Théorème des gendarmes
Si, à partir d’un certain rang, \(a_n\le u_n\le b_n\), et si \((a_n)\) et \((b_n)\) convergent vers le même réel \(L\), alors \(u_n\to L\).
Démonstration.
Fixons \(\varepsilon>0\). Assez loin, la première convergence donne \(a_n>L-\varepsilon\), la seconde \(b_n<L+\varepsilon\), et l’encadrement est également vrai. En choisissant un rang au-delà des trois seuils, on obtient \[L-\varepsilon<a_n\le u_n\le b_n<L+\varepsilon.\] Ainsi \(|u_n-L|<\varepsilon\) pour tous les rangs suivants. C’est la convergence vers \(L\).
\(\square\)
Exemple 5.13 — Faire diminuer l’amplitude d’une oscillation
Pour \(n\ge0\), considérons \(u_n=3+(-1)^n/(n+1)\). La suite \((-1)^n\) ne converge pas ; une règle de quotient exigeant sa limite ne s’applique donc pas.
Partons de \(-1\le(-1)^n\le1\). En divisant par \(n+1>0\), puis en ajoutant \(3\), on obtient \[3-\frac1{n+1}\le u_n\le3+\frac1{n+1}.\] Les deux bornes tendent vers \(3\). Par les gendarmes, \(u_n\to3\). Les termes continuent d’alterner autour de \(3\), mais leur distance à \(3\) diminue vers \(0\).
Un simple encadrement entre deux constantes distinctes ne suffirait pas : \(-1\le(-1)^n\le1\) ne force aucune convergence.
Corollaire 5.14 — Contrôler une erreur ou un facteur borné
Si \(|u_n-L|\le e_n\) à partir d’un rang, avec \(e_n\ge0\) et \(e_n\to0\), alors \(u_n\to L\).
En particulier, le produit d’une suite bornée par une suite de limite nulle tend vers \(0\), même si la suite bornée ne converge pas.
Démonstration.
L’inégalité d’erreur donne \(L-e_n\le u_n\le L+e_n\) ; les deux bornes tendent vers \(L\). Pour le produit, si \(B\ge0\), \(|b_n|\le B\) et \(a_n\to0\), alors \(|a_nb_n|\le B|a_n|\to0\).
\(\square\)
Comparer une puissance du rang à une suite géométrique
Théorème 5.15 — Croissances comparées
Pour tout entier \(p\ge0\) fixé et tout réel \(q>1\) fixé, \[\frac{n^p}{q^n}\longrightarrow0.\] On considère les rangs \(n\ge1\), ce qui évite notamment \(0^0\) lorsque \(p=0\). L’exposant \(p\) ne varie pas avec \(n\).
Démonstration.
Si \(p=0\), il s’agit de \(1/q^n\to0\), puisque \(q>1\). Si \(p\ge1\), posons \(v_n=n^p/q^n>0\). Pour \(n\ge1\), \[\frac{v_{n+1}}{v_n} =\frac{(n+1)^p}{q^{n+1}}\frac{q^n}{n^p} =\frac1q\left(1+\frac1n\right)^p \longrightarrow\frac1q<1.\] La règle de puissance s’applique parce que \(p\) est fixé. Choisissons un réel \(r\) tel que \(1/q<r<1\), par exemple \(r=(1+1/q)/2\). La convergence du quotient assure qu’à partir d’un rang \(N\ge1\), \(v_{n+1}/v_n\le r\), donc \(v_{n+1}\le rv_n\).
Une récurrence sur \(k\ge0\) donne \[0<v_{N+k}\le v_Nr^k.\] Au rang \(k=0\), c’est une égalité ; si la majoration est vraie au rang \(k\), alors \(v_{N+k+1}\le rv_{N+k}\le v_Nr^{k+1}\), car \(r>0\). Or \(0<r<1\), donc \(v_Nr^k\to0\). Les gendarmes donnent \(v_{N+k}\to0\). Retirer les \(N\) premiers termes ne change pas la limite : \(v_n\to0\).
\(\square\)
Exemple 5.16 — Un produit qui donne la forme indéterminée \(0\times\infty\)
Pour \(n\ge1\), \[n^3\exp(-n)=\frac{n^3}{\mathrm{e}^n}\longrightarrow0,\] car \(\mathrm{e}>1\) et \(p=3\) est fixé. Les limites séparées, \(n^3\to+\infty\) et \(\exp(-n)\to0\), ne suffisaient pas : la réécriture fait apparaître la croissance comparée.
Exemple 5.17 — Normaliser par le terme géométrique
Pour \(n\ge1\), la division par \(2^n>0\) donne \[\frac{2^n+n^2}{2^n}=1+\frac{n^2}{2^n}\longrightarrow1,\] puisque \(n^2/2^n\to0\) avec \(p=2\) et \(q=2>1\). Le terme \(n^2\) n’a pas été supprimé : sa contribution après normalisation a une limite nulle.
À retenir — Choisir une méthode avant de conclure
Une expression explicite invite d’abord à examiner les opérations. Une forme indéterminée appelle une réécriture exacte : simplification, normalisation ou conjugué. Une expression oscillante invite souvent à chercher des bornes. Pour une limite infinie, une seule borne orientée convient ; pour les gendarmes, les deux bornes doivent avoir la même limite. La comparaison \(n^p/q^n\to0\), avec \(q>1\) et \(p\) fixé, permet de traiter certaines indéterminations contenant une exponentielle.
6. Convergence monotone : existence puis valeur de la limite
Une formule explicite n’est pas nécessaire pour démontrer une convergence. On peut étudier le sens de variation et chercher une borne qui empêche les termes de partir indéfiniment dans ce sens.
Associer la bonne variation à la bonne borne
Théorème 6.1 — Convergence monotone — admis
Toute suite réelle croissante et majorée converge vers un réel.
Toute suite réelle décroissante et minorée converge vers un réel.
Le théorème donne l’existence d’une limite réelle, pas sa valeur. Il reste valable lorsque la monotonie et la borne utile ne sont établies qu’à partir d’un certain rang : on applique le résultat à cette fin de suite, ce qui ne change pas sa limite.
Exemple 6.2 — Une borne n’est pas une destination
La suite \(a_n=1-1/(n+1)\) est croissante et vérifie \(0\le a_n<1\). Elle est majorée par \(1\), mais aussi par \(10\). Le théorème assure une convergence ; la formule donne ensuite \(a_n\to1\), et non \(10\).
La bonne borne doit être du bon côté : \(n\) est croissante et minorée, mais ne converge pas vers un réel ; \(-n\) est décroissante et majorée, mais ne converge pas non plus vers un réel.
Méthode 6.3 — Convergence d’une suite monotone bornée
Vérifier que les termes sont définis.
Démontrer les bornes utiles, souvent par récurrence.
Démontrer le sens de variation, par exemple à l’aide de \(u_{n+1}-u_n\).
Citer les deux hypothèses : croissante et majorée, ou décroissante et minorée. Conclure à une limite réelle \(L\).
Déterminer ensuite \(L\) par une formule, un encadrement ou un passage à la limite dont les conditions sont vérifiées.
L’ordre de l’étude des bornes et des variations peut changer. L’existence de la limite doit précéder son utilisation.
Exemple 6.4 — Une étude complète sans formule du terme général
On définit \(u_0=0\) et, pour tout entier \(n\ge0\), \[u_{n+1}=\frac{u_n+3}{2}.\] La règle est définie pour chaque réel. Pour trouver un majorant stable, on remarque que \((M+3)/2\le M\) équivaut à \(M\ge3\). Cela suggère de prouver \(0\le u_n<3\).
1. Encadrement par récurrence. Au rang \(0\), \(0\le u_0=0<3\). Fixons \(k\ge0\) et supposons \(0\le u_k<3\). Ajouter \(3\), puis diviser par \(2>0\), donne \[\frac32\le\frac{u_k+3}{2}<3,\] donc \(0\le u_{k+1}<3\). Par récurrence, l’encadrement vaut à tous les rangs.
2. Variations. Pour tout \(n\ge0\), \[u_{n+1}-u_n=\frac{u_n+3-2u_n}{2}=\frac{3-u_n}{2}>0.\] La suite est strictement croissante.
3. Existence de la limite. La suite est croissante et majorée par \(3\). Elle converge donc vers un réel \(L\). Le passage à la limite dans les bornes donne \(0\le L\le3\).
4. Identification. Le décalage donne \(u_{n+1}\to L\). Les opérations donnent \((u_n+3)/2\to(L+3)/2\). L’égalité des termes et l’unicité de la limite imposent \[L=\frac{L+3}{2} \quad\Longleftrightarrow\quad 2L=L+3 \quad\Longleftrightarrow\quad L=3.\] Ainsi \(u_n\to3\), alors que \(u_n<3\) à chaque rang.
Point de vigilance — Une équation de limite ne prouve pas la convergence
Résoudre \(L=(L+3)/2\) au début de l’étude donne seulement une valeur possible, si une limite réelle existe. Ici, l’existence a été établie grâce à la croissance et à la majoration.
Monotonie et limite infinie
Théorème 6.5 — Une suite monotone qui n’est pas bornée du bon côté
Toute suite croissante non majorée tend vers \(+\infty\).
Toute suite décroissante non minorée tend vers \(-\infty\).
Démonstration.
Cas croissant. Fixons un réel \(A\). Comme la suite n’est pas majorée, il existe un rang \(N\) tel que \(u_N>A\). La croissance assure alors, pour tout \(n\ge N\), \[u_n\ge u_N>A.\] Chaque niveau est dépassé définitivement : \(u_n\to+\infty\).
Cas décroissant. Pour un réel \(A\), la non-minoration donne un rang \(N\) tel que \(u_N<A\). Puis la décroissance donne \(u_n\le u_N<A\) pour chaque \(n\ge N\). Ainsi \(u_n\to-\infty\).
\(\square\)
Contre-exemple 6.6 — La non-majoration seule ne suffit pas
Définissons \(b_{2p}=p\) et \(b_{2p+1}=0\), pour \(p\ge0\). Les termes pairs dépassent n’importe quel majorant proposé : la suite n’est pas majorée. Pourtant, après tout rang, il reste un terme impair égal à \(0\). Le niveau \(1\) n’est jamais dépassé définitivement, donc la suite ne tend pas vers \(+\infty\).
Corollaire 6.7 — Les deux possibilités d’une suite monotone
Une suite croissante a soit une limite réelle, soit pour limite \(+\infty\). Une suite décroissante a soit une limite réelle, soit pour limite \(-\infty\).
Démonstration.
Une suite croissante est soit majorée, auquel cas le théorème de convergence monotone s’applique, soit non majorée, auquel cas le théorème précédent donne \(+\infty\). Le raisonnement est analogue pour une suite décroissante, selon qu’elle est minorée ou non.
\(\square\)
Exemple 6.8 — Prouver la non-majoration par contradiction
On définit \(z_0=1\), puis \(z_{n+1}=z_n+1/(z_n+1)\) pour tout \(n\ge0\).
Une récurrence assure que tous les termes existent et vérifient \(z_n\ge1\) : c’est vrai au départ ; si \(z_k\ge1\), alors \(z_k+1\ge2\), et \(z_{k+1}>z_k\ge1\). De plus, \[z_{n+1}-z_n=\frac1{z_n+1}>0,\] donc la suite est strictement croissante.
Supposons qu’elle soit majorée. Le théorème de convergence monotone assurerait une limite réelle \(L\ge1\). Comme \(L+1\ne0\), le passage à la limite dans la relation serait autorisé et donnerait \[L=L+\frac1{L+1},\qquad\text{donc}\qquad 0=\frac1{L+1},\] ce qui est impossible. La suite n’est donc pas majorée. Croissante et non majorée, elle tend vers \(+\infty\).
À retenir — Séparer les conclusions
Les bornes et la monotonie peuvent établir une existence de limite réelle ; un nouvel argument en calcule la valeur. La non-majoration fournit un dépassement ponctuel ; la croissance le transforme en dépassement définitif. Toujours préciser le théorème utilisé et les hypothèses effectivement démontrées.
7. Étudier une suite récurrente
Faire exister les termes et contrôler leur domaine
Définition 7.1 — Itération et intervalle stable
Une relation \(u_{n+1}=f(u_n)\), associée à un terme initial \(u_0\), définit les termes successivement, à condition que chaque valeur obtenue appartienne au domaine de \(f\).
Un intervalle \(I\) est stable par \(f\) si, pour tout réel \(x\in I\), \(f(x)\) est défini et appartient encore à \(I\). On écrit \(f(I)\subset I\).
Théorème 7.2 — Existence et invariance
Si \(u_0\in I\) et si \(I\) est stable par \(f\), alors la relation \(u_{n+1}=f(u_n)\) définit une suite à tous les rangs, et \(u_n\in I\) pour tout \(n\geq0\).
Démonstration.
La propriété \(P(n)\) est : « \(u_n\) existe et appartient à \(I\) ». Elle est vraie au rang \(0\) par hypothèse. Fixons \(k\geq0\) et supposons \(P(k)\). La stabilité assure que \(f(u_k)\) est défini et appartient à \(I\). Ainsi \(u_{k+1}\) existe et appartient à \(I\) : \(P(k+1)\) est vraie. La récurrence conclut.
\(\square\)
Contrôle du domaine. Pour \(u_0=2\) et \(u_{n+1}=1/(u_n-1)\), on obtient \(u_1=1\), puis le calcul de \(u_2\) exigerait une division par zéro. La seule écriture d’une relation ne garantit donc pas l’existence de tous les termes.
Proposition 7.3 — Transmettre la première comparaison
Supposons que tous les termes appartiennent à un intervalle \(I\) sur lequel \(f\) est croissante. Si \(u_1\geq u_0\), alors \((u_n)\) est croissante. Si \(u_1\leq u_0\), alors elle est décroissante. Avec une fonction strictement croissante et une première comparaison stricte, la monotonie obtenue est stricte.
Démonstration.
Pour le premier cas, on transmet \(u_{k+1}\geq u_k\) : la croissance de \(f\), appliquée à deux termes de \(I\), donne \[u_{k+2}=f(u_{k+1})\geq f(u_k)=u_{k+1}.\] Le départ est précisément \(u_1\geq u_0\). La récurrence établit la comparaison à tous les rangs. La même preuve avec \(\leq\), ou avec des inégalités strictes sous l’hypothèse renforcée, donne les autres cas.
\(\square\)
Autre méthode. Sur un intervalle contenant tous les termes, le signe de \(f(x)-x\) peut donner directement celui de \(u_{n+1}-u_n=f(u_n)-u_n\). Une fonction croissante ne suffit pas, à elle seule, à imposer une suite croissante : la première comparaison compte.
Prouver la convergence avant d’identifier la limite
Définition 7.4 — Point fixe
Un réel \(L\) du domaine de \(f\) est un point fixe si \(f(L)=L\). Si \(u_0=L\), alors la suite reste constante égale à \(L\) : l’égalité vraie au départ se transmet par \(u_{k+1}=f(L)=L\).
Rappel utile — Continuité et passage à la limite
On utilise le résultat suivant, admis ici : si \(u_n\to L\), si tous les \(u_n\) appartiennent au domaine de \(f\), et si \(f\) est définie et continue en \(L\), alors \(f(u_n)\to f(L)\). La continuité signifie que des entrées suffisamment proches de \(L\) donnent des sorties aussi proches que l’on veut de \(f(L)\). Les fonctions affine, racine carrée et rationnelle sont continues sur leurs domaines respectifs.
Théorème 7.5 — Une condition nécessaire sur une limite existante
Si \(u_{n+1}=f(u_n)\), si \((u_n)\) converge vers un réel \(L\), et si \(f\) est définie et continue en \(L\), alors \(L=f(L)\).
Démonstration.
Le décalage d’un rang conserve la limite : \(u_{n+1}\to L\). La continuité donne \(f(u_n)\to f(L)\). Ces deux suites ont les mêmes termes ; l’unicité de la limite impose donc \(L=f(L)\).
\(\square\)
Contre-exemple 7.6 — L’équation du point fixe ne prouve pas la convergence
Pour \(u_0=2\) et \(u_{n+1}=3u_n-2\), le point fixe est \(1\). Pourtant la formule établie par récurrence est \(u_n=1+3^n\). Comme \(3^n\to+\infty\), la suite tend vers \(+\infty\). Résoudre \(L=3L-2\) aurait seulement donné la seule limite finie possible, sans en prouver l’existence.
Exemple 7.7 — Une étude complète avec une racine
On considère \(u_0=1\) et \(u_{n+1}=\sqrt{2+u_n}\).
1. Existence et encadrement. Si \(x\in[1;2]\), alors \(3\leq2+x\leq4\), donc \(\sqrt3\leq\sqrt{2+x}\leq2\). Ainsi \([1;2]\) est stable et contient \(u_0\). Le théorème d’invariance donne \(1\leq u_n\leq2\) pour tout \(n\geq0\). En fait \(u_n<2\) : c’est vrai au départ, et \(u_k<2\) entraîne \(\sqrt{2+u_k}<\sqrt4=2\).
2. Variations. La fonction \(f(x)=\sqrt{2+x}\) est strictement croissante sur \([1;2]\). De plus \(u_1=\sqrt3>1=u_0\). La proposition de transmission prouve que la suite est strictement croissante. On pouvait aussi calculer, en utilisant le conjugué, \[u_{n+1}-u_n =\frac{2+u_n-u_n^2}{\sqrt{2+u_n}+u_n} =\frac{(2-u_n)(u_n+1)}{\sqrt{2+u_n}+u_n}>0,\] car \(1\leq u_n<2\). Une seule de ces deux preuves suffit.
3. Existence de la limite. La suite est croissante et majorée par \(2\) : elle converge vers un réel \(L\). Le passage des inégalités à la limite donne \(1\leq L\leq2\).
4. Identification. La fonction \(f\) est définie et continue en \(L\in[1;2]\). Donc \(L=\sqrt{2+L}\). Les deux membres sont non négatifs ; élever au carré donne \[L^2=2+L \quad\Longleftrightarrow\quad (L-2)(L+1)=0.\] Les valeurs issues de l’équation au carré sont \(2\) et \(-1\). Seule \(2\) appartient à \([1;2]\). Ainsi \(\boxed{u_n\longrightarrow2}\). Les termes restent strictement inférieurs à leur limite.
Lire la construction graphique.
Du point \((u_n,u_n)\) sur la diagonale, on monte jusqu’à la courbe, au point \((u_n,u_{n+1})\), puis on rejoint horizontalement la diagonale en \((u_{n+1},u_{n+1})\). Les axes portent ici des valeurs, pas des rangs. Le tracé illustre la convergence ; il ne la démontre pas.
Le cas affine : faire apparaître une suite géométrique
Définition 7.8 — Récurrence affine
Une suite définie par \(u_0\in\mathbb{R}\) et \(u_{n+1}=a u_n+b\), où \(a,b\) sont deux réels constants, est dite arithmético-géométrique. Tous ses termes sont réels. Elle n’est en général ni arithmétique ni géométrique.
Lemme 7.9 — Choisir le bon centre
Si \(a\ne1\), l’équation \(L=aL+b\) a pour unique solution \(L=b/(1-a)\). Ce nombre est un point fixe, pas encore une limite prouvée.
Démonstration.
L’équation équivaut à \((1-a)L=b\), et \(1-a\ne0\) autorise la division.
\(\square\)
Théorème 7.10 — Suite auxiliaire et formule explicite
Si \(a\ne1\), posons \(L=b/(1-a)\) et \(v_n=u_n-L\). Alors \(v_{n+1}=a v_n\) : la suite \((v_n)\) est géométrique de raison \(a\). Si \(a\ne0,1\), pour tout \(n\geq0\), \[\boxed{u_n=L+(u_0-L)a^n.}\] Les cas particuliers se traitent directement :
si \(a=1\), \(u_n=u_0+nb\) ;
si \(a=0\), \(u_n=b\) pour tout \(n\geq1\), avec \(u_0\) conservé.
Démonstration.
On soustrait \(L=aL+b\) à la récurrence : \[v_{n+1}=a u_n+b-L=a u_n-aL=a(u_n-L)=a v_n.\] Le terme initial est \(v_0=u_0-L\). Si \(a\ne0\), la formule géométrique donne \(v_n=(u_0-L)a^n\), puis \(u_n=v_n+L\). Pour \(a=1\), on ajoute \(b\) à chaque passage : c’est une suite arithmétique. Pour \(a=0\), la récurrence donne immédiatement \(u_{n+1}=b\). Ces calculs ne supposent aucune convergence.
\(\square\)
Corollaire 7.11 — Un coefficient de valeur absolue inférieure à un
Si \(|a|<1\), la suite affine converge vers \(L=b/(1-a)\). Pour \(0<|a|<1\), sa distance à \(L\) est exactement \[|u_n-L|=|u_0-L|\,|a|^n.\] Si \(u_0=L\), la suite est constante, quelle que soit la valeur de \(a\ne1\).
Démonstration.
Pour \(0<|a|<1\), \(a^n\to0\), donc la formule explicite donne \(u_n\to L\). Prendre la valeur absolue dans \(u_n-L=(u_0-L)a^n\) donne la distance. Le cas \(a=0\) est constant à partir du rang \(1\). Enfin, un départ au point fixe se transmet à tous les rangs.
\(\square\)
Exemple 7.12 — Converger sans être monotone
Soit \(u_0=5\) et \(u_{n+1}=-\tfrac12u_n+3\). Le centre vérifie \(L=-\tfrac12L+3\), donc \(L=2\). On pose \(v_n=u_n-2\) et l’on calcule \[v_{n+1}=-\frac12u_n+1=-\frac12(u_n-2)=-\frac12v_n.\] Ainsi \(v_0=3\) et \[u_n=2+3\left(-\frac12\right)^n\longrightarrow2.\] Pourtant \(u_0=5\), \(u_1=\tfrac12\) et \(u_2=\tfrac{11}{4}\) : il y a d’abord une baisse, puis une hausse. La suite n’est pas monotone. L’expression \(u_n-2=3(-1/2)^n\) prouve que les écarts alternent de signe, tandis que la distance \(|u_n-2|=3/2^n\) diminue vers zéro.
À retenir — Choisir la démarche adaptée
Pour \(u_{n+1}=f(u_n)\), établir un domaine stable, puis une variation et une borne peut prouver la convergence sans formule explicite. L’équation \(L=f(L)\) identifie ensuite la limite sous l’hypothèse de continuité.
Pour \(u_{n+1}=a u_n+b\), le changement \(v_n=u_n-L\) fournit une formule et permet de décider du comportement grâce à \(a^n\). Si \(|a|\geq1\), ne pas appliquer le corollaire précédent : étudier la formule en tenant compte de \(u_0-L\), qui peut être nul.
8. Modéliser, programmer et interpréter
Méthode 8.1 — Traduire une évolution
Préciser la grandeur mesurée, son unité, l’instant de mesure et le rang initial. Écrire ensuite une étape d’évolution dans l’ordre réel des transformations. Vérifier la relation sur le premier passage et expliciter les hypothèses du modèle.
Exemple 8.2 — Un stock avec perte puis apport
Dans un modèle, un stock initial vaut \(100\) kg. Chaque mois, il perd \(20\,\%\) de sa masse, puis reçoit \(30\) kg. On note \(s_n\) sa masse, en kilogrammes, après \(n\) mois. Ainsi \[s_0=100,\qquad s_{n+1}=\frac45s_n+30.\] Le facteur \(4/5\) représente les \(80\,\%\) conservés. Au premier mois, \(s_1=80+30=110\). Un apport avant la perte donnerait plutôt \(\tfrac45(s_n+30)\), soit \(104\) kg au premier mois : l’ordre change le modèle.
Formule. Le point fixe vérifie \(L=\tfrac45L+30\), donc \(L=150\). On soustrait \(150\) à la relation : \[s_{n+1}-150=\frac45s_n-120=\frac45(s_n-150).\] La suite \((s_n-150)\) est géométrique de raison \(4/5\) et son premier terme vaut \(-50\). Par conséquent, \[\boxed{s_n=150-50\left(\frac45\right)^n.}\]
Comportement. Puisque \(0<(4/5)^n\leq1\), \(100\leq s_n<150\). De plus, \[s_{n+1}-s_n =-50\left(\frac45\right)^n\left(\frac45-1\right) =10\left(\frac45\right)^n>0.\] La masse augmente strictement et tend vers \(150\) kg, car \((4/5)^n\to0\). La valeur \(150\) n’est atteinte à aucun rang. Cette conclusion concerne le modèle où la proportion de perte et l’apport restent constants.
Distinguer un rang qui convient du premier rang
Définition 8.3 — Premier rang de franchissement
Le premier rang satisfaisant une condition est le plus petit entier admissible pour lequel cette condition est vraie, s’il existe. Pour établir qu’un rang \(N\) est le premier, il faut qu’il convienne et qu’aucun rang antérieur ne convienne.
Exemple 8.4 — Atteindre au moins 140 kg
Pour le stock précédent, \[\begin{align*} s_n\geq140 &\quad\Longleftrightarrow\quad -50(4/5)^n\geq-10\\ &\quad\Longleftrightarrow\quad (4/5)^n\leq\frac15. \end{align*}\] La division par \(-50\) inverse le sens de l’inégalité. Or \[(4/5)^7=0{,}2097152>\frac15, \qquad (4/5)^8=0{,}16777216<\frac15.\] Ces puissances décroissent strictement. Le premier rang est donc \(N=8\). On contrôle \(s_7=139{,}51424<140\) et \(s_8=141{,}611392>140\). Il faut huit mois pour atteindre le seuil dans ce modèle.
Précision et seuil. Une majoration \(|u_n-L|\leq Mq^n\), avec \(M>0\) et \(0<q<1\), peut donner un rang suffisant pour une précision. Si la majoration échoue au rang précédent, l’erreur réelle peut déjà être petite : la minimalité exige un contrôle supplémentaire.
Calculer un terme ou une liste de termes
Algorithme 8.5 — Une boucle bornée
Pour \(u_0=-1\) et \(u_{n+1}=u_n/2+1\), la fonction suivante traduit le calcul de \(u_n\). Son argument \(n\) est un entier positif ou nul.
def terme(n):
u = -1
for k in range(n):
u = u / 2 + 1
return u
range(n) produit \(n\) passages, numérotés de \(0\) à \(n-1\). L’instruction u = u / 2 + 1 calcule la nouvelle valeur à partir de l’ancienne, puis la mémorise. Dans un calcul mathématique exact, après \(k\) passages, u vaut \(u_k\) : c’est vrai au départ et chaque affectation transmet cette description au rang suivant. Pour \(n=0\), aucun passage n’est effectué.
En Python, l’opérateur / utilise ici des nombres flottants : la fonction fournit en général une approximation de \(u_n\). Les quatre valeurs du tableau ci-dessous sont, elles, exactement représentables.
| Nombre de passages | 0 | 1 | 2 | 3 |
|---|---|---|---|---|
| Valeur mémorisée | \(-1\) | \(\tfrac12\) | \(\tfrac54\) | \(\tfrac{13}{8}\) |
Algorithme 8.6 — Conserver tous les termes calculés
def termes(n):
u = -1
valeurs = [u]
for k in range(n):
u = u / 2 + 1
valeurs.append(u)
return valeurs
L’instruction append ajoute le nouveau terme à la fin de la liste. Après \(k\) passages, elle contient les valeurs calculées pour \(u_0,\ldots,u_k\), donc \(k+1\) valeurs, avec la même réserve sur les arrondis. Par exemple, termes(3) renvoie les quatre valeurs du tableau. Si L = termes(3), alors L[2] est \(u_2=5/4\) et len(L) vaut \(4\). La boucle for valeur in L: parcourt successivement les valeurs de cette liste.
Chercher un seuil avec une boucle conditionnelle
Méthode 8.7 — Faire continuer tant que l’objectif n’est pas atteint
| Objectif recherché | Condition de continuation |
|---|---|
| \(u_n\geq A\) | \(u_n<A\) |
| \(u_n>A\) | \(u_n\leq A\) |
| \(u_n<\varepsilon\) | \(u_n\geq\varepsilon\) |
| \(|u_n-L|\leq\varepsilon\) | \(|u_n-L|>\varepsilon\) |
Initialiser le rang et le terme de façon cohérente, mettre à jour les deux à chaque passage, puis justifier que le test finit par devenir faux.
Algorithme 8.8 — Un seuil exact pour le stock
Les entrées sont rationnelles. La bibliothèque standard fractions conserve des fractions exactes et évite ici qu’un arrondi décide à tort du franchissement.
from fractions import Fraction
def seuil_stock(seuil=Fraction(140)):
if seuil >= 150:
raise ValueError("Seuil non atteint dans ce modele")
n = 0
s = Fraction(100)
while s < seuil:
s = Fraction(4, 5) * s + 30
n = n + 1
return n
État et arrêt. Avant chaque test, s représente \(s_n\). Un seuil inférieur ou égal à \(100\) donne immédiatement \(n=0\). Si \(100<\texttt{seuil}<150\), la convergence vers \(150\) garantit qu’un rang convient. Un seuil supérieur ou égal à \(150\) est rejeté, puisqu’aucun terme ne l’atteint. L’instruction raise ValueError signale ce cas au lieu de lancer une recherche sans issue.
Minimalité. Tous les rangs précédents ont été testés dans l’ordre et ont échoué. Le premier test faux donne \(s_n\geq\texttt{seuil}\). Ainsi seuil_stock() renvoie \(8\), qui est un rang, pas une masse.
Point de vigilance — Un affichage numérique ne constitue pas une preuve
Une liste finie de valeurs peut suggérer un comportement, mais ne le prouve pas pour une infinité de rangs. Avec des flottants, des arrondis peuvent aussi faire apparaître une égalité artificielle avec une limite. On écrit \(=\) pour un résultat exact et \(\approx\) pour une approximation. La garantie d’une précision vient d’une borne d’erreur démontrée.
Obtenir une approximation certifiée
Exemple 8.9 — Deux itérations pour encadrer \(\sqrt2\)
On calcule \(x_0=2\), puis deux étapes de la règle \(x_{n+1}=\tfrac12(x_n+2/x_n)\). Les quotients utilisés sont définis : \[x_1=\frac12\left(2+\frac22\right)=\frac32, \qquad x_2=\frac12\left(\frac32+\frac43\right)=\frac{17}{12}.\] Le programme suivant réalise exactement ces deux étapes et renvoie deux bornes rationnelles.
from fractions import Fraction
def encadrement_racine2():
x = Fraction(2)
for k in range(2):
x = (x + 2 / x) / 2
return 2 / x, x
Il renvoie \((24/17,17/12)\). Pour certifier l’encadrement, on compare les carrés de ces deux nombres positifs : \[\left(\frac{24}{17}\right)^2=\frac{576}{289}<2 <\frac{289}{144}=\left(\frac{17}{12}\right)^2.\] La croissance de la fonction carré sur les réels positifs donne \[\frac{24}{17}<\sqrt2<\frac{17}{12}.\] La largeur de cet intervalle est \(\tfrac{17}{12}-\tfrac{24}{17}=\tfrac1{204}\). Son milieu vaut \(\tfrac{577}{408}\). La distance de tout point de l’intervalle à son milieu est au plus la demi-largeur ; ainsi \[\left|\sqrt2-\frac{577}{408}\right|\leq\frac1{408}.\] La fraction \(577/408\) est donc une approximation accompagnée d’une garantie explicite. La preuve porte ici sur ces deux étapes calculées.
Synthèse : quel premier geste choisir ?
Méthode 8.10 — Relier la question aux informations disponibles
Une propriété pour tout rang. Préciser la propriété, le premier rang, l’hypothèse de récurrence et le résultat exact à obtenir au rang suivant.
Une variation. Calculer une différence ; envisager un quotient seulement sous une hypothèse de signe adaptée ; distinguer \(f(n)\) de \(f(u_n)\).
Une limite avec une formule. Identifier les limites usuelles et vérifier les hypothèses des opérations. En présence d’une forme indéterminée, transformer l’expression ou encadrer.
Une limite sans formule. Chercher un invariant, une monotonie et une borne, ou un encadrement. Prouver l’existence avant d’utiliser une équation pour identifier la limite.
Un seuil ou une précision. Écrire la condition exacte. Distinguer rang suffisant et premier rang ; justifier l’arrêt d’une boucle et interpréter sa sortie.
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